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Les Carabins champions de la Coupe Vanier
Les Carabins champions de la Coupe Vanier 

Convenons tout de suite d’une chose : l’année 2014 s’est avérée un grand cru pour les amateurs de sport. Les 12 derniers mois nous ont certainement permis d’être témoins de grands exploits et de revirements spectaculaires sur les surfaces de jeu. Mais surtout, plusieurs événements ou incidents impliquant des personnalités du monde du sport ont suscité d’importants débats au sein de la société. Voici donc, mon palmarès de 2014 :

La surprise de l’année : Le Rouge et Or de l’Université Laval, qui est invaincu depuis 2012 (26 matchs), s’incline deux fois en l’espace de deux semaines devant les Carabins de l’Université de Montréal. Les joueurs de Danny Maciocia accèdent ensuite à la finale de la Coupe Vanier et remportent, in extremis, leur premier championnat national. Depuis quelques années, le football universitaire bat des records de popularité au Québec et génère des cotes d’écoute colossales à la télé. C’est une bouffée d’air frais dans notre paysage sportif.

La renaissance de l’espoir : Alors que cette idée était jugée farfelue il n’y a pas si longtemps, la possibilité de revoir Montréal accueillir une équipe du baseball majeur a sérieusement gagné du terrain au cours de la dernière année. Plus de 96 000 personnes ont assisté à deux matchs de la Ligue des pamplemousses, entre les Blue Jays et les Mets, au stade olympique. Et des gens d’affaires crédibles, comme Stephen Bronfman et Bell, ont montré de l’intérêt pour participer au retour des Expos. Malheureusement, l’intérêt grandissant des Montréalais a permis au propriétaire des Rays de Tampa Bay, Stuart Sternberg, de faire avancer son projet de construction d’un nouveau stade en Floride. Donc, l’année 2015 sera peut-être plus tranquille sur ce front.

Le départ d’un grand : Le récent décès de Jean Béliveau a permis de saluer la brillante carrière d’un grand joueur et d’un grand capitaine de l’histoire du Canadien, mais aussi de mesurer l’impact considérable que les athlètes peuvent avoir dans la société. L’implication de M. Béliveau auprès des enfants et des démunis a marqué et a impressionné plusieurs générations de Québécois et de Canadiens.

L’exploit de l’année : Le 29 octobre, le lanceur Madison Bumgarner, des Giants de San Francisco, s’amène en relève dans le septième match de la Série mondiale après seulement deux jours de repos. Le grand gaucher blanchit les Royals de Kansas City pendant cinq manches, remporte sa troisième victoire dans cette série, et reçoit le titre de joueur par excellence de la Série mondiale. En séries éliminatoires, durant le mois d’octobre, Bumgarner a lancé 52 manches et deux tiers (un record), et il a maintenu une moyenne de points mérités de 1,03. Ça a été la meilleure performance de tous les temps.

La plus improbable victoire : Nettement dominées dans tous les aspects du jeu par leurs rivales américaines, les hockeyeuses canadiennes profitent d’un invraisemblable concours de circonstances dans les dernières secondes de la finale olympique. Les Américaines ratent un filet désert par quelques centimètres, Marie-Philip Poulin crée l’égalité avec 55 secondes à jouer et enfile le but gagnant en prolongation. Un match dont on se souviendra comme l’un des plus spectaculaires de l’histoire. Mais aussi comme d’un sérieux avertissement à l’endroit du hockey féminin canadien, qui n’a clairement pas tenu le haut du pavé dans ce tournoi olympique.

La plus belle ascension : Eugenie Bouchard est devenue cette année l’une des athlètes les plus populaires au Canada. Ses prouesses dans les tournois du grand chelem (elle a atteint la finale à Wimbledon en plus de participer aux demi-finales des Internationaux d’Australie et de France) l’ont propulsée au 5e rang mondial. Jamais une Canadienne ne s’était élevée à ce point au classement de la WTA. Dans la joyeuse Genie Army, les attentes seront très élevées en 2015.

L’initiative la plus géniale : Le 31 juillet, Pete Frantes, un ex-capitaine de l’équipe de baseball de Boston College atteint de la maladie de Lou-Gehrig, inscrit en ligne une vidéo de moins d’une minute qui lance le fameux Ice Bucket Challenge. Cette incroyable initiative a embelli l’été de centaines de milliers de personnes, qui ont joyeusement relevé le défi au cours des mois suivants, en plus de sensibiliser la population nord-américaine à l’importance de financer la recherche sur cette maladie. Des athlètes et des dirigeants de tous les sports majeurs ont décidé de se joindre au mouvement, ce qui a provoqué un incroyable effet d’entraînement. Quel bel exemple de solidarité! Pete Frantes a su faire jaillir ce qu’il y avait de meilleur chez l’être humain.

La bêtise de l’année : Nous sommes le samedi 10 mai. Les Bruins sont en train de prendre une avance de 3 à 2 dans la finale de division qui les oppose au Canadien. Les Bostoniens sont en parfait contrôle du match, et ils sont confiants. Shawn Thornton, le dur à cuire des Bruins, décide alors de se comporter comme si le match était réglé, et il s’amuse à asperger P.K. Subban avec sa bouteille d’eau pendant le déroulement du jeu. Ce manque de respect fouette les troupes de Michel Therrien. Le CH remporte les deux matchs suivants, élimine les Bruins, et se rend jusqu’en finale d’association. Merci, Shawn Thornton!

La québécisation des Blue Jays de Toronto : Après avoir organisé deux matchs préparatoires à Montréal, le directeur général montréalais des Blue Jays de Toronto, Alex Anthopoulos, accorde en novembre un contrat de cinq ans, d’une valeur totale de 82 millions, au receveur québécois Russell Martin. Martin obtient ainsi l’un des plus importants contrats de l’histoire pour un athlète québécois.

La meilleure équipe de tous les temps?  Avec une facilité déconcertante, l’équipe masculine canadienne remporte la médaille d’or aux Jeux de Sotchi. Extrêmement costaude et paquetée de maîtres de la possession de rondelle, la formation dirigée par Mike Babcock fait peu d’étincelles en attaque, mais constitue une impénétrable forteresse défensive. Incroyablement, le match le plus passionnant des Canadiens sera disputé en quarts de finale contre la Lettonie. Le gardien Kristers Gudlevskis tient alors le Canada en haleine en réussissant pas moins de 55 arrêts.

L’année des revendications : Un phénomène de société frappe l’Amérique du Nord : des deux côtés de la frontière canado-américaine, de jeunes athlètes revendiquent de meilleures conditions de travail ou d’encadrement. Le hockey junior majeur et la NCAA sont devenus des entreprises très lucratives, alors que les conditions des jeunes athlètes qui génèrent ces revenus ne suivent pas la même courbe de progression.

