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Au hockey, les statistiques sont parfois extrêmement trompeuses. Une équipe peut être créditée de 35 tirs au filet sans avoir été menaçante de la soirée. Ou encore, un joueur peut conclure un match avec deux points à sa fiche sans vraiment avoir participé à l’effort offensif de son club.

La chronique de Martin Leclerc

De la même manière, les manchettes des médias au lendemain d’un match ne concordent pas toujours avec ce qui s’est réellement produit sur la patinoire…

Pour cette raison, j’ai pensé vous offrir un regard différent sur le Canadien cette saison. Chaque semaine, je publie une compilation des chances de marquer obtenues par les joueurs de Michel Therrien, ainsi qu’une compilation des actions déterminantes qui ont créé ces fameuses chances de marquer. (Note : les définitions de ce que sont les chances de marquer (CM) et les actions déterminantes (AD) sont incluses après le tableau.)

Le Canadien 2014-2015, au jeu!

Au cours des trois dernières rencontres, les jeunes Alex Galchenyuk et Brendan Gallagher sont ceux qui ont produit le plus d’étincelles en attaque. Galchenyuk a obtenu huit chances de marquer en plus d’en créer six, tandis que Gallagher a profité de huit chances de marquer en plus d’en créer quatre pour ses coéquipiers.

Pour une deuxième semaine d’affilée, Max Pacioretty s’est aussi illustré de belle façon avec six chances de marquer, en plus d’en créer six autres. Bref, Gallagher et Pacioretty vont très bien. Mais David Desharnais (aucune chance de marquer et cinq chances créées au cours des trois derniers matchs) se fait nettement plus discret au sein du premier trio.

La plus grande déception de la semaine a certainement été P.K. Subban, qui n’a à peu près rien généré à l’attaque. Subban n’a obtenu aucune chance de marquer et n’a généré que deux chances pour ses coéquipiers. Pour un arrière censé exceller dans l’art de faire circuler la rondelle, c’est nettement insuffisant.

Mine de rien, l’attaque du Canadien a glissé du 13e au 21e rang dans la LNH au cours de la dernière semaine. La saison passée, le CH avait bouclé le calendrier exactement au même endroit : en 21eplace.

Voici, donc, le portrait d’ensemble :

Joueurs CM AD Total
14- Plekanec 19 18 37
27- Galchenyuk 21 15 36
11- Gallagher 22 14 36
15- Parenteau 23 13 36
67- Pacioretty 19 14 33
51- Desharnais 8 18 26
81- Eller 13 12 25
17- Bourque 11 8 19
79- Markov 6 10 16
76- Subban 8 8 16
08- Prust 2 10 12
22- Weise 3 7 10
20- Malhotra 6 3 9
26- Sekac 5 2 7
77- Gilbert 2 4 6
28- Beaulieu 4 1 5
74- Emelin 1 2 3
32- Moen 2 1 3
24- Tinordi 0 2 2
43- Weaver 0 2 2

 

Qu’est-ce qu’une chance de marquer? C’est un tir décoché à partir d’un endroit où, statistiquement, les probabilités de tromper la vigilance d’un gardien sont les plus élevées. Cette zone privilégiée a en quelque sorte la forme du marbre au baseball. Elle commence à la hauteur du filet et s’élargit jusqu’aux points de mise au jeu. Et à partir des deux points de mise au jeu, elle s’élève en ligne droite, vers la ligne bleue, et dépasse d’environ cinq pieds l’extrémité des cercles.

Un tir qui rate la cible peut être considéré comme une chance de marquer, puisque c’est la position d’où provient le tir qui compte.
Par contre, un tir bloqué par un joueur défensif autre que le gardien ne constitue pas une chance de marquer. À moins que le gardien soit hors position et que ce joueur (par exemple un défenseur) soit le dernier à défendre le filet.

Qu’est-ce qu’une action déterminante? Effectuer une passe est une habileté de base que possèdent tous les joueurs de la LNH. Par contre, créer une chance de marquer (pour soi-même ou pour un coéquipier) est une habileté que peu de hockeyeurs maîtrisent. De nombreux joueurs de la LNH récoltent régulièrement des mentions d’aide après avoir effectué des passes de routine qui n’ont eu aucune influence directe sur le déroulement subséquent du jeu. Ils obtiennent donc des points parce qu’ils ont la chance d’être bien entourés.

En revanche, les joueurs qui réussissent des actions déterminantes savent battre leurs adversaires à un contre un, ou encore, ils savent trouver les ouvertures et repérer leurs coéquipiers qui se démarquent. Ce sont eux qui animent l’attaque de leur équipe. Lorsqu’une équipe obtient une chance de marquer, il est aussi possible que cette occasion ne soit le fruit d’aucune action déterminante (par exemple, une rondelle déviant par hasard sur la palette d’un attaquant).

Le Tropicana Field à St. Petersburg considéré comme le pire stade du baseball majeur.
Le Tropicana Field à St. Petersburg est considéré comme le pire stade du baseball majeur.

À l’automne 2001, exactement à cette période de l’année, le chroniqueur du New York Daily News Bill Madden avait appris aux Québécois que dans le monde du sport, le mot « contraction » avait une signification bien particulière.

Madden, qui semble directement branché sur le bureau du commissaire de la MLB, avait été le premier à révéler que les propriétaires du baseball majeur allaient être appelés à débattre et à voter sur un plan de « contraction » qui visait les Expos de Montréal et les Twins du Minnesota. Cette histoire était une immense primeur.

En d’autres mots, écoeuré par les difficultés financières de ces deux franchises, et impuissant devant les petites foules au stade olympique (plusieurs équipes des ligues mineures avaient attiré plus de spectateurs que les Expos cette saison-là), le commissaire Bud Selig proposait tout simplement de tirer la plogue et de les rayer du portrait.

On connaît la suite. Au Minnesota, la communauté s’est ralliée derrière les Twins, qui ont ensuite fini par obtenir un financement public pour construire un nouveau stade et qui ont survécu. Les Expos, qui n’ont (heureusement) pas eu droit aux dollars des contribuables, ont fini par être délocalisés à Washington.

***

Je reviens sur les faits d’armes passés de Bill Madden pour souligner qu’il ne faut pas prendre à la légère sa chronique de vendredi dernier, qui se voulait en même temps un amusant clin d’œil du destin.

Madden écrivait que le propriétaire des Rays de Tampa Bay, Stuart Sternberg, « a commencé à discuter avec de riches associés de Wall Street de la possibilité de déménager les Rays à Montréal, une ville qui n’a plus d’équipe du baseball majeur depuis 2005, soit l’année où les Expos ont déménagé à Washington ».

