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Arantxa Sanchez-Vicario (photo : Presse Canadienne)

Arantxa Sanchez-Vicario (photo : Presse Canadienne)

 

Arantxa Sanchez-Vicario a reçu un hommage lundi soir sur le court central du stade Uniprix, tout juste avant le match entre la Québécoise Aleksandra Wozniak et l’Américaine Sloane Stephens.

Accompagnée de ses deux jeunes enfants, la joueuse espagnole, maintenant âgée de 42 ans, a été intronisée au Temple de la renommée de la Coupe Rogers. Sacrée à Montréal en 1992 et 1994, elle rejoint ainsi d’autres grands du sport comme Martina Navratilova, Monica Seles, Chris Evert, Boris Becker, Andre Agassi et John McEnroe.

J’ai toujours aimé Sanchez-Vicario. Je l’avais découverte en 1989 quand elle avait battu Steffi Graf en finale des Internationaux de France pour remporter le premier de ses quatre titres en grand chelem. Un bris au 11e jeu de la troisième manche lui avait permis de servir pour le match et de devenir, à 17 ans et demi, la plus jeune gagnante du tournoi.

Par la suite, elle est devenue l’une de mes joueuses favorites. Certes, elle n’avait pas la grâce de Graf ni de Gabriela Sabatini, mais j’adorais son style, sa hargne. Une battante.

Son intensité à Roland-Garros m’avait séduite. Elle courait toutes les balles, comme Rafael Nadal. Peut-être un style qu’on apprend dans les écoles espagnoles? Ou tout simplement une caractéristique propre au peuple ibérique?

J’ai vu ses victoires à Montréal et j’ai constaté que la télé ne rendait pas du tout justice à sa détermination. Pour une raison que j’ignore, elle a toujours eu plus de succès ici qu’à Toronto.

En conférence de presse en après-midi, avant son intronisation, elle a donné un début d’explication à ma question. Elle a dit que Montréal avait toujours été l’un de ses tournois favoris, qu’elle s’y était toujours sentie comme à la maison et que la foule l’avait toujours encouragée comme l’une des siennes.

Et tout cela en s’exprimant dans la langue de Molière… comme une vraie Québécoise! Et dire qu’elle s’étonne de l’accueil chaleureux qui lui est encore réservé ici et qui l’a fait encore sentir comme chez elle après toutes ces années.

Arantxa Sanchez-Vicario (Photo: Getty Images)

Arantxa Sanchez-Vicario (Photo: Getty Images)

Elle garde de bons souvenirs de ces deux finales, surtout qu’elle y avait défait ses deux grandes rivales de l’époque, Seles en 1992 et Graf en 1994, en plus de remporter également le double cette année-là avec l’Américaine Meredith McGrath. En 1996, elle avait aussi atteint la finale, mais Seles l’avait vaincue cette fois-là.

Vingt ans plus tard, ces âpres batailles sont encore fraîches à sa mémoire. Quand elle en parle, on sent encore ce même désir de vaincre qu’à l’époque… et cette même passion. « Je me battais parce que je voulais gagner ce trophée. J’ai joué mes meilleurs matchs pour remporter ces finales. »

Si la joueuse en elle affiche toujours autant de caractère, la femme, elle, a changé. Plus mince, plus féminine, avec robe ajustée et talons hauts. Elle est aussi passée du brun au blond, avec les cheveux plus longs.

Le changement est frappant, même si j’avais vu récemment des photos d’elle lors d’un événement mondain.

Son charisme et son sens de l’humour sont restés les mêmes, comme en témoigne sa dernière réplique en quittant la salle.

« Vous allez attendre Serena une autre demi-heure », a-t-elle lancé en riant aux journalistes qui patientaient déjà depuis une heure.

De quoi nous faire rigoler et nous rappeler à quel point sa grande classe nous manquait.

Mon top 10 des Jeux du Commonwealth

Lundi 4 août 2014 à 22 h 46 | | Pour me joindre

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Le caméraman-monteur Bruno Giguère et moi devant l’Hydro de Glasgow

C’est fini. Je suis à quelques heures de déclarer au douanier que je ne rapporte que d’excellents souvenirs et de souhaiter le faire sourire.

Merci Glasgow, j’ai vraiment aimé tes Jeux et j’ai déjà hâte aux prochains. Voici 10 fois pourquoi.

L’inclusion des parasports

Il n’y a pas de « paracommonwealth » ni de sports en démonstration. Ici, 22 épreuves et 66 médailles qui comptent et qui ont provoqué d’immenses applaudissements. Il serait grand temps que les Jeux paralympiques et les parapanaméricains disparaissent, au profit d’une famille sportive unie. J’ai un autre top 10 pour défendre mon point.

L’expérience des officiels

Les Jeux sont aussi pour les juges et les officiels. L’arbitre indien en judo et la Kényane en gymnastique auraient-ils eu cette chance aux JO? L’expérience, comme le disait Gilles Tremblay.

Le squash, le boulingrin, le netball

Ces sports ne sont pas olympiques. Ces athlètes ont vécu leurs moments de gloire. Le rugby à sept a fait ses classes ici et fera ses débuts olympiques à Rio.

Des médaillés canadiens, beaucoup

Quatre-vingt-deux médailles internationales de retour au Canada. Des sourires et des larmes de joie les accompagnent. Ces athlètes carburent aux succès. La médaille au cou leur fait du bien.

Jerusalem

L’Angleterre n’a pas d’hymne national. Elle utilise parfois celui de la Grande-Bretagne (God save the Queen), mais les Jeux du Commonwealth proposent le plus populaire (selon un récent sondage) : Jerusalem, tiré d’un poème de William Blake et mis en musique par Hubert Parry. J’ai connu d’abord la version d’Emerson, Lake and Palmer à l’adolescence. Un mélange de nostalgie, une boule d’émotion chaque fois. En voici une magnifique version.

Gagner pour gagner                                                                   

Pas pour une bourse, ni pour un classement mondial ni pour une qualification olympique. Gagner pour le plaisir de vaincre sans avoir peur de perdre.

L’examen de mi- session

À la recherche de la perfection, l’athlète peut mesurer son talent dans des circonstances qui ressemblent aux Jeux olympiques. Une mise au point que les Américains n’ont pas (et regrettent, semble-t-il).

Échanger des trucs

Peur de partager des secrets à un collègue, par crainte qu’il en tire avantage à vos dépens? Oui, ça arrive. Maintenant, pourquoi échanger ses secrets, mais aussi ses peurs et ses succès avec des entraîneurs et athlètes de sports différents? Voilà une façon constructive d’apprendre et de grandir. Il semble que le Village des athlètes a été très fertile en discussions du genre.

