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Personne ne grandit dans un sport en souhaitant devenir médaillé d’or des Jeux du Commonwealth. Personne n’en sortira vraiment perdant ni ne sera accueilli par des milliers de nouveaux amis à l’aéroport à son retour. À moins d’avoir 13 ans et d’être Alexandre Despatie, comme en 1998.

Il est devenu populaire, absolument. Mais c’est la suite de son parcours qui en a fait un réel champion aux yeux des Canadiens. On rappellera longtemps ses exploits, dont cette première médaille. Mais pas beaucoup les 10 autres qu’il a récoltées lors des trois Jeux du Commonwealth suivants.

Pourquoi, en fait, les Jeux du Commonwealth? C’est une curiosité plus qu’une question, car elle ne s’est jamais vraiment posée. Ils se tiennent depuis 1930, régulièrement aux quatre ans (sauf en 1942 et en 1946) entre deux Jeux olympiques.

Bobby Robinson, en 1930, surveillant ses Jeux à Hamilton.  Images : Burlington Historical Society Digital Collections.

Bobby Robinson, en 1930, surveillant ses Jeux à Hamilton. Images : Burlington Historical Society Digital Collections.

Son premier promoteur est Canadien. Melville Mark « Bobby » Robinson est un journaliste et un amateur d’athlétisme de Hamilton, en Ontario. L’histoire dit qu’il est alors outré par l’attitude non sportive et déloyale des Américains aux Jeux olympiques d’Amsterdam en 1928. Il veut des Jeux multisports où le « british tradition of fair-play » (l’esprit sportif britannique) sera valorisé, tel qu’enseigné en Grande-Bretagne, bien avant De Coubertin, bien avant 1896 et solidement encouragé depuis des siècles, dans les guerres comme dans les sports.

Des Jeux pour la fierté, pour le plaisir, entre amis.

Des Jeux sans Américains, se disait-il peut-être aussi.

Sur les terres de la royauté, cet événement surpasse en intérêt la première Coupe du monde de soccer, disputée cinq semaines plus tôt. Le Times de Londres l’avait complètement ignoré et le Guardian avait résumé la victoire de l’Uruguay en donnant le mauvais pointage final.

Jusqu’en 1950, peut-être plus, il paraît qu’ils sont aussi populaires que les Jeux olympiques. Plusieurs athlètes profitent de ces rares occasions de se mesurer à l’élite internationale. Les Championnats du monde et les Coupes du monde ne sont pas encore monnaie courante.

Les choses ont  bien changé depuis. Le calendrier athlétique est rempli à craquer, le financement des fédérations sportives ne dépend pas de ces résultats et les athlètes médaillées n’amassent aucun point à leur classement, ni de billet pour les Jeux olympiques suivants.

Pour quelques fédérations, c’est une étape. Judo Canada n’a dépêché à Glasgow que sa meilleure relève afin de préparer Rio. Mais personne n’aime jouer pour perdre. Dans la grande majorité des cas, les meilleurs athlètes  y participent et ils sont bons. On retrouvera le Britannique Mo Farah, double champion olympique de Londres aux 5000 m et 10000 m, la nageuse australienne quintuple médaillée d’or olympique Alicia Coutts et la meilleure sprinteuse de tous les temps Shelly-Ann Fraser-Pryce, de la Jamaïque. Usain Bolt y sera aussi, au relais 4 x 100 m, pour remporter « la seule médaille d’or qu’il me manque », disait-il.

Voilà son défi : ajouter à sa collection. Voilà une anecdote qui résume bien l’esprit : la victoire pour le fun de gagner.

Avec 265 athlètes, dont la majorité de ses meilleurs représentants, le Canada promet d’avoir beaucoup de plaisir.

Bobby Robinson serait content.

 

 

Six réflexions sur la nouvelle mouture du CH

Mercredi 2 juillet 2014 à 1 h 36 | | Pour me joindre

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Tom Gilbert
Tom Gilbert

1. Avant que la composition de l’équipe canadienne soit annoncée en prévision des Jeux de Sotchi, Mike Babcock avait catégoriquement affirmé que sa brigade défensive allait être composée d’un nombre égal de défenseurs gauchers et droitiers.

Babcock ne pouvait envisager de se présenter dans une compétition d’une telle envergure avec deux gauchers dans un même duo et en contraignant l’un de ses arrières à réaliser des jeux plus difficiles ou à limiter ses options en zone défensive.

L’entraîneur de la formation canadienne savait de quoi il parlait, puisque ses Red Wings étaient aux prises avec ce handicap. Et mardi, malheureusement, son directeur général Ken Holland n’a pas été en mesure de colmater cette brèche.

Tous les défenseurs droitiers que les Red Wings avaient dans leur ligne de mire (Matt Niskanen, Dan Boyle, Anton Stralman, Tom Gilbert et compagnie) ont préféré signer des contrats ailleurs, souvent pour des salaires moindres ou pour des contrats plus courts.

De toute évidence, les Red Wings ne sont plus aussi attrayants qu’ils l’étaient il y a quelques années.

2. Tout ça pour dire que le Canadien a poursuivi le même genre de réflexion depuis l’arrivée de Marc Bergevin. Sauf que le DG du Tricolore est parvenu à atteindre son objectif pendant le grand encan du 1er juillet.

Pour la première fois depuis belle lurette, chacun des duos de défenseurs du Canadien sera composé d’un gaucher et d’un droitier la saison prochaine. Cela soulève toutefois une question à 1 million de dollars : est-ce que l’arrivée de Tom Gilbert et l’octroi d’un nouveau contrat d’une saison à Mike Weaver feront du CH une meilleure équipe?

Durant les dernières séries éliminatoires, il est apparu (encore plus) clairement que le Canadien ne misait pas sur un vrai premier duo de défenseurs.

Josh Gorges peinait à assumer les mêmes responsabilités que son partenaire P.K. Subban. Et certains soirs, dans le deuxième tandem, on sentait qu’Alexei Emelin était dépassé et incapable de seconder son vieillissant compatriote Andrei Markov.

En plus, Michel Therrien n’avait pas de munitions pour composer un deuxième duo efficace en avantage numérique.