À la fin de mars, les joueurs de football de l’Université Northwestern (Ohio) ébranlent les colonnes du temple de la NCAA et obtiennent le droit de se syndiquer auprès du Bureau américain des relations de travail. La NCAA porte la cause en appel. Au Canada, en octobre, un recours collectif est déposé au nom des hockeyeurs de la Ligue canadienne de hockey (qui englobe les trois circuits juniors majeurs au pays). La poursuite réclame 180 millions de dollars en arrérages de salaire, d’heures supplémentaires et de paies de vacances.

La fin d’un parcours exceptionnel : Le capitaine des Yankees de New York, Derek Jeter, a mis fin à une irréprochable et brillante carrière de 20 saisons. Vainqueur de cinq séries mondiales, Jeter offre à ses partisans des adieux mémorables, à la mesure de sa réputation. À sa dernière présence au bâton au Yankee Stadium, le Captain Clutch boucle la saison locale des Yankees en cognant le coup sûr décisif et en produisant le point gagnant, dans une victoire de 6 à 5 sur les Orioles de Baltimore. L’un des grands moments d’émotion de l’année, mais aussi de l’histoire de cette grande organisation.

L’année de la « justice d’entreprise » : Dans la foulée de l’affaire Ray Rice, qui entache sérieusement le leadership du commissaire de la NFL Roger Goodell, les ligues de sport professionnel (et même l’Université McGill) développent leur propre système de justice parallèle. Ainsi, les athlètes sont lourdement sanctionnés pour protéger l’image de leur ligue ou de leur équipe (et pour éviter de froisser les commanditaires), sans que quiconque se soucie de la présomption d’innocence des individus, qui est pourtant un droit fondamental.

La revanche des petits marchés : À la surprise générale, les Royals de Kansas City surmontent un retard de 3-7 en huitième et en neuvième manches dans le match éliminatoire qui les oppose aux A’s d’Oakland. Les Royals éliminent ensuite les Angels d’Anaheim et les Orioles de Baltimore, et participent à la Série mondiale pour la première fois en 29 ans. Cette ascension prouve une fois de plus que la MLB a changé et que les équipes jouant dans des plus petits marchés peuvent aller jusqu’au bout.

Intolérable racisme : Au moment où plusieurs causes impliquant des policiers blancs qui ont fait feu sur des citoyens noirs défraient la manchette aux États-Unis, le site Internet TMZ publie un enregistrement dans lequel le propriétaire des Clippers de Los Angeles, Donald Sterling, demande à son ex-maîtresse de ne pas se présenter aux matchs en compagnie de Noirs. Cet enregistrement déclenche une indignation générale et une crise d’envergure nationale.

Promptement, le commissaire Adam Silver expulse Sterling du cénacle des propriétaires de la NBA. Les Clippers sont ensuite vendus à l’ex-PDG de Microsoft Steve Ballmer pour la faramineuse somme de 2 milliards. Cette transaction a pour effet de rehausser la valeur de toutes les concessions nord-américaines de sport majeur.

Craig MacTavish
Craig MacTavish

Plume à la main, il est extrêmement facile de jouer les gérants d’estrade et de critiquer sans retenue, et sans nuance, les performances des athlètes et des dirigeants d’organisations sportives.

Le sport de haut niveau est un milieu impitoyable. Nous avons souvent tendance à oublier qu’il est extrêmement difficile d’y connaître du succès. Les gens qui oeuvrent dans cet univers doivent donc être traités avec respect. Et j’estime qu’il faut se rappeler, avant de publier une critique négative, qu’il y a toujours des points positifs ou des circonstances atténuantes quelque part.

Dans le cas des Oilers d’Edmonton, par contre, cette philosophie est extrêmement difficile à appliquer.

Les Oilers, qui étaient naguère un symbole d’excellence sportive au Canada, représentent depuis plusieurs années ce qu’il y a de pire dans le paysage sportif au pays. Le (dys)fonctionnement de cette organisation, qui recycle la médiocrité année après année, devrait être enseigné à l’université afin que les meneurs de demain puissent apprendre tout ce qu’il faut « ne pas faire » pour connaître du succès dans un univers compétitif.

* * *

Lundi, les Oilers ont congédié leur entraîneur Dallas Eakins, qui sera temporairement remplacé par le directeur général Craig McTavish.

S’estimant en grande partie responsable des insuccès des Oilers (il a déclaré avoir « du sang plein les mains »), McTavish passera un peu de temps derrière le banc avant de céder les rênes à Todd Nelson, qui était jusqu’à hier l’entraîneur du club-école à Oklahoma City, dans la Ligue américaine.

Quand Nelson prendra les commandes de l’équipe, les joueurs des Oilers verront défiler leur sixième entraîneur en l’espace de sept saisons. Ce n’est pas rien!

Dans l’équipe de direction des Oilers, du président Kevin Lowe jusqu’à l’entraîneur (McTavish), tous les postes sont occupés par des hommes qui ont un jour échoué, au sein de la même organisation, alors que leur niveau de responsabilités était moindre. Ça aussi, ce n’est pas rien.

McTavish en est un bel exemple : les Oilers perdaient (moyenne de ,488) lorsqu’il était adjoint à l’entraîneur Kevin Lowe, ce qui ne l’a pas empêché d’être promu, en 2000, à titre d’entraîneur en chef. Quant à Lowe, il a été nommé directeur général!

McTavish a été congédié en 2009 après avoir raté le rendez-vous éliminatoire quatre fois en cinq ans. Kevin Lowe, qui est maintenant président de l’organisation, l’a plus tard ramené dans le giron de l’équipe comme adjoint au directeur général, puis comme directeur général. Pourtant, McTavish n’avait aucune expérience dans un tel poste.

* * *

Ce copinage, ce malsain jeu de chaise musicale et cette incapacité à se renouveler trouvent leur source à l’échelon le plus élevé de l’organisation. Depuis que le milliardaire Daryl Katz a acquis les Oilers en janvier 2008, l’équipe n’a jamais participé aux séries éliminatoires.

Pis encore : années après année, cette équipe trouve le moyen de figurer parmi les pires équipes de la LNH en attaque ET en défense. Comment peut-on être aussi mauvais?

Depuis qu’il possède les Oilers, Katz n’a jamais eu le courage ni la compétence nécessaire pour donner un coup de barre semblable à celui que Geoff Molson a provoqué avec le Canadien il y a deux ans.

Dans une ligue où les équipes ont plus de 50 % de chances de participer aux séries éliminatoires, les Oilers rateront les séries pour une neuvième année de suite cette saison. Et tout cela, après avoir eu la chance de sélectionner au tout premier rang trois années de suite, de 2010 à 2012.