Dans son papier, Madden citait même un représentant du baseball majeur qui plaidait la cause de Montréal : « Vous pouvez dire ce que vous voulez à propos de Montréal, mais les Expos ont attiré plus de 2 millions de spectateurs à quatre reprises durant leurs belles années. À Tampa, c’est arrivé une seule fois : lors de la première année d’existence des Rays. »

* * *

Madden a eu droit à ces confidences, j’en suis convaincu. Mais dans quel but? C’est là qu’il faut se poser des questions.

Il y a quelques mois, une source bien au fait de la situation des Rays m’avait prédit que Stuart Sternberg allait tenter (peut-être pour la dernière fois) d’exercer le plus de pression possible sur les élus de la région de Tampa dans l’espoir de soutirer un maximum de fonds publics pour construire un nouveau stade. Ça fait déjà 10 ans que ce milliardaire new-yorkais essaie d’obtenir un nouveau stade et que le projet avorte.

Le proprio des Rays est plongé dans une situation complexe : son équipe de baseball est liée par un bail qui l’oblige à jouer au Tropicana Field de St. Petersburg jusqu’en 2027. Or, ce stade couvert est unanimement reconnu comme le pire des majeures.

Le propriétaire aimerait résilier son bail et déménager son équipe de St. Petersburg à Tampa, dans un domicile tout neuf. Mais il se retrouve en face de deux groupes d’élus aux intérêts divergents, qui défendent les intérêts de deux villes et de deux comtés différents, et qui tirent la couverture chacun de leur côté.

Toutefois, même si les élus devaient finir par s’entendre, des lobbys et groupes de pression opposés au projet vont inévitablement se manifester. Pas si loin, à Miami, l’expérience récente des Marlins a été traumatisante pour les citoyens. Le recours aux dollars des contribuables pour bâtir un nouveau stade à Jeffrey Loria, même si les Marlins enregistraient des profits annuels de près de 40 millions de dollars, a suscité une telle grogne que le maire a été évincé de son poste lors d’un référendum spécial!

* * *

Dans ce contexte, il peut effectivement être très commode de se servir de Montréal pour faire croire aux élus que la menace d’un déménagement est bien réelle. Pour faire bouger les choses, Sternberg a besoin d’établir un rapport de force.

Dans les faits, nous savons tous que Montréal n’est pas équipée pour accueillir une équipe des majeures. Les Rays ne quitteront pas leur caverne de St. Petersburg pour venir s’installer dans une autre, encore plus vétuste.

La bonne nouvelle dans cette histoire, c’est que si les démarches de Sternberg échouent une fois de plus, ce propriétaire extrêmement influent dans le cénacle de la MLB n’aura d’autre choix que d’envisager un déménagement et de tout faire pour concrétiser sa menace.

Dans l’industrie du sport professionnel, l’indifférence est une tare à peu près impossible à combattre. Et depuis de nombreuses années, les réalisations des Rays sur le terrain ne semblent avoir aucun impact auprès de leur public, ce qui rend encore plus improbable l’engagement financier des gouvernements locaux. Cette situation a fortement contribué, ces derniers jours, aux départs consécutifs du directeur général Andrew Friedman (qui est passé dans le camp des Dodgers) et du gérant Joe Maddon, deux hommes de baseball qui sont unanimement reconnus parmi les meilleurs de leur profession. Cela rappelle les dernières années des Expos. Les directeurs généraux quittaient le navire dès qu’ils en avaient l’occasion.

Même s’ils ont connu trois excellentes campagnes au cours des quatre dernières années, les Rays ont terminé deux fois au dernier rang dans les majeures au chapitre des assistances. Ce n’était guère mieux en 2011 et en 2014. Ils occupaient respectivement les 28e et 29e rangs.

En 2010, lorsqu’ils ont remporté le championnat de la Division est de l’Américaine, les Rays ont même vu leurs assistances diminuer (!) par rapport à la saison 2009, qu’ils avaient pourtant bouclée à 19 matchs de la tête.

Bref, que le maire Coderre et la communauté d’affaires montréalaise se le tiennent pour dit : la partie est bel et bien commencée à Tampa. Si Montréal souhaite sérieusement ravoir ses Expos, elle ne doit plus quitter cette balle des yeux.

Oscar Taveras
Oscar Taveras

La conduite automobile est parfois un exercice périlleux en République dominicaine.

La chronique de Martin Leclerc

Il y a deux ans, au milieu de la nuit, je me rappelle avoir dû stopper en catastrophe sur une voie rapide de campagne, non éclairée, parce qu’un cheval avait décidé de faire une pause au milieu de la route! Au cours de ce même périple, sur une autoroute achalandée ceinturant Saint-Domingue, j’étais arrivé face à face avec un type qui avait emprunté une sortie à l’envers! Et un peu plus tard, dans un petit village de bord de mer, j’avais failli démolir la suspension de la voiture parce que quelqu’un avait tout bonnement décidé de retirer les couvercles des bouches d’égouts au beau milieu de la rue…

Ces images en tête, j’ai passé la soirée de dimanche à me demander dans quelles circonstances le jeune espoir des Cardinals de Saint Louis,  et ex-Montréalais Oscar Taveras, avait bien pu perdre la vie en République dominicaine. Et j’ai pensé à son père, qui habite toujours Montréal, et qui devait être en train de chercher des billets d’avion pour aller pleurer son fils de 22 ans.

Les autorités ont fait savoir que Taveras avait perdu le contrôle de sa voiture près de Puerto Plata. Sa petite amie, âgée de 18 ans, a aussi péri dans l’accident.

* * *

Oscar Taveras, qui avait disputé la majeure partie de son baseball mineur à Montréal jusqu’à l’âge de 15 ans, avait fait la fierté du baseball québécois à la fin de mai en perçant la formation des Cardinals de Saint Louis, quelques semaines avant de célébrer son 22e anniversaire. Et comme un grand, Taveras avait réussi un circuit dès sa deuxième présence à la plaque.

À Saint Louis, une ville de baseball qui entretient avec son équipe un lien historique semblable à celui qui lie les partisans montréalais au Canadien, l’arrivée de Taveras avait été accueillie avec énormément de fébrilité et d’enthousiasme. Le voltigeur de droite était considéré comme l’un des deux ou trois plus brillants espoirs du baseball majeur.

Quand les Cards ont atteint les séries ces dernières semaines, le gérant Mike Matheny a décidé de ne pas exposer inutilement son jeune espoir, qui était encore en période d’apprentissage. Taveras avait été utilisé dans un rôle de réserviste. Ce dernier a répondu en maintenant une moyenne offensive de ,429 et en claquant un important circuit face aux Giants de San Francisco pendant la série de championnat de la Ligue nationale.