En échangeant Josh Gorges à Buffalo, le Canadien fait donc le pari qu’Alexei Emelin sera un défenseur nettement plus efficace sur le flanc gauche (son côté naturel) et surtout, en jouant aux côtés de P.K Subban. Ce sera extrêmement intéressant à vérifier.

Dans le deuxième duo, on a aussi très hâte de voir ce que pourra réaliser Markov, qui ne rajeunit pas, en compagnie de Tom Gilbert, un vétéran qui n’est pas reconnu pour l’excellence de son jeu défensif.

Quant à Mike Weaver, en plus d’être surutilisé en désavantage numérique, il aura vraisemblablement pour mandat de chaperonner Jarred Tinordi ou Nathan Beaulieu pendant un an. Par la suite, Weaver sera remplacé par Greg Pateryn, un arrière droitier que tous les entraîneurs des Bulldogs de Hamilton encensent généreusement.

Cela dit, Marc Bergevin s’est départi des 16 millions de dollars qui figuraient au contrat de Josh Gorges pour les quatre prochaines années, et sa brigade défensive affiche un peu plus de profondeur qu’à la même date l’an dernier.

Ce n’est pas mauvais.

3. Brian Gionta étant parvenu à soutirer 12,75 millions de dollars aux Sabres de Buffalo pour les trois prochaines saisons (hahahahaha!), les médias et les partisans ont déjà commencé à spéculer quant à l’identité du prochain capitaine du CH.

On spéculera tant qu’on voudra. Ce serait un scandale, rien de moins, que ce titre revienne à un d’autre qu’Andrei Markov.

D’abord, Markov est depuis longtemps établi comme un meneur avec le Canadien. Comme Gionta et Gorges sont partis, Markov reste le seul autre joueur de la formation qui portait une lettre sur son chandail la saison dernière.

Par ailleurs, Markov endosse le chandail depuis 14 ans. À la fin de son nouveau contrat en 2017, il risque de devenir le premier joueur depuis Bob Gainey à avoir disputé toute sa carrière à Montréal. Ce n’est pas rien.

« Politiquement », confier le « C » à Markov lui conférerait aussi un pouvoir et une autorité accrus dans le vestiaire. Et ce sera important, compte tenu du fait que P.K. Subban deviendra le plus haut salarié de la formation.

Enfin, Markov n’est pas le plus bavard. Mais il a beaucoup changé son approche avec les représentants des médias au cours des dernières années. Et il n’y a aucun doute qu’il est en mesure d’assumer la partie « relations publiques » qui échoit au capitaine du CH.

4. Le Canadien s’est-il amélioré en laissant filer Ryan White et en confiant le poste de quatrième centre au vétéran Manny Malhotra?

La réponse à cette question est simple : Ryan White était incapable de percer la formation du CH dans les matchs importants ou lorsque l’infirmerie était vide.

Malhotra, un spécialiste des mises au jeu qui préconise un style physique et qui fait 1,88 m (6 pi 2 po) et 99 kg (220 lb), aura sa place tous les soirs au centre du quatrième trio. Fin du débat.

5. À l’occasion deviennent disponibles, sur le marché, des joueurs autonomes qui n’ont jamais été sélectionnés au repêchage et qui font bonne impression dans d’autres ligues professionnelles.

Ces joueurs, qui donnent l’impression de sortir de nulle part ou de s’être développés sur le tard, sont alors courtisés par une ribambelle de directeurs généraux.

En 2008, le Suédois Fabian Brunnstrom faisait sensation et visitait toutes les villes où des équipes de la LNH lui déroulaient le tapis rouge dans l’espoir de le convaincre de signer un contrat. Le Canadien, les Red Wings, les Canucks, les Stars, les Maple Leafs et bien d’autres étaient dans la course et jouaient du coude pour mettre la main sur Brunnstrom.

Ce dernier a finalement signé avec Dallas. Et lors des quatre saisons suivantes, il a disputé exactement 104 matchs dans la LNH. Il y a trois ans, Brunnstrom est retourné jouer dans sa Suède natale.

En 2011, c’était le Français Stéphane Da Costa que tout le monde s’arrachait. Et ce sont les Sénateurs d’Ottawa qui sont parvenus à l’embaucher.

Au cours des trois dernières années, Da Costa a joué 47 matchs dans la LNH. Et les Sénateurs, aux dernières nouvelles, refusaient de s’engager à lui octroyer un contrat garanti de la LNH.

En 2012, toutefois, les Red Wings ont eu la main un peu plus heureuse avec le Suisse Damien Brunner, qui est parvenu à percer leur formation (12 buts, 14 passes en 44 matchs) et qui les a ensuite quittés pour se joindre aux Devils du New Jersey.

Cette année, le CH a réussi à mettre la main sur la perle que tout le monde convoitait : l’ailier droit Jiri Sekac. Le Tchèque de  22 ans a inscrit 11 buts et 17 passes cette saison avec le Lev Prague dans la KHL.

Pourquoi Sekac a-t-il choisi Montréal? La possibilité de jouer en compagnie de Tomas Plekanec, le capitaine de l’équipe nationale tchèque, y est peut-être pour quelque chose.

Peu importe, gardons-nous une petite gêne avant de croire que le CH a réalisé un vol. Au pire, Marc Bergevin a pris un minime risque financier qui valait la peine et qui ne lui a coûté aucun autre actif.

Chose certaine, il y a une place disponible sur le flanc droit dans le troisième trio. Et, pour l’instant, Bergevin croit Sekac capable de remplir ce rôle.

Sans aucun doute, le prochain camp d’entraînement sera fort intéressant!

6. Pour terminer, ne trouvez-vous pas que le sort réservé à Thomas Vanek lors du grand encan des joueurs autonomes illustre à quel point le marché de la LNH peut être imprévisible et amusant?

Quand Vanek a refusé le contrat de 7 ans d’une valeur de 50 millions de dollars que lui tendaient les Islanders de New York l’hiver dernier, l’ex-joueur de location du CH s’imaginait-il quelques mois plus tard en train de signer un contrat de 3 ans de 19,5 millions de dollars avec le Wild du Minnesota?

Jusqu’ici, le court passage de Vanek à Montréal lui aura donc coûté quelque 30,5 millions de dollars! Et il serait très étonnant qu’il puisse combler cette perte dans trois ans.