Dans l’organigramme des Oilers, le seul décideur qui ne soit pas contaminé par cette culture perdante et ces retentissants échecs répétés est Bob Nicholson. L’ancien président de Hockey Canada a été embauché par Daryl Katz l’été dernier pour veiller au développement des affaires et à la gestion du Rogers Place, le nouvel amphithéâtre où les Oilers évolueront à compter de septembre 2016.

Mais confier l’organisation à Nicholson serait sans doute trop simple pour Daryl Katz.

Gary Bettman vous ment-il?

Vendredi 12 décembre 2014 à 15 h 07 | | Pour me joindre

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Gary Bettman
Gary Bettman

La dernière réunion des gouverneurs à Boca Raton aura été l’occasion pour Gary Bettman de renouveler sa foi en l’avenir du hockey à Miami. Il a répété qu’il n’est pas question que les Panthers déménagent, rabrouant ainsi, une fois de plus, les amateurs de hockey de Québec qui espèrent les accueillir.

Regardons le paysage ensemble.

La ligue a autorisé une campagne de vente d’abonnements de saison à Las Vegas. C’est à titre expérimental, précise-t-on. « Jusse pour wère », comme on dit chez nous.

Bettman dit pourtant qu’il n’est pas question d’expansion. Ça vous semble cohérent? Est-ce que vous passez vos fins de semaine à visiter des maisons si vous n’avez pas l’intention d’en acheter une? Gary visite, lui, mais il ne magasine pas.

On suppose que Las Vegas accueillerait une équipe d’expansion. On ne parle pas de déménagement ici. Non! On parle d’argent frais, de 400 ou même de 500 millions pour acheter l’équivalent d’une franchise. Or, une équipe qu’on déménage coûte généralement beaucoup moins cher. Les Thrashers d’Atlanta ont été vendus 170 millions seulement. La ligue a elle-même investi 60 millions dans l’opération.

Et vous imaginez bien que Gary et les proprios visent le gros lot, pas le prix de consolation.

Le problème, c’est qu’il est difficile de proposer en même temps une voiture neuve et une voiture usagée. Surtout si la voiture usagée coûte moins cher et qu’elle a déjà sous le capot des Huberdeau, des Barkov, des Koulivov et des Bjugstad, tandis que la neuve devra se constituer un moteur à partir de joueurs non protégés et de reliques de la Ligue américaine.

Vous me suivez?

On peut difficilement proposer la voiture usagée à Québec sous le nez de Las Vegas. Il faut vendre la voiture neuve, d’abord.

Un discours obligé 

Gary Bettman ne peut donc parler ouvertement de délocalisation des Panthers. Ce serait déjà très maladroit parce qu’il devient difficile, voire impossible, de vendre des abonnements aux amateurs de la Floride en leur disant du même souffle que leur équipe va déménager. Ça ne se fait pas.

Mais ça n’empêche pas que les assistances aux matchs des Panthers sont faméliques. HockeyDB les place à 8850 spectateurs par match*, loin au dernier rang de la ligue (c’est près de 4000 spectateurs/match de moins que les Hurricanes de la Caroline, 29es et avant-derniers).

Gary assure donc que le hockey est à Miami pour de bon. Mais il a déjà fait le coup à Atlanta.

Le 20 avril 2011, Bettman disait qu’il ne voyait aucune raison de croire que les Thrashers joueraient ailleurs qu’à Atlanta à l’automne. En mai, True North achetait l’équipe et en juin, le bureau des gouverneurs approuvait le déménagement à Winnipeg.

Moins de deux mois entre la négation et l’approbation.

Le risque réel c’est que Bettman et les bonzes de la LNH soient convaincus que Québecor sera plus généreux que le groupe de Vegas. Le bel enthousiasme de Québec pourrait se retourner… contre Québec. La ligue pourrait être tentée de déménager les Panthers à Vegas en étant convaincue que Québecor avancera plus volontiers les 400 ou 500 millions pour la voiture neuve.

 

Galchenyuk comble un vide qui dure depuis 20 ans

Vendredi 12 décembre 2014 à 11 h 10 | | Pour me joindre

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Brendan Gallagher et Alex Galchenyuk
Brendan Gallagher et Alex Galchenyuk

Dans le grand livre relatant l’histoire du Canadien, on lira peut-être un jour, dans une note de bas de page, qu’Alex Galchenyuk a véritablement déployé ses ailes, pour la première fois, le soir où l’on rendait hommage au grand Jean Béliveau.

Le CH, qui n’a pas compté sur un premier centre d’élite depuis le milieu des années 1990, a eu droit à une incroyable vision d’avenir mardi dernier face aux Canucks de Vancouver. Flanqué de Max Pacioretty et de son complice Brendan Gallagher, Galchenyuk, du haut de ses 20 ans, a livré une performance offensive carrément époustouflante.

Occupant pour une rare fois sa position naturelle de centre, Galchenyuk a obtenu cinq chances de marquer à lui seul, en plus d’en créer trois autres pour ses coéquipiers. C’était une première pour le Tricolore cette saison. Dans ce match, face à une équipe solide, le jeune attaquant s’est donc directement impliqué dans plus du tiers des chances de marquer de son équipe.

Si Galchenyuk devait poursuivre dans cette même voie jusqu’au retour au jeu de Lars Eller (prévu dans environ deux semaines), Marc Bergevin et Michel Therrien auront d’importantes décisions à prendre. Galchenyuk est un pur-sang, et on ne pourra éternellement tirer sur les guides (le confiner à l’aile gauche) pour accommoder David Desharnais, Tomas Plekanec ou Lars Eller.

Monnayer un joueur de centre pourrait s’avérer utile pour Bergevin, dont la brigade défensive rapiécée et âgée continue de soulever des doutes.

Comme il est question du rendement offensif du Canadien, voici le bilan des chances de marquer obtenues et des actions décisives (chances de marquer créées) lors des 30 premiers matchs de la saison. Quelques commentaires suivent à la fin du tableau.

 

     Joueurs  CM    AD   Total
14- Plekanec

54

57

111

67-Pacioretty

63

42

105

27-Galchenyuk

49

41

90

11- Gallagher

53

36

89

15-Parenteau

45

               23

68

51-Desharnais

27

               45

72

81- Eller

32

               25

57

26- Sekac

26

               30

56

79- Markov

17

               38

55

08- Prust

19

               32

51

76- Subban

21

               29

50

22- Weise

22

               21

43

77- Gilbert

6

               12

18

20- Malhotra

11

                 6

17

55- Gonchar

5

               11

16

28- Beaulieu

4

                 5

9

74- Emelin

5

                 5

8

43- Weaver

0

                 6

6

49- Bournival                  3                  2                  5
06- Allen                  0                  3                  3
58- Andrighetto                  1                  2                  3

 

1. La performance de Galchenyuk, dont la promotion dans le premier trio avait été largement publicisée, a évidemment retenu l’attention des observateurs mardi soir. Mais que dire de celle d’Andrei Markov? Le vétéran a obtenu deux chances de marquer contre les Canucks, en plus d’être l’auteur de cinq actions décisives. D’un point de vue offensif, il s’agissait (et de loin) de la meilleure performance d’un défenseur du CH cette saison. Même s’il ne récolte pas autant de points que P.K. Subban, Markov a généré un peu plus d’attaques que son jeune coéquipier depuis le début de la campagne, ce qui est assez surprenant.