* * *

En 2007, à l’âge de 15 ans, Oscar Taveras était parvenu à percer la formation des Marquis de Montréal dans le réseau de développement midget AAA de Baseball Québec. Dans cette ligue, on retrouvait des joueurs dont l’âge allait jusqu’à 18 ans.

« Oscar n’avait que 14 ans au début de cette saison-là, mais il jouait comme un joueur de 18 ans », raconte Ronal-Virak Oum, qui faisait alors partie du personnel d’entraîneurs des Marquis.

« Au début, nous nous demandions si Oscar pouvait se tailler une place au sein de notre équipe. Mais dès que nous l’avions vu prendre un élan, il était clair qu’il allait rester. C’était un frappeur ambidextre, très agile des deux côtés de la plaque. Il était plus mature que les jeunes de son âge. »

« La balle explosait littéralement en quittant son bâton. On ne voit pas cela souvent », se souvient pour sa part Alex Agostino, qui était à l’époque le directeur technique de Baseball Québec.

* * *

Oscar Taveras, qui possédait la citoyenneté canadienne, avait terminé la saison dans l’équipe du Québec au Championnat canadien des moins de 18 ans. Et même s’il était le plus jeune joueur, il avait été nommé dans l’équipe d’étoiles du tournoi.

« Nous lui avions offert de se joindre à l’Académie de Baseball Canada, mais la perspective de devoir se soumettre au repêchage, et de devoir étudier et graduer ne semblait pas être la meilleure option pour lui », se souvient Agostino, qui est dépisteur pour les Phillies de Philadelphie depuis plusieurs années.

Taveras ne maîtrisait pas parfaitement le français, et il éprouvait des difficultés à l’école.

Après cette saison 2007, il est donc retourné vivre avec sa mère en République dominicaine. Et comme les Dominicains ne sont pas soumis aux règles du repêchage de la MLB, les Cards de Saint Louis l’ont mis sous contrat, à l’âge de 16 ans, quelques mois plus tard.

D’un point de vue strictement affaires, pour les Québécois qui possèdent aussi un passeport dominicain, il est extrêmement avantageux de poursuivre leur formation de baseballeur dans les Antilles. Au lieu de voir leur pouvoir de négociation s’amoindrir en étant repêché, les Dominicains profitent du statut de joueur autonome et peuvent offrir leurs services au plus offrant. Il y a deux ans, Ismaël Pena-Chénier, un Montréalais de 16 ans, avait suivi exactement la même route que Taveras et paraphé un contrat de 800 000 $ avec les Diamondbacks de l’Arizona.

« Oscar avait gardé des liens constants avec Montréal. Il venait faire un tour à chaque année pour passer du temps avec son père et pour revoir ses amis d’enfance », raconte Ronal-Virak Oum.

« Durant les années qu’il a passées au Québec, il s’était fait beaucoup d’amis. C’était un type très drôle, parfois un peu distrait, qui était très apprécié de ses coéquipiers. »

Quelque part près de Puerto Plata, le baseball majeur a perdu dimanche l’un de ses plus prometteurs enfants. Quelle tristesse.

Michel Therrien
Michel Therrien

Peu de gens s’y sont attardés, mais Michel Therrien dirigeait samedi son 600e match dans la LNH.

La chronique de Martin Leclerc

Selon les standards établis par les plus grands entraîneurs, il s’agit d’une étape modeste, certes. Par exemple, Jacques Lemaire, l’un des mentors de Therrien, a remporté plus de matchs (617) que l’actuel entraîneur du CH n’en a dirigés depuis le début de sa carrière. Mais quand même. On ne passe pas 600 matchs derrière un banc de la LNH par hasard.

Au cours de ces 600 matchs, Therrien a toutefois eu suffisamment de temps pour développer une marque de commerce extrêmement intéressante.

Il a d’abord spectaculairement redressé le Canadien à son premier séjour avec l’organisation au début des années 2000. Par la suite, à Pittsburgh, Therrien a transformé une moribonde équipe de 14e place en une finaliste de la Coupe Stanley en l’espace de deux ans. Et à Montréal, le même genre de scénario est en train de se répéter. Quand Therrien est revenu dans le giron du CH à l’été 2012, l’équipe venait de terminer au 15e rang dans l’Est. Et moins de deux ans plus tard, sa formation est passée à un cheveu de se qualifier pour la grande finale.

* * *

J’aime bien Michel Therrien.

Dans un monde où les entraîneurs se prennent souvent pour de grands seigneurs, Therrien fait parfois figure de chat de ruelle. Le pilote du CH n’a pas appris son métier dans une faculté d’éducation physique. Il a plutôt fréquenté la dure école des frères Morissette, tout en ayant l’intelligence de s’enrichir des précieux conseils des entraîneurs de carrière qu’il connaissait.

Après toutes ces années passées dans la LNH, son anglais est encore raboteux. Et il a parfois beaucoup de difficulté à cacher ses émotions. Le pilote du CH est un personnage entier qui ne fait pas de compromis lorsqu’il est question de préparation ou d’ardeur au travail.

Le Canadien 2014-2015, au jeu!

Therrien a été accueilli avec beaucoup de froideur à son retour avec le Canadien, particulièrement du côté de la presse anglophone, où l’on rappelait constamment son fameux épisode « du veston jaune ». Or, en matière d’excentricité vestimentaire, on a vite découvert que l’entraîneur n’avait rien à envier à son patron, Marc Bergevin.

Michel Therrien a écorché et bousculé quelques susceptibilités à son retour à Montréal. Mais avec le recul, lorsqu’ils constatent le chemin parcouru par l’équipe en moins de deux ans (il a dirigé son premier match en janvier 2013 après le lock-out), les jeunes meneurs de l’équipe lui en sont sans doute reconnaissants. Les carrières de hockeyeurs professionnels sont éphémères, et quelque part, il est sans doute rassurant de travailler pour quelqu’un qui ne connaît rien aux plans quinquennaux!

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Tout cela pour dire que depuis que Michel Therrien est revenu en poste, le Tricolore a amassé 177 points sur une possibilité de 276. On parle ici d’une moyenne de ,641, ou de 105 points par saison.

Au cours de cette période, seulement cinq équipes ont amassé plus de points que le Canadien au classement : les Ducks d’Anaheim (196), les Blackhawks de Chicago (193), les Penguins de Pittsburgh (190), les Bruins de Boston (189) et les Blues de Saint Louis (178).

