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Jeff Petry est-il bien assis?

Mardi 3 mars 2015 à 11 h 32 | | Pour me joindre

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Jeff Petry
Jeff Petry

Les vieux hommes de hockey disent que lorsqu’on analyse les performances d’un joueur, les « plus » et les « moins », c’est un peu comme un bikini : ça donne une bonne vue d’ensemble, mais ça ne montre pas tout

La chronique de Martin Leclerc

Jeff Petry, la nouvelle acquisition de Marc Bergevin à la ligne bleue, présentait un bilan défensif de -25 lundi quand il a quitté Edmonton pour rejoindre ses nouveaux coéquipiers montréalais en Californie. Et la saison dernière, Petry a conclu le calendrier avec un autre différentiel frigorifique, de -22 cette fois.

Le nouveau défenseur du CH montre donc un bilan défensif de -47 à ses 138 derniers matchs avec les Oilers.

Voilà pour la vue d’ensemble.

* * *

Lundi soir, quand je me suis entretenu avec Marc Bergevin après le point de presse auquel il venait de participer à San José, je me suis donc intéressé aux zones que le bikini de Jeff Petry n’avait pas encore dévoilées.

Marc, qu’avez-vous vu dans le jeu de Petry qui puisse surpasser son -47 des deux dernières années, et qui puisse vous faire croire qu’il va améliorer une défense qui occupe le 1er rang dans la LNH?

« Tout le monde est au courant que les Oilers ont connu pas mal de difficultés au cours des deux dernières années et qu’ils ont éprouvé de sérieux problèmes avec leurs gardiens. Quand les gardiens ont de la misère, ça change beaucoup de choses au sein d’une équipe et ça change parfois la façon de jouer des autres joueurs.

« Si on regarde les 20 ou 30 derniers matchs de Petry, on voit que son différentiel s’est amélioré quand les Oilers ont retrouvé une certaine stabilité devant le filet. Avec nous, il jouera devant Carey Price. Ce ne sera pas la même chose. Aussi, Petry n’aura pas les mêmes responsabilités avec nous qu’avec les Oilers. Au sein de notre équipe, c’est P.K. Subban et Andreï Markov qui reçoivent les assignations les plus difficiles. Avec nous, Petry sera assis sur une chaise différente. Il ne fera pas face au même genre d’opposition et nous le croyons capable de disputer de 18 à 22 bonnes minutes », a pris le temps d’expliquer le DG du CH. (Note : à ses 25 derniers matchs à Edmonton, Jeff Petry a compilé un bilan défensif de -7.)

Une question subsiste : tous les autres défenseurs des Oilers jouaient dans la même équipe en difficulté et en compagnie des mêmes mauvais gardiens au cours des deux dernières campagnes. Comment expliquer que tous ces défenseurs aient compilé de meilleurs bilans défensifs que Jeff Petry?

* * *

Le petit nouveau du CH a connu une journée un peu folle lundi.

Dès le lever du soleil, Petry a appris qu’il venait d’être échangé au Tricolore. Et cette nouvelle a aussitôt déclenché une course contre la montre pour récupérer son équipement et monter à bord d’un vol qui allait lui permettre de rejoindre ses coéquipiers à temps, à San José, pour le match en soirée. Sans s’être entraîné une seule fois avec sa nouvelle équipe, le grand défenseur droitier a ensuite été lancé dans la mêlée.

Évidemment, on ne jugera pas son apport à l’équipe après un seul match.

Dans cette rencontre, le temps de quelques flashs, Jeff Petry a toutefois montré les aspects dominants de son jeu. Son coup de patin est fluide et il est capable de transporter la rondelle. Sa mobilité ne fait aucun doute. Il a aussi amorcé quelques relances rapides. La qualité de sa première passe lui vaut d’ailleurs des éloges des recruteurs.

En même temps, on a pu voir pourquoi Petry a compilé un aussi mauvais bilan défensif à Edmonton. En première, il s’est aventuré trop loin en territoire offensif, et Tomas Plekanec a été obligé d’écoper d’une pénalité pour briser la contre-attaque des Sharks près du filet de Carey Price. Toujours en première, il a été surpris hors position, près de la bande. Cela a permis à Melker Karlsson de recevoir une passe en plein centre et de s’échapper seul devant Price. En deuxième, il a commis un revirement qui a permis aux Sharks de garder le contrôle de la rondelle et de virevolter longtemps dans la zone du CH. La séquence s’est terminée par un but des Californiens. Le bilan de sa soirée : -1.

* * *       

Lundi, dans les heures suivant cette transaction, des collègues férus de nouvelles statistiques s’évertuaient à tenter de démontrer à quel point la présence de Jeff Petry sur la patinoire avait rehaussé le taux de possession de rondelle de ses coéquipiers des Oilers.

Soyons beaux joueurs et reconnaissons qu’avec un bilan défensif de -48 (match de lundi inclus) en moins de deux saisons, Petry ne semble pas nuire au taux de possession de ses adversaires non plus.

Voilà donc un défenseur de 27 ans qui a amassé un certain bagage d’expérience dans la LNH et qui présente des qualités de base fort attrayantes. Et, en même temps, voilà aussi un autre dossier complexe qui aboutit sur le bureau de Jean-Jacques Daigneault.

L’entraîneur responsable des défenseurs du CH a déjà réalisé quelques miracles cette saison, compte tenu de la brigade bigarrée dont il avait hérité en début de campagne. Cette fois, le défi est tout aussi imposant. Daigneault ne dispose que de 19 matchs pour effacer deux années de dérive et reprogrammer Jeff Petry en un arrière suffisamment fiable pour être utilisé en séries face aux Bruins, aux Red Wings ou au Lightning, dans des matchs extrêmement serrés.

Si jamais Jeff Petry fait partie du top 4 du CH au début des séries, comme semble le prévoir la direction du Canadien, Jean-Jacques Daigneault méritera une bonne tape dans le dos et une généreuse augmentation de salaire durant l’été!

En attendant, ne jurons de rien. Cette saison, la majorité des chaises que le CH avait réservées pour chacun de ses défenseurs ont fini par être occupées par quelqu’un d’autre.

David Clarkson
David Clarkson

Dans le film Moneyball, il y a une scène absolument délicieuse au cours de laquelle le directeur général des A’s d’Oakland, Billy Beane, sert une bonne dose d’humilité à son voltigeur David Justice.

La scène se déroule en 2002. Justice est alors âgé de 37 ans. L’ancien joueur étoile en est à sa dernière saison dans les majeures, et il souligne à son directeur général que ses interventions musclées dans le vestiaire ne l’impressionnent pas.