2. À sa décharge, P.K. Subban est redevenu un catalyseur offensif depuis une semaine et demie. Au cours des six derniers matchs, Subban a obtenu ou créé 18 chances de marquer. C’est plus que le tiers de son apport offensif de toute la saison. C’est une bonne nouvelle pour le CH.

3. Rétrogradé au sein du troisième trio, Pierre-Alexandre Parenteau connaît un passage extrêmement stérile. Au cours de la dernière semaine, Parenteau n’a obtenu que deux chances de marquer et n’a créé aucune occasion pour ses coéquipiers. En fait, Parenteau n’a créé qu’une seule chance de marquer pour ses coéquipiers au cours des huit derniers matchs! Sur le flanc droit, Parenteau est en train de se faire surpasser par la recrue Jiri Sekac, qui excelle en échec avant, en possession de rondelle et qui génère de l’attaque soir après soir.

4. Tomas Plekanec, qui s’est avéré l’une des principales bougies d’allumage du CH depuis le début de la saison, vient de connaître sa première semaine difficile. Lors des matchs disputés au Minnesota, à Chicago et à Dallas, Plekanec n’a bénéficié d’aucune chance de marquer. Avant ces trois rencontres, Plekanec avait obtenu des occasions de marquer à tous les matchs.

Définitions :

Qu’est-ce qu’une chance de marquer? C’est un tir décoché à partir d’un endroit où, statistiquement, les probabilités de tromper la vigilance d’un gardien sont les plus élevées. Cette zone privilégiée a en quelque sorte la forme du marbre au baseball. Elle commence à la hauteur du filet et s’élargit jusqu’aux points de mise au jeu. Et à partir des deux points de mise au jeu, elle s’élève en ligne droite, vers la ligne bleue, et dépasse d’environ cinq pieds l’extrémité des cercles.

Un tir qui rate la cible peut être considéré comme une chance de marquer, puisque c’est la position d’où provient le tir qui compte.
Par contre, un tir bloqué par un joueur défensif autre que le gardien ne constitue pas une chance de marquer. À moins que le gardien soit hors position et que ce joueur (par exemple un défenseur) soit le dernier à défendre le filet.

Qu’est-ce qu’une action déterminante? Effectuer une passe est une habileté de base que possèdent tous les joueurs de la LNH. Par contre, créer une chance de marquer (pour soi-même ou pour un coéquipier) est une habileté que peu de hockeyeurs maîtrisent. De nombreux joueurs de la LNH récoltent régulièrement des mentions d’aide après avoir effectué des passes de routine qui n’ont eu aucune influence directe sur le déroulement subséquent du jeu. Ils obtiennent donc des points parce qu’ils ont la chance d’être bien entourés.

En revanche, les joueurs qui réussissent des actions déterminantes savent battre leurs adversaires à un contre un, ou encore, ils savent trouver les ouvertures et repérer leurs coéquipiers qui se démarquent. Ce sont eux qui animent l’attaque de leur équipe. Lorsqu’une équipe obtient une chance de marquer, il est aussi possible que cette occasion ne soit le fruit d’aucune action déterminante (par exemple, une rondelle déviant par hasard sur la palette d’un attaquant).

Stuart Sternberg
Stuart Sternberg

Cette scène revient périodiquement dans les films de gangsters : des mafieux conduisent un type qu’ils veulent éliminer dans un endroit désert, puis ils lui remettent une pelle, et lui ordonnent de creuser lui-même le trou où ils ont l’intention de l’ensevelir.

Cette semaine, les gens d’affaires qui tentent de ramener une équipe du baseball majeur à Montréal ont peut-être eu l’impression de tenir cette fameuse pelle entre leurs mains. Et d’avoir eux-mêmes creusé la fondation qui permettra au propriétaire des Rays de Tampa Bay, Stuart Sternberg, de se faire construire un nouveau stade en Floride.

Depuis sept ans, Sternberg tentait, sans succès, d’obtenir l’appui des politiciens de la région de Tampa pour se faire construire un nouveau stade.

Puis, Projet Baseball Montréal a publié l’an passé une étude d’Ernst & Young, cousue de fil blanc, indiquant que Montréal avait les yeux sur les Rays.

Ensuite, fin octobre, il y a eu ces fuites dans les médias, d’abord dans le New York Daily News. Le quotidien mentionnait que Sternberg avait commencé à discuter avec des investisseurs de Wall Street de la possibilité de déménager son équipe à Montréal.

On m’avait pourtant clairement prévenu : « Sternberg n’a pas l’intention de déménager son club. Il tente de faire pression sur les politiciens de Tampa pour se faire construire un nouveau stade. »

Puis, au début de novembre, une autre fuite : La Presse révèle que les milliardaires québécois Stephen Bronfman, Bell, Larry Rossy (PDG de Dollorama) et Mitch Garber (PDG de Caesars Acquisition Company) ont rencontré le propriétaire des Rays en deux occasions, au printemps 2014, pour évaluer la possibilité de transférer à Montréal cette équipe, qui évolue dans la Division est de la Ligue américaine.

***

Un mois plus tard, bingo! Le maire de Saint Petersburg (où évoluent les Rays), Rick Kriseman, annonce fièrement qu’il vient de conclure une entente qui permettra à Sternberg de chercher un site pour la construction d’un nouveau stade dans la région de Tampa. L’entente prévoit même qu’à la fin de cet exercice, si les Rays restent dans la région de Tampa, ils pourront se soustraire, moyennant de faibles compensations, au gênant bail qui les lie au Tropicana Field jusqu’à la fin de la saison 2026.

Grâce à ses amis de Montréal, Stuart Sternberg passera donc un magnifique hiver.

Parti d’une situation où il ne disposait d’aucun rapport de force, Sternberg s’est servi de l’enthousiasme de Montréal pour inciter le maire de Saint Petersburg à se coincer les doigts dans l’engrenage qui mènera, à terme, à la construction d’un nouveau stade financé avec l’aide des pouvoirs publics.