Les fins observateurs auront remarqué qu’il s’agit d’équipes qui ont soit remporté la Coupe Stanley dans un passé récent, soit d’équipes dont les noms sont constamment mentionnés parmi les aspirantes au titre.

Le spectaculaire début de saison que connaît le Canadien, et qui force les scribes à remonter 50 ans en arrière pour retrouver des automnes aussi joyeux, n’est pas le fruit du hasard.

C’est un scénario qui se répète. C’est la marque de commerce de Michel Therrien.

 

Je vous propose quelques réflexions et quelques prédictions aujourd’hui.

C’est facile à dire quand une équipe connaît un bon début de saison, mais je ne suis pas étonné de l’excellent départ des Islanders de New York.

Garth Snow a payé cher pour obtenir Johnny Boychuck des Bruins. Il a aussi donné beaucoup aux Blackhawks pour Nick Leddy. Mais ces deux joueurs viennent consolider la défense des Islanders de façon remarquable. Boychuck jouait un rôle de second violon avec l’attaque massive des Bruins, mais il a l’un des meilleurs tirs de la Ligue nationale. Et on le mettra à contribution à New York.

Avec l’ajout de Jaroslav Halak, qui a coûté une bouchée de pain (un choix de 4e tour), les Islanders sont en voiture. Ils seront des séries, j’en suis convaincu. Et c’est d’autant plus opportun qu’ils feront la cour à un autre public la saison prochaine quand ils déménageront à Brooklyn.

En Floride

J’ai souvent eu l’impression, l’an dernier, qu’il ne manquait qu’un bon gardien aux Panthers de la Floride pour devenir une menace réelle. J’en venais à cette conclusion entre deux bâillements, je l’avoue, parce que les Panthers pratiquent un style… euh… prudent, mettons. Un style à la mesure de leur talent collectif. Quand on est poids coq, on ne fonce pas au milieu de l’arène pour échanger des coups avec un poids lourd. Élémentaire.

Maintenant, les Panthers ont Roberto Luongo. Luongo est un excellent gardien. Épargnez-moi les « il n’est plus ce qu’il était ». Bien encadré, convenablement motivé et soutenu, Luongo peut encore en donner beaucoup. Or, les Panthers ont aussi ajouté Gerard Gallant. Il manque d’expérience dans la Ligue nationale, et il sera intéressant de voir comment il prendra possession de cette équipe. Mais il a déjà Jonathan Huberdeau dans son coin. Il l’a dirigé à Saint-Jean. Ils ont gagné la Coupe Memorial ensemble. J’ai confiance en Gallant. C’est un pragmatique et un bon motivateur.

Au moment d’écrire ces lignes, les Panthers avaient une fiche de deux victoires, deux défaites et deux revers en prolongation. Pas brillant. L’équipe n’avait marqué que neuf buts, ce qui lui valait le 29e rang. Ses deux attaquants les mieux payés, Dave Bolland et Tomas Fleischmann, n’avaient pas amassé le moindre point. Mais les Panthers n’avaient aussi  accordé que 14 buts. Gallant installe son système. L’imagination et la créativité peuvent en souffrir pendant un moment, mais ces 14 buts accordés témoignent d’un effort réel. Pendant ce temps, les talentueux Oilers en ont déjà donné 29 ,et Dallas Eakins prêche dans le désert.

Quand l’avantage numérique va se mettre à produire, quand Huberdeau et Barkov (qui n’ont que 21 et 19 ans) vont ouvrir leurs ailes, les Panthers pourraient causer des surprises.

Et l’une de ces surprises pourrait être leur déménagement à Québec.

Bettman dit non

Gary Bettman affirme que les Panthers sont en Floride pour de bon. Le commissaire insiste et prend pour exemple les efforts déployés en Arizona pour sauver les Coyotes. Mais attention. Phoenix est dans l’Ouest où il n’y a que 14 équipes et où une expansion serait bien plus payante qu’un déménagement. Si expansion il y a, c’est dans l’Ouest qu’on la verra.

Deuxièmement, avant que les Thrashers d’Atlanta déménagent à Winnipeg, Bettman tenait le même discours. Et c’est parfaitement normal. On ne mine pas l’existence d’une équipe, même moribonde, en annonçant son déménagement pendant qu’on essaie encore de vendre des billets.

Bettman est patient, mais les propriétaires de la Ligue nationale feraient plus d’argent, verseraient moins de compensation, vendraient plus de billets, de chandails et de cossins si l’équipe était à Québec. C’est une simple question d’argent. Et vous le savez, l’argent parle fort.

En conclusion, les Islanders seront des séries de fin de saison, et les Panthers en seront très proches. Et apprenez à les aimer (ou à les haïr) parce qu’ils joueront à Québec dans deux ans.

Coupe du monde: Haïti, la suite…

Vendredi 24 octobre 2014 à 14 h 45 | | Pour me joindre

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Coupe du monde:  Haïti, la suite…

Je vous disais la semaine dernière, Haïti pour l’histoire! Eh bien oui, Haïti s’est inscrit dans la petite histoire. Ces femmes de l’équipe nationale de football ont ouvert une nouvelle porte pour l’avenir du sport, pour l’avenir du sport au féminin. Non, elles n’ont pas réussi leur qualification pour la Coupe du monde qui se tiendra au Canada en juin prochain. Mais par leur résilience, leur détermination, leur persévérance, elles ont attiré l’attention sur leur situation immensément difficile. La fondation Clinton s’intéresse à elles et voudrait soutenir cette équipe à moyen et à long terme. Dans un pays, comme le dit l’entraîneur de l’équipe, Shek Borkowski: « où tout l’accent est mis sur l’équipe masculine », ce soutien, s’il se concrétise, c’est le prélude d’une révolution! Le début de la reconnaissance de l’équité…C’est immense.

Shek Borkowski
Shek Borkowski
Mais cette dernière étape de qualifications de la zone CONCACAF (Amérique du Nord, Amérique Centrale et Caraïbe), la Gold Cup, en route vers la Coupe du monde pourrait inspirer de nombreux scénaristes. Quand Haïti a été battu 1-0 par l’équipe de Trinité et Tobago, on savait déjà que c’était terminé pour les Grenadières, qui devaient jouer leur dernière rencontre contre les États-Unis. Mais du coup, la république de Trinité et Tobago pouvait prétendre devenir la première nation des Caraïbes à participer à la Coupe du monde.