The Queen

Elle a ouvert les Jeux de 1958. Elle a ouvert les Jeux de 2014. Éternelle!

Glasgow, Golf Coast, Edmonton?

Des villes de tailles moyennes qui accueillent 17 sports doivent créer des infrastructures sportives et, idéalement, les faire vivre par la suite. Glasgow a maintenant un vélodrome depuis 2012 et le sport est devenu une attraction majeure en ville. Une nouvelle piste de vélo de montagne a vu le jour pour ces Jeux et on l’utilisera pour la relève de ce sport et la tenue d’étapes en Coupe du monde.

Golf Coast, en Australie, accueillera les prochains Jeux en 2018 et sa population d’environ 600 000 personnes ne pourrait soutenir des Jeux plus imposants.

Edmonton mise actuellement sur ceux de 2022. Y aura-t-il une deuxième cérémonie d’ouverture en vue dans le stade du Commonwealth des Eskimos, créé pour les Jeux de 1978?

La générosité des athlètes

Moins stressés, plus volubiles, la tête encore pleine de rêves et du temps pour les accomplir. Cela dit, j’étais le seul journaliste du Québec – et francophone – sur place. S’il faut déplorer le manque de couverture et la « récession médiatique » qui sévit chez nous, j’ai personnellement apprécié ces rencontres « exclusives ».

Oui, ça fait 11. Top 11, ce n’est pas commun.

Merci d’avoir suivi mes excès de zèle pendant ces Jeux!

La Boys du plongeon

Vendredi 1 août 2014 à 20 h 27 | | Pour me joindre

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Bev Boys aux Jeux olympiques de 1968. (Panthéon du sport canadien)

Bev Boys aux Jeux olympiques de 1968 (Panthéon du sport canadien)

Beverly Boys a un trophée qui porte son nom en plongeon canadien. C’est l’un des seuls qu’elle n’a pas gagné, malgré ses 34 titres canadiens de 1966 à 1979. En plus de ses sept médailles aux Jeux du Commonwealth en quatre participations, elle s’est emparée trois médailles à trois Jeux olympiques et deux Jeux panaméricains. Dès sa retraite annoncée, elle a été intronisée au Panthéon des sports canadien.

La piscine d’Édimbourg doit lui rappeler de bons souvenirs, me disais-je. C’est exactement ici, en 1970, qu’elle a remporté deux médailles d’or aux Jeux du Commonwealth, au tremplin et à la plateforme. Quelques mois plus tard, elle remportait le titre d’athlète de l’année au pays.

« C’était très mal parti, mes deuxièmes Jeux du Commonwealth, me répond-elle. Je m’étais percé le tympan dès ma première séance d’entraînement. J’ai dû prendre congé de la piscine, alors mon entraîneur m’a fait escalader le mur derrière (Holyrood Park, une imposante colline de 250 m au-dessus du centre-ville). On a dû m’enlever des échardes dans les jambes. Amochée, j’ai quand même remporté l’or aux 3 et 10 m. Alors oui, ç’a bien tourné finalement. »

Après des 7e (3 m) et 4e (10 m) places aux Jeux de Mexico à l’âge de 17 ans, elle était pressentie pour une médaille aux Jeux de Munich (1972), mais elle n’obtiendra que le 5e rang. Elle avait blâmé les juges, prétextant qu’ils avaient tenu compte de son apparence.

- J’étais grosse.
- Forte, vous voulez dire.
- Non. Grosse.

« J’étais la meilleure plongeuse de mon époque, mais je n’étais pas du type longiligne. Je n’avais pas de cou (no neck at all). J’étais fâchée qu’on tienne compte de ça. »

Beverly Boys est devenue juge de plongeon à son tour. À l’autre bout de la piscine, son opinion a mûri.

« Je comprends mieux, maintenant. Ce n’est pas facile de ne pas tenir compte de cet aspect. »

Beverly Boys, en haut à gauche, lors des Jeux du Commonwealth 2014.

Beverly Boys, en haut au centre, lors des Jeux du Commonwealth 2014.

Ça fait 30 ans qu’elle regarde les formes des autres. Du haut de son siège, elle offre encore un spectacle. Elle réagit à chaque plongeon en donnant sa note. On peut pratiquement la deviner avant qu’elle soit annoncée.

Elle a 63 ans, Beverly Boys, et les 52 dernières ont été consacrées au plongeon. Ces 31 années comme juge l’ont menée sur les mêmes plateaux que sa carrière d’athlète, soit à quatre Jeux olympiques, cinq Championnats du monde et six Jeux du Commonwealth.

Malheureusement, elle déplore le manque de relève dans ce rôle. « Nous sommes encore quatre plongeurs de mon époque engagés dans le sport. On se fait vieux. Aujourd’hui, les plongeurs à la retraite passent à autre chose. Je leur répète souvent qu’il faut donner du temps au sport qui leur a tant donné. »

Ce soir-là, à la tour, elle a jugé la performance en or de la Canadienne Meaghan Benfeito, 44 ans après sa propre victoire, au même endroit, aux mêmes Jeux. Une note parfaite quoi.

C’est peut-être vraiment ça, donner au suivant.

 

Blogue de Marc Durand : Malaise à la piscine

Dimanche 27 juillet 2014 à 12 h 36 | | Pour me joindre

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L'entraîneur Benoit Lebrun entouré d'Audrey Lacroix, Victoria Poon, Sandrine Mainville et Geneviève Cantin.

L’entraîneur Benoît Lebrun entouré d’Audrey Lacroix, Victoria Poon, Sandrine Mainville et Geneviève Cantin.

Le reportage de cette histoire a été diffusé dimanche 14 h (HAE) dans l’émission Les Jeux du Commonwealth.

Les nageuses sous la supervision de Benoit Lebrun sont toujours ensemble sur les photos, que ce soit dans le bus, avec la mascotte Clyde ou devant une affiche des Jeux. « C’est peut-être parce qu’on parle français », ironise Katerine Savard, la médaillée d’or du 100 m papillon, la seule d’un quintette de nageuses à temps plein au Québec et qui n’a pas Benoît comme entraîneur ici (Claude St-Jean).

Victoria Poon, Sandrine Mainville et Audrey Lacroix lui ont confié leur carrière. Geneviève Cantin du Rouge et Or est également avec lui à Glasgow, malgré la présence de son entraîneur Nicolas Perron, affecté à d’autres nageuses. « On est fières de représenter l’élite du Québec, « mais on nage pour le Canada avec joie! Certains croient qu’on ne parle pas anglais, ce qui est faux », dit Mainville.