Par ailleurs, si quelqu’un avait prédit que Benoît Pouliot allait célébrer la fête du Canada en ayant en poche un contrat plus long que celui de Vanek (et d’une valeur plus élevée), il se serait sans doute fait interner.

Only in Edmonton, comme on dit.

* * *

Sur ce, je vous quitte pour quelques semaines! Je passerai des vacances en famille et j’entreprendrai l’écriture d’un troisième livre de sport, que j’espère vous livrer à temps pour les prochaines séries éliminatoires.

On se revoit à la fin du mois d’août!   :)

Dans les coulisses du repêchage de la LHJMQ

Faisons-nous quelque chose de mal? Ou plutôt, qu’est-ce que le hockey québécois ne fait pas, et que les autres fédérations de hockey au Canada et dans le monde font pour maximiser le développement de leurs jeunes joueurs?

Je soulève ces questions depuis près de 10 ans. Et plus que jamais, à la suite du repêchage tenu à Philadelphie ce week-end, elles sont d’actualité.

Qu’est-ce qui se passe avec le hockey québécois? Le talent québécois de la LHJMQ était naguère l’une des sources par excellence de la Ligue nationale. Mais depuis le début des années 2000, sans trop que l’on sache pourquoi, la source se tarit et les joueurs nés au Québec sont désormais sélectionnés aux compte-gouttes.

Au début des années 2000, 62 Québécois évoluaient dans la LNH sur une base permanente. Et la saison dernière, il n’en restait que 32! On parle d’une chute de 49,4 %. Le Québec n’a jamais été aussi peu représenté dans la LNH.

***

Les choses ne vont pas en s’améliorant. En décortiquant les résultats du repêchage de la fin de semaine, on peut raisonnablement arguer que la LHJMQ et le système de hockey mineur québécois viennent de connaître leur pire examen final depuis l’instauration du repêchage universel… en 1969.

Il y a deux façons d’analyser un repêchage : quantitativement et qualitativement.

Quantitativement, 12 joueurs nés au Québec(1), dont 11 proviennent de la LHJMQ, ont été sélectionnés par des équipes de la LNH à Philadelphie. Ce n’était certainement pas une grosse année pour le hockey junior majeur québécois, surtout lorsque l’on compare avec l’an dernier, alors que 22 Québécois de la LHJMQ avaient trouvé preneur, dont 5 au premier tour et 6 au deuxième.

Dans le passé, quand des années creuses survenaient, on se les expliquait en parlant d’une mauvaise cuvée ou en évoquant une anomalie cyclique. Ce qui est inquiétant, c’est que ce sont désormais les bonnes années qui sont devenues des anomalies cycliques :

-          En 2010 : 9 Québécois issus de la LHJMQ ont été sélectionnés

-          En 2011 : 9 Québécois issus de la LHJMQ ont été sélectionnés

-          En 2012 : 11 Québécois issus de la LHJMQ ont été sélectionnés

-          En 2013 : 22 Québécois issus de la LHJMQ ont été sélectionnés

-          En 2014 : 11 Québécois issus de la LHJMQ ont été sélectionnés

En tout, au cours des cinq dernières années, seulement 62 Québécois ont donc été repêchés par des équipes de la LNH. C’est la plus mauvaise performance quinquennale de l’histoire pour la LHJMQ. Durant la même période, 161 Ontariens ont été choisis.

***

Lorsqu’on analyse le repêchage qualitativement (les rangs auxquels les joueurs issus du Québec ont été appelés), on se désole encore plus. Seulement un Québécois (l’attaquant Nicolas Aubé-Kubel, des Foreurs de Val-d’Or) a été sélectionné au cours des trois premiers tours parmi les 90 premiers joueurs choisis.

Dans l’histoire, une telle panne sèche ne s’était produite qu’une seule fois, en 2004. Les Blue Jackets de Columbus s’étaient prévalus de leur choix de premier tour (huitième au total) pour appeler l’attaquant Alexandre Picard des MAINEiacs de Lewiston. Aucun autre Québécois de la LHJMQ n’avait été réclamé dans les 99 sélections suivantes.

Samedi dernier, Aubé-Kubel a été sélectionné au 48e rang. On peut donc dire que la LHJMQ vient de produire sa plus maigre récolte québécoise de l’histoire.

Les dirigeants d’équipes de la LHJMQ ne sont toutefois pas des magiciens. Ils se situent pour ainsi dire à la fin de la chaîne de formation. Ils reçoivent les joueurs que le hockey mineur québécois est censé avoir développés et préparés pendant de longues années. Si le problème se situait au niveau junior, la LHJMQ ne connaîtrait pas autant de succès avec le développement des joueurs qui proviennent d’ailleurs.

***

D’autres chiffres qui font sourciller?

Aux 10 derniers repêchages de la LNH, pas moins de 31 joueurs de la LHJMQ ont été pris au premier tour. Or, 15 de ces 31 choix n’étaient pas de nationalité québécoise. Ils provenaient d’Europe ou des provinces de l’Atlantique.

Pendant ce dernier week-end, cinq joueurs de la LHJMQ ont été choisis lors des deux premiers tours. Or, 80 % d’entre eux n’étaient pas Québécois. Trois étaient Européens et un autre était originaire de la Nouvelle-Écosse.

Pourtant, si on la détachait de Hockey Canada, Hockey Québec constituerait avec ses 100 000 membres la quatrième fédération de hockey au monde.

Que faisons-nous de mal? Pourquoi ne parvenons-nous plus à harnacher un aussi formidable bassin de talent et de hockeyeurs passionnés?

Cette situation est à la fois anormale et inacceptable.

Encore la semaine dernière, Hockey Canada annonçait que seulement sept joueurs de la LHJMQ avaient été invités à participer au camp estival d’Équipe Canada junior.

Pourtant, grosso modo, la LHJMQ constitue le tiers des 60 équipes du hockey junior majeur canadien. Et elle ne sera représentée que par 7 joueurs sur un total de 41? Vraiment?

Quand, une fois pour toutes, finira-t-on par donner un réel électrochoc à notre hockey? La partie est en train de se jouer et, de plus en plus, nous la regardons sur les lignes de côté.