Et pour comble d’insulte, afin de s’assurer de l’appui des contribuables, le maire Kriseman propose même de financer le futur stade en faisant appel (notamment) au programme américain des investisseurs immigrants. C’est une idée qui avait justement été proposée ici, dans cette chronique le 31 mars dernier, pour favoriser le retour des Expos sans piger dans les poches des citoyens.

Une pelle entre les mains, on a maintenant l’impression de s’être fait servir une rapide sur le coin extérieur et de n’avoir jamais eu le temps de réagir.

***

Si le projet des Rays réussit, ce qui semble désormais très probable, une éventuelle expansion de la MLB constituerait la seule chance de revoir un jour les Expos à Montréal. Et ce serait une très mauvaise nouvelle.

L’achat d’une équipe et la construction d’un stade nécessiteraient des investissements d’environ 1,5 milliard, alors que le simple déménagement d’une concession existante couperait cette faramineuse facture en deux.

Et surtout, une équipe d’expansion condamnée à sept ou huit ans de misère avant de devenir compétitive n’aurait à peu près aucune chance de connaître du succès à Montréal. Les amateurs ont déjà bu de cette eau lors des débuts des Expos, et ils ont vécu de nombreuses saisons d’agonie avant leur départ. Been there, done that, comme disent les Américains.

Les Rays présentaient pourtant le profil parfait : une organisation compétitive, bien structurée et implantée dans la même division que les Red Sox de Boston, les Yankees de New York et les Blue Jays de Toronto.

Mais ironiquement, grâce au coup de pouce que les gens de Montréal leur ont donné, les Rays ne déménageront probablement jamais ici.

Le tournoi international de hockey Midget Kiwanis de Gatineau ne sera pas de retour en 2013.

Depuis plusieurs années, il est énormément question d’éthique et d’esprit sportif dans le hockey mineur québécois. « Relaxez, ce n’est qu’un jeu », souligne d’ailleurs un slogan destiné à ceux qui franchissent les portes des arénas.

Stéphane Verret, le père d’un jeune hockeyeur de Longueuil, estime que l’Association du hockey mineur de Longueuil (AHML) manque d’éthique et d’esprit sportif. Et il a décidé qu’il en avait assez.  M. Verret intente donc une poursuite en justice contre l’AHML parce que son enfant, un gardien de but, a été rétrogradé deux années de suite pour faire place au fils d’un dirigeant de l’AHML qui, selon la poursuite, fournit une fausse adresse pour permettre à son fils de jouer à Longueuil!

Selon la poursuite, le litige se dessine comme suit. Au mois d’août dernier, le gardien Dominic Verret, 15 ans, se présente au camp d’entraînement de l’équipe midget BB des Sieurs de Longueuil. En tout, il y a six gardiens qui prennent part aux camps des équipes midget AA et BB de cette organisation : 3 gardiens dans la division AA  et 3 gardiens dans la division BB.

Deux gardiens doivent donc être retranchés pour composer les équipes midget AA et BB des Sieurs de Longueuil. Le 31 août, Dominic Verret est retranché. On lui demande de se rapporter au camp des équipes dites de simple lettre (hockey récréation).

Lorsqu’il se présente au camp du simple lettre, le jeune Verret rencontre un autre gardien qui était présent avec lui au camp du midget BB. Il apprend que ce dernier a décidé de renoncer à la position de gardien et qu’il souhaite dorénavant jouer comme attaquant au hockey récréatif. Par ailleurs, le jeune Verret apprend le même soir qu’un autre gardien, qui était présent au camp du midget AA, a tout simplement décidé d’abandonner le hockey.

Dominic Verret a joué dans des équipes de compétition, jusqu’au niveau AA, durant la majeure partie de son parcours au hockey mineur. En toute logique, le jeune homme s’attend à recevoir un appel lui annonçant qu’il commencera la saison au niveau midget BB. Mais cet appel ne viendra jamais. Et c’est là que l’histoire devient intéressante.

* * *

Le poste vacant du midget BB est plutôt confié à Benjamin Fortin, un gardien de 14 ans que l’AHML fait exceptionnellement monter de la catégorie bantam à la catégorie midget. Benjamin Fortin est le fils de Steve Fortin, qui est le directeur responsable de l’élite et membre du conseil d’administration de l’AHML.

Il est intéressant de noter que le midget BB est le quatrième niveau de jeu dans la catégorie midget, et que la procédure de surclassement d’un joueur est habituellement réservée aux joueurs de premier niveau qui montrent des aptitudes nettement au-dessus de la moyenne. Dans la région de Richelieu dont l’Association de Longueuil fait partie, des espoirs professionnels de premier plan comme Anthony Mantha et Sean Couturier n’ont pas eu droit à des surclassements au cours des dernières années.

« Nous avons eu recours à cette procédure parce que nous manquions de gardiens de but dans la catégorie midget et que nous avions un surplus de gardiens au niveau bantam », explique le président de l’Association du hockey mineur de Longueuil, Richard Téoli.

« Ce sont des évaluateurs neutres qui ont recommandé la promotion de Benjamin Fortin. Son père (le directeur de l’élite de l’AHML) n’a pas été mêlé à cette décision. M. Verret peut nous poursuivre s’il le veut. Nous sommes appuyés à 100 % par la fédération et la direction régionale dans cette affaire. Nous sommes très à l’aise avec notre décision », a plusieurs fois insisté le président Téoli au cours de notre entretien.

Il a même ajouté cette mise en garde : « Faites attention à ce que vous allez écrire, parce que nous aussi on est capables de poursuivre! »

* * *

Sauf que la poursuite allègue que, pour permettre à son fils de jouer au hockey à Longueuil, Steve Fortin a fourni une adresse qui n’est pas la sienne. Comme preuve de résidence, il aurait plutôt fourni l’adresse longueuilloise d’une maison de retraités autonomes, de 55 ans et plus, où habite le père de Steve Fortin.

Steve Fortin et sa famille habiteraient plutôt à Boucherville, qui est régie par l’Association du hockey mineur de Boucherville. Et le règlement de Hockey Québec est clair : les joueurs doivent s’inscrire sur le territoire où ils habitent.

La première fois que j’ai contacté le président de la région du Richelieu, M. Jacques Hébert, il m’a cordialement raconté la même histoire que le président de l’Association de Longueuil. Selon lui, une évaluation neutre avait été faite, tout était dans l’ordre et il appuyait les dirigeants de l’AHML… Mais je l’ai senti se raidir quand je lui ai mentionné l’histoire de la fausse adresse.

« Je n’étais pas au courant de ça. Laissez-moi quelques jours pour faire des vérifications », a-t-il répondu, en concédant du même souffle que si cette affirmation s’avérait, il s’agirait d’une violation d’une règle fondamentale de Hockey Québec.