Cela dit, le malaise n’est pas ici. C’est souvent comme ça, dans tous les sports, dans mon métier et dans le vôtre, fort probablement.

Le malaise est hors de l’eau. En raison d’une décision de Natation Canada, le Centre haute-performance a changé de vocation et libéré son entraîneur-chef, le vétéran Benoît Lebrun. Depuis le 1er avril, il est sans emploi. « Je suis bénévole ici. Je me cherche une job », dit-il, sans chercher à en dire plus, pesant ses mots.

Il a choisi de demeurer auprès de ses trois nageuses. « Je quête des plages d’entraînements, des corridors. Tous les spécialistes nous sont demeurés fidèles, alors rien n’y paraît », jure-t-il.

Pour le moment.

La nageuse Audrey Lacroix apprécie son geste. « Ça m’a soulagé qu’il reste avec nous. On a un gros été, avec les Commonwealth et les Panpacifiques à la fin août. Après, on verra. »

Ce qu’elle doit regarder, c’est la suite de sa carrière. À 30 ans et doyenne de l’équipe à Glasgow, elle songe à faire ses derniers battements de papillon vers Rio dans un des trois centres haute-performance situés à Toronto, Vancouver ou Victoria. « À ce moment dans ma carrière, je dois m’assurer d’avoir les meilleurs services. Je ne veux plus nager dans un club avec les groupes d’âge (les nageurs juniors). Je dois être avec les meilleures. »

C’est pourtant la formule que semble vouloir emprunter le nouvel entraîneur-chef de Natation Canada, l’Anglais John Atkinson, le successeur de Pierre Lafontaine. Il cite en exemple les succès des clubs CAMO (Claude-Robillard à Montréal) et Rouge et Or (Université Laval), dirigés respectivement par Claude St-Jean et Nicolas Perron, tous les deux ici à Glasgow.

« Le Québec a une magnifique histoire en natation. La preuve, nous avons trois entraîneurs québécois dans l’équipe des Jeux. Je suis impressionnée par le travail accompli par le Québec à travers ses nombreux clubs. » Les succès de Katerine Savard lui donnent raison.

Et la situation de Benoît Lebrun là-dedans?

« Comme le Centre haute-performance (à Montréal) a été fermé après les essais nationaux, on a travaillé avec Benoît pour assurer le soutien à ses athlètes et ça fonctionne, comme toujours, car c’est un professionnel. » La réponse est courte et directe. À quelques heures des premières épreuves, ce n’était pas le moment de faire de la politique.

Avec 35 ans d’expérience et 17 nageurs olympiques dans son CV d’entraîneur, Benoît Lebrun souhaite en redonner encore, à ses frais s’il le faut. « Je le ferai jusqu’à Rio si mes nageurs me le demandent. »

Et pas question d’accepter une offre d’emploi ailleurs qu’au Québec. « C’est important pour la relève des nageurs et des entraîneurs. Je peux faire du mentorat. Notre formule marche. On a eu cinq victoires québécoises aux essais des mondiaux 2013, du jamais-vu au Québec. »

Il est reparti entraîner, souhaitant ne pas faire de vague avec cette histoire cette semaine. À ses filles d’en faire à sa place.

Personne ne grandit dans un sport en souhaitant devenir médaillé d’or des Jeux du Commonwealth. Personne n’en sortira vraiment perdant ni ne sera accueilli par des milliers de nouveaux amis à l’aéroport à son retour. À moins d’avoir 13 ans et d’être Alexandre Despatie, comme en 1998.

Il est devenu populaire, absolument. Mais c’est la suite de son parcours qui en a fait un réel champion aux yeux des Canadiens. On rappellera longtemps ses exploits, dont cette première médaille. Mais pas beaucoup les 10 autres qu’il a récoltées lors des trois Jeux du Commonwealth suivants.

Pourquoi, en fait, les Jeux du Commonwealth? C’est une curiosité plus qu’une question, car elle ne s’est jamais vraiment posée. Ils se tiennent depuis 1930, régulièrement aux quatre ans (sauf en 1942 et en 1946) entre deux Jeux olympiques.

Bobby Robinson, en 1930, surveillant ses Jeux à Hamilton.  Images : Burlington Historical Society Digital Collections.

Bobby Robinson, en 1930, surveillant ses Jeux à Hamilton. Images : Burlington Historical Society Digital Collections.

Son premier promoteur est Canadien. Melville Mark « Bobby » Robinson est un journaliste et un amateur d’athlétisme de Hamilton, en Ontario. L’histoire dit qu’il est alors outré par l’attitude non sportive et déloyale des Américains aux Jeux olympiques d’Amsterdam en 1928. Il veut des Jeux multisports où le « british tradition of fair-play » (l’esprit sportif britannique) sera valorisé, tel qu’enseigné en Grande-Bretagne, bien avant De Coubertin, bien avant 1896 et solidement encouragé depuis des siècles, dans les guerres comme dans les sports.

Des Jeux pour la fierté, pour le plaisir, entre amis.

Des Jeux sans Américains, se disait-il peut-être aussi.

Sur les terres de la royauté, cet événement surpasse en intérêt la première Coupe du monde de soccer, disputée cinq semaines plus tôt. Le Times de Londres l’avait complètement ignoré et le Guardian avait résumé la victoire de l’Uruguay en donnant le mauvais pointage final.

Jusqu’en 1950, peut-être plus, il paraît qu’ils sont aussi populaires que les Jeux olympiques. Plusieurs athlètes profitent de ces rares occasions de se mesurer à l’élite internationale. Les Championnats du monde et les Coupes du monde ne sont pas encore monnaie courante.

Les choses ont  bien changé depuis. Le calendrier athlétique est rempli à craquer, le financement des fédérations sportives ne dépend pas de ces résultats et les athlètes médaillées n’amassent aucun point à leur classement, ni de billet pour les Jeux olympiques suivants.

Pour quelques fédérations, c’est une étape. Judo Canada n’a dépêché à Glasgow que sa meilleure relève afin de préparer Rio. Mais personne n’aime jouer pour perdre. Dans la grande majorité des cas, les meilleurs athlètes  y participent et ils sont bons. On retrouvera le Britannique Mo Farah, double champion olympique de Londres aux 5000 m et 10000 m, la nageuse australienne quintuple médaillée d’or olympique Alicia Coutts et la meilleure sprinteuse de tous les temps Shelly-Ann Fraser-Pryce, de la Jamaïque. Usain Bolt y sera aussi, au relais 4 x 100 m, pour remporter « la seule médaille d’or qu’il me manque », disait-il.