-  Tu fais ça pour créer un effet. Mais ça s’adresse aux autres joueurs, n’est-ce pas? Cette merde ne m’impressionne pas, prévient Justice.

-  Oh, tu es un joueur spécial?, rétorque Billy Beane, amusé.

-  Tu me paies sept millions par année, man. Alors oui, je suis peut-être un peu spécial.

-  Non, man. Je ne te verse pas sept millions. Les Yankees paient la moitié de ton salaire. C’est ce que les Yankees pensent de toi. Ils sont prêts à te donner 3,5 millions pour jouer contre eux.  

* * *

Parlons maintenant de l’échange survenu jeudi entre les Maple Leafs de Toronto et les Blue Jackets de Columbus. Il figure parmi les plus surréalistes de l’histoire de la LNH.

Les Maple Leafs sont parvenus à refiler David Clarkson aux Blue Jackets. En 2013, les Leafs lui avaient consenti un contrat de sept ans d’une valeur totale de 36,75 millions. Or, en 118 matchs à Toronto, l’attaquant de 30 ans n’a inscrit que 15 buts et 11 mentions d’aide. Son bilan défensif se chiffrait à -25.

Au cours des cinq prochaines saisons, Columbus devra donc verser 27,5 millions à Clarkson. Mais cela ne préoccupe par les Blue Jackets, puisqu’ils sont parvenus à refiler Nathan Horton aux Leafs. Et Horton, c’est connu, ne jouera plus jamais dans la LNH.

En 2013, Horton avait signé une entente de sept ans d’une valeur totale de 37,1 millions avec les Blue Jackets. Il n’a toutefois disputé que 36 rencontres, toutes en 2013-2014, avec cette équipe. Une grave blessure au bas du dos et la fusion de trois vertèbres l’ont handicapé pour la vie. Horton n’est même plus capable de marcher en se tenant droit.

Généreusement, les Maple Leafs ont donc accepté d’assumer les 26,1 millions qui doivent encore être versés à Nathan Horton au cours des cinq prochaines saisons. Ils le placeront tout simplement sur la liste des blessés à long terme, et ils pourront bénéficier de la marge de manœuvre de 5,3 millions que cette absence leur procurera par rapport au plafond salarial.

* * *

Depuis jeudi soir, David Clarkson est donc le hockeyeur qui coûte le plus cher sur la planète. Au cours des cinq prochaines années, les Blue Jackets lui verseront 27,5 millions (un salaire de star) pour obtenir le rendement d’un joueur de soutien. Et au cours des mêmes cinq prochaines années, les Maple Leafs verseront 26,1 millions à un joueur handicapé qui ne disputera pas un seul match, parce qu’ils préfèrent voir jouer David Clarkson contre eux.

Un peu comme les Yankees le faisaient avec David Justice à sa dernière saison dans les majeures.

Autant à Toronto qu’à Columbus, qui donc peut célébrer un échange aussi misérable?

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Que vaut un choix au repêchage?

Jeudi 26 février 2015 à 11 h 08 | | Pour me joindre

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Dans cette analyse statistique, je fais, entre autres,  la démonstration qu’un choix de deuxième tour ne vaut peut-être pas mieux qu’un coup de dé.

À l’approche de la date limite des transactions, les échanges vont se multiplier dans la Ligue nationale. Chaque amateur a son idée et son évaluation personnelle des joueurs concernés, mais les transactions sont souvent assorties de choix au repêchage. Les choix de premier tour sont les plus recherchés et, dans un ordre décroissant, ceux de deuxième, troisième, quatrième tours, etc.

Que valent ces choix au juste? Dans combien de cas se transforment-ils en actifs pour l’équipe qui les acquiert et qui sacrifie un peu de présent pour un peu d’avenir?

Vous serez étonnés de constater qu’ils sont moins « payants » qu’on pourrait le croire.

Des chiffres révélateurs

Vous trouverez dans le tableau ci-dessous le pourcentage de succès rattaché aux sélections dans les différents tours de repêchage. Pour chaque tour de repêchage, selon la méthodologie expliquée plus bas, vous trouverez le pourcentage de joueurs qui

A : ont fait carrière

B : ont joué un rôle d’appoint

T : le total de ces deux particularités.

À pile ou face!

Ainsi, on constate que sur une période de 10 ans (de 2001 à 2010), 65 % des choix de premier tour ont joué un rôle important ou d’appoint dans la Ligue nationale. Mais seulement 45 % d’entre eux ont fait carrière. Ce qui veut dire qu’une fois sur deux, un choix de premier tour ne sera pas un joueur de carrière. Un directeur général faisant l’acquisition d’un tel choix accepte carrément de jouer à pile ou face.  Pire! 45 % c’est moins que 50 %.

Pire qu’un coup de dé

Au deuxième tour, 25,1 % des joueurs sélectionnés entre 2001 et 2010 ont joué ou jouent encore un rôle dans la Ligue nationale. Mais seulement 14,5 % des choix de deuxième tour sont devenus des joueurs de carrière, c’est un joueur sur sept! Les probabilités sont inférieures à celles d’obtenir un 6 avec un coup de dé. L’auriez-vous cru?

On se doute que les pourcentages vont en décroissant avec les autres tours de repêchage. Les probabilités de mettre la main sur un joueur de carrière (A) y sont souvent inférieures à celles que vous offrent certaines loteries.

Les exceptions

Je suis convaincu que les directeurs généraux connaissent ces probabilités. Marc Bergevin sait que lorsqu’il cède un choix de deuxième tour, il laisse partir un coup de dé et rien de plus. Si ça fait la différence pour mettre la main sur un joueur convoité, admettez que le prix n’est pas élevé.

On a tendance à se souvenir des exceptions. On évoque un choix de deuxième tour en parlant de P.K. Subban, par exemple. Mais pour un Subban (2007), le Canadien a aussi eu un Duncan Milroy (2001), un Thomas Linhart (2002), un Cory Urquhart (2003), un Mathieu Carle (2006), un Ben Maxwell (2006) et un Danny Kristo (2008).

Et les 29 autres équipes ne sont pas différentes. Il y a des centaines de Zach Budish et de Philip Gogulla dans les mauvais souvenirs des recruteurs.

Tour A (joueurs de carrière) B (joueurs d’appoint) T (total)
1er tour 45 % 20 % 65 %
2e tour 14,5 % 10,6 % 25,1 %
3e tour 7,33 % 8 % 15,3 %
4e tour 5 % 7,6 % 12,6 %
5e tour 3,33 % 5 % 8,3 %
6e tour 2,3 % 7 % 9,3 %
7e tour* 3,33 % 3,66 % 7 %
La ligne « 7e tour » inclut les choix de 8e et 9e tours de 2001 à 2004.

