Blogue de Martin Leclerc

Un malaise gros comme un éléphant…

Dimanche 15 janvier 2012 à 12 h 16 | | Pour me joindre

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Les vestiaires de la LNH, il faut croire, foisonnent de dangers de toutes sortes. N’importe qui peut y perdre sa réputation en un claquement de doigts…

Mercredi dernier après l’entraînement du Canadien, Michael Cammalleri a tout bonnement participé à un point de presse. Une insignifiante séance de questions et réponses de trois minutes, comme il s’en fait des dizaines de milliers au cours d’une saison de la LNH. Ces points de presse font partie du jeu. Ils permettent aux journalistes de rassasier les amateurs en bouchant un coin d’écran ou un coin de page, ou encore en remplissant quelques secondes de temps d’antenne.

Insatisfait de son temps de jeu, l’attaquant a profité de cet attroupement banal pour lancer une petite pointe en direction de son entraîneur. Cammalleri a souligné qu’il devait désormais faire des minutes supplémentaires à l’entraînement parce qu’il n’était pas suffisamment utilisé durant les matchs.

Après ce point de presse, la quasi-totalité des journalistes a quitté le vestiaire pour rencontrer l’entraîneur Randy Cunneyworth. Et le journaliste Arpon Basu, de NHL.com, est retourné voir Cammalleri pour se faire expliquer en détail ce qui ne tournait pas rond dans son petit univers.

La discussion était entamée depuis un certain temps quand François Gagnon, de La Presse, s’y est joint. Les trois hommes ont alors tout bonnement poursuivi la conversation à bâtons rompus. Personne n’enregistrait quoi que ce soit.

Quand les trois hommes se sont quittés, Cammalleri est retourné vers les douches en se disant qu’il avait bien fait le travail de relations publiques auquel son employeur et la LNH lui demandaient de se prêter. Et comme Cammalleri est aussi un expert dans l’art de faire passer ses messages par l’entremise des médias, il était sans doute aussi content d’avoir décoché un petit jab à l’endroit de Cunneyworth, qui lui coupait entre 20 et 25 % de son habituel temps de jeu.

Le hic, c’est que les deux journalistes ont tiré de cette rencontre des articles totalement différents.

Pour Gagnon, Cammalleri était un athlète « frustré » et « outré » qui a déclaré : « Je ne peux accepter que nous affichions une attitude de perdants comme on le fait cette année. On prépare nos matchs en perdants (losers). On joue en perdants. Il ne faut donc pas se demander pourquoi on perd. »

Aux oreilles de Basu, ça sonnait fort différemment. Je traduis ici son paragraphe résumant les observations de Cammalleri sur les équipes qui ont une « mentalité de perdants » :           

« Cammalleri a parlé de la différence qui existe entre une équipe qui a une mentalité gagnante et une autre qui a une mentalité perdante. Selon lui, la première ne se soucie pas de son adversaire parce qu’elle se croit capable de battre n’importe quelle équipe. Il soutient que le Canadien avait cette mentalité lorsqu’ils ont éliminé les détenteurs du 1er rang dans l’Est, les Capitals de Washington, ainsi que les champions en titre de la Coupe Stanley, les Penguins de Pittsburgh, en 2010. Et aussi lorsqu’ils ont poussé les éventuels champions de la Coupe Stanley, les Bruins de Boston, jusqu’à un septième match éliminatoire le printemps dernier. »

À partir de là, ça va mal pour tout le monde. Dans le premier article, on dépeint un loose canon qui tire sur tout ce qui bouge. Dans le deuxième, on présente un athlète qui réfléchit sur l’attitude mentale qu’il faut adopter pour connaître du succès.

Il y a quelqu’un qui ne rapporte pas fidèlement les propos de Cammalleri. Et il n’y a que trois personnes au monde qui savent lequel.

Même s’il se défend, Cammalleri reste un paria aux yeux des partisans et des dirigeants de son équipe. Et les deux journalistes passent aussi un mauvais quart d’heure sur la place publique. Il y en a un qui se fait accuser d’extrapoler la pensée de Cammalleri ou d’avoir inventé des citations. L’autre a l’air d’un scribe qui s’est bêtement fait passer une grosse histoire sous le nez. Ou encore, d’un journaliste qui ne veut pas remuer de boue parce qu’il travaille pour le site Internet de la LNH.

Même au sein de la confrérie, ça chuchote. Il y en a un qui a foiré. Et la réputation de trois personnes est entachée.  

Personnellement, la version de Basu ne me surprend guère. Parce que quelques jours auparavant, Cammalleri me disait exactement la même chose que ce qui a été rapporté mercredi dernier sur NHL.com. Ma conversation avec Cammalleri, toutefois, était enregistrée :

« J’aimerais mieux nous voir commettre des erreurs en tentant de réaliser de bons jeux et nous soutenir les uns les autres, que de nous voir craindre de réaliser les bons jeux. Je pense que nous devons nous débarrasser de cette mentalité dans ce vestiaire et regagner cette confiance qu’il faut avoir les uns envers les autres. […] Je crois que ça se développe dans les équipes qui n’ont pas de succès. J’ai joué auparavant au sein d’équipes qui ne participaient pas aux séries, des équipes perdantes, et quand on prenait l’avance, tout le monde devenait un peu mal à l’aise, personne ne voulait commettre d’erreur. Et au contraire, lorsque vous jouez avec une équipe qui se sent bien, vous avez envie d’ajouter un ou deux buts de plus quand vous jouissez d’une avance. La possibilité de perdre le match ne vous traverse même pas l’esprit. Nous avons vécu ces deux types de situation dans cette équipe (le Canadien). Et dernièrement, en jouant du bout du bâton, on s’est retrouvé là où nous en sommes présentement. »

Mais je n’étais pas présent lors de cette rencontre entre Cammalleri, Basu et Gagnon. Je ne sais donc pas ce qu’a dit l’ex-joueur du Canadien ce jour-là.

Malaise, vous dites?

Gagnon est un ancien collègue que je côtoie toutes les semaines. Rien à redire sur son niveau de professionnalisme. Basu, lui, est actuellement mon collègue, puisque je collabore avec lui au site Internet de la Ligue nationale de hockey. Et je le sais méticuleux jusqu’au bout des ongles.  

Lequel des deux a rapporté la vraie histoire? Votre interprétation vaut autant que la mienne.

Et quelque part à Calgary, il y a sans doute un type qui se demande encore ce qui vient de lui arriver.