(1)   Dominic Turgeon, le fils de Pierre Turgeon, a été sélectionné par les Red Wings de Détroit au troisième tour (63e au total). Dominic est né au Québec, mais il a disputé son hockey mineur aux États-Unis avant de faire le saut dans la Ligue junior de l’Ouest, avec les Winterhawks de Portland. Les 11 autres Québécois sélectionnés au repêchage de 2014 proviennent de la LHJMQ et ont cheminé au sein du hockey mineur québécois.  

Auprès de recruteurs de la LNH, le repêchage de cette semaine ne suscite pas le même enthousiasme que par les années passées. Le grand encan des joueurs amateurs, qui commencera vendredi soir à Philadelphie, pique toutefois considérablement leur curiosité.

« C’est la première fois que je suis confronté à une cuvée comme celle de 2014, confie un recruteur qui compte pourtant 30 ans de métier.

« Au sein de notre organisation, nous avons l’habitude de simuler la première ronde du repêchage pour essayer de prévoir comment les choses vont tourner. Or, cette année, nous avons eu toutes les misères du monde à réaliser cet exercice. Il y a trop d’incertitude. Il y a un paquet de joueurs qui sont classés en deuxième ou en troisième ronde que je préférerais sélectionner par rapport à des joueurs identifiés comme des choix de première ronde. C’est une drôle d’année. »

***

Pour être une drôle d’année, c’en est une! Les chercheurs de talent s’entendent pour dire qu’il n’y a pas de supervedette dans la cuvée de 2014.

Au cours de la dernière saison, les observateurs ont longtemps débattu à savoir si le centre Sam Bennett (Frontenacs de Kingston, OHL), le défenseur Aaron Ekblad (Colts de Barrie, OHL), le centre Sam Reinhart (Ice de Kootenay, WHL) et le centre Leon Draisaitl (un Allemand jouant pour les Raiders de Prince Albert, WHL) méritaient l’insigne honneur d’être sélectionné au tout premier rang.

Ce sont les Panthers de la Floride qui détiennent le tout premier choix cette année. Et leur directeur général Dale Tallon a indiqué qu’il était prêt à échanger ce choix, dont rêvent pourtant, dans des circonstances normales, tous les dirigeants d’équipes.

« Si les Panthers conservent leur premier choix, ils opteront probablement pour Ekblad, estime un recruteur. Dans le cas contraire, nous serions surpris. »

De façon générale, les recruteurs et les dirigeants d’équipes interrogés ces dernières semaines estiment qu’à défaut de produire quelques supervedettes en devenir, le repêchage de cette année offre une belle profondeur. Il sera possible de sélectionner des joueurs de qualité au-delà du premier tour. C’est une bonne nouvelle pour le Canadien, qui détient le 26e choix.

***

En ce qui concerne le Québec, ce sera une année difficile. Aucun doute là-dessus. L’an passé, la LHJMQ avait pourtant mis fin à des années de vaches maigres en voyant six de ses représentants, dont cinq Québécois, être sélectionnés au premier tour. Nathan MacKinnon et Jonathan Drouin, des Mooseheads d’Halifax, avaient notamment été les premier et troisième joueurs réclamés.

Dans les deux premiers tours, pas moins de 12 joueurs de la LHJMQ avaient trouvé preneur.

Cette année, ce sont deux Européens qui sont les joueurs de la LHJMQ les mieux classés par la centrale de recrutement de la LNH. Les ailiers gauches Nikolaj Ehlers (né au Danemark, joue à Halifax) et Ivan Barbashev (né en Russie, joue à Moncton) devraient être appelés vers le milieu du tour initial.

Le Québécois le plus convoité est Nicolas Aubé-Kubel, un ailier droit des Foreurs de Val-d’Or. Doté de belles qualités offensives, Aubé-Kubel devrait être sélectionné vers la fin du deuxième tour, peut-être même au début du troisième.

« Aubé-Kubel a connu de très bonnes séries éliminatoires, particulièrement en finale et au tournoi de la Coupe Memorial. Il n’est pas très grand (1,80 m/5 pi 11 po), mais quand il est doté de bonnes mains et quand il exploite sa mobilité comme il l’a fait en séries, il est nettement meilleur », observe un autre recruteur.

En ce qui concerne le reste de la cuvée québécoise, les dépisteurs estiment aussi qu’il s’agit d’une récolte étrange.

« On parle ici de projection pure. Il y a beaucoup de candidats dont on ne peut absolument pas prédire s’ils parviendront un jour à atteindre la LNH. En fait, on peut prédire qu’ils ont de minces chances de réussir. Il y en a qui sont talentueux, mais de petite taille. D’autres qui ont le physique idéal, mais dont le coup de patin laisse à désirer. La marge d’erreur sera beaucoup plus grande cette année », estime un recruteur très expérimenté.

Pour toutes ces raisons, il faut s’attendre à ce que plusieurs transactions surviennent sur le plancher, vendredi soir, à l’occasion du premier tour. Plusieurs directeurs généraux, pas seulement Dale Tallon, sont enclins à échanger des positions avantageuses au tableau de sélection pour mettre la main sur des joueurs capables de les aider dans l’immédiat.

Andrei Markov
Andrei Markov

Le Canadien a réglé sa négociation contractuelle avec Andrei Markov de manière tout à fait honorable. Lundi, il s’est s’entendu avec son défenseur de 35 ans pour trois ans et une somme totale de 17,25 millions de dollars. Pour plusieurs raisons, Markov jouissait d’un rapport de force considérable dans cette négociation.

D’abord, quand tous les partants sont présents, le Canadien manque déjà de défenseurs vraiment capables de jouer sur une base régulière dans les deux premiers duos. En plus, la relève au sein de l’organisation n’annonce pas, à court terme, de candidat capable de remplir le rôle de distributeur de rondelle qu’exerce Markov.

En ce sens, les partisans de l’équipe misent beaucoup sur le développement du premier choix de 2011 Nathan Beaulieu. D’autant plus que Beaulieu a été utilisé dans sept rencontres (et certaines étaient cruciales) lors des dernières séries éliminatoires.