Méthodologie

Pour les besoins de l’évaluation, j’ai considéré les joueurs repêchés entre les saisons 2001 et 2010.

  1. Un échantillonnage sur une période de 10 ans me semble assez représentatif.
  2. Il faut parfois plus de temps à un joueur pour éclore. Les chiffres de 2011 à aujourd’hui  me semblent donc aléatoires ou insuffisamment concluants.

J’ai considéré comme un  « joueur de carrière » (colonne A du tableau), un joueur qui a disputé en moyenne 40 matchs par saison (30 pour les gardiens) depuis l’année de son repêchage.

  1. Les joueurs de premier plan  excèdent largement cette norme.
  2. Elle permet cependant  d’inclure des Fedor Tyutin, Derek Roy, Maxim Lapierre, etc. Ce sont des joueurs qui rendent service depuis des années et qui, sans être des joueurs de concession, sont des éléments nécessaires à la composition d’une équipe. Leur sélection ne peut être considérée comme une erreur. Il  convient davantage de juger leur valeur selon le tour auquel ils ont été repêchés.

J’ai considéré comme « joueur d’appoint » (colonne B au tableau), un joueur qui a joué en moyenne de 20 à 40 matchs par saison (entre 15 et 30 pour les gardiens) depuis l’année de son repêchage.

  1. Ce sont des joueurs qui ont mis du temps à percer ou à se développer (ex. : Jeff Petry, Riley Nash).
  2. Des joueurs qui sont et seront toujours des joueurs d’appoint (ex. : Adam McQuaid).
  3. Ou ce sont des joueurs qui ont eu de bonnes années, mais de courtes carrières (ex. : Andrei Kostitsyn).

Les statistiques sont tirées du site http://www.hockeydb.com/.

Devante Smith-Pelly
Devante Smith-Pelly

Marc Bergevin a peut-être vécu son moment d’épiphanie, la semaine dernière, à Ottawa. Dans un match physique, dont la pugnacité rappelait le type de jeu qui prévaut en séries éliminatoires, le DG du Canadien avait alors vu la moitié de ses attaquants disparaître, contre une formation pourtant nettement inférieure.

La chronique de Martin Leclerc

Mal à l’aise, le CH s’était alors incliné par la marque de 4 à 2. Dans ce match pour hommes, outre Max Pacioretty, les seuls attaquants de Michel Therrien qui étaient parvenus à se faire une place au soleil étaient Brandon Prust, Brendan Gallagher, Tomas Plekanec et (un peu) Dale Weise.

Et souvenez-vous que deux jours avant cette visite à Ottawa, le Tricolore avait rendu visite aux Red Wings à Detroit. Dans une rencontre tout à fait Babcockienne, qui donnait parfois l’impression d’être disputé dans une cabine téléphonique tellement l’espace y était restreint, les deux formations avaient été limitées à 10 chances de marquer chacune.

Dans la LNH, les vieux routiers emploient la poétique expression ugly goal pour illustrer le genre d’effort requis pour connaître du succès au printemps. À cette période de l’année, le joueur capable d’aménager son bureau sur la mince ligne rouge qui délimite le rectangle bleu du gardien est souvent bien plus utile que le franc-tireur de son équipe.

Qui marquera des buts horribles pour nous dans quelques semaines? C’est sans doute pour répondre à cette question que Marc Bergevin a expédié Jiri Sekac en Californie pour faire l’acquisition de Devante Smith-Pelly mardi. Sekac danse sur la glace. Smith-Pelly fonce comme un tracteur.

Comme prédit dans cette chronique lundi dernier, il s’agissait d’une transaction « classique » avec deux joueurs qui ne seront pas admissibles à l’autonomie à la fin de la saison. Le DG du Canadien a d’ailleurs indiqué qu’il préférerait conclure d’autres transactions « classiques » d’ici la date limite des transactions lundi prochain, au lieu de devoir se départir d’actifs pour acquérir un éphémère joueur de location.

Certainement, la date limite des transactions de la saison 2014-2015 s’annonce bien différente de celles que nous avons connues dans le passé. Il y a énormément d’acheteurs sur le marché.

En mettant la main sur Smith-Pelly, un ailier droit, Bergevin continue aussi de taper sur un clou qu’il martèle frénétiquement depuis qu’il a pris les guides de l’organisation du Canadien : le renforcement de son flanc droit.

Faites le décompte : Parenteau, Vanek, Brière, Weise, Sekac, la longue audition accordée au petit Christian Thomas, et maintenant Smith-Pelly. C’est fou le nombre de transactions réalisées en aussi peu de temps pour essayer de combler le vide qui se fait sentir quand Brandan Gallagher – un spécialiste du but horrible – ne patrouille pas ce côté de la patinoire!

Cela dit, il y a des affaires bien plus urgentes à régler d’ici l’heure de tombée. Si Bergevin n’était pas à l’aise avec le flanc droit de son équipe, on s’imagine facilement que les lacunes de ses troisième et quatrième centres, Eller et Malhotra, l’empêchent de dormir la nuit. Dans les séries, il n’y a point de salut pour ceux qui ne misent pas sur une ligne du centre forte. Impossible de réussir sans cet ingrédient.

Les emplettes ne sont donc pas terminées. On a hâte de voir la suite.

Le directeur général du Canadien, Marc Bergevin
Le directeur général du Canadien, Marc Bergevin

À une semaine de la date limite des transactions dans la LNH, le temps est venu de séparer les lécheurs de vitrines des directeurs généraux qui sont prêts à aiguiser leurs crayons et à sérieusement parler affaires. Nous entreprenons aujourd’hui la « semaine des longs couteaux ».

Si on en juge par la férocité avec laquelle les recruteurs et les membres de l’équipe de direction du Canadien ont sillonné les amphithéâtres nord-américains ces derniers temps, Marc Bergevin est assurément prêt à parler business. Il serait toutefois intéressant de connaître son appréciation du marché cette année, puisque la saison 2014-2015 est exceptionnelle à plusieurs points de vue.

1. Avons-nous réellement des chances de faire un bon bout de chemin en séries?

C’est la première question que doit se poser un directeur général avant de se lancer dans la frénésie mercantile du mois de mars. En temps normal, de façon réaliste, très peu de DG peuvent tirer cette conclusion dans la ligue, ce qui réduit considérablement le nombre de magasineurs prêts à faire des sacrifices pour améliorer leur formation à court terme.