Quand je l’ai rappelé la seconde fois, M. Hébert disait ne pas avoir terminé son enquête. Mais il était en mesure de confirmer que la documentation de Hockey Canada va dans le même sens que les prétentions du poursuivant. L’adresse du jeune Benjamin Fortin est bel et bien celle des « Promenades du Parc », un complexe réservé à des retraités de 55 ans et plus…

Ça s’annonce très mal, comme on dit.

D’autant plus que le conseil d’administration de l’AHML est au courant des faits depuis des mois. Le président Téoli me l’a lui-même confirmé. « C’est une situation familiale complexe… », a-t-il dit, en guise d’explication. Aux Promenades du Parc, une secrétaire a semblé étonnée quand je lui ai demandé combien d’adolescents habitent cette résidence. « Monsieur, il faut avoir 55 ans pour habiter ici… »

* * *

Le poursuivant, Stéphane Verret, demande donc au tribunal d’ordonner que son fils soit réintégré dans l’équipe midget BB de Longueuil.

Il réclame par ailleurs le remboursement entier des coûts d’inscription de la saison 2013-2014 parce que son fils Dominic avait aussi été délogé par le jeune Fortin la saison dernière!

Enfin, il demande que l’AHML fasse parvenir une lettre d’excuses à son fils pour l’avoir rétrogradé et remplacé sans raison valable.

« Je ne suis pas et je n’ai jamais été un parent qui cause des problèmes. Et j’ai toujours priorisé le plaisir de la pratique du hockey avant toute chose. Mais ça fait deux ans de suite que le même manège se produit. Mon fils voit ce qui se passe et il est découragé.  Les dirigeants du hockey mineur de Longueuil enfreignent les règles en toute connaissance de cause. Et ils se disent que personne n’osera contester ce qui se passe. Un moment donné, il faut que ça cesse. Il faut que ce soit dénoncé », soutient Stéphane Verret.

Bryan Allen mène l'entraînement du Canadien de Montréal.
Bryan Allen mène l’entraînement du Canadien de Montréal.

L’été dernier, Marc Bergevin s’était donné pour mission de remodeler sa brigade défensive. C’était son plus important chantier. Exit Gorges, exit Bouillon, exit Murray…

Toutefois, après seulement 20 matchs, le DG du Tricolore s’est spectaculairement rendu compte que son nouveau plan avait peu de chances de réussir. C’est ce qui m’avait fait écrire, dans une récente chronique (http://blogues.radio-canada.ca/bloguesportif/2014/11/25/le-ch-est-bipolaire-et-fascinant/): « […] depuis les débuts de la LNH, a-t-on déjà vu un directeur général, dont l’équipe occupait le sommet du classement, balancer la moitié de sa brigade défensive par-dessus bord au quart de la saison? »

C’était pour le moins inusité.

Bergevin et ses adjoints avaient cru que Nathan Beaulieu et Jarred Tinordi étaient prêts à jouer régulièrement dans la LNH, mais ce n’était pas le cas. Et on a rapidement conclu que Tom Gilbert n’allait pas être capable de remplir le rôle de quatrième défenseur qu’on lui destinait et pour lequel on venait de lui consentir un contrat de deux ans d’une valeur de 5,6 millions.

Pour remédier à la situation, on a misé sur le très court terme en faisant l’acquisition de Sergei Gonchar (40 ans) et de Bryan Allen, un grand et gros bonhomme qui est âgé de 34 ans et qui a perdu beaucoup de vitesse. Depuis l’acquisition d’Allen (la dernière transaction de Bergevin), P.K. Subban est redevenu le plus jeune défenseur du Canadien. Outre Subban et Alexei Emelin, les cinq autres arrières du CH ont en moyenne 36 ans.

***

Dans la LNH, la stabilité de la brigade défensive est une condition essentielle au succès. Mais cette saison, après avoir disputé seulement une vingtaine de matchs, le groupe de défenseurs du Tricolore avait déjà subi deux reconstructions majeures. Ce n’est pas rien.

Ça fait beaucoup d’essais-erreurs en très peu de temps. Et il semble que Michel Therrien et Jean-Jacques Daigneault soient loin d’avoir fini de jongler pour tenter de trouver une façon d’optimiser le rendement de cette brigade lente, reconstruite avec du vieux, dont on pourrait dire qu’elle est composée de trois « sixièmes défenseurs ».

Ce n’est peut-être pas un hasard, donc, si le CH n’a remporté que deux des huit rencontres qu’il a disputées depuis que Bryan Allen s’est joint à l’équipe.

Ce n’est pas la faute d’Allen, c’est une question de stabilité.

Depuis l’acquisition de Bryan Allen, Michel Therrien a dirigé deux matchs en faisant appel à sept défenseurs. Therrien a par ailleurs rayé Allen de la formation trois fois, Tom Gilbert deux fois et il a envoyé Mike Weaver sur la passerelle une fois.

Acquis la saison passée dans la dernière ligne droite du calendrier, Weaver n’avait jamais vécu pareille rétrogradation depuis son arrivée à Montréal.

***

Avant l’arrivée d’Allen, Mike Weaver disputait de 15 à 18 minutes par rencontre. Son temps d’utilisation a depuis chuté considérablement. Depuis la dernière reconfiguration du groupe de défenseurs, le temps d’utilisation de Gilbert a fondu de cinq ou six minutes par match. Et Allen ne joue pas souvent.

Ça fait beaucoup de défenseurs malheureux en même temps. On ne peut pas jouer au yo-yo avec des vétérans comme on le fait avec des débutants. Cela aussi, ça créé de l’instabilité.

L’envers de cette médaille, c’est que tout ce temps de jeu retranché auprès de vétérans qui inspirent plus ou moins confiance est redistribué ailleurs. Subban est jeune et capable d’en prendre, mais tout le monde sait qu’Andrei Markov ne tiendra pas le coup en disputant 26 minutes par match, comme c’est le cas depuis cinq rencontres.

Il est encore excellent, Markov, mais il a 35 ans. Et il a énormément de kilométrage dans le corps. L’expérience des dernières saisons a d’ailleurs clairement montré qu’il doit être ménagé pour rester efficace jusqu’à la fin du marathon.

***

On lit un peu partout que le Canadien a subi la défaite dans six de ses sept dernières rencontres. Mais ce n’est pas ce passage à vide qui inquiète.

Ce qui inquiète, ce sont les ressources vieillissantes dont dispose Michel Therrien à la ligne bleue après deux reconstructions majeures.

On a jugé que le premier plan n’était pas viable. Soit. Mais le Canadien est-il meilleur avec Weaver, Gilbert et Allen qui jouent à la chaise musicale? Le CH est-il meilleur lorsqu’il doit utiliser à outrance Andrei Markov?