Or, le CH est peut-être moins entiché de Beaulieu qu’on le croit. À l’intérieur même de l’organisation, Beaulieu n’est pas reconnu comme un aficionado du travail ardu. Et même s’il est catalogué comme un défenseur offensif depuis les rangs juniors, son apport réel dans cet aspect du jeu ne permet pas de tolérer (au niveau de la LNH) ses importantes lacunes défensives. « S’il a autant joué à Montréal au cours de la dernière saison, c’est beaucoup plus parce que Bergevin voulait le montrer aux autres équipes », confie-t-on.

***

Dans les circonstances, le CH a fait une bonne affaire en prolongeant son association avec Markov jusqu’en 2017, exactement au même salaire annuel qu’empochait le Russe depuis 2007, soit 5,75 millions. Dans la LNH, voir un joueur d’élite maintenir le même salaire sur une période de 10 ans, et après trois négociations de contrat, relève presque de la science-fiction.

Pour ceux qui en doutent, il est clair que Markov aurait pu aller chercher un peu plus s’il s’était prévalu de son droit à l’autonomie. Même s’il y a peu de joueurs de qualité sur le marché cette année, il y a énormément d’argent disponible et beaucoup de directeurs généraux bien décidés à montrer à leur propriétaire (et aux partisans) qu’ils prennent tous les moyens pour améliorer leur équipe.

Encore lundi midi, le directeur général des Bruins, Peter Chiarelli, expliquait à quel point les nouveaux directeurs généraux des Hurricanes (Ron Francis), des Canucks de Vancouver (Jim Benning), des Capitals de Washington (Brian MacLellan), des Penguins de Pittsburgh (Jim Rutherford) et des Flyers de Philadelphie (Ron Hextall) multiplient les appels téléphoniques et créent une toute nouvelle dynamique cette année.

Mais Markov est heureux à Montréal (il a acquis sa citoyenneté canadienne il y a quelques années) et, au moment où il parvient au crépuscule de sa carrière, il ne se voyait pas la poursuivre sous d’autres cieux. « Même avant la fin de la saison, rester à Montréal était ma priorité », a-t-il d’ailleurs admis lors d’une conférence téléphonique.

Parmi les joueurs ayant disputé le plus de matchs avec le Tricolore, Markov pourrait d’ailleurs devenir le premier à passer toute sa carrière avec le Bleu-blanc-rouge depuis Bob Gainey, qui s’est retiré en 1989. Ce n’est pas rien. En plus d’un siècle d’histoire, bien peu de joueurs ont réussi cet exploit.

Par contre, cette entente comporte une certaine part de risque pour le CH. Comme Markov est âgé de plus de 35 ans, la convention collective oblige le CH à comptabiliser son contrat pour le plafond salarial jusqu’à son expiration. Par exemple, si Markov devait se retirer une année avant la fin de l’entente, Marc Bergevin serait forcé de manœuvrer comme s’il versait les 5,75 millions prévus à l’entente.

***

En fin de compte, l’un des plus grands bénéfices de ce contrat de trois ans trouvera peut-être sa source dans le prochain gros contrat que Marc Bergevin est en train de négocier : celui de P.K. Subban.

Subban s’apprête à signer le plus gros contrat de l’histoire du CH. Et même si la direction le niera à la vie à la mort sur la place publique, cet exercice ne se déroule pas sans inquiétudes.

Déjà difficile à diriger, on se demande comment Subban se comportera lorsqu’il sera le plus haut salarié de la formation. Et si ces doutes n’existaient pas, ce contrat serait d’ailleurs signé depuis longtemps.

La sécurité d’emploi récemment consentie à Michel Therrien et la présence de Markov dans le vestiaire pour encore plusieurs saisons auront pour effet d’assurer une certaine stabilité et un certain encadrement. L’éventuel retour de Brian Gionta aussi.

Guy Boucher
Guy Boucher
Au cours des dernières semaines, les Penguins de Pittsburgh, les Panthers de la Floride, les Canucks de Vancouver et les Hurricanes de la Floride ont déclenché de vastes recherches pour identifier leur prochain entraîneur-chef. Je ne me souviens pas d’avoir vu autant de noms circuler et autant de candidats être interviewés pour pourvoir des postes dans la LNH.

En tout, les noms de plus d’une quinzaine de candidats susceptibles d’aboutir derrière le banc de l’une de ces quatre formations ont circulé. Et curieusement, parmi cette longue liste (voir au bas de cette chronique), il y a un absent de taille : Guy Boucher.

Comment l’ex-entraîneur du Lightning de Tampa Bay, que tout le monde convoitait ou considérait comme une étoile montante il y a quelques années, peut-il être absent d’une liste de candidats aussi longue?

Au moment où il ne restait que quelques matchs à disputer la saison dernière, Guy Boucher a accepté de diriger le club de Berne en première division suisse. Il a en poche un contrat de quelques saisons. Remercié par le Lightning après 31 rencontres en 2012-2013, il n’en pouvait plus de rester chez lui à ne rien faire.

Boucher a remporté la Coupe du Président avec les Voltigeurs de Drummondville dans la LHJMQ. Il a mené les Bulldogs de Hamilton à une récolte de 115 points (,719) en 2009-2010, la meilleure saison de l’histoire de cette équipe. Et en 2010-2011, contre toute attente, il a mené le Lightning de Tampa Bay à une seule victoire d’une présence en grande finale de la Coupe Stanley. Dans la LNH, aux commandes d’une équipe dépourvue de défenseurs (et souvent de gardien), il a maintenu une excellente fiche de 97-78-20.

Comment se fait-il que son nom ne soit jamais mentionné, alors qu’il possède un curriculum vitae nettement supérieur (ou au moins aussi intéressant) que la plupart des candidats convoités par les temps qui courent?

***

Quand on voit constamment ressurgir les noms d’entraîneurs comme Marc Crawford, Ron Wilson ou Tom Renney, ou lorsqu’on voit le nouveau directeur général des Hurricanes, Ron Francis, interviewer plusieurs de ses anciens coéquipiers pour dénicher un entraîneur, on comprend facilement qu’il est important de tisser un bon réseau de contacts pour durer dans ce milieu. Les directeurs généraux mettent aussi leur propre emploi en jeu lorsqu’ils embauchent un entraîneur. Ils veulent généralement confier leur équipe à quelqu’un qu’ils connaissent.