Or, cette année ne ressemble à aucune autre. Dans l’Est, seulement cinq points séparent les formations qui occupent les sept premières positions au classement. Et ces sept équipes se dirigent vers une récolte de 100 points ou plus, ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire de la LNH. Il serait même possible que les huit premières équipes de l’Est franchissent la barre des 100 points!

Nous voilà donc en présence d’un marché d’acheteurs, où un nombre anormalement élevé de DG estiment avoir une bonne chance de connaître un long parcours éliminatoire au printemps. Conclure une transaction devrait donc être plus difficile cette année.

 2. Quels sont les besoins?

Lorsqu’il a fait le tour de ses effectifs, le DG du Canadien n’a pas eu besoin d’une longue enquête pour se rendre compte que son club occupe le 23e rang dans la LNH en attaque. De toutes les équipes actuellement qualifiées pour les séries, le Canadien et les Bruins sont celles qui ont marqué le moins de buts (157).

Pour améliorer la situation, toutefois, Marc Bergevin n’a pas l’obligation de frapper un coup de circuit ou de sortir le plus gros poisson du lac comme il l’avait fait l’an dernier. Ses deux premiers trios sont fonctionnels.

Il doit plutôt chercher à donner plus de mordant à ses troisième et quatrième trios, puisque la profondeur est la clé du succès dans les séries. Depuis le début de la campagne, les trios 3 et 4 du Canadien sont freinés par des centres inefficaces.

Lars Eller est un sapré bon gars, mais il n’a récolté que 65 mentions d’aide en 340 matchs dans la LNH. Au sein de la troisième unité, le Danois a été flanqué d’ailiers capables de contribuer à l’attaque, mais il n’a pas su les alimenter. Ça lui a récemment valu d’être muté à l’aile. De plus, malgré le fait qu’il joue dans une équipe gagnante, Eller montre un différentiel de -26 depuis le début de la saison 2013-2014.

Dans la quatrième unité, la situation du vétéran Manny Malhotra est indiscutable. Il n’est plus capable de contribuer à l’attaque. Il ne compte qu’une mention d’aide et un bilan défensif de -9 en 50 matchs. Et il a été clairement supplanté par le jeune Jacob De La Rose, qui n’est âgé que de 19 ans.

Elle est donc là, la priorité du CH : trouver un centre capable de mener le troisième trio et d’inscrire des points. Lorsqu’on insère ces informations dans l’ordinateur, c’est le portrait-robot d’Antoine Vermette qui apparaît! Ce dernier est toutefois convoité par six ou sept équipes. Il y a aussi d’autres options valables sur les étagères.

* * *

Depuis le début de la saison, on parle aussi beaucoup de la nécessité d’ajouter un défenseur fiable. Dans cette chronique, j’ai souvent abordé ce sujet en début de calendrier. Mais rendons à César ce qui revient à César : Bergevin a fait l’acquisition de Sergei Gonchar en novembre et Jean-Jacques Daigneault a accompli un travail de maître avec le personnel dont il disposait.

Bien sûr, on peut toujours faire mieux. Mais le CH n’affiche-t-il pas la meilleure moyenne défensive de la LNH?

Sans compter le fait que l’organisation compte sur huit ou neuf défenseurs capables de jouer dans la LNH.

Dans ces conditions, vaut-il vraiment la peine de sacrifier des actifs importants pour faire un ajout important à la ligne bleue?

Un bémol, cependant : une absence prolongée d’Alexei Emelin (au-delà du début des séries) pourrait changer la donne. Ce n’est peut-être pas un hasard si le Canadien se fait très discret sur cette question depuis la semaine dernière. Négocier dans une position de vulnérabilité n’est jamais une bonne idée.    

3. Louer, ou acheter? 

Au cours des dernières années, le coût d’acquisition d’un bon joueur de location (un vétéran sur le point de profiter du droit à l’autonomie) pouvait s’élever à un choix de deuxième tour et à un espoir ayant des chances valables de faire carrière dans la LNH. C’est d’ailleurs ce que Marc Bergevin a payé l’an dernier pour mettre la main sur Thomas Vanek, qui était alors le joueur le plus convoité.

Mais voilà, malgré le nombre élevé d’acheteurs sur le marché cette année, les équipes vendeuses ne pourront exiger et obtenir des choix de repêchage plus avantageux (comme un choix de premier tour), ou encore des espoirs de premier plan, contre un joueur de location.

En plus, il est déjà établi que dans le meilleur scénario, le plafond salarial connaîtra une hausse modeste la saison prochaine. Éventuellement, plusieurs DG seront donc obligés de se livrer à une opération de délestage.

La morale de cette histoire? Nous assisterons peut-être à un plus grand nombre de transactions dites « classiques » au cours de la prochaine semaine. Au lieu de céder des choix de repêchage, des joueurs des ligues mineures ou des joueurs de location, des DG qui souhaitent améliorer leur formation seront probablement plus enclins à s’échanger des joueurs actifs qui comblent leurs besoins et qui ont des contrats valides au-delà de la présente saison.

C’est d’ailleurs ce qu’ont fait les Jets de Winnipeg et les Sabres de Buffalo récemment.

Marc Bergevin figure parmi les DG qui ont des options intéressantes pour conclure ce genre de transaction.

Après avoir réussi le plus grand coup d’éclat à la date limite l’an passé, il sera intéressant de voir comment Bergevin jouera ses cartes cette année alors qu’un nombre record de directeurs généraux estiment, eux aussi, avoir une main gagnante.
Le Canadien 2014-2015, au jeu!

Butch Goring
Butch Goring

C’était en novembre 2013. La nouvelle semblait plus insolite que sérieuse : 10 anciens hockeyeurs intentaient une poursuite contre la LNH en alléguant que les nombreux coups à la tête encaissés au cours de leur carrière avaient laissé des séquelles permanentes, et que la ligue n’avait rien fait pour protéger leur santé.

Aux yeux de beaucoup de gens, cette poursuite semblait manquer de mordant parce que les plaignants étaient pour la plupart inconnus du public. Ils s’appelaient Brad Aitken, Darren Banks, Curt Bennett, Richard Dunn, ou Morris Titanic, et aucun d’entre eux, à l’exception de Bernie Nicholls, Gary Leeman et Rick Vaive, n’avait connu une carrière significative dans la LNH.

D’ailleurs, s’estimant sans doute engagé dans une cause perdue d’avance, Rick Vaive, un ancien attaquant vedette des Maple Leafs de Toronto, avait retiré son nom de la liste des plaignants quelques heures après le dépôt de la poursuite.