Il reste 52 matchs à disputer. C’est long.

Si l’on se fie à ce que l’on voit depuis deux semaines, ça pourrait aussi être beaucoup plus difficile qu’on l’imagine.

Voterez-vous pour Zemgus?

Jeudi 4 décembre 2014 à 12 h 36 | | Pour me joindre

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Au moment où j’écris ces lignes, Zemgus Girgensons domine le scrutin pour le match des étoiles de la Ligue nationale de hockey.

Zemgus a huit buts et occupe le 1er rang chez les marqueurs des Sabres de Buffalo. Vous me direz que ce ne sont que les Sabres, mais vous devrez convenir que c’est quand même un but de plus que Claude Giroux, deux de mieux que les frères Sedin et trois de plus qu’Henrik Zetterberg.

Cela dit, je doute que ce soit son rendement qui lui vaille autant d’attention. Les partisans des Sabres de Buffalo votent avec une belle ferveur, mais Girgensons fait aussi l’objet d’un engouement « fabriqué », une popularité comparable à celle de Rory Fitzpatrick en 2006-2007.

Cette année-là, Fitzpatrick, un obscur défenseur des Canucks de Vancouver (il a joué pour 6 équipes de la LNH de 1995 à 2008, dont le Canadien) avait enflammé le scrutin et obtenu plus de 500 000 votes. Il avait terminé au 3e rang du scrutin. Seuls les deux premiers défenseurs (Niedermayer et Lidstrom) étaient assurés d’une place pour la classique annuelle. Il en avait donc été écarté.

Les instigateurs de cette improbable popularité se sont bien amusés. D’ailleurs, on a longtemps soupçonné la LNH d’avoir un peu trafiqué les résultats du vote pour ne pas avoir l’embarras de reconnaître que son système de votation était déficient.

Et voilà Zemgus!

Cette année, rebelote avec Zemgus Girgensons! Il est Letton, tout jeune (il a 20 ans) et possède un nom quasi poétique. Il devance donc Crosby, Nash, Ovechkin et autres Stamkos dans les intentions de vote. Et vous pouvez y ajouter votre grain de sel en vous rendant voter ici :

https://allstarvote.nhl.com/

Zemgus n’apparaît pas dans la liste des joueurs proposés. Il faut cliquer sur l’onglet « Teams », choisir les Sabres et le sélectionner. Évidemment, il faut s’inscrire pour voter. On vous demande une identification et une adresse de courriel. On ajoute que vous pouvez voter 10 fois par jour. On vous encourage même à le faire, puisque ça vous rend admissible à un tirage. Vous avez cinq adresses? Vous pouvez voter 50 fois.

Si on compte rapidement, il suffit que 200 conspirateurs s’amusent à voter comme ça pour que Zemgus reçoive 10 000 votes par jour. Et je dis 200, comme ça… Ça peut être, 300, 400, 1000. Il devient relativement facile de faire élire qui on veut si on s’en donne la peine. J’ai fait l’expérience. J’ai voté pour Zemgus ce matin.  J’ai reçu un gentil courriel de la LNH m’invitant à voter davantage. Je ne sais pas ce qui me retient de consacrer ma vie à l’élection de Michaël Bournival, tiens. Il n’est pas trop tard pour s’y mettre. Il est très bien aussi, Michaël.

Jean Béliveau avait été élu capitaine par ses coéquipiers.
Jean Béliveau avait été élu capitaine par ses coéquipiers.

Depuis le décès de Jean Béliveau, tard mardi soir, la télé nous abreuve de documentaires, de reportages et d’entrevues fabuleuses qui relatent la vie de ce monument de l’histoire sportive québécoise.

Si vous butinez de diffuseur en diffuseur pour être certain de ne rien manquer, et si vous jetez aussi un coup d’œil du côté de la télé anglophone pour entendre ce qui se dit au sujet de M. Béliveau, ou simplement pour l’entendre lui-même se raconter, je vous invite à porter attention à ses propos lorsqu’il témoigne de l’impact que sa nomination à titre de capitaine du Canadien a eu sur son existence.

Dans un merveilleux documentaire réalisé par le collègue Christian Doucet, de Radio-Canada, Jean Béliveau déclare, deux fois plutôt qu’une, que le fait d’avoir été nommé capitaine par ses coéquipiers et été l’une des grandes journées et l’un des grands faits saillants de sa vie. « Quand une telle marque de confiance vient de tes coéquipiers, elle a une grande signification », explique-t-il.

Puis, dans un autre reportage, diffusé à RDS, M. Béliveau raconte : « Il y a un événement que je n’oublierai jamais : quand Toe Blake s’est approché de moi pour me serrer la main pour m’annoncer que je venais d’être élu capitaine. Quand ça vient de tes confrères [il n’y a pas de plus grand honneur] », explique-t-il.

M. Béliveau remet ensuite les choses en contexte, en expliquant qu’il n’était même pas capitaine adjoint quand ses coéquipiers avaient décidé d’en faire leur meneur, et que cette marque de respect l’avait « quasiment fait tomber en bas de son banc ».

***

Au moment où le Canadien s’apprête à célébrer la vie et l’héritage de Jean Béliveau, un glorieux chapitre couvrant 60 ans de son histoire, la direction devrait peut-être accorder une attention toute particulière à ces témoignages significatifs.

Ironiquement, la mort de ce grand meneur survient pendant une saison au cours de laquelle la direction a choisi de ne pas miser sur un capitaine et de confier son vestiaire à « quatre non-capitaines, non choisis par les joueurs », comme je l’écrivais dans cette chronique en septembre dernier.

La direction actuelle du Canadien préfère se réserver le privilège de nommer le capitaine et ses adjoints, au lieu de laisser les joueurs élire eux-mêmes ceux qu’ils estiment les plus aptes à assumer le leadership de leur formation.

Très clairement, Jean Béliveau a expliqué la différence entre ces deux manières de procéder : « Quand une telle marque de confiance vient de tes coéquipiers, elle a une grande signification. »

On aura beau dire que les choses ont changé et que la plupart des dirigeants des 30 équipes de la LNH préfèrent maintenant choisir eux-mêmes leur capitaine. En ce qui me concerne, les faits parlent d’eux-mêmes.

Permettre aux joueurs de voter et leur confier la responsabilité de déterminer leur meneur a permis à cette organisation de miser sur quelques-uns des plus grands capitaines de l’histoire du hockey. Cette recette et cette tradition ne devraient donc pas être remises en question. Surtout pour le Canadien.

Avant de vous parler de Jean Béliveau, permettez-moi un peu de mettre ce témoignage en contexte. 