Comme pour les Haïtiennes, les Soca Princesses sont menées bénévolement par un entraîneur américain, Randy Waldrum. Quand l’équipe est arrivée à Kansas City pour le début des qualifs, elle avait en poche cinq cents dollars. Waldrum a lancé un cri d’alarme sur twitter: « Les filles de T et T sont arrivées avec 500$. Pas d’équipement, pas de transport de l’aéroport à l’hôtel…Que vais-je leur donner pour dîner…J’ai besoin d’aide…Je suis censé aider ses filles à se qualifier pour la Coupe du monde…Elle mérite mieux que ça… »
La réponse a été instantanée…

Le FC Dallas de la MLS (Major League Soccer) a prêté son stade, son équipement, fourni de la nourriture…En fait, la communauté du soccer aux États-Unis a répondu à l’appel et très rapidement près de quatorze mille dollars américains ont été amassés. Disons que la méthode Waldrum n’a pas plu aux autorités de Trinité et Tobago…Waldrum a même écrit de façon préventive une lettre pour expliquer qu’il n’avait aucune intention de froisser la fédération ou le gouvernement, sa seule intention était de soutenir l’équipe. Comme par hasard, les quarante mille dollars promis aux Soca Princesses ont été débloqués.

Cette Gold Cup nous montre de façon désespérante l’immense clivage qui existe encore entre le nord et le sud. Les Américaines dominent le monde du soccer. Elles ont gagné les trois dernières éditions olympiques et depuis le début de la Coupe du monde, elles ont toujours été sur le podium et elles ont aussi gagné le titre à deux reprises. Ce qui a contribué à ce succès aux États-Unis c’est un amendement, sous le gouvernement de Richard Nixon en 1972, le Title IX. Cet amendement interdit toute discrimination sur la base du sexe dans tous les programmes d’éducation soutenus par l’État. Cette loi a permis aux projets de sport féminin dans les collèges et universités d’enfin recevoir des subventions. Depuis, il y a des sports-études et des équipes sur tous les campus.

Est-ce que cette Gold Cup pourra servir de tournant pour le développement du foot dans les pays dévaforisés? Des hommes comme Shek Borkowski et Randy Waldrum, deux Américains qui donnent leur temps pour Haïti, pour Trinité et Tobago contribuent grandement à changer le regard que l’on porte sur ces femmes dans leur pays, à faire avancer les mentalités. Bien sûr, on est encore loin du jour où les équipes féminines des Caraïbes ou de l’Amérique Centrale vont s’imposer sur la scène internationale. Mais en demi-finale de la Gold Cup, avec les États-Unis et le Mexique on retrouve le Costa Rica et Trinité et Tobago…Trois de ces quatre équipes vont obtenir une place pour la Coupe du monde, celle qui terminera quatrième ira en match de barrage contre l’Équateur pour tenter de se faire une place.

Une participation à la Coupe du monde c’est immense. Si Trinité et Tobago y arrive, ces joueuses seront récompensées pour leur ferveur, leur passion. Mais ce n’est pas suffisant. Il faudrait que ces pays qui ont peu de moyens puissent obtenir beaucoup plus de soutien, pour des programmes de développement et pour leur équipe nationale. Les joueuses d’Haïti et de T et T ont ouvert une porte, espérons qu’elle reste ouverte. Souhaitons surtout que les générations qui suivront puissent la traverser…Avec aisance!

 

En début de semaine, on a appris qu’un recours collectif avait été entrepris à Toronto afin de forcer les équipes du hockey junior majeur canadien à se conformer aux lois qui régissent le salaire minimum. Le libellé de la poursuite, qui vise la Ligue de l’Ouest, la Ligue de l’Ontario et la Ligue de hockey junior majeur du Québec, donne l’impression que les équipes juniors nagent littéralement dans l’argent.

La chronique de Martin Leclerc

Le recours, intenté au nom de l’ex-joueur Sam Berg (Ligue de l’Ontario) réclame une compensation de 180 millions de dollars, rien de moins(!), pour des bénéfices (salaire, vacances, congés, heures supplémentaires) que des milliers de joueurs d’âge junior auraient dû empocher au cours des dernières années, si les trois ligues canadiennes s’étaient soumises aux dispositions sur le salaire minimum.

Clarifions tout de suite une chose : je ne traiterai pas dans cette chronique des moyens à prendre pour améliorer le sort des joueurs d’âge junior. C’est un sujet sur lequel je reviens périodiquement depuis plus de 10 ans. Et j’y reviendrai prochainement.

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Le texte de la poursuite allègue que la Ligue canadienne de hockey (qui regroupe les trois circuits juniors majeurs) et ses équipes « ont conspiré pour faire signer aux joueurs un contrat que les défendeurs savaient illégal » et que cette conduite est « cavalière, outrageuse, irréfléchie, immorale, délibérée, sans cœur, disgracieuse, délibérée et totalement méprisante en regard des droits des joueurs ».

À lire ce document, on en vient presque à se dire que les propriétaires d’équipes sont aussi méprisables que les cruels esclavagistes des pays sous-développés, qui enchaînent des enfants à des machines et qui les forcent à travailler plus de 12 heures par jour, 7 jours sur 7, pour quelques cents l’heure. Et on se demande quel genre de parents peuvent bien confier leurs enfants à de tels monstres.

Un vieil adage veut que tout ce qui est excessif soit insignifiant. Eh bien, si c’est le cas, ce recours collectif est d’une insignifiance sans nom.

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Il est vrai que certaines équipes de hockey junior majeur font des profits assez intéressants. Pour les Remparts de Québec, par exemple, verser une allocation de dépenses hebdomadaire de 35 $ à un joueur (tout en payant ses études au cégep et en assumant ses frais de pension dans une famille) constitue sans doute un modèle d’affaires extrêmement lucratif. Les Remparts attirent des foules de 8000, 10 000 ou 12 000 spectateurs à leurs matchs.

Mais pour la majorité des équipes, qui sont installées dans des petites communautés, boucler le budget constitue un défi en soi. En région, les équipes appartiennent souvent à des regroupements d’hommes d’affaires locaux dont le simple but consiste à ne pas faire de déficit, et à animer leur communauté en l’inscrivant au sein de la plus prestigieuse ligue sportive qui leur est accessible.

Avec des foules de 1500 ou 1800 spectateurs, les équipes comme Val-d’Or, Rouyn ou Acadie-Bathurst sont loin de vivre dans le trèfle jusqu’aux genoux. Pour les propriétaires et les dirigeants de ces équipes, qui font partie de la majorité, le recours collectif intenté ces derniers jours à Toronto relève tout simplement de la science-fiction.