« À ce niveau, pour les entraîneurs québécois, la tâche est peut-être un peu plus difficile parce qu’il y a très peu de Québécois qui occupent des postes de haute direction dans la LNH », souligne Martin Raymond, qui a travaillé aux côtés de Guy Boucher à McGill, à Hamilton et à Tampa.

Raymond est maintenant l’entraîneur-chef des Voltigeurs de Drummondville.

« Il est important d’entretenir ses contacts. Mais il est surtout très important d’avoir les compétences pour le poste. Il faut constamment refaire ses preuves dans ce milieu. Prenez l’exemple de Marc Crawford. Son nom refait surface par les temps qui courent parce que son équipe a remporté le championnat cette saison en Suisse », souligne Martin Raymond.

On peut aussi mentionner l’exemple de Bob Hartley, qui a refait surface et qui a été embauché par un ami de longue date (Jay Feaster) avec les Flames de Calgary après avoir remporté ce même championnat en Suisse.

***

La mise au ban de Guy Boucher rappelle un peu celles d’Alain Vigneault et de Michel Therrien après leur première présence dans la LNH.

Après avoir occupé le poste d’entraîneur du Canadien (et malgré le fait qu’il avait été adjoint dans la LNH pendant plusieurs années), Vigneault a dû retourner au bas de l’échelle. Il a dirigé une équipe junior, puis le club-école des Canucks dans la Ligue américaine avant d’obtenir une seconde chance dans la LNH. Il est aujourd’hui l’un des entraîneurs les mieux payés et les plus respectés dans le monde du hockey.

Après avoir dirigé le Canadien, Therrien a dû retourner dans la Ligue américaine, où il a connu des succès fulgurants. Il a ensuite mené les Penguins jusqu’à la finale de la Coupe Stanley avant d’être congédié la saison suivante. Malgré des succès éclatants à Pittsburgh, Therrien est resté sur la ligne de touche pendant trois longues années (!) avant que Marc Bergevin lui confie de nouveau le CH.

Or, Therrien vient de signer un nouveau contrat qui le situe aussi parmi les entraîneurs les mieux payés de la LNH. La direction du CH le considère comme un rouage essentiel dans les succès de l’organisation.

« Ça démontre à quel point les choses peuvent changer rapidement dans le monde du hockey, soutient Martin Raymond. Parfois, on peut être porté à se sentir à l’aise quand une équipe connaît du succès. Mais tout cela est bien fragile, et ça peut s’écrouler rapidement. L’inverse est aussi vrai quand notre nom ne figure pas parmi les saveurs du jour. Je pense que Guy Boucher en est parfaitement conscient. »

N’empêche. Pour un entraîneur de carrière dont les compétences ne font aucun doute, traverser une telle éclipse doit être extrêmement frustrant.

La liste des nombreux candidats en lice pour un poste d’entraîneur-chef dans la LNH :    

POUR LES PENGUINS DE PITTSBURGH :

  • Willie Desjardins (Stars du Texas, Ligue américaine)
  • Ron Wilson (ex-Anaheim, San José, Washington, Toronto)
  • Marc Crawford (Zurich, Ligue suisse; ex-Nordiques/Colorado, Vancouver, Los Angeles, Dallas)
  • Ulf Samuelsson (adjoint avec les Rangers de New York)
  • Bill Peters (adjoint avec les Red Wings de Détroit)
  • John Hynes (Penguins de Wilkes-Barre/Scranton, Ligue américaine)
  • Tom Renney (adjoint avec les Red Wings de Détroit; ex-Rangers de New York et ex-Edmonton)
  • Doug MacLean (ex-Floride et ex-Columbus)

POUR LES PANTHERS DE LA FLORIDE

  • Dan Bylsma (ex-Pittsburgh)
  • Marc Crawford
  • Gerard Gallant (adjoint avec le Canadien, ex-Columbus)
  • Tom Renney
  • Bill Peters

POUR LES CANUCKS DE VANCOUVER

  • Willie Desjardins
  • Mike Johnston (Winterhawks de Portland, Ligue junior de l’Ouest)
  • Jeff Blashill (Grand Rapids, Ligue américaine : les Red Wings ont refusé aux Canucks la permission de le rencontrer)
  • Marc Crawford
  • Peter Horacek (ex-Floride)
  • Dan Bylsma
  • Scott Arniel (adjoint avec les Rangers de New York)
  • John Stevens (adjoint avec les Kings de Los Angeles; ex-Philadelphie)

POUR LES HURRICANES DE LA CAROLINE

  • Ulf Samuelsson
  • Kevin Dineen (ex-Floride)
  • Ed Olczyk (ex-Pittsburgh)
  • Todd Nelson (Oklahoma City, Ligue américaine)
  • Willie Desjardins

Le 29 décembre 2013,  le pilote automobile à la retraite et champion du monde Michael Schumacher fait du ski alpin à Méribel, dans les Alpes françaises. Dans un virage, il heurte un rocher émergeant et, dans sa chute, sa tête le percute violemment. Selon les premières informations, Schumacher s’est réveillé après 169 jours de coma.

Le 9 décembre 1989, le skieur acrobatique à la retraite et champion du monde Yves Laroche s’élance en parapente du mont Palafour dans les Alpes françaises. Des vents insoupçonnés le font piquer du nez et, dans sa chute, il percute violemment les rochers. Il se réveillera d’un profond coma 61 jours plus tard.

Le parallèle est frappant et heureusement encourageant.

« Il va s’en sortir. C’est la première chose que je me suis dite ce matin en lisant la nouvelle », me raconte-t-il de chez lui, à Trois-Rivières.

Yves Laroche s’en est aussi sorti. Il a été entraîneur d’équipes nationales de ski acrobatique au Japon et au Canada. Il a bâti une maison de ses propres mains. Aujourd’hui, il est l’un des conférenciers les plus appréciés chez nos athlètes québécois.

« Nos accidents se ressemblent. Dans les deux cas, nous faisions du sport pour nous amuser. C’est ce qui m’a interpellé dès le départ. Ça m’a aussi rappelé toutes les étapes à franchir en réadaptation. »

Yves Laroche lors d'une conférence en décembre 2013
Yves Laroche lors d’une conférence
Il a échangé brièvement avec l’agent de Schumacher en janvier dernier. Récemment, Yves me faisait part de son intention de lui rendre visite au Centre hospitalier universitaire de Grenoble.