Voilà son défi : ajouter à sa collection. Voilà une anecdote qui résume bien l’esprit : la victoire pour le fun de gagner.

Avec 265 athlètes, dont la majorité de ses meilleurs représentants, le Canada promet d’avoir beaucoup de plaisir.

Bobby Robinson serait content.

 

 

Six réflexions sur la nouvelle mouture du CH

Mercredi 2 juillet 2014 à 1 h 36 | | Pour me joindre

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Tom Gilbert
Tom Gilbert

1. Avant que la composition de l’équipe canadienne soit annoncée en prévision des Jeux de Sotchi, Mike Babcock avait catégoriquement affirmé que sa brigade défensive allait être composée d’un nombre égal de défenseurs gauchers et droitiers.

Babcock ne pouvait envisager de se présenter dans une compétition d’une telle envergure avec deux gauchers dans un même duo et en contraignant l’un de ses arrières à réaliser des jeux plus difficiles ou à limiter ses options en zone défensive.

L’entraîneur de la formation canadienne savait de quoi il parlait, puisque ses Red Wings étaient aux prises avec ce handicap. Et mardi, malheureusement, son directeur général Ken Holland n’a pas été en mesure de colmater cette brèche.

Tous les défenseurs droitiers que les Red Wings avaient dans leur ligne de mire (Matt Niskanen, Dan Boyle, Anton Stralman, Tom Gilbert et compagnie) ont préféré signer des contrats ailleurs, souvent pour des salaires moindres ou pour des contrats plus courts.

De toute évidence, les Red Wings ne sont plus aussi attrayants qu’ils l’étaient il y a quelques années.

2. Tout ça pour dire que le Canadien a poursuivi le même genre de réflexion depuis l’arrivée de Marc Bergevin. Sauf que le DG du Tricolore est parvenu à atteindre son objectif pendant le grand encan du 1er juillet.

Pour la première fois depuis belle lurette, chacun des duos de défenseurs du Canadien sera composé d’un gaucher et d’un droitier la saison prochaine. Cela soulève toutefois une question à 1 million de dollars : est-ce que l’arrivée de Tom Gilbert et l’octroi d’un nouveau contrat d’une saison à Mike Weaver feront du CH une meilleure équipe?

Durant les dernières séries éliminatoires, il est apparu (encore plus) clairement que le Canadien ne misait pas sur un vrai premier duo de défenseurs.

Josh Gorges peinait à assumer les mêmes responsabilités que son partenaire P.K. Subban. Et certains soirs, dans le deuxième tandem, on sentait qu’Alexei Emelin était dépassé et incapable de seconder son vieillissant compatriote Andrei Markov.

En plus, Michel Therrien n’avait pas de munitions pour composer un deuxième duo efficace en avantage numérique.

En échangeant Josh Gorges à Buffalo, le Canadien fait donc le pari qu’Alexei Emelin sera un défenseur nettement plus efficace sur le flanc gauche (son côté naturel) et surtout, en jouant aux côtés de P.K Subban. Ce sera extrêmement intéressant à vérifier.

Dans le deuxième duo, on a aussi très hâte de voir ce que pourra réaliser Markov, qui ne rajeunit pas, en compagnie de Tom Gilbert, un vétéran qui n’est pas reconnu pour l’excellence de son jeu défensif.

Quant à Mike Weaver, en plus d’être surutilisé en désavantage numérique, il aura vraisemblablement pour mandat de chaperonner Jarred Tinordi ou Nathan Beaulieu pendant un an. Par la suite, Weaver sera remplacé par Greg Pateryn, un arrière droitier que tous les entraîneurs des Bulldogs de Hamilton encensent généreusement.

Cela dit, Marc Bergevin s’est départi des 16 millions de dollars qui figuraient au contrat de Josh Gorges pour les quatre prochaines années, et sa brigade défensive affiche un peu plus de profondeur qu’à la même date l’an dernier.

Ce n’est pas mauvais.

3. Brian Gionta étant parvenu à soutirer 12,75 millions de dollars aux Sabres de Buffalo pour les trois prochaines saisons (hahahahaha!), les médias et les partisans ont déjà commencé à spéculer quant à l’identité du prochain capitaine du CH.

On spéculera tant qu’on voudra. Ce serait un scandale, rien de moins, que ce titre revienne à un d’autre qu’Andrei Markov.

D’abord, Markov est depuis longtemps établi comme un meneur avec le Canadien. Comme Gionta et Gorges sont partis, Markov reste le seul autre joueur de la formation qui portait une lettre sur son chandail la saison dernière.

Par ailleurs, Markov endosse le chandail depuis 14 ans. À la fin de son nouveau contrat en 2017, il risque de devenir le premier joueur depuis Bob Gainey à avoir disputé toute sa carrière à Montréal. Ce n’est pas rien.

« Politiquement », confier le « C » à Markov lui conférerait aussi un pouvoir et une autorité accrus dans le vestiaire. Et ce sera important, compte tenu du fait que P.K. Subban deviendra le plus haut salarié de la formation.

Enfin, Markov n’est pas le plus bavard. Mais il a beaucoup changé son approche avec les représentants des médias au cours des dernières années. Et il n’y a aucun doute qu’il est en mesure d’assumer la partie « relations publiques » qui échoit au capitaine du CH.

4. Le Canadien s’est-il amélioré en laissant filer Ryan White et en confiant le poste de quatrième centre au vétéran Manny Malhotra?

La réponse à cette question est simple : Ryan White était incapable de percer la formation du CH dans les matchs importants ou lorsque l’infirmerie était vide.

Malhotra, un spécialiste des mises au jeu qui préconise un style physique et qui fait 1,88 m (6 pi 2 po) et 99 kg (220 lb), aura sa place tous les soirs au centre du quatrième trio. Fin du débat.

5. À l’occasion deviennent disponibles, sur le marché, des joueurs autonomes qui n’ont jamais été sélectionnés au repêchage et qui font bonne impression dans d’autres ligues professionnelles.

Ces joueurs, qui donnent l’impression de sortir de nulle part ou de s’être développés sur le tard, sont alors courtisés par une ribambelle de directeurs généraux.