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Au début de septembre, bien avant que cette poursuite soit déposée, j’ai justement effectué un grand sondage auprès des directeurs généraux des 18 équipes de la LHJMQ.

L’une des questions de ce sondage était : Votre équipe est-elle en bonne santé financière? Et les participants y répondaient en ayant l’assurance que leur identité n’allait pas être divulguée.

Les résultats?

-  Cinq ont déclaré que leur équipe dégage des profits (28 %)

-  Cinq ont déclaré que leur équipe accumule les déficits (28 %)

-  Sept ont déclaré que leur équipe alterne d’année en année entre de légers déficits et de légers profits (39 %)

-  Un n’a pas voulu répondre (5 %)

« Nos propriétaires ont les reins très solides et la communauté est extrêmement solidaire de l’équipe. Nous ne sommes pas à plaindre en comparaison à d’autres. Mais nous sommes loin de faire de l’argent. Il n’y a que des déficits depuis quatre ans », a déclaré un DG d’une équipe des Maritimes.

« Nous faisons un très léger profit. Et pour y arriver, nous devons organiser des événements de financement comme des tournois de golf. Nous avons connu quelques saisons gagnantes ces dernières années et nous en avons profité pour nous doter d’un petit coussin de sécurité. Ce fut une bonne décision parce que nous nous situons tout juste au-dessus de la ligne de flottaison », a pour sa part commenté le dirigeant d’une équipe québécoise.

« Nos propriétaires rêvent de foules de 2200 personnes à tous les matchs, mais nous n’attirons jamais autant de monde. Le modèle économique ne fonctionne pas. Parce que nous sommes en région éloignée, ça coûte un million par année pour faire voyager et fonctionner l’équipe. Ce n’est pas facile », d’ajouter un autre DG.

* * *

Alors, on fait quoi?

De plus en plus de juristes estiment que les équipes de hockey junior majeur, à titre d’entreprises privées, ne jouissent d’aucune espèce d’exception à la loi sur le salaire minimum. Et qu’à ce titre, les joueurs devraient être payés selon le même taux horaire qu’un étudiant qui, par exemple, travaille dans un McDonald’s.

C’est très noble en théorie. Mais dans la réalité, les deux tiers des équipes devraient probablement mettre fin à leurs activités si c’était le cas.

La situation des équipes et des joueurs de hockey junior au Canada est extrêmement complexe, et elle découle d’une situation historique qu’on ne peut balayer du revers de la main.

Si l’entreprise privée a un jour commencé à chapeauter les activités sportives des meilleurs jeunes hockeyeurs, c’était probablement parce que nos collèges et universités avaient les doigts dans le nez, ou tout simplement parce que nos institutions scolaires ne voulaient pas engager de dépenses dans ce domaine. Les Américains, par exemple, ont emprunté une voie différente. Et eux aussi, leur modèle n’est pas parfait.

La situation des hockeyeurs juniors peut-elle être améliorée? Je suis convaincu que oui. Mais quand on commence cette démarche en faisant fi de la réalité, et en présentant les dirigeants d’équipes comme des exploiteurs cupides et sans vergogne, l’opération perd toute crédibilité.

Au hockey, les statistiques sont parfois extrêmement trompeuses. Une équipe peut être créditée de 35 tirs au filet sans avoir été menaçante de la soirée. Ou encore, un joueur peut conclure un match avec deux points à sa fiche sans vraiment avoir participé à l’effort offensif de son club.

La chronique de Martin Leclerc

De la même manière, les manchettes des médias au lendemain d’un match ne concordent pas toujours avec ce qui s’est réellement produit sur la patinoire…

Pour cette raison, j’ai pensé vous offrir un regard différent sur le Canadien cette saison. Chaque semaine, je publie une compilation des chances de marquer obtenues par les joueurs de Michel Therrien, ainsi qu’une compilation des actions déterminantes qui ont créé ces fameuses chances de marquer. (Note : les définitions de ce que sont les chances de marquer (CM) et les actions déterminantes (AD) sont incluses après le tableau.)

Après sept rencontres, ces deux statistiques révélatrices montrent à quel point le trio composé d’Alex Galchenyuk, Tomas Plekanec et Pierre-Alexandre Parenteau sonne la charge en attaque pour le Canadien depuis le début de la saison. Depuis le début du séjour du Canadien à Montréal (3 matchs), les membres de ce trio ont obtenu et provoqué pas moins de 38 chances de marquer, contre 37 pour le trio composé de Max Pacioretty, David Desharnais et Brendan Gallagher.

PK Subban et ses coéquipiers affrontent les Wings au Centre Bell
P.K. Subban et ses coéquipiers

Pacioretty a été le joueur du CH le plus menaçant durant cette période. À lui seul, il a obtenu ou provoqué 16 chances de marquer.

L’attaque du Canadien se situe au 13e rang dans la LNH, alors qu’elle avait bouclé la saison 2013-2014 au 21e rang.

Voici, donc, le portrait d’ensemble :

Joueurs CM AD Total
14- Plekanec 14 14 28
15- Parenteau 19 8 27
11- Gallagher 14 10 24
27- Galchenyuk 13 9 22
51- Desharnais 8 13 21
67- Pacioretty 13 8 21
81- Eller 8 10 18
17- Bourque 9 7 16
76-Subban 8 6 14
79- Markov 3 8 11
26- Sekac 5 2 7
20- Malhotra 5 2 7
 8- Prust 1 6 7
22- Weise 2 4 6
28- Beaulieu 3 1 4
77- Gilbert 1 3 4
  2- Tinordi 0 2 2
74- Emelin 0 2 2
43- Weaver 0 2 2
32- Moen 0 1 1

 

Qu’est-ce qu’une chance de marquer? C’est un tir décoché à partir d’un endroit où, statistiquement, les probabilités de tromper la vigilance d’un gardien sont les plus élevées. Cette zone privilégiée a en quelque sorte la forme du marbre au baseball. Elle commence à la hauteur du filet et s’élargit jusqu’aux points de mise au jeu. Et à partir des deux points de mise au jeu, elle s’élève en ligne droite, vers la ligne bleue, et dépasse d’environ cinq pieds l’extrémité des cercles.

Un tir qui rate la cible peut être considéré comme une chance de marquer, puisque c’est la position d’où provient le tir qui compte.
Par contre, un tir bloqué par un joueur défensif autre que le gardien ne constitue pas une chance de marquer. À moins que le gardien soit hors position et que ce joueur (par exemple un défenseur) soit le dernier à défendre le filet.