Nous étions en novembre 2013. Trois mois auparavant, la NFL venait de régler un recours collectif intenté par 4500 anciens joueurs pour les mêmes motifs pour la somme de 765 millions de dollars (*). À côté de ce méga bras de fer juridique, la timide tentative d’une poignée de braves anciens de la LNH, pour la plupart inconnus, semblait effectivement un brin anémique.

***

Toutefois, comme le prévoyaient plusieurs juristes, cette histoire a commencé à faire boule de neige. Un autre recours collectif a été intenté. Puis un autre.

En octobre dernier, les avocats de trois groupes de plaignants se sont présentés devant un juge du Minnesota pour demander que leurs causes soient menées conjointement. À ce moment-là, le nombre d’anciens joueurs de la LNH inscrits dans des poursuites contre la ligue était passé à plus de 200!

Cette histoire ressemble à celle du type qui commence à tirer sur un fil qui dépasse d’un chandail, et qui finit par défaire le chandail au grand complet.

La semaine passée, toujours au Minnesota, une nouvelle poursuite a été entamée contre la LNH, cette fois au nom d’un groupe composé de 29 anciens joueurs.

Plus les recours juridiques s’accumulent, plus les noms des plaignants sont connus. Et plus les plaignants sont connus, plus grand est le nombre d’anciens joueurs qui se sentent disposés à révéler leurs problèmes de santé et à ajouter leur nom à la liste.

Le recours intenté ces derniers jours comprenait des noms comme ceux des ex-gardiens Manny Legace et Richard Brodeur, ce qui semble être une première pour les joueurs ayant occupé cette position. On y trouvait aussi d’anciens gagnants de la Coupe Stanley comme Ed Westfall et Butch Goring.

Goring n’est pas le dernier venu. Il a remporté plusieurs Coupes Stanley avec les Islanders de New York au début des années 1980 et il est l’analyste des matchs des Islanders à la télé. Le confrère Larry Brooks, du New York Post, consacrait d’ailleurs un long papier à Goring cette semaine. Le chroniqueur soulignait que la participation de Goring à ce recours contre la LNH montrait clairement que les anciens joueurs sont en train de franchir la barrière de la peur et qu’ils craignent de moins en moins d’être victimes de représailles de la part de leurs anciennes équipes.

Aussi, dans le recours déposé la semaine dernière, on retrouvait les noms de plusieurs anciens joueurs du Canadien : Brian Savage, Turner Stevenson, Mike Lalor, Darren Langdon, Jean-François Jomphe et Sergio Momesso. Soudainement, pour les amateurs québécois, ces démarches juridiques qui semblaient lointaines deviennent plus concrètes.

Comme Butch Goring, Sergio Momesso est analyste pour la retransmission des matchs du Canadien. Il travaille à la station radiophonique TSN 690.

***

J’ai retrouvé Jean-François Jomphe, l’un des rares Québécois inscrits sur la longue liste des plaignants en Californie. Jomphe, qui a aussi joué pour les Mighty Ducks d’Anaheim, est installé dans ce coin des États-Unis depuis 22 ans.

« C’est un ancien coéquipier qui m’a présenté un avocat qui travaillait à la préparation du recours collectif. Je lui ai raconté mon histoire, et il m’a demandé si je voulais inscrire mon nom. J’ai accepté », raconte-t-il.

Au cours de sa carrière, du hockey mineur jusqu’à la fin de son parcours professionnel, Jean-François Jomphe estime avoir subi huit ou neuf sévères commotions cérébrales. « Entre 1993 et 1995, dans les rangs professionnels, j’en ai subi quatre ou cinq. Ça fait beaucoup de commotions en peu de temps », souligne-t-il.

À San Diego, dans les rangs professionnels mineurs, il se rappelle avoir reçu un double-échec au visage qui l’a assommé et qui lui avait valu 21 points de suture. Il était de retour à l’entraînement deux jours après. Et en 1995, il raconte avoir subi deux commotions sévères en l’espace de 48 heures. Il a continué à jouer malgré les maux de tête. « J’ai été rappelé par Anaheim peu de temps après, et quand les soigneurs ont entendu mon histoire, ils m’ont dit que la prochaine commotion pouvait signifier la fin de ma carrière. Ça m’a fait très peur. »

***

Aujourd’hui, 10 ans après avoir raccroché ses patins, Jomphe dit encore ressentir des maux de tête. Il lui est arrivé de devoir consommer jusqu’à 20 comprimés d’ibuprofène par jour. « Mais j’essaie de diminuer et de contrôler cela », précise-t-il.

« Par ailleurs, je ne peux accompagner mon fils de 7 ans et demi aux glissades d’eau ou dans les parcs d’attractions. Je suis incapable de supporter les déplacements brusques ou l’instabilité. Je ne ressentais pas cela quand j’étais jeune », soutient l’homme de 42 ans.

Tout au long de notre entrevue, Jomphe revient sur le fait qu’il n’est pas plaignard et qu’il se compte chanceux en comparaison avec d’anciens coéquipiers ou des amis qui ont pratiqué le même métier que lui.

« J’ai des chums qui ont marqué 200 buts dans la LNH et qui ont fait beaucoup d’argent. Mais ils sont tellement maganés, vous ne pourriez pas le croire. Quand je regarde ça avec le recul, je déplore que nous n’ayons pas été éduqués sur les méfaits et les conséquences des coups à la tête. Les joueurs d’aujourd’hui sont mieux encadrés. La mentalité à notre époque, c’était que tant que nous étions capables de patiner, il fallait jouer.

« J’ai déjà disputé un match malgré une fièvre de 103 degrés quand je portais les couleurs de Las Vegas en 1998. Entre les périodes, les soigneurs me branchaient sur intraveineuse. Il y avait des blessés et il fallait que je joue. C’était ça, notre métier. »

***

Amateur de chiffres, Jean-François Jomphe raconte que 5000 joueurs ont porté les couleurs d’une équipe de la LNH depuis la fondation de la ligue. Et de ce nombre, dit-il, environ 3500 sont encore vivants.

« Je serais prêt à parier pas mal d’argent que sur ces 3500 joueurs, il y en a au moins 2000 qui ont subi des commotions cérébrales à répétition », avance-t-il.

Si Jomphe a raison, la LNH se retrouvera d’ici quelques années en face d’une situation aussi monstrueuse que celle qui a secoué les colonnes du temple de la NFL. En tout cas, ça semble bien parti. Dire que tout cela a commencé en novembre 2013 par une minuscule poursuite déposée au nom d’une poignée d’inconnus…
Butch Goring

Protégeons Joseph Veleno!