« J’étais aussi à Grenoble et je sais que plusieurs membres du personnel médical sont les mêmes avec qui j’ai gardé une belle relation. Maintenant qu’il est en Suisse, je ne sais plus si les portes sont toujours ouvertes pour moi .»

- Et qu’aimerais-tu lui dire?

- Que ça va être l’enfer.

- Genre?

- Ils vont vouloir retrouver le Michael Schumacher qu’ils ont connu. C’est une erreur.

Yves Laroche me raconte alors ce qu’il a vécu de l’intérieur, à l’autre bout des bonnes intentions.

« Lorsque je me suis réveillé de mon coma à l’hôpital, la première chose que j’ai vue, ce sont des photos de moi en ski acrobatique, en saut. Je  ne comprenais pas. Tu ne te réveilles pas en disant à tout le monde merci beaucoup, mais plutôt en te disant : « Qu’est-ce que j’ai fait. Pourquoi suis-je ici? » Un jour, je suis allé rencontrer un jeune homme – un excellent cycliste – devenu paraplégique à la suite d’une collision frontale avec un orignal dans le parc des Laurentides. Lors de ma visite à l’hôpital, ses parents avaient placé devant lui des photos en vélo. J’ai dit à la mère de retirer ses images. Michaël, comme ce garçon, doit découvrir son passé par ses propres moyens, à son rythme. Faut pas le lui imposer. »

« Heureusement, avec les années, les gens me reconnaissent de moins en moins comme l’athlète et de plus en plus comme le conférencier. Ça, c’est agréable. Mon unique objectif est d’aller le voir et, fort de mon expérience, de lui dire qu’il peut s’en sortir. À lui de choisir sa voie. »

Si Yves Laroche en a l’occasion, il lui offrira enfin ce conseil sacré. Celui qui a permis à Yves de gagner la bataille et qui fait partie de toutes ses conférences :  ne jamais se demander pourquoi, mais comment.

Vivement ce tête-à-tête. Entre champions.

Michel Therrien, l’homme de 8 millions

Dimanche 15 juin 2014 à 8 h 57 | | Pour me joindre

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Michel Therrien
Michel Therrien

Marc Bergevin n’a pas seulement accordé une prolongation de contrat de quatre ans à Michel Therrien samedi. Le DG du Canadien a aussi propulsé Therrien dans le cénacle des entraîneurs les mieux payés de la LNH, a appris Radio-Canada Sports.

Au même titre qu’Alain Vigneault, Lindy Ruff, Joel Quenneville et quelques autres privilégiés, Michel Therrien touchera un salaire annuel de quelque 2 millions de dollars à compter de la saison 2015-2016 jusqu’à la fin de la campagne 2018-2019. Therrien a encore une saison à écouler au premier contrat qu’il avait paraphé avec Bergevin au printemps 2012.

Pour ceux qui suivent les activités du CH, sans le moindre doute, la longueur et la teneur de cette nouvelle entente constituent un message percutant à l’intention des joueurs qui habitent le vestiaire : Therrien est là pour longtemps. N’en déplaise à ceux qui trouvent son style un peu trop direct, et qui commençaient discrètement à s’en plaindre auprès des journalistes.

Les résultats de Therrien ont parlé pour lui. Au cours des deux dernières saisons, le Canadien a maintenu des moyennes de succès de ,656 et de ,610 en plus d’atteindre, cette année, le carré d’as dans les séries éliminatoires. Le CH n’avait pas connu de tels succès depuis la fin des années 1980 (un quart de siècle), quand Jean Perron et Pat Burns avaient enchaîné des campagnes de ,644 et de ,719.

Dans le monde du sport, la stabilité constitue le premier facteur de succès. Il est donc assez hallucinant de constater que depuis Scotty Bowman (1971-1979) un seul entraîneur du Canadien (Pat Burns) est parvenu à passer quatre saisons derrière le banc de l’équipe. Geoff Molson avait solennellement promis de briser cette culture malsaine lorsqu’il avait annoncé le renvoi de Pierre Gauthier, il y a un peu plus de deux ans.

Par ailleurs, le fait que la situation contractuelle de Michel Therrien soit la première à être réglée par Marc Bergevin (alors que des piliers défensifs de la formation comme Markov et Subban sont en processus de renégociation) en dit aussi très long sur l’état d’esprit de la direction du Tricolore.

On se doute fort que Michel Therrien ne dirigera pas la formation jusqu’à la fin de la saison 2018-2019. Passer sept ans derrière le banc du CH relève presque de la science-fiction. Par contre, il est maintenant clair que Therrien jouit du soutien total de ses patrons et qu’il dirigera le noyau de jeunes vétérans du CH pendant encore quelques années.

N’en déplaise à ceux qui, dans le vestiaire, envisageaient l’avenir autrement.

Un sujet particulièrement intéressant figure à l’ordre du jour de l’assemblée générale annuelle de Hockey Québec, qui se mettra en branle vendredi à Mont-Tremblant. Et si ce débat est bien mené, il changera positivement l’expérience sportive de milliers de hockeyeurs au Québec au cours des prochaines années.

Les dirigeants du hockey mineur de toutes les régions seront invités à réfléchir à la mise sur pied d’une « politique de reclassification » des équipes.

Selon le système actuel, toutes les associations de hockey mineur au Québec doivent respecter des ratios établis d’avance pour déterminer le niveau au sein duquel joueront leurs équipes. Par exemple, une association où l’on retrouve de 106 à 120 joueurs d’âge atome (9-10 ans) doit obligatoirement former une équipe de niveau compétition en classe BB, et une autre en classe CC.

Malheureusement, année après année, ce tableau de classification quantitative « aveugle » donne lieu à des histoires d’horreur. Invariablement, des équipes de toutes les régions se retrouvent dans des catégories beaucoup trop fortes pour elles, et elles subissent des dégelées toute l’année. Il n’est pas rare de voir des équipes remporter seulement un ou deux matchs sur 45! Les jeunes qui font partie de ces équipes passent tout l’hiver dans un contexte négatif. Ils n’apprennent pas grand-chose, ne progressent pas et n’éprouvent aucun plaisir à jouer au hockey.