En 2008, le Suédois Fabian Brunnstrom faisait sensation et visitait toutes les villes où des équipes de la LNH lui déroulaient le tapis rouge dans l’espoir de le convaincre de signer un contrat. Le Canadien, les Red Wings, les Canucks, les Stars, les Maple Leafs et bien d’autres étaient dans la course et jouaient du coude pour mettre la main sur Brunnstrom.

Ce dernier a finalement signé avec Dallas. Et lors des quatre saisons suivantes, il a disputé exactement 104 matchs dans la LNH. Il y a trois ans, Brunnstrom est retourné jouer dans sa Suède natale.

En 2011, c’était le Français Stéphane Da Costa que tout le monde s’arrachait. Et ce sont les Sénateurs d’Ottawa qui sont parvenus à l’embaucher.

Au cours des trois dernières années, Da Costa a joué 47 matchs dans la LNH. Et les Sénateurs, aux dernières nouvelles, refusaient de s’engager à lui octroyer un contrat garanti de la LNH.

En 2012, toutefois, les Red Wings ont eu la main un peu plus heureuse avec le Suisse Damien Brunner, qui est parvenu à percer leur formation (12 buts, 14 passes en 44 matchs) et qui les a ensuite quittés pour se joindre aux Devils du New Jersey.

Cette année, le CH a réussi à mettre la main sur la perle que tout le monde convoitait : l’ailier droit Jiri Sekac. Le Tchèque de  22 ans a inscrit 11 buts et 17 passes cette saison avec le Lev Prague dans la KHL.

Pourquoi Sekac a-t-il choisi Montréal? La possibilité de jouer en compagnie de Tomas Plekanec, le capitaine de l’équipe nationale tchèque, y est peut-être pour quelque chose.

Peu importe, gardons-nous une petite gêne avant de croire que le CH a réalisé un vol. Au pire, Marc Bergevin a pris un minime risque financier qui valait la peine et qui ne lui a coûté aucun autre actif.

Chose certaine, il y a une place disponible sur le flanc droit dans le troisième trio. Et, pour l’instant, Bergevin croit Sekac capable de remplir ce rôle.

Sans aucun doute, le prochain camp d’entraînement sera fort intéressant!

6. Pour terminer, ne trouvez-vous pas que le sort réservé à Thomas Vanek lors du grand encan des joueurs autonomes illustre à quel point le marché de la LNH peut être imprévisible et amusant?

Quand Vanek a refusé le contrat de 7 ans d’une valeur de 50 millions de dollars que lui tendaient les Islanders de New York l’hiver dernier, l’ex-joueur de location du CH s’imaginait-il quelques mois plus tard en train de signer un contrat de 3 ans de 19,5 millions de dollars avec le Wild du Minnesota?

Jusqu’ici, le court passage de Vanek à Montréal lui aura donc coûté quelque 30,5 millions de dollars! Et il serait très étonnant qu’il puisse combler cette perte dans trois ans.

Par ailleurs, si quelqu’un avait prédit que Benoît Pouliot allait célébrer la fête du Canada en ayant en poche un contrat plus long que celui de Vanek (et d’une valeur plus élevée), il se serait sans doute fait interner.

Only in Edmonton, comme on dit.

* * *

Sur ce, je vous quitte pour quelques semaines! Je passerai des vacances en famille et j’entreprendrai l’écriture d’un troisième livre de sport, que j’espère vous livrer à temps pour les prochaines séries éliminatoires.

On se revoit à la fin du mois d’août!   :)

Dans les coulisses du repêchage de la LHJMQ

Faisons-nous quelque chose de mal? Ou plutôt, qu’est-ce que le hockey québécois ne fait pas, et que les autres fédérations de hockey au Canada et dans le monde font pour maximiser le développement de leurs jeunes joueurs?

Je soulève ces questions depuis près de 10 ans. Et plus que jamais, à la suite du repêchage tenu à Philadelphie ce week-end, elles sont d’actualité.

Qu’est-ce qui se passe avec le hockey québécois? Le talent québécois de la LHJMQ était naguère l’une des sources par excellence de la Ligue nationale. Mais depuis le début des années 2000, sans trop que l’on sache pourquoi, la source se tarit et les joueurs nés au Québec sont désormais sélectionnés aux compte-gouttes.

Au début des années 2000, 62 Québécois évoluaient dans la LNH sur une base permanente. Et la saison dernière, il n’en restait que 32! On parle d’une chute de 49,4 %. Le Québec n’a jamais été aussi peu représenté dans la LNH.

***

Les choses ne vont pas en s’améliorant. En décortiquant les résultats du repêchage de la fin de semaine, on peut raisonnablement arguer que la LHJMQ et le système de hockey mineur québécois viennent de connaître leur pire examen final depuis l’instauration du repêchage universel… en 1969.

Il y a deux façons d’analyser un repêchage : quantitativement et qualitativement.

Quantitativement, 12 joueurs nés au Québec(1), dont 11 proviennent de la LHJMQ, ont été sélectionnés par des équipes de la LNH à Philadelphie. Ce n’était certainement pas une grosse année pour le hockey junior majeur québécois, surtout lorsque l’on compare avec l’an dernier, alors que 22 Québécois de la LHJMQ avaient trouvé preneur, dont 5 au premier tour et 6 au deuxième.

Dans le passé, quand des années creuses survenaient, on se les expliquait en parlant d’une mauvaise cuvée ou en évoquant une anomalie cyclique. Ce qui est inquiétant, c’est que ce sont désormais les bonnes années qui sont devenues des anomalies cycliques :

-          En 2010 : 9 Québécois issus de la LHJMQ ont été sélectionnés

-          En 2011 : 9 Québécois issus de la LHJMQ ont été sélectionnés

-          En 2012 : 11 Québécois issus de la LHJMQ ont été sélectionnés

-          En 2013 : 22 Québécois issus de la LHJMQ ont été sélectionnés

-          En 2014 : 11 Québécois issus de la LHJMQ ont été sélectionnés

En tout, au cours des cinq dernières années, seulement 62 Québécois ont donc été repêchés par des équipes de la LNH. C’est la plus mauvaise performance quinquennale de l’histoire pour la LHJMQ. Durant la même période, 161 Ontariens ont été choisis.

***

Lorsqu’on analyse le repêchage qualitativement (les rangs auxquels les joueurs issus du Québec ont été appelés), on se désole encore plus. Seulement un Québécois (l’attaquant Nicolas Aubé-Kubel, des Foreurs de Val-d’Or) a été sélectionné au cours des trois premiers tours parmi les 90 premiers joueurs choisis.