Jeudi 19 février 2015 à 14 h 38 | | Pour me joindre

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Joseph Veleno avec Geoff Molson
Joseph Veleno avec Geoff Molson

Ça fait plusieurs mois qu’on lit, dans les médias traditionnels comme dans les blogues spécialisés, que la famille de Joseph Veleno, un talentueux hockeyeur des Lions du Lac-Saint-Louis, s’apprête à demander une exemption afin qu’on lui permette de jouer dans la LHJMQ à l’âge de 15 ans la saison prochaine. Et chaque fois, j’ai un pincement au cœur.

Des joueurs de 15 ans ont déjà joué dans la LHJMQ, dans les années 1970 notamment. Mais dans ce qu’on pourrait qualifier de l’ère moderne du hockey junior majeur, le statut de « joueur exceptionnel » n’a jamais été accordé au Québec. Au début des années 2000, Sidney Crosby avait requis ce statut par l’entremise des Mooseheads d’Halifax, et cette permission lui avait été refusée.

À elle seule, cette anecdote devrait faire réfléchir très sérieusement la famille Veleno. Imaginez la pression épouvantable à laquelle serait soumis cet adolescent sous les puissants projecteurs de la LHJMQ, puisqu’il jouerait soir après soir contre les meilleurs hockeyeurs de 17, 18, 19 et 20 ans au Québec.

Joseph Veleno a commencé la présente saison dans la Ligue midget AAA à titre de joueur de 14 ans, ce qui est un exploit assez rare en soi. Il affiche une bonne maturité physique (il fait déjà 6 pi/1,83 m et 175 lb/80 kg). Il s’est hissé au 12e rang des marqueurs de la ligue (16-36-52), même s’il affrontait des joueurs de 15, 16 ou 17 ans qui sont en très grande majorité de plus petite taille que lui.

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Les équipes de la LHJMQ ont le droit de repêcher des joueurs de 15 ans, et comme Veleno est né au début du mois de janvier de l’année 2000, il n’est « trop jeune » que de deux semaines pour avoir le droit de se faire sélectionner en mai prochain.

Veleno serait-il capable de jouer dans la LHJMQ en 2015-2016? Les recruteurs que j’ai interrogés sont unanimes. Il a la maturité physique, le talent, le coup de patin et le sens du hockey nécessaires pour jouer dans la LHJMQ à 15 ans, affirment-ils.

C’est bien. Sauf que la vraie question est de savoir si Veleno est un joueur d’exception comme John Tavares et Aaron Ekblad, qui ont tous les deux obtenu ce statut en Ontario et qui ont ensuite été repêchés au tout premier rang dans la LNH. Connor McDavid a aussi obtenu ce statut particulier du côté ontarien. Et à moins d’une gigantesque surprise, il sera aussi sélectionné au tout premier rang dans la LNH en juin prochain.

Les directeurs généraux de la LHJMQ ont des avis partagés sur le caractère exceptionnel du talent de Veleno.

« C’est un excellent joueur, on ne se le cachera pas. Mais d’après ce que j’entends auprès de mes confrères des autres équipes de la LHJMQ, il n’est même pas certain que Veleno serait sélectionné au premier rang s’il était disponible au repêchage. Et pourtant, la cuvée du repêchage junior de 2015 est très moyenne, révèle un directeur général.

« En plus, Veleno n’est pas le meilleur joueur, soir après soir, au sein de son équipe midget AAA. À mon sens, pour accorder le statut de joueur exceptionnel à Joseph Veleno, nous devrions être convaincus à 125 % qu’il jouera dans la LNH à 18 ans. Car compte tenu des décisions prises dans le passé, si ce joueur jouait encore au hockey junior à 18 ou 19 ans, nous aurions tous l’air d’une bande de totos

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C’est un peu ce qui arrive dans la Ligue junior de l’Ontario cette saison. Le défenseur Sean Day s’est fait accorder le statut de joueur exceptionnel l’an dernier. En tant que joueur de 16 ans, il dispute en 2014-2015 sa deuxième saison avec Mississauga. Et tout le monde commence à se rendre compte que Day n’est pas un phénomène.

Sean Day joue donc dans la Ligue de l’Ontario à l’âge de 16 ans, ce qui est un exploit en soi. Mais au lieu de se développer sainement, il porte déjà la croix et l’étiquette de celui qui a raté son coup.

Les parents de Veleno, ainsi que son agent Petr Svoboda, devraient donc y réfléchir par deux fois avant de lever la main pour demander ce cadeau potentiellement empoisonné. De toute manière, comme le dit un vieux proverbe : « On ne peut faire pousser une fleur plus rapidement en tirant dessus. » Puis, Veleno ne sera pas repêché plus rapidement dans la LNH s’il accède à la LHJMQ la saison prochaine.

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Dans cette affaire, tous les regards sont tournés vers le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau. Dans le petit univers du hockey québécois, tout le monde a hâte de voir quelle sera sa décision.

Sauf que Courteau n’est pas responsable de ce dossier. Au début des années 2000, c’est la LHJMQ qui étudiait les demandes d’exemption. La procédure a maintenant changé. La famille doit d’abord présenter une demande à Hockey Québec, qui doit ensuite formuler ses recommandations à Hockey Canada. Et c’est la fédération nationale, en fin de compte, qui décidera si le jeune Veleno a les aptitudes et la maturité pour obtenir un statut qu’on avait même refusé à Sidney Crosby.

Avant de prendre leur décision (si une demande leur est effectivement présentée), espérons que les bonzes de Hockey Canada se demanderont s’ils accepteraient que leur propre enfant, soir après soir, ait à subir des comparaisons aussi lourdes et difficiles à porter.

 

Andrei Markov avec PK Subban et Brendan Gallagher
Andrei Markov avec P.K. Subban et Brendan Gallagher

Avant d’affronter le Canadien lundi soir, Mike Babcock soulignait à quel point P.K. Subban et Andrei Markov sont des moteurs importants de l’attaque montréalaise. L’entraîneur des Red Wings de Détroit n’avait certainement pas tort parce que depuis la fin janvier, les deux arrières prennent les bouchées doubles pour soutenir l’attaque, qui est en quelque sorte le talon d’Achille de leur formation. Plus »

L'entraîneur-chef des Olympiques de Gatineau, Benoit Groulx.
L’entraîneur-chef des Olympiques de Gatineau, Benoit Groulx 

Benoît Groulx connaît une bien étrange saison de hockey.