Je proviens d’une famille de golfeurs. En fait, je suis un peu le mouton noir (parce que je préférais le baseball) d’une famille qui a produit plusieurs golfeurs professionnels. Et c’est grâce au golf que j’ai rencontré Jean Béliveau pour la première fois, au milieu des années 1980. J’étudiais alors à l’université, et durant la saison estivale je travaillais au prestigieux club de golf de Laval-sur-le-Lac, où M. Béliveau était membre et où mon oncle, André Maltais, était le professionnel en titre.

Je vous raconte cela parce que les vrais golfeurs ont l’habitude de dire qu’il est possible d’en savoir très long sur le caractère et les valeurs d’une personne en disputant une seule ronde de golf avec elle. En côtoyant quelqu’un pendant plus de quatre heures sur un terrain de golf, on peut assez bien cerner la vraie nature de notre partenaire de jeu. Par exemple, on peut savoir s’il est colérique ou bon enfant, minutieux ou désordonné, généreux ou avare de compliments, bavard ou renfermé. On peut aussi savoir rapidement si notre partenaire de jeu s’intéresse à l’actualité, s’il est compétitif, s’il intéresse aux autres, etc.

Bref, on peut apprendre énormément de choses au cours d’une ronde de golf.

***

Lorsqu’on a annoncé le décès de M. Béliveau, tard mardi soir, l’un de mes premiers réflexes a été de laisser un message à André Maltais. « Rappelle-moi dès que tu liras ce courriel! Je veux que tu me parles de Jean Béliveau », lui ai-je demandé.

Je me disais que les histoires de hockey allaient se compter par milliers aujourd’hui. La perspective de présenter ce monument sous un autre jour me semblait intéressante. Tous les témoignages que l’on entend depuis mardi soir ont une chose en commun : tous ceux qui ont eu la chance de croiser Jean Béliveau, même brièvement, s’estiment privilégiés.

Jean Béliveau était l’idole de jeunesse d’André Maltais. Et, comble de bonheur, il a eu la chance de disputer une quinzaine de parties de golf en sa compagnie.

« Dans les années 1970 et 1980, M. Béliveau et moi avions développé une petite tradition. On jouait ensemble une fois par année. Et après notre partie, nous prenions un repas ensemble au club de golf, ou encore au restaurant », raconte-t-il.

Imaginez un peu le délice de la situation : chaque année, vous avez la chance inouïe de passer quatre ou cinq heures en compagnie du héros qui a le plus marqué votre jeunesse. Et après votre partie de golf, vous avez le loisir de vous asseoir en face de lui, de lui poser toutes les questions possibles et de tisser des liens. Quand le personnage en question est Jean Béliveau, ce n’est pas banal.

***

Durant ses rondes de golf en compagnie du « Gros Bill », André Maltais n’a pas été déçu.

« Sur le terrain de golf, Jean Béliveau était le même homme que les gens ont découvert durant sa carrière de hockeyeur et après sa retraite. Il était humain, gracieux, généreux et… efficace. Il respectait beaucoup les gens qui l’entouraient. C’était un grand monsieur. Et toutes ces qualités, elles sont ressorties dès la première partie que j’ai disputée avec lui », précise le professionnel de golf, qui a œuvré à Laval-sur-le-Lac de 1971 à 1986.

En tant que golfeur, Jean Béliveau était plutôt talentueux. Il remettait des cartes de pointage de 85, environ. Et il était minutieux. Dans la cinquantaine, au moment où ses performances commençaient à diminuer, il persistait à vouloir améliorer son élan.

« Je lui ai donné une série de leçons à un certain moment parce qu’il souhaitait allonger ses coups. J’avais vu M. Béliveau cogner un coup de départ de plus de 300 verges dans sa jeunesse, alors qu’il prenait part à un tournoi en Estrie. Mais son élan avait perdu de la vitesse avec les années, et il souhaitait malgré tout maintenir son niveau de jeu », raconte André Maltais.

***

Le soir, quand les deux hommes se retrouvaient à table, ils échangeaient à propos de mille sujets.

« Nous parlions bien sûr de sport parce que nous étions deux passionnés. Mais M. Béliveau aimait aussi parler de ses voyages, ou encore d’un musée qu’il avait visité et particulièrement apprécié. En discutant avec lui, on voyait rapidement qu’il n’était pas oisif et qu’il ne perdait pas son temps. »

À l’occasion d’un autre repas, Jean Béliveau racontait des anecdotes survenues à l’époque où il endossait l’uniforme du Canadien quand son interlocuteur lui a demandé de déterminer quel match l’avait le plus marqué, parmi les 1287 rencontres qu’il avait disputées (saison et séries incluses).

« Il m’avait répondu qu’il avait vécu plusieurs matchs mémorables, mais que si on lui demandait d’en choisir un seul, il s’agirait du match du 8 avril 1971, au premier tour éliminatoire, alors que le Canadien livrait son deuxième duel face aux Bruins de Boston. »

Dans ce match d’anthologie, le CH était mené 5 à 1 en deuxième période. Et l’équipe était retournée au vestiaire avec un retard de trois buts après 40 minutes de jeu. Durant cet entracte, l’histoire veut que le capitaine Jean Béliveau, qui en était à ses derniers coups de patin, ait pris la parole et soulevé ses coéquipiers.

Le Canadien avait répondu en marquant cinq buts sans réplique en troisième. M. Béliveau en avait lui-même inscrit deux dès les cinq premières minutes de jeu, et les Bruins avaient été vaincus au compte de 7 à 5. Encore aujourd’hui, les partisans des Bruins considèrent cette défaite comme la pire et la plus cruelle de toute l’histoire de leur équipe.

Les Bruins avaient finalement été éliminés en sept rencontres. Et quelques semaines plus tard, Jean Béliveau bouclait sa carrière en soulevant la 10e et dernière coupe Stanley de son illustre carrière.

***

Chaque année, pendant qu’il se préparait à jouer au golf avec son idole de jeunesse, André Maltais s’imposait une certaine pression. Il tenait à bien jouer et à faire bonne impression en présence de ce personnage plus grand que nature.

« Avec le temps, je me suis rendu compte que M. Béliveau se rappelait de mes meilleurs coups des années précédentes, mais qu’il ne portait absolument aucune attention à la carte de pointage. Ça ne lui faisait ni chaud ni froid que je remette une carte de 67 ou de 82.

« Quand on marchait sur le terrain de golf avec lui, on avait simplement l’impression d’être son ami depuis toujours », se rappelle André Maltais.

« Le sport m’a permis de rencontrer des centaines et des centaines d’athlètes et de grandes personnalités du monde des affaires. Mais personne ne m’a autant marqué que Jean Béliveau », conclut-il.

Depuis mardi soir, tous ceux qui témoignent et pleurent le départ de M. Béliveau ressentent un peu la même chose.

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