Qu’est-ce qu’une action déterminante? Effectuer une passe est une habileté de base que possèdent tous les joueurs de la LNH. Par contre, créer une chance de marquer (pour soi-même ou pour un coéquipier) est une habileté que peu de hockeyeurs maîtrisent. De nombreux joueurs de la LNH récoltent régulièrement des mentions d’aide après avoir effectué des passes de routine qui n’ont eu aucune influence directe sur le déroulement subséquent du jeu. Ils obtiennent donc des points parce qu’ils ont la chance d’être bien entourés.

En revanche, les joueurs qui réussissent des actions déterminantes savent battre leurs adversaires à un contre un, ou encore, ils savent trouver les ouvertures et repérer leurs coéquipiers qui se démarquent. Ce sont eux qui animent l’attaque de leur équipe. Lorsqu’une équipe obtient une chance de marquer, il est aussi possible que cette occasion ne soit le fruit d’aucune action déterminante (par exemple, une rondelle déviant par hasard sur la palette d’un attaquant).

La justice de pacotille de Gary Bettman

Mardi 21 octobre 2014 à 8 h 58 | | Pour me joindre

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Voynov est suspendu indéfiniment...avec salaire.
Voynov est suspendu indéfiniment…avec salaire.

Notre système de justice est lent. Ça ne plaît pas à tout le monde, mais c’est beaucoup mieux ainsi. Notre système de justice est lent parce qu’il donne aux parties concernées tout le temps nécessaire pour amasser la preuve, la soupeser, et ensuite plaider leur cause devant un juge qui, en fin de compte, décide s’il y a un coupable ou non.

La chronique de Martin Leclerc

La sagesse de la justice se situe donc bien loin de celle de la LNH qui, pour préserver son image, a suspendu indéfiniment le défenseur des Kings de Los Angeles, Slava Voynov, lundi, parce que ce dernier venait d’être arrêté en rapport avec une affaire de violence conjugale.

Dans la foulée de la récente affaire Ray Rice, qui a secoué la NFL et mis en danger le poste du commissaire Roger Goodell, il est intéressant de voir que la LNH de Gary Bettman vient de se découvrir un nouvel intérêt pour la justice criminelle.

* * *

À la même époque l’an dernier, la LNH ne semblait pas préoccupée outre mesure quand la police de Denver a arrêté le gardien de l’Avalanche du Colorado Semyon Varlamov. Le Russe de 25 ans était alors accusé de voies de fait sur sa conjointe et de kidnapping. Le témoignage de la présumée victime était on ne peut plus accablant. Elle avait raconté que Varlamov l’avait lancée contre un mur avant de la piétiner. Il lui avait mentionné qu’elle était chanceuse de ne pas se trouver en Russie parce que la correction qu’elle subissait aurait été plus sévère.

Quelques heures après avoir été accusé, Varlamov était à bord d’un avion pour aller disputer le prochain match de l’Avalanche. Soutenu par son entraîneur Patrick Roy dans cette tourmente, le gardien n’a même jamais raté une séance d’entraînement à cause des accusations qui pesaient sur lui.

La LNH dans tout cela? Un de ses porte-parole avait simplement déclaré que « la ligue n’allait émettre aucun commentaire tant qu’elle n’allait pas avoir une compréhension complète des faits et des circonstances liés aux accusations qui viennent d’être déposées ».

C’était peut-être la meilleure chose à faire, puisque les accusations ont été retirées moins de deux mois plus tard. Le procureur chargé du dossier a déclaré qu’il n’était pas en mesure de produire une preuve satisfaisante devant un tribunal.

* * *

Un an plus tard, voilà que la LNH suspend Voynov indéfiniment, alors que la police ne l’a pas encore accusé de quoi que ce soit (!). Le défenseur, a indiqué la LNH, sera suspendu tant que la LNH n’aura pas terminé son enquête.

On parle ici d’un virage à 180 degrés. La LNH, qui peine déjà à faire appliquer ses règles et à protéger ses joueurs sur la patinoire, est donc en train de créer son petit département de justice parallèle. Le problème, quand on commence à se substituer à la justice, quand on veut aller au-devant des coups et qu’on veut sanctionner soi-même des actes criminels à la place des juges, c’est que ça peut rapidement mal tourner.

Il y a huit ans, trois joueurs blancs de l’équipe de crosse de l’Université Duke ont été accusés d’avoir commis un viol collectif particulièrement violent sur une stripteaseuse noire qu’ils avaient embauchée pour une fête.

Le président de l’université a aussitôt mis fin à la saison de l’équipe. L’entraîneur, qui présentait un parcours impeccable, a été forcé de démissionner. Et les trois jeunes, qui ont défrayé la manchette à la grandeur des États-Unis, ont été traités comme des parias par leur université. Un professeur a même dit de l’un d’eux qu’il était un « animal de ferme ».

Le seul hic, c’est que les accusations étaient fausses et que la jeune femme n’avait jamais été violée. En tout, on raconte que l’université a dû débourser environ 100 millions pour régler à l’amiable avec les trois étudiants, ainsi que pour assumer les dépenses légales liées à ce faux scandale.

* * *

Plus près de chez nous, pas plus tard qu’en 2011, l’ex-capitaine du Canadien Vincent Damphousse s’est retrouvé au beau milieu d’une affaire de violence conjugale. Sa conjointe l’accusait de six épisodes distincts qui s’étaient étalés, soutenait-elle, sur une période de trois ans.

Si Damphousse avait joué dans la LNH de 2014 au lieu de travailler à RDS quand cette affaire a éclaté, il aurait honteusement été suspendu par son employeur avant même de pouvoir se faire entendre.

Mais Damphousse a été chanceux dans sa malchance. Au lieu d’être à la merci de la justice expéditive de Gary Bettman, qui vise avant tout à protéger l’image de la LNH, Damphousse a été soumis au vrai système de justice, qui a lentement suivi son cours. Et deux ans plus tard, en 2013, Damphousse a été totalement exonéré. En plus, les faits ont montré que c’était lui qui avait été victime de violence. Et son ex-conjointe devra parader devant un juge pour répondre de ses actes!

* * *

Aux yeux des commanditaires et d’une catégorie de partisans qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, ça paraît sans doute très bien quand on suspend et qu’on s’essuie rapidement les pieds sur un quelconque défenseur russe, au mois d’octobre, au début de la saison.

Mais l’autre problème, quand on commence à jouer les justiciers et à essayer de faire plus vite que la police et les juges, c’est qu’il faut agir de la même manière avec tout le monde, tout le temps.

Je n’ose donc pas imaginer la situation où, à deux jours du début des séries éliminatoires, ou à 24 heures du début de la série finale de la Coupe Stanley, une superstar comme Sidney Crosby, Jonathan Toews ou Drew Doughty se retrouvera aux prises avec des accusations criminelles.