Dans l’histoire, une telle panne sèche ne s’était produite qu’une seule fois, en 2004. Les Blue Jackets de Columbus s’étaient prévalus de leur choix de premier tour (huitième au total) pour appeler l’attaquant Alexandre Picard des MAINEiacs de Lewiston. Aucun autre Québécois de la LHJMQ n’avait été réclamé dans les 99 sélections suivantes.

Samedi dernier, Aubé-Kubel a été sélectionné au 48e rang. On peut donc dire que la LHJMQ vient de produire sa plus maigre récolte québécoise de l’histoire.

Les dirigeants d’équipes de la LHJMQ ne sont toutefois pas des magiciens. Ils se situent pour ainsi dire à la fin de la chaîne de formation. Ils reçoivent les joueurs que le hockey mineur québécois est censé avoir développés et préparés pendant de longues années. Si le problème se situait au niveau junior, la LHJMQ ne connaîtrait pas autant de succès avec le développement des joueurs qui proviennent d’ailleurs.

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D’autres chiffres qui font sourciller?

Aux 10 derniers repêchages de la LNH, pas moins de 31 joueurs de la LHJMQ ont été pris au premier tour. Or, 15 de ces 31 choix n’étaient pas de nationalité québécoise. Ils provenaient d’Europe ou des provinces de l’Atlantique.

Pendant ce dernier week-end, cinq joueurs de la LHJMQ ont été choisis lors des deux premiers tours. Or, 80 % d’entre eux n’étaient pas Québécois. Trois étaient Européens et un autre était originaire de la Nouvelle-Écosse.

Pourtant, si on la détachait de Hockey Canada, Hockey Québec constituerait avec ses 100 000 membres la quatrième fédération de hockey au monde.

Que faisons-nous de mal? Pourquoi ne parvenons-nous plus à harnacher un aussi formidable bassin de talent et de hockeyeurs passionnés?

Cette situation est à la fois anormale et inacceptable.

Encore la semaine dernière, Hockey Canada annonçait que seulement sept joueurs de la LHJMQ avaient été invités à participer au camp estival d’Équipe Canada junior.

Pourtant, grosso modo, la LHJMQ constitue le tiers des 60 équipes du hockey junior majeur canadien. Et elle ne sera représentée que par 7 joueurs sur un total de 41? Vraiment?

Quand, une fois pour toutes, finira-t-on par donner un réel électrochoc à notre hockey? La partie est en train de se jouer et, de plus en plus, nous la regardons sur les lignes de côté.

(1)   Dominic Turgeon, le fils de Pierre Turgeon, a été sélectionné par les Red Wings de Détroit au troisième tour (63e au total). Dominic est né au Québec, mais il a disputé son hockey mineur aux États-Unis avant de faire le saut dans la Ligue junior de l’Ouest, avec les Winterhawks de Portland. Les 11 autres Québécois sélectionnés au repêchage de 2014 proviennent de la LHJMQ et ont cheminé au sein du hockey mineur québécois.  

Auprès de recruteurs de la LNH, le repêchage de cette semaine ne suscite pas le même enthousiasme que par les années passées. Le grand encan des joueurs amateurs, qui commencera vendredi soir à Philadelphie, pique toutefois considérablement leur curiosité.

« C’est la première fois que je suis confronté à une cuvée comme celle de 2014, confie un recruteur qui compte pourtant 30 ans de métier.

« Au sein de notre organisation, nous avons l’habitude de simuler la première ronde du repêchage pour essayer de prévoir comment les choses vont tourner. Or, cette année, nous avons eu toutes les misères du monde à réaliser cet exercice. Il y a trop d’incertitude. Il y a un paquet de joueurs qui sont classés en deuxième ou en troisième ronde que je préférerais sélectionner par rapport à des joueurs identifiés comme des choix de première ronde. C’est une drôle d’année. »

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Pour être une drôle d’année, c’en est une! Les chercheurs de talent s’entendent pour dire qu’il n’y a pas de supervedette dans la cuvée de 2014.

Au cours de la dernière saison, les observateurs ont longtemps débattu à savoir si le centre Sam Bennett (Frontenacs de Kingston, OHL), le défenseur Aaron Ekblad (Colts de Barrie, OHL), le centre Sam Reinhart (Ice de Kootenay, WHL) et le centre Leon Draisaitl (un Allemand jouant pour les Raiders de Prince Albert, WHL) méritaient l’insigne honneur d’être sélectionné au tout premier rang.

Ce sont les Panthers de la Floride qui détiennent le tout premier choix cette année. Et leur directeur général Dale Tallon a indiqué qu’il était prêt à échanger ce choix, dont rêvent pourtant, dans des circonstances normales, tous les dirigeants d’équipes.

« Si les Panthers conservent leur premier choix, ils opteront probablement pour Ekblad, estime un recruteur. Dans le cas contraire, nous serions surpris. »

De façon générale, les recruteurs et les dirigeants d’équipes interrogés ces dernières semaines estiment qu’à défaut de produire quelques supervedettes en devenir, le repêchage de cette année offre une belle profondeur. Il sera possible de sélectionner des joueurs de qualité au-delà du premier tour. C’est une bonne nouvelle pour le Canadien, qui détient le 26e choix.

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En ce qui concerne le Québec, ce sera une année difficile. Aucun doute là-dessus. L’an passé, la LHJMQ avait pourtant mis fin à des années de vaches maigres en voyant six de ses représentants, dont cinq Québécois, être sélectionnés au premier tour. Nathan MacKinnon et Jonathan Drouin, des Mooseheads d’Halifax, avaient notamment été les premier et troisième joueurs réclamés.

Dans les deux premiers tours, pas moins de 12 joueurs de la LHJMQ avaient trouvé preneur.

Cette année, ce sont deux Européens qui sont les joueurs de la LHJMQ les mieux classés par la centrale de recrutement de la LNH. Les ailiers gauches Nikolaj Ehlers (né au Danemark, joue à Halifax) et Ivan Barbashev (né en Russie, joue à Moncton) devraient être appelés vers le milieu du tour initial.

Le Québécois le plus convoité est Nicolas Aubé-Kubel, un ailier droit des Foreurs de Val-d’Or. Doté de belles qualités offensives, Aubé-Kubel devrait être sélectionné vers la fin du deuxième tour, peut-être même au début du troisième.

« Aubé-Kubel a connu de très bonnes séries éliminatoires, particulièrement en finale et au tournoi de la Coupe Memorial. Il n’est pas très grand (1,80 m/5 pi 11 po), mais quand il est doté de bonnes mains et quand il exploite sa mobilité comme il l’a fait en séries, il est nettement meilleur », observe un autre recruteur.