Il y a un peu plus d’un mois, le meilleur entraîneur du hockey junior québécois vivait les moments les plus exaltants de sa carrière en menant Équipe Canada junior à la conquête du Championnat mondial. Ça faisait cinq ans que le Canada n’avait pas remporté l’or.

À son retour à Gatineau, cependant, un défi bien différent l’attendait. Ses Olympiques sont au coeur d’une lutte de tous les instants pour éviter l’exclusion des séries éliminatoires, un affront que Groulx n’a jamais vécu à ses 10 premières saisons dans la LHJMQ.

Dans la dernière ligne droite du calendrier de la LHJMQ (il reste moins d’une quinzaine de rencontres à disputer), il vaudra vraiment la peine de s’attarder sur le sort que connaîtront les Olympiques de Gatineau au cours des prochaines semaines.

Dans toute l’histoire du hockey junior québécois, Benoît Groulx est l’entraîneur qui a connu le plus de succès dans les séries éliminatoires. Ses pairs l’identifient d’emblée comme étant le meilleur de sa profession. Et plusieurs sont d’avis que le printemps 2015 constituera le chant du cygne de Groulx dans la LHJMQ, et qu’il fera certainement le saut dans les rangs professionnels au cours de l’été.

Les entraîneurs francophones capables de diriger dans la LNH ne sont pas légion. Il sera donc intéressant de voir si Marc Bergevin laissera une autre organisation s’emparer d’un entraîneur talentueux comme Groulx, ou si le DG du CH jouera ses cartes de manière à assurer, à moyen terme, la relève de Michel Therrien.

Bref, d’une manière ou d’une autre, il faut s’attendre à voir les Olympiques batailler comme des enragés pour se faufiler jusqu’aux séries. Gatineau occupe  le 17e rang au classement général, mais les Olympiques soufflent maintenant dans le cou des Voltigeurs de Drummondville (détenteurs du 16e rang), qui vient de s’incliner dans huit rencontres consécutives.

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Une saison étrange, vous dites?

Dans le temps des fêtes, pendant qu’Équipe Canada junior séduisait les amateurs de hockey d’un océan à l’autre, les Olympiques de Gatineau semblaient beaucoup souffrir de l’absence de leur entraîneur en chef. Ils ont compilé une fiche de 1-11 durant cette séquence.

Avant que Groulx se joigne à Équipe Canada, les Olympiques se situaient au milieu du peloton, malgré leurs nombreux blessés, et transigeaient dans l’espoir de pouvoir se hisser parmi le top 5 de la LHJMQ. Mais quand il est revenu du Championnat du monde, l’entraîneur a retrouvé une équipe décimée et exclue des séries éliminatoires.

« Il n’y a absolument personne à blâmer pour la période difficile que nous avons connue en décembre et au début de janvier. Ni nos joueurs ni mes adjoints », a plusieurs fois insisté le vétéran entraîneur, au fil de notre entrevue.

« Quand la saison s’est mise en branle à la mi-septembre, nous avions déjà perdu cinq joueurs réguliers (dont deux des quatre premiers défenseurs), soit pour la saison entière, soit pour un minimum de trois mois et demi.

« Par la suite, les blessures n’ont jamais cessé de s’accumuler, ce qui a nous forcés à surutiliser plusieurs joueurs pour essayer de maintenir la tête hors de l’eau. Puis, pendant mon séjour avec l’équipe canadienne, d’autres blessés se sont encore ajoutés à la liste. C’était juste trop. Il y a des limites aux pertes qu’une équipe de hockey peut encaisser. À distance, je regardais notre alignement, et certains soirs nous avions cinq remplaçants rappelés d’urgence pour disputer des matchs. Nous n’avions aucune chance de gagner.»

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La célébration de la médaille d’or n’a pas duré longtemps pour Benoît Groulx. Lorsqu’il est rentré à la maison, il a retrouvé une équipe meurtrie, qui pansait tant bien que mal ses plaies et qui avait perdu confiance.

Il a fallu reconstruire, en quelque sorte, depuis le début.

Jacques Lemaire m’a déjà raconté que lorsque ses équipes connaissaient des périodes difficiles, il effaçait son tableau au grand complet et retournait à la base de son système de jeu. C’était la meilleure manière, estimait-il, de permettre à ses joueurs de retrouver leurs repères.

C’est un peu ce qui s’est produit à Gatineau ces dernières semaines. « À l’entraînement, nous faisons ces temps-ci des exercices que j’avais l’habitude de tenir durant la période du camp. Et peu à peu, nos blessés ont commencé à revenir au jeu », confie le vétéran entraîneur, qui se retrouve devant un défi qu’il n’avait absolument pas anticipé.

J’ai eu cette conversation avec Benoît Goulx vendredi après-midi, au moment où son équipe se préparait à affronter les puissants Remparts de Québec. Détenteurs du 5e rang (ce qui constitue tout de même une déception à Québec), les Remparts comptent sur plusieurs joueurs de premier plan. À titre d’équipe hôtesse, ils sont déjà assurés de participer au tournoi de la Coupe Memorial.

Rien qu’au ton de sa voix, on sentait l’entraîneur des Olympiques optimiste quant aux chances de son équipe de renverser la situation. Peu à peu, disait-il, les morceaux sont en train de se recoller.

« En ce moment, j’ai l’impression qu’il nous manque juste une étincelle pour rallumer la flamme! Ça nous prendrait une grosse victoire, contre une très bonne équipe, pour nous remettre sur les rails », expliquait-il.

Quelques heures plus tard, les Olympiques de Gatineau rossaient les Remparts au compte de 7 à 3!

Benoît Groulx et les Olympiques vivent une saison à la fois étrange et éprouvante. Mais au train où vont les choses, elle ne se terminera pas nécessairement au mois de mars.

Y’en aura pas de séries!

Vendredi 13 février 2015 à 11 h 42 | | Pour me joindre

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Pourquoi? Comment peut-on faire une chose pareille à des enfants, à des ti-culs de Montréal qui veulent simplement jouer au hockey? Comment des adultes, dont le mandat consiste à favoriser la pratique du hockey, peuvent-ils en arriver à prendre des décisions aussi déconnectées du monde? Quand on lit cette histoire, ce sont les questions qui viennent immédiatement à l’esprit.

Retournons en arrière. Nous sommes en septembre, c’est le début de la saison de hockey mineur. Les dirigeants des Braves d’Ahuntsic se rendent vite compte que leur équipe bantam BB (composée de jeunes de 13 et 14 ans) se dirige vers une saison de misère.