Les athlètes professionnels et les célébrités sont des cibles de choix en cette matière. C’est d’ailleurs arrivé à Doughty en mars 2012. Une jeune femme avait accusé le défenseur étoile de viol. Les accusations avaient été totalement retirées trois mois plus tard parce que les enquêteurs étaient incapables de dénicher de la preuve, et parce que la plaignante, selon les enquêteurs, avait un problème de crédibilité.

Quand une histoire de ce genre impliquera une grande vedette au « mauvais moment », Bettman lèvera-t-il encore la main comme un fier scout et suspendra-t-il immédiatement le joueur concerné « en attendant que l’enquête de la ligue soit complétée »? Ou restera-t-il assis sur ses mains comme il l’avait fait dans l’affaire Varlamov, en arguant qu’il faut prendre le temps d’analyser les faits avant d’agir?

Quand on joue au justicier et au défenseur de la morale, on ne peut pas calibrer sa réaction en fonction de la tête du client.

Pour toutes ces raisons, la position prise lundi par la LNH est pitoyable. Parce que ce n’est pas à Gary Bettman ni à ses sbires d’enquêter et de déterminer si Slava Voynov est coupable. Le premier principe qui s’applique en matière de justice criminelle, c’est justement qu’un accusé doit être présumé innocent tant que sa culpabilité n’a pas été prouvée, hors de tout doute, devant un juge.

Quand Voynov (si jamais on finit par l’accuser) aura été entendu par un vrai juge et qu’il aura pu se défendre, la LNH pourra alors légitimement décider si sa présence dans l’uniforme des Kings est préjudiciable à la conduite des affaires de la ligue.

Plus la saison avance, plus on découvre le nouveau visage du CH. Et plus on est en mesure d’évaluer le genre d’été que Marc Bergevin a connu.

Quand un directeur général procède à une nouvelle acquisition, il y a toujours une certaine part de risque et d’incertitude quant au résultat final. Il est impossible de garantir qu’un être humain ayant atteint un niveau de performance X, dans un autre environnement et dans une autre période de sa vie, puisse reproduire la même chose ou s’intégrer aussi bien au sein d’une autre formation.

Dans la même veine, il est extrêmement difficile de sortir un joueur utile de sa formation (les contraintes du plafond salarial) et d’en trouver un autre capable d’assumer le même rôle et de parfaitement combler le vide.

Par exemple, il est clair depuis le début du calendrier que l’ajout de Tom Gilbert dans le premier quatuor de défenseurs provoque un peu plus d’incertitude dans le jeu du CH.

Gilbert, qui aime davantage faire circuler la rondelle que son prédécesseur Josh Gorges, mais qui excelle moins en défense, domine la LNH au chapitre des revirements commis (10), alors que Gorges (qui joue pour une équipe beaucoup plus faible à Buffalo) n’en a commis que deux depuis le début de la campagne. De la même manière, Gorges domine la LNH au chapitre des tirs bloqués (30), alors que Gilbert en a stoppé la moitié moins.

Ce sera à Michel Therrien et à Jean-Jacques Daigneault de faire les ajustements nécessaires pour rendre leur machine défensive aussi efficace que par le passé.

***

Revenons à Marc Bergevin. À ce jour, le coup de circuit le plus retentissant du DG du Canadien constitue sans doute l’acquisition de Pierre-Alexandre Parenteau, qui croisait justement son ancienne équipe, l’Avalanche du Colorado, samedi soir au Centre Bell.

Normalement, un directeur général doit littéralement donner sa chemise pour mettre la main sur un attaquant capable d’évoluer dans les deux premiers trios. Or, pour obtenir Parenteau, 31 ans, Bergevin a sacrifié Daniel Brière, un vétéran de 36 ans en perte de vitesse que Michel Therrien utilisait en moyenne 12 min 46 s par rencontre. Brière était certes un coéquipier apprécié dans le vestiaire et auprès des partisans, mais le fait demeure : Michel Therrien ne lui faisait pas suffisamment confiance pour l’insérer dans ses deux premiers trios.

Quand les deux équipes ont fait l’échange l’été dernier, Patrick Roy laissait entendre que Daniel Brière allait être apprécié à sa juste valeur avec l’Avalanche et que le CH avait peut-être mal exploité son talent. Or, jusqu’à présent, Brière ne joue en moyenne que 30 secondes de plus qu’il ne le faisait à Montréal. Et samedi soir, cruellement, Roy ne l’a utilisé que 8 min 46 s sur la patinoire du Centre Bell.

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L'arrivée de Parenteau avec le Canadien, un coup de maître du DG.
L’arrivée de Parenteau avec le Canadien, un coup de maître du DG

Depuis le début de la campagne, Pierre-Alexandre Parenteau est l’un des plus grands animateurs de l’attaque du Canadien. Aucun autre attaquant n’a obtenu plus de chances de marquer que lui (17). Et à l’exception de Tomas Plekanec (13 chances de marquer obtenues et 13 chances de marquer créées), aucun autre attaquant du CH n’a généré autant d’offensive que Parenteau jusqu’à présent.

Après l’élimination du CH en finale de l’Est le printemps dernier, les partisans de l’équipe s’entendaient pour dire que Thomas Vanek ne méritait pas d’offre contractuelle de Bergevin. Mais en même temps, comme Brian Gionta s’en allait lui aussi, on se demandait comment le Tricolore allait pouvoir combler le vide sur le flanc droit.

Honnêtement, depuis le début de la saison, est-ce que quelqu’un regrette Thomas Vanek? P.-A. Parenteau touche 2,5 millions de dollars de moins que l’Autrichien et il contribue à l’attaque du CH de manière importante. En plus, quand les séries éliminatoires commenceront, il ne sera pas difficile pour Parenteau de faire davantage sentir sa présence que Vanek ne l’a fait lors des dernières séries.

Pour Parenteau, contrairement à Vanek, porter les couleurs du CH signifie quelque chose. D’ailleurs, il fallait voir ses yeux s’illuminer, jeudi soir, lorsqu’on lui a demandé ce qu’il avait ressenti en soulevant le flambeau au milieu de la patinoire du Centre Bell. « Je sais que ça sonne comme un cliché, mais c’était la réalisation d’un rêve d’enfance! », a-t-il spontanément lancé.

Ce sont les transactions comme celle-là qui font progresser une équipe. Et, normalement, elles sont extrêmement difficiles à réaliser. Même si la saison est encore très jeune, Marc Bergevin doit certainement s’en féliciter.