En ce qui concerne le reste de la cuvée québécoise, les dépisteurs estiment aussi qu’il s’agit d’une récolte étrange.

« On parle ici de projection pure. Il y a beaucoup de candidats dont on ne peut absolument pas prédire s’ils parviendront un jour à atteindre la LNH. En fait, on peut prédire qu’ils ont de minces chances de réussir. Il y en a qui sont talentueux, mais de petite taille. D’autres qui ont le physique idéal, mais dont le coup de patin laisse à désirer. La marge d’erreur sera beaucoup plus grande cette année », estime un recruteur très expérimenté.

Pour toutes ces raisons, il faut s’attendre à ce que plusieurs transactions surviennent sur le plancher, vendredi soir, à l’occasion du premier tour. Plusieurs directeurs généraux, pas seulement Dale Tallon, sont enclins à échanger des positions avantageuses au tableau de sélection pour mettre la main sur des joueurs capables de les aider dans l’immédiat.

Andrei Markov
Andrei Markov

Le Canadien a réglé sa négociation contractuelle avec Andrei Markov de manière tout à fait honorable. Lundi, il s’est s’entendu avec son défenseur de 35 ans pour trois ans et une somme totale de 17,25 millions de dollars. Pour plusieurs raisons, Markov jouissait d’un rapport de force considérable dans cette négociation.

D’abord, quand tous les partants sont présents, le Canadien manque déjà de défenseurs vraiment capables de jouer sur une base régulière dans les deux premiers duos. En plus, la relève au sein de l’organisation n’annonce pas, à court terme, de candidat capable de remplir le rôle de distributeur de rondelle qu’exerce Markov.

En ce sens, les partisans de l’équipe misent beaucoup sur le développement du premier choix de 2011 Nathan Beaulieu. D’autant plus que Beaulieu a été utilisé dans sept rencontres (et certaines étaient cruciales) lors des dernières séries éliminatoires.

Or, le CH est peut-être moins entiché de Beaulieu qu’on le croit. À l’intérieur même de l’organisation, Beaulieu n’est pas reconnu comme un aficionado du travail ardu. Et même s’il est catalogué comme un défenseur offensif depuis les rangs juniors, son apport réel dans cet aspect du jeu ne permet pas de tolérer (au niveau de la LNH) ses importantes lacunes défensives. « S’il a autant joué à Montréal au cours de la dernière saison, c’est beaucoup plus parce que Bergevin voulait le montrer aux autres équipes », confie-t-on.

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Dans les circonstances, le CH a fait une bonne affaire en prolongeant son association avec Markov jusqu’en 2017, exactement au même salaire annuel qu’empochait le Russe depuis 2007, soit 5,75 millions. Dans la LNH, voir un joueur d’élite maintenir le même salaire sur une période de 10 ans, et après trois négociations de contrat, relève presque de la science-fiction.

Pour ceux qui en doutent, il est clair que Markov aurait pu aller chercher un peu plus s’il s’était prévalu de son droit à l’autonomie. Même s’il y a peu de joueurs de qualité sur le marché cette année, il y a énormément d’argent disponible et beaucoup de directeurs généraux bien décidés à montrer à leur propriétaire (et aux partisans) qu’ils prennent tous les moyens pour améliorer leur équipe.

Encore lundi midi, le directeur général des Bruins, Peter Chiarelli, expliquait à quel point les nouveaux directeurs généraux des Hurricanes (Ron Francis), des Canucks de Vancouver (Jim Benning), des Capitals de Washington (Brian MacLellan), des Penguins de Pittsburgh (Jim Rutherford) et des Flyers de Philadelphie (Ron Hextall) multiplient les appels téléphoniques et créent une toute nouvelle dynamique cette année.

Mais Markov est heureux à Montréal (il a acquis sa citoyenneté canadienne il y a quelques années) et, au moment où il parvient au crépuscule de sa carrière, il ne se voyait pas la poursuivre sous d’autres cieux. « Même avant la fin de la saison, rester à Montréal était ma priorité », a-t-il d’ailleurs admis lors d’une conférence téléphonique.

Parmi les joueurs ayant disputé le plus de matchs avec le Tricolore, Markov pourrait d’ailleurs devenir le premier à passer toute sa carrière avec le Bleu-blanc-rouge depuis Bob Gainey, qui s’est retiré en 1989. Ce n’est pas rien. En plus d’un siècle d’histoire, bien peu de joueurs ont réussi cet exploit.

Par contre, cette entente comporte une certaine part de risque pour le CH. Comme Markov est âgé de plus de 35 ans, la convention collective oblige le CH à comptabiliser son contrat pour le plafond salarial jusqu’à son expiration. Par exemple, si Markov devait se retirer une année avant la fin de l’entente, Marc Bergevin serait forcé de manœuvrer comme s’il versait les 5,75 millions prévus à l’entente.

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En fin de compte, l’un des plus grands bénéfices de ce contrat de trois ans trouvera peut-être sa source dans le prochain gros contrat que Marc Bergevin est en train de négocier : celui de P.K. Subban.

Subban s’apprête à signer le plus gros contrat de l’histoire du CH. Et même si la direction le niera à la vie à la mort sur la place publique, cet exercice ne se déroule pas sans inquiétudes.

Déjà difficile à diriger, on se demande comment Subban se comportera lorsqu’il sera le plus haut salarié de la formation. Et si ces doutes n’existaient pas, ce contrat serait d’ailleurs signé depuis longtemps.

La sécurité d’emploi récemment consentie à Michel Therrien et la présence de Markov dans le vestiaire pour encore plusieurs saisons auront pour effet d’assurer une certaine stabilité et un certain encadrement. L’éventuel retour de Brian Gionta aussi.

Guy Boucher
Guy Boucher
Au cours des dernières semaines, les Penguins de Pittsburgh, les Panthers de la Floride, les Canucks de Vancouver et les Hurricanes de la Floride ont déclenché de vastes recherches pour identifier leur prochain entraîneur-chef. Je ne me souviens pas d’avoir vu autant de noms circuler et autant de candidats être interviewés pour pourvoir des postes dans la LNH.

En tout, les noms de plus d’une quinzaine de candidats susceptibles d’aboutir derrière le banc de l’une de ces quatre formations ont circulé. Et curieusement, parmi cette longue liste (voir au bas de cette chronique), il y a un absent de taille : Guy Boucher.