L’inverse est aussi vrai. Ces tableaux quantitatifs produisent aussi des formations invincibles qui connaissent des saisons presque parfaites. Mais quels progrès les enfants peuvent-ils réaliser s’ils ne font face à aucune opposition valable? Perdent-ils leur temps?

Au cours de la dernière année, j’ai consacré deux chroniques à ce phénomène. Et je suis extrêmement fier que ce sujet soit maintenant à l’ordre du jour de l’assemblée générale de Hockey Québec.

Pour rehausser l’expérience sportive de ces jeunes, il suffirait d’apporter des ajustements mineurs aux calendriers des différentes ligues, avant la période des Fêtes, pour promouvoir les équipes dominantes à un niveau supérieur et pour reléguer les « perdants chroniques » à un niveau de jeu qui leur convient davantage.

On y reviendra quand le débat aura eu lieu.

***

Par ailleurs, je profite de l’occasion pour faire une autre suggestion aux dirigeants de Hockey Québec. Cette fois, pour abaisser considérablement le taux d’absentéisme des petits hockeyeurs à l’école.

C’est une idée qui émane de USA Hockey et qui est franchement géniale.

Auparavant, les équipes participant aux championnats nationaux des États-Unis (toutes catégories) étaient tenues de se présenter sur le site du tournoi le mercredi pour le début du tour préliminaire, tandis que les finales étaient disputées le dimanche. Or, la fédération américaine a récemment voté une résolution qui fera en sorte que, dorénavant, les championnats nationaux commenceront une journée plus tard et les finales seront disputées le lundi.

Comme il y a beaucoup moins d’équipes dans les matchs de finale que dans le tour préliminaire, on permet ainsi à un plus grand nombre d’élèves de profiter d’une journée de plus à l’école.

Le Québec pourrait facilement faire la même chose, d’autant plus que le championnat provincial est disputé durant le congé pascal et que le lundi est un jour férié. Par exemple, la dernière édition de la Coupe Dodge (le championnat provincial) réunissait pas moins de 3000 hockeyeurs. Le tournoi a commencé le jeudi 17 avril et les finales ont eu lieu le dimanche 20 avril.

En adoptant la même règle que USA Hockey, c’est potentiellement 2500 jours de classe qui auraient été maintenus (exception faite des journées pédagogiques que décrètent certaines commissions scolaires le jeudi précédant Pâques). En tous les cas, c’est certainement 2500 parents de moins qui auraient été obligés de prendre congé du bureau le jeudi pour assister au tournoi.

Imaginons un peu l’impact qu’une telle politique pourrait avoir si elle était adoptée par l’ensemble des tournois de hockey mineur au Québec. La plupart des 100 000 hockeyeurs membres de Hockey Québec disputent trois tournois chaque saison. Et pour différentes raisons (difficultés scolaires, calendriers d’examens, etc.) les directions d’écoles et les professeurs déplorent constamment les absences des élèves qui pratiquent le hockey.

Jouer les finales et (et peut-être les demi-finales) le lundi pourrait facilement (et fortement) atténuer ce problème.

Le film de Lyne Bessette

Mercredi 11 juin 2014 à 16 h 42 | | Pour me joindre

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Lyne Bessette (Facebook)

Lyne Bessette (Facebook)

Lyne n’ira pas voir le film inspiré de la vie de Geneviève Jeanson, La petite reine.

Je le savais sans lui poser la question. Je ne voulais même pas entendre sa réponse ni la déranger avec ça. Elle roule actuellement les sentiers de Kingdom Trails au Vermont, le paradis du vélo de montagne à l’est de Moab.

Puis, on en a déjà parlé souvent ensemble de Jeanson. À Pékin, pendant les Jeux, où elle était analyste. En septembre 2010 pour un reportage. Elle racontait à peu près ceci :

« J’ai pitié pour elle, mais en même temps, ça a affecté tout le monde. Physiquement, elle m’a aidée à être meilleure en étant plus forte que moi, mais mentalement, ça m’a affectée. J’ai vu les reportages (Enquête), je ne m’attends pas à ce qu’elle m’appelle et je ne veux plus en entendre parler. »

Jamais Geneviève Jeanson ne s’est excusée de lui avoir volé des victoires et l’argent qui vient avec la marche supérieure sur un podium (une dizaine de fois, selon un décompte déjà lu). Lyne a fait moins d’argent. Lyne a raté des occasions d’affaires. Lyne a été perçue comme la méchante, l’envieuse pendant des années. Lyne-la-pas-fine.

Finalement, je lui ai demandé par écrit de me préciser certains détails de son après-carrière pour ce blogue.

C’est elle qui m’a appelé.

« Je ne veux pas passer pour la victime. Si tu veux écrire sur moi à propos de Geneviève, insiste sur une chose : je trouve ridicules et insensées les sanctions aux tricheurs. Deux ans, et ils reprennent du service. Ou encore, ils lancent leur ligne de vêtements (George Hincapie) ou des randonnées (Levi Leipheimer), comme si de rien n’était. Ont-ils vraiment payé? Qu’est-ce qu’attend l’UCI pour imposer une sanction qui a du bon sens? Pourquoi pas 10 ans de suspension? Pourquoi pas des amendes? 40 000 $ pour le développement de la relève par exemple. De quoi a-t-on peur? Les tricheurs avaient le choix, Geneviève aussi. »

Lyne était sur l’offensive, comme je l’ai toujours connue. Intense et naturelle.

Non, elle n’ira pas voir le film.

Personnellement, j’irai. Mais j’aimerais voir aussi celui de Lyne Bessette. Le film d’une fille  qui a roulé sur le gros plateau toute sa carrière, sans tricher. Une fille qui a pratiqué avec succès rien de moins que huit disciplines sportives et remporté le titre canadien dans trois d’entre elles (route, tandem et cyclocross). Celle qui a redonné à son sport en pilotant un vélo tandem vers l’or des Championnats du monde sur route de paracyclisme et des Jeux paralympiques en 2012. Celle qui marraine des événements pour des collectes de fonds, comme les 24 h de vélo Tremblant. Celle qui organise même sa propre course hors route en Estrie : les 100 à B7, qui en sera à une deuxième édition le 11 octobre prochain.

Mais Lyne est fine. Malheureusement, l’histoire ne retient pas assez souvent les bonnes personnes.