Accueil

Faux départ pour les jeunes arrières du CH

Dimanche 21 septembre 2014 à 16 h 00 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Quand le camp d’entraînement du Canadien a pris son envol jeudi dernier, on s’attendait à voir les jeunes défenseurs de l’organisation se livrer une lutte de tous les instants pour décrocher les sixième et septième postes, qui ne demandent qu’à être comblés. Or, jusqu’à présent, ce n’est pas exactement de cette manière que les choses se passent.

Jarred Tinordi, le premier choix du CH en 2010, connaît probablement son pire début de camp depuis qu’il s’est joint à l’organisation. Le géant de 6 pi. 6 pou. commet de nombreux revirements, choisit les mauvaises options de passe et ne s’implique pas physiquement, alors que c’est spécifiquement cet aspect du jeu qui lui permettrait de se démarquer.

« C’est la constance du jeu d’un jeune défenseur qui nous démontre s’il est prêt à jouer dans la LNH », insistait Michel Therrien vendredi dernier.

Or, jusqu’à présent, quand le duo que forment Tinordi et Greg Pateryn se trouve sur la patinoire, leur unité est constamment embouteillée au fond de la zone défensive. Ce n’est toutefois pas la faute de Pateryn, qui subit en quelque sorte les contrecoups du manque de fiabilité de son partenaire de jeu.

Tinordi devra rapidement retrouver son aplomb cette semaine, alors que s’amorcent les matchs préparatoires contre des adversaires de la LNH. Sinon, il bousillera ses chances d’entreprendre la saison à Montréal.

***

Pour sa part, Nathan Beaulieu ne semble pas avoir corrigé ses lacunes défensives.

Le premier choix du CH en 2011 aime visiblement relancer l’attaque, et il figure souvent parmi les premiers joueurs de son unité à quitter le territoire défensif dans l’espoir d’appuyer l’offensive. Par contre, lorsqu’il travaille près de son gardien, Beaulieu ne remporte pas ses batailles à un-contre-un, ne termine pas ses mises en échec et ne récupère pas les rondelles.

Beaulieu, dont les qualités offensives se situent à des lunes de celles de P.K. Subban (au même âge), devra se montrer plus solide défensivement. Car dans son cas, ce ne sont pas deux postes qui sont disponibles, mais un seul : celui du sixième défenseur. S’il ne parvient pas à se tailler un poste au sein du groupe de six partants, Beaulieu se retrouvera vraisemblablement à Hamilton, car il n’a que 21 ans. Marc Bergevin et Michel Therrien ne le garderont pas à Montréal pour le faire jouer un match sur quatre.

***

Bref, le vétéran Francis Bouillon, qui célébrera son 39e anniversaire dans trois semaines, ferait mieux de ne pas se magasiner un poste en Suisse trop rapidement. À date, il semble toujours y avoir une place pour lui au sein de cette formation.

Quant au Suédois Magnus Nygren (113e joueur sélectionné en 2011), il a montré de fort belles aptitudes jusqu’à présent. Nygren est un arrière très mobile qui lit bien le jeu et distribue bien la rondelle. Il possède aussi un excellent tir. Dans son cas, il sera toutefois intéressant de voir comment il sera capable de tirer son épingle du jeu dans les coins de patinoire, ou dans les bagarres à un-contre-un qui l’opposeront aux gros attaquants de la LNH.

À ne pas en douter, la suite du camp s’annonce donc fort distrayante à la ligne bleue.

***

Du côté des attaquants, le Tchèque Jiri Sekac et le Suédois Jacob De la Rose continuent de s’imposer. En fait, De La Rose s’impose, et Sekac donne tout un spectacle.

Plus le camp avance, plus on se demande comment Marc Bergevin et Michel Therrien pourront ignorer Sekac quand viendra le temps de composer leur alignement après la première semaine d’octobre.

Âgé de 22 ans, Sekac vient de disputer trois saisons dans la KHL et, à l’évidence même, il est un professionnel accompli. Il est de loin le meilleur espoir présent au camp.

Son coup de patin est fluide. Il possède des habiletés de manieur de bâton nettement au-dessus de la moyenne et sa vision du jeu est impressionnante. Créatif, Sekac a le don de créer de l’espace et de bien repérer ses coéquipiers sur la patinoire. En plus, il fait 6 pieds 3 pouces!

Le Canadien a grand besoin de renfort et de profondeur à l’attaque. Sur le flanc droit, cette équipe a perdu les services de Brian Gionta et de Thomas Vanek depuis la fin de la dernière campagne, et elle a grand besoin de quelqu’un capable de créer des étincelles.