Comment l’ex-entraîneur du Lightning de Tampa Bay, que tout le monde convoitait ou considérait comme une étoile montante il y a quelques années, peut-il être absent d’une liste de candidats aussi longue?

Au moment où il ne restait que quelques matchs à disputer la saison dernière, Guy Boucher a accepté de diriger le club de Berne en première division suisse. Il a en poche un contrat de quelques saisons. Remercié par le Lightning après 31 rencontres en 2012-2013, il n’en pouvait plus de rester chez lui à ne rien faire.

Boucher a remporté la Coupe du Président avec les Voltigeurs de Drummondville dans la LHJMQ. Il a mené les Bulldogs de Hamilton à une récolte de 115 points (,719) en 2009-2010, la meilleure saison de l’histoire de cette équipe. Et en 2010-2011, contre toute attente, il a mené le Lightning de Tampa Bay à une seule victoire d’une présence en grande finale de la Coupe Stanley. Dans la LNH, aux commandes d’une équipe dépourvue de défenseurs (et souvent de gardien), il a maintenu une excellente fiche de 97-78-20.

Comment se fait-il que son nom ne soit jamais mentionné, alors qu’il possède un curriculum vitae nettement supérieur (ou au moins aussi intéressant) que la plupart des candidats convoités par les temps qui courent?

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Quand on voit constamment ressurgir les noms d’entraîneurs comme Marc Crawford, Ron Wilson ou Tom Renney, ou lorsqu’on voit le nouveau directeur général des Hurricanes, Ron Francis, interviewer plusieurs de ses anciens coéquipiers pour dénicher un entraîneur, on comprend facilement qu’il est important de tisser un bon réseau de contacts pour durer dans ce milieu. Les directeurs généraux mettent aussi leur propre emploi en jeu lorsqu’ils embauchent un entraîneur. Ils veulent généralement confier leur équipe à quelqu’un qu’ils connaissent.

« À ce niveau, pour les entraîneurs québécois, la tâche est peut-être un peu plus difficile parce qu’il y a très peu de Québécois qui occupent des postes de haute direction dans la LNH », souligne Martin Raymond, qui a travaillé aux côtés de Guy Boucher à McGill, à Hamilton et à Tampa.

Raymond est maintenant l’entraîneur-chef des Voltigeurs de Drummondville.

« Il est important d’entretenir ses contacts. Mais il est surtout très important d’avoir les compétences pour le poste. Il faut constamment refaire ses preuves dans ce milieu. Prenez l’exemple de Marc Crawford. Son nom refait surface par les temps qui courent parce que son équipe a remporté le championnat cette saison en Suisse », souligne Martin Raymond.

On peut aussi mentionner l’exemple de Bob Hartley, qui a refait surface et qui a été embauché par un ami de longue date (Jay Feaster) avec les Flames de Calgary après avoir remporté ce même championnat en Suisse.

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La mise au ban de Guy Boucher rappelle un peu celles d’Alain Vigneault et de Michel Therrien après leur première présence dans la LNH.

Après avoir occupé le poste d’entraîneur du Canadien (et malgré le fait qu’il avait été adjoint dans la LNH pendant plusieurs années), Vigneault a dû retourner au bas de l’échelle. Il a dirigé une équipe junior, puis le club-école des Canucks dans la Ligue américaine avant d’obtenir une seconde chance dans la LNH. Il est aujourd’hui l’un des entraîneurs les mieux payés et les plus respectés dans le monde du hockey.

Après avoir dirigé le Canadien, Therrien a dû retourner dans la Ligue américaine, où il a connu des succès fulgurants. Il a ensuite mené les Penguins jusqu’à la finale de la Coupe Stanley avant d’être congédié la saison suivante. Malgré des succès éclatants à Pittsburgh, Therrien est resté sur la ligne de touche pendant trois longues années (!) avant que Marc Bergevin lui confie de nouveau le CH.

Or, Therrien vient de signer un nouveau contrat qui le situe aussi parmi les entraîneurs les mieux payés de la LNH. La direction du CH le considère comme un rouage essentiel dans les succès de l’organisation.

« Ça démontre à quel point les choses peuvent changer rapidement dans le monde du hockey, soutient Martin Raymond. Parfois, on peut être porté à se sentir à l’aise quand une équipe connaît du succès. Mais tout cela est bien fragile, et ça peut s’écrouler rapidement. L’inverse est aussi vrai quand notre nom ne figure pas parmi les saveurs du jour. Je pense que Guy Boucher en est parfaitement conscient. »

N’empêche. Pour un entraîneur de carrière dont les compétences ne font aucun doute, traverser une telle éclipse doit être extrêmement frustrant.

La liste des nombreux candidats en lice pour un poste d’entraîneur-chef dans la LNH :    

POUR LES PENGUINS DE PITTSBURGH :

  • Willie Desjardins (Stars du Texas, Ligue américaine)
  • Ron Wilson (ex-Anaheim, San José, Washington, Toronto)
  • Marc Crawford (Zurich, Ligue suisse; ex-Nordiques/Colorado, Vancouver, Los Angeles, Dallas)
  • Ulf Samuelsson (adjoint avec les Rangers de New York)
  • Bill Peters (adjoint avec les Red Wings de Détroit)
  • John Hynes (Penguins de Wilkes-Barre/Scranton, Ligue américaine)
  • Tom Renney (adjoint avec les Red Wings de Détroit; ex-Rangers de New York et ex-Edmonton)
  • Doug MacLean (ex-Floride et ex-Columbus)

POUR LES PANTHERS DE LA FLORIDE

  • Dan Bylsma (ex-Pittsburgh)
  • Marc Crawford
  • Gerard Gallant (adjoint avec le Canadien, ex-Columbus)
  • Tom Renney
  • Bill Peters

POUR LES CANUCKS DE VANCOUVER

  • Willie Desjardins
  • Mike Johnston (Winterhawks de Portland, Ligue junior de l’Ouest)
  • Jeff Blashill (Grand Rapids, Ligue américaine : les Red Wings ont refusé aux Canucks la permission de le rencontrer)
  • Marc Crawford
  • Peter Horacek (ex-Floride)
  • Dan Bylsma
  • Scott Arniel (adjoint avec les Rangers de New York)
  • John Stevens (adjoint avec les Kings de Los Angeles; ex-Philadelphie)

POUR LES HURRICANES DE LA CAROLINE

  • Ulf Samuelsson
  • Kevin Dineen (ex-Floride)
  • Ed Olczyk (ex-Pittsburgh)
  • Todd Nelson (Oklahoma City, Ligue américaine)
  • Willie Desjardins