Après deux matchs, c’est l’enfer. Les Braves ont subi deux défaites cinglantes (le score cumulatif est de 17 à 0). Et durant ces deux rencontres, ils ne sont parvenus à diriger que huit tirs en direction des filets adverses. En plus, deux de leurs joueurs ont subi des blessures.

Le conseiller technique des Braves, mon ex-collègue Gérard Gagnon (un expert réputé en matière de hockey au Québec), détermine que les joueurs des Braves accusent trop de retard sur le plan technique pour être capables de rivaliser au niveau BB. Gagnon estime aussi que la sécurité des joueurs est en jeu.

Il faut aussi savoir qu’entre la saison 2013-2014 et la saison 2014-2015, l’association des Braves a perdu 17 joueurs d’âge bantam au profit du hockey scolaire, qui est très populaire dans cette partie de l’île. Leur bassin de joueurs est donc moins relevé qu’auparavant.

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Pour le bien des enfants, les dirigeants des Braves prennent donc le taureau par les cornes. Dans une lettre détaillée, ils demandent au président de Hockey Montréal, Yves Pauzé, de rétrograder leur équipe à un niveau inférieur, en classe CC. Même si la saison est déjà commencée, les Braves demandent la permission de quitter la ligue BB du Richelieu pour se joindre à la ligue CC de Montréal. Par ailleurs, les Braves demandent aussi que leur équipe obtienne la permission de disputer tous ses tournois et ses séries éliminatoires au niveau inférieur (CC).

Le 22 septembre, Hockey Montréal accède à leur demande, mais en stipulant qu’en vertu d’un règlement de Hockey Québec, l’équipe devra quand même disputer ses quatre tournois en classe BB, puisqu’elle a commencé la saison au niveau BB et qu’elle a été enregistrée comme tel. M. Pauzé ajoute une note et la souligne en caractères gras :

« Prenez note que ce règlement s’applique aussi pour la Coupe Montréal. De plus, vous avez l’obligation d’aviser les parents des équipes sous-classées afin d’éviter tout mécontentement », écrit-il.

(NDLR : La Coupe Montréal est la compétition qui fait office de séries éliminatoires à Montréal.)

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Les dirigeants des Braves réunissent donc les joueurs et parents de leur équipe bantam pour leur expliquer la situation.

« Ce n’est pas facile d’annoncer et d’expliquer à des jeunes de 13-14 ans qu’ils ne sont pas suffisamment bons, ou pas suffisamment aguerris, pour jouer au niveau BB et de leur faire accepter que leur équipe au complet sera rétrogradée. Mais nous l’avons fait pour le bien des jeunes parce que c’était la chose à faire », explique l’entraîneur des Braves, Guy Beauvais.

« Nous avons fini par convaincre tout le monde en présentant un plan d’entraînement détaillé aux parents, et en stipulant que nous allions nous servir de nos tournois en classe BB comme des tests qui allaient servir à mesurer la progression de l’équipe. Les séries en classe BB (la Coupe Montréal) allaient quant à elles constituer notre examen de fin de saison. »

Avec maturité, les parents et les joueurs ont décidé d’adhérer au plan qui leur était proposé.

Le 26 septembre, les Braves d’Ahuntsic confirment le résultat de leur démarche auprès de Hockey Montréal.

« Merci de votre décision, écrit Guy Beauvais, au président Pauzé.

« Suite à notre réunion de parents, nous allons faire la saison dans le CC et les tournois et séries dans le BB. Les parents et les joueurs sont d’accord. Cela nous permettra de développer les jeunes de la bonne façon.»

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Près de deux mois et demi plus tard, le 2 décembre 2014, le train déraille complètement. Guy Beauvais reçoit du président Pauzé une lettre intitulée : Erratum.

Dans cette lettre, le président de Hockey Montréal avise Guy Beauvais qu’il « aurait dû lire » le 22 septembre précédent que, conformément à un règlement de Hockey Montréal :

« Toute équipe qui se verra octroyé le privilège d’être sous classer (sic) ne pourra participer à la Coupe Montréal. De plus, vous avez l’obligation d’informer les parents. Nous sommes désolés des inconvénients que l’erreur a pu vous causer. »

Guy Beauvais lit cette lettre et n’en croit pas ses yeux.

En septembre, « pour éviter tout mécontentement » Hockey Montréal l’obligeait à présenter aux parents une décision stipulant que les jeunes allaient devoir participer à des tournois et aux séries éliminatoires en classe BB, ce qui constituait déjà un grand désavantage. Et là, on lui annonce que l’engagement ne tient plus, et que les enfants ne pourront pas jouer en séries éliminatoires!

D’abord, Hockey Montréal revient sur une parole donnée et sur une lettre signée par son président, ce qui est inacceptable. Mais en plus, à sa face même, le président Pauzé interprète tout croche un règlement interne qui semble avoir été rédigé à la va-vite, sur un coin de table.

Par souci d’équité, il pourrait être logique (quoique discutable) d’empêcher une équipe BB, sous-classée au niveau CC, de participer aux séries éliminatoires au niveau inférieur. Mais puisque les Braves ont accepté de disputer la Coupe Montréal en classe BB (où ils étaient censés jouer au départ), où est le problème?

La présence des Braves d’Ahuntsic à la Coupe Montréal bantam BB n’aurait enlevé de place à personne. Six équipes auraient participé aux séries s’ils avaient été là. Mais il n’y en aura finalement que cinq.

Sans raison ni justification logique, 17 petits gars n’auront donc pas le droit de vivre la période la plus amusante et intense de leur saison de hockey : les séries éliminatoires. En quoi cette décision sert-elle les intérêts des enfants ou du hockey?

Depuis le début de décembre, Guy Beauvais et les Braves d’Ahuntsic multiplient les démarches auprès de Hockey Montréal pour faire infirmer cette décision ridicule. Rien n’y fait. La lettre signée en septembre par Yves Pauzé ne valait rien. C’est le règlement illogique qui prime. Pour les Braves, y’en aura pas de séries.

Après cela, les dirigeants de Hockey Montréal se demanderont pourquoi leur clientèle fuit vers le hockey scolaire!

M. Pauzé, dont le mandat à la tête de Hockey Montréal est ponctué de controverses et d’irrégularités, n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

Bon an, mal an, la Ville de Montréal verse à Hockey Montréal des subventions qui surpassent le quart de millions de dollars. Il serait peut-être temps que Denis Coderre, un ancien secrétaire d’État au Sport amateur, commence à s’intéresser à la manière dont cet argent est investi.