C’est la raison pour laquelle je favorise Sekac (un gaucher qui joue à droite) dans la course à l’obtention d’un poste.

***

Jacob De La Rose connaît aussi un camp fort intéressant. On voit qu’il a une bonne tête de hockey et qu’il comprend parfaitement ce qui se déroule sur la patinoire. Par ailleurs, sa taille (il fait 6 pieds 3 pouces et 204 livres) fait en sorte qu’il ne semble nullement intimidé au contact des professionnels qu’il côtoie.

Tout cela est fort impressionnant pour un jeune de 19 ans! J’ai très hâte de le voir jouer contre les autres formations de la LNH durant le calendrier préparatoire parce que, plus le temps passe, plus De La Rose semble à l’aise. Dimanche matin, il a d’ailleurs déculotté Nathan Beaulieu de magistrale façon à l’occasion d’un match intra-équipe.

À cause de son âge, et aussi parce que ses qualités offensives sont moins aiguisées que celles de Jiri Sekac, De La Rose ferait peut-être mieux de faire ses débuts nord-américains à Hamilton. Cela lui permettrait de parfaire son développement en assumant de plus grandes responsabilités et en étant utilisé beaucoup plus souvent.

Mais ne tirons pas de conclusions trop hâtives dans son cas. Il ne semble pas avoir envie de plafonner.

Y a-t-il danger pour Michel Therrien?

Vendredi 19 septembre 2014 à 13 h 13 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Michel Therrien
Michel Therrien

Avant même que le Canadien saute sur la patinoire pour un premier entraînement, vendredi, partisans et journalistes avaient déjà commencé à soupeser les progrès de l’équipe. Pour les journalistes, ça fait partie du travail (et des commandes du chef de pupitre). Pour les partisans, ça passe le temps en attendant le premier match. Et dans les deux cas, c’est plutôt agréable; une sorte de réchauffement avant d’entrer dans « les vraies affaires ».

On peut discuter des heures des points où le Canadien a progressé ou reculé. Personne ne s’en prive, d’ailleurs.

J’ai fait la même réflexion et j’en arrive à la conclusion que personne dans l’organisation n’a perdu plus que Michel Therrien.

J’aurais envie de vous dire que son leadership me semble moins soutenu que l’an dernier. Mais je ne peux pas vous dire ça. Eh non! Parce que mes amis du service linguistique m‘interdisent d’utiliser le mot « leadership», un emprunt à l’anglais.

Week-end? C’est correct. Score? Pas de problème. Leadership? Non! C’est vilain.

Bon.

Parlons donc du commandement de Michel Therrien, un commandement qui, à mon petit avis, est moins bien –  comment dire? – accompagné que l’an dernier.

Attention! Marc Bergevin lui a accordé une prolongation de contrat de trois ans plus une année d’option. Ça c’est un vote de confiance. Et ça renforce un leader… excusez… un commandement.

Sa fiche des deux dernières années parle aussi pour lui. Éloquemment. Mais on y reviendra.

Cependant…

Par contre, pour ce qui est de l’effort et de l’exemple, Therrien a perdu deux brillants alliés en Brian Gionta et Josh Gorges. Ne sous-estimez pas cet élément. Dans les périodes de doute, les joueurs levaient les yeux et apercevaient ces deux-là, réguliers comme des métronomes, loyaux à l’équipe, à Therrien, à son système et – ce n’est pas négligeable – arrivés avant la génération des Pacioretty et des Subban. C’était leur équipe. Malhotra et Gilbert pourrait peut-être les remplacer pour l’exemple, mais ce n’est pas encore LEUR équipe.

Vous me suivez?

Michel Therrien a aussi perdu son adjoint le plus proche. Gérard Gallant est parti. Il a été remplacé par Dan Lacroix. Guy Boucher m’a déjà dit tout le bien qu’il pensait de Lacroix quand il dirigeait le Lightning de Tampa Bay. Mais Lacroix est nouveau. Lui non plus, ce n’est pas encore SON équipe. Il faut du temps pour s’approprier et appartenir.

Or, dans les périodes de grogne – et il y en a toujours dans une entreprise – il arrive rarement que ce soit les derniers venus, patrons ou collègues, qui calment le jeu. C’est dans la nature des choses.

Michel Therrien a perdu de ce côté-là. À court terme du moins.

Troisième saison

L’entraîneur du Canadien entre dans sa troisième saison. Je disais plus haut que sa fiche parle pour lui. Mais elle parle aussi contre lui.

L’entraîneur du Canadien entre dans une zone qui l’a mal servi dans le passé.

À son premier séjour avec le Canadien, il a redonné des ailes à une formation qui était en perdition. Elle a culminé à sa 2e campagne derrière le banc. Mais à sa troisième saison, tout a basculé et André Savard l’a remplacé par Claude Julien.

Avec les Penguins de Pittsburgh, il a atteint la finale de la Coupe Stanley à sa deuxième saison complète. Mais, en 2009,  son équipe jouait à peine pour ,500 quand on l’a congédié…

Un joueur de l’équipe d’alors m’avait confié que Michel avait perdu le respect de son équipe. Il n’était pas la cause des difficultés. Mais en période houleuse, c’est lui qui menait le bateau et, comme ça arrive souvent, c’est dans la tempête que surviennent les mutineries.

Le joueur (non je ne le nommerai pas!) avait ajouté que Therrien n’avait plus rien de nouveau à proposer. Il n’étonnait plus ses joueurs. On s’était mis à caricaturer son accent, à douter de ses méthodes.

Quelques mois après son congédiement, les Penguins gagnaient la Coupe Stanley.

Et maintenant?

C’est extrapoler beaucoup que d’imaginer que le même sort attend Michel Therrien cette année. C’est même alarmiste. Mais il devra vite bâtir son entourage. C’est essentiel. En distribuant les « A » aux adjoints, il a amorcé ce procédé. Mais il n’en reste pas moins vulnérable. Une équipe sans capitaine est une équipe qui n’appartient à personne. Certains (plusieurs) disent qu’elle appartient à Carey Price… Peut-être. Mais je n’ai entendu personne dire qu’elle appartient à Michel Therrien.

L’entraîneur du Canadien a mûri. Il a Marc Bergevin dans son coin. Mais la défaite est cruelle.

On lui souhaite une excellente saison!

Lire aussi :

Et on patine à Brossard!

Bouillon dit non à un contrat à deux volets

La rebelle chinoise quitte les courts

Vendredi 19 septembre 2014 à 12 h 30 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Li Na
Li Na

La sixième joueuse au monde, Li Na, doit abandonner le tennis. Son corps ne veut plus! Elle n’a que 32 ans, mais 27 années d’entraînement, ça laisse des traces. Mais sachez que ce corps meurtri a été rien de moins qu’un véhicule révolutionnaire!

La carrière de Li Na s’est faite en deux temps. D’abord, à l’intérieur du système de développement sportif chinois, qui est ni plus ni moins une usine à champions. Son père, un ancien joueur de badminton à la carrière brisée par le révolution culturelle, voulait que sa fille suive ses traces. Mais à l’âge de cinq ans, on décrète que Li Na n’a pas le physique de l’emploi pour le badminton. Par contre, pour le tennis, tout à fait! Mais il faut savoir qu’à la fin des années 80 en Chine, le tennis est peu connu et plutôt associé à la culture bourgeoise, donc bien loin de la philosophie communiste.

N’empêche, Li Na progresse à travers la structure rigide du programme chinois. À l’âge de 15 ans, elle est invitée à participer à un camp d’entraînement commandité par Nike aux États-Unis. À son retour, elle entretient l’ambition de percer le top 10… Mais à l’âge de 20 ans, elle est incapable de supporter plus longtemps l’austérité de la méthode chinoise. Elle rentre chez-elle, se prélasse dans une vie « normale ».

Un an plus tard, la visite du nouveau responsable du programme tennistique d’État, qui lui offre de revenir et de jouer pour elle-même, la charme. Elle reprend le chemin des terrains.

Mais jouer pour elle-même ne lui procure pas la liberté qu’elle souhaite, c’est-à-dire gérer sa carrière… Sa rébellion a une cause : l’autonomie! À force de lutte, elle va bénéficier, à compter de 2008, pour elle et quelques joueuses, de la règle danfei (« vole de tes propres ailes »). Moment charnière pour sa carrière : elle ne doit plus verser 65 % de ses bourses, mais plutôt 8 à 12 %, à la fédération de tennis chinoise.

Début 2010, elle atteint la demi-finale des Internationaux d’Australie et, du coup, réalise son rêve de s’installer dans le top 10. Est-ce la motivation de l’argent? En tout cas, tout se met en place pour Li Na.

Au printemps 2011, à la porte d’Auteuil, elle remporte le titre de Roland-Garros et s’inscrit dans l’Histoire. Elle est la première Asiatique à remporter un championnat de grand chelem. Son ascension, son succès et sa lutte pour son indépendance frappe l’imaginaire en Chine.

Pas moins de 116 millions de Chinois ont regardé son triomphe à Paris. C’est plus que pour le Superbowl de la même année.

Avec son petit côté rebelle, Li Na l’insoumise a choqué et fait rêver.

Choqué, entre autre, parce qu’après ses victoires, elle ne remercie ni la Chine ni le parti communiste comme c’est l’usage pour les sportifs en République populaire. Après sa victoire à Roland-Garros en 2011, à un journaliste qui lui demande s’il s’agit là d’une victoire pour la Chine, elle répond : « C’est le jour où mon rêve est devenu réalité. Quant à dire que c’est une victoire chinoise, ce serait exagéré, mes épaules ne supporteraient pas une telle responsabilité ».

Et c’est justement, aussi, cette attitude qui fait rêver. Dans un pays où il est si difficile de se singulariser, sa réussite, réalisée à l’extérieur des cadres, donne l’énergie à toute une jeunesse pour poursuivre ses objectifs. Pas pour rien qu’elle a 21 millions d’abonnés sur son compte Weibo, l’équivalent chinois de Twitter.

Cet engouement, les gens de marketing l’avaient très vite flairé. Entre 2011 et 2013, elle signe des contrats de commandites pour une valeur de 40 millions de dollars. Elle devient donc l’ambassadrice de grandes marques pour le plus vaste marché de consommateurs du monde.

La WTA (Women’s Tennis Association) voit aussi à travers Li Na tout le potentiel de développement de son sport en Asie. En 2008, il y avait deux tournois de la WTA en Chine. Cette année, il y en aura huit.

Li Na, la joueuse dissidente, prend sa retraite, mais ne renie pas son pays, bien au contraire. Une de ses ambitions est de contribuer au développement de son sport préféré en Chine!

Andrei Markov (gauche) et Alexei Emelin
Andrei Markov (gauche) et Alexei Emelin

Le camp d’entraînement qui s’amorce sera particulièrement astreignant pour l’entraîneur responsable des défenseurs du Canadien, Jean-Jacques Daigneault.

La chronique de Martin Leclerc

Depuis une dizaine de jours, on spécule beaucoup sur les chances de Jiri Sekac de se tailler une place au sein du groupe d’attaquants du CH, ou encore sur la possibilité de voir Dustin Tokarski ravir le poste de deuxième gardien à Peter Budaj. Ces préoccupations sont pourtant très secondaires en comparaison avec le défi que représente le remodelage de la brigade défensive du club, qui sera en quelque sorte méconnaissable cette saison.

Au camp d’entraînement, Daigneault se retrouve en face d’un chantier majeur! La défense est ni plus ni moins que l’épine dorsale d’une équipe de la LNH.

Au cours des deux dernières saisons, Daigneault se présentait au camp d’entraînement en sachant d’avance que, la plupart du temps, ses deux premiers duos seraient composés de P.K. Subban/Josh Gorges et Andrei Markov/Alexei Emelin. Les minutes de jeu « secondaires » et certaines situations de désavantage numérique étaient ensuite distribuées aux cinquième et sixième arrières, qui étaient en quelque sorte des pièces interchangeables.

Cette saison est bien différente. Tout est à refaire.

* * *

Josh Gorges ayant pris la route de Buffalo, P.K Subban évoluera aux côtés d’un nouveau partenaire, fort probablement Alexei Emelin, qui connaît parfois d’étranges passages à vide dans son territoire. En mutant Emelin du côté gauche (son côté naturel), les dirigeants du CH estiment que le Russe sera plus efficace pour faire circuler la rondelle. Et qui sait, le fait de ne plus avoir à constamment compenser pour le manque de vitesse de Markov en repli défensif aidera sans doute Emelin à jouer plus simplement et à déployer ses ailes.

Cela dit, il sera alors très intéressant de voir comment Tom Gilbert, un arrière droitier acquis dès l’heure d’ouverture du marché de l’autonomie le 1er juillet dernier, et Andrei Markov parviendront à créer une chimie. Markov, 35 ans, ralentit d’année en année, mais le manque de profondeur de l’organisation oblige ses entraîneurs à le confronter, soir après soir, aux meilleurs éléments adverses.

Gilbert, qui jouait l’an passé en Floride, est excellent pour faire circuler la rondelle. Cela permettra peut-être à Markov de respirer un peu et d’être moins ciblé par l’adversaire en échec avant. Par contre, le nouveau partenaire (présumé) de Markov manque de robustesse. Il ne récolte environ que 20 minutes de pénalité par saison. Certains soirs, ça risque donc d’être difficile en zone défensive.

* * *

Le seul autre défenseur assuré d’un poste est le vétéran Mike Weaver, qui a fait du bon boulot la saison passée après avoir été acquis des pôvres Panthers de la Floride à la date limite des transactions. À pareille date l’an dernier, si quelqu’un avait prédit qu’au prochain camp, 40 % du top 5 du CH allait provenir de la brigade défensive des Panthers de la Floride, on ne l’aurait probablement pas cru…

Pour pourvoir les sixième et septième postes, Marc Bergevin, Michel Therrien et Daigneault devront choisir parmi quatre candidats : Jarred Tinordi (22 ans, gaucher), Nathan Beaulieu (21 ans, gaucher), le vétéran Francis Bouillon (38 ans, gaucher) et Greg Pateryn (24 ans, droitier). Même s’il lui reste une année de contrat, il serait très étonnant que Davis Drewiske, un réserviste de 29 ans, figure dans les plans de la direction.

Comme Bouillon n’a pas de contrat en poche, il est clair que la direction du CH laissera toutes les chances du monde à ses jeunes de s’emparer de ces postes. La pression est extrêmement forte. Au cours des 10-11 dernières années, l’organisation n’a produit que deux jeunes défenseurs capables de jouer régulièrement dans la LNH : Mike Komisarek et P.K. Subban (sans oublier Ryan McDonagh, qui a été échangé aux Rangers, une erreur historique). Le temps est donc venu de procéder à une cure de rajeunissement.

À la fin du camp, il ne serait pas surprenant que les deux élus soient Tinordi et Pateryn.

Un arrière défensif de format géant, Tinordi (1,98 m/103 kg, 6 pi 6 po/227 lb) a maintenant deux saisons professionnelles derrière la cravate. Il est capable de jouer de façon robuste et de jeter les gants (une denrée rare parmi les défenseurs du CH). Aussi, le mentorat de Mike Weaver constituerait une situation idéale pour lui.

Quant à Pateryn (1,88 m/99 kg, 6 pi 2 po/217 lb), c’est un défenseur complet et fiable qui a inscrit pas moins de 15 buts dans la Ligue américaine la saison passée. Pateryn atteint régulièrement le filet avec la rondelle, ce qui est une qualité recherchée à une époque où les défenses bloquent un fort pourcentage de tirs. Il est aussi robuste et reconnu pour ses qualités de meneur et pour sa maturité. Les entraîneurs des Bulldogs sont toujours très (et sincèrement) élogieux à son endroit.

Dans le cas de Beaulieu, qui semble davantage se considérer comme un quatrième attaquant, le jury émet encore des réserves. Il semble avoir sérieusement travaillé sur son jeu individuel (les batailles à 1 contre 1) durant l’été. Voyons ce que ça donnera.

Bref, il y a énormément de rafistolage à faire. Jean-Jacques Daigneault aura donc fort à faire pour accorder ses sept violons avant le premier match du calendrier. C’est là que se trouve l’enjeu majeur de ce camp d’entraînement. Et probablement de la saison.

Un camp des recrues décevant

Mardi 16 septembre 2014 à 21 h 10 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Michael McCarron
Michael McCarron

Avant leur camp d’entraînement officiel, un grand nombre de directeurs généraux de la LNH forment une équipe de recrues et font participer leurs meilleurs jeunes espoirs à l’un des nombreux tournois préparatoires organisés par des équipes de la ligue.

Par exemple, les Canucks de Vancouver tiennent à Banff une compétition appelée The Young Stars Classic, qui leur permet de mesurer leurs plus jeunes éléments à ceux des Flames de Calgary, des Oilers d’Edmonton et des Jets de Winnipeg. Pendant ce temps, à Traverse City, au Michigan, les Red Wings présentent chaque année un tournoi de grande envergure. Cette saison, outre les Wings, les Sabres de Buffalo, les Hurricanes de la Caroline, les Blue Jackets de Columbus, les Stars de Dallas, le Wild du Minnesota, les Rangers de New York et les Blues de Saint Louis y avaient délégué leurs meilleurs jeunes.

Par ailleurs, à London, les Maple Leafs de Toronto et les Sénateurs d’Ottawa se mesuraient aux recrues des Blackhawks de Chicago et des Penguins de Pittsburgh. Enfin, à Nashville, les recrues des Predators ont croisé le fer ces derniers jours avec les jeunes des Bruins, des Panthers de la Floride et du Lightning de Tampa Bay.

Les organisations qui inscrivent leurs jeunes espoirs à ces tournois le font parce qu’elles veulent voir comment ces derniers se comportent face aux meilleurs joueurs de leur âge dans un contexte extrêmement compétitif. Pour ces jeunes joueurs, le fait de défendre les couleurs de leur équipe de la LNH contre les meilleures recrues d’autres formations a aussi pour effet de faire jaillir la solidarité au sein du groupe, tout en créant un sentiment d’appartenance envers leur propre organisation.

J’ai assisté à quelques-uns de ces tournois au cours des dernières années, et le niveau de jeu y est franchement impressionnant.

* * *

Je vous parle de cela parce que le camp des recrues du Canadien s’est avéré plutôt décevant cette année.

Depuis qu’il est en poste à Montréal, Marc Bergevin a décidé de poursuivre dans le sillon qui avait été tracé avant lui par Bob Gainey et Pierre Gauthier. Il tient à Brossard un camp des recrues au cours duquel les choix de repêchage du CH se mêlent à une bande de joueurs invités (la plupart sont des figurants, des joueurs ignorés au repêchage par toutes les équipes de la LHN) pour disputer des matchs simulés.

En ce qui concerne les matchs simulés, ça vaut ce que ça vaut.

En revanche, cette manière de faire les choses permet aux entraîneurs de l’organisation du CH de faire davantage d’enseignement (ils ne disposent que d’une semaine pour le faire), et elle permet aux jeunes espoirs de mieux se familiariser avec leur nouvel environnement avant de commencer le vrai camp de la LNH aux côtés des vétérans.

N’empêche, c’est lors des matchs que la progression des joueurs est mesurée. Et le niveau de compétition des matchs disputés au camp des recrues du CH n’était pas très relevé au cours des trois derniers jours. On avait peine à croire que tous ces jeunes joueurs tentaient de décrocher un job tellement les mises en échec étaient rares. Personne ne frappait personne!

Et parce que l’écart de talent entre les joueurs était élevé, le jeu était décousu. Cela a pour effet de compliquer l’évaluation des joueurs.

Au lieu de dominer comme il l’aurait fait sur une patinoire de quartier, le Tchèque Jiri Sekac aurait sans doute eu un bien meilleur aperçu du style de jeu nord-américain s’il avait participé à l’un des tournois mentionnés plus haut. Quant au Suédois Jacob De La Rose, un joueur qui ressort davantage quand le jeu est structuré, il aurait sans doute été en mesure de mieux étaler son savoir-faire et de mieux se préparer aux rigueurs du vrai camp en participant à une vraie compétition.

* * *

Cela dit, outre le fait que Sekac et De La Rose demeurent les deux joueurs les plus susceptibles de décrocher un poste avec le grand club dans la première semaine d’octobre, voici ce qu’il faut retenir de ces cinq derniers jours d’évaluation des plus jeunes espoirs de l’organisation :

- Seulement un joueur sélectionné au dernier repêchage, Nikita Scherbak (1er tour, 26e au total) a été invité à participer au camp de la LNH. Cela détonne avec l’an passé, alors que cinq ou six choix du repêchage de 2013 avaient reçu un laissez-passer pour le vrai camp.

- La plus grosse surprise : la présence de Stefano Momesso au vrai camp du Canadien. Le fils de Sergio (ancien joueur du CH) est âgé de 21 ans et a passé toute sa carrière junior dans le junior A. Au camp de perfectionnement de l’équipe au début de l’été, les chances de Momesso s’établissaient probablement à 100 000 contre 1. Cela aussi en dit long sur ce qu’on a vu au camp des recrues.

- Outre Sekac, c’est le petit Sven Andrighetto qui a fait le plus impressionnant étalage d’habiletés individuelles. Vision du jeu, créativité, patience avec le disque, flair offensif… alouette! Un beau joueur. Sa taille de 1,75 m (5 pi 9 po) jouera peut-être contre lui cet automne. Peut-être pas. On a hâte de le voir au camp.

- Michael McCarron, premier choix du CH en 2013, n’a pas réussi à s’imposer au camp des recrues, malgré le fait qu’il ne s’agissait pas de la compétition du siècle. L’attaquant de 1,98 m et 108 kg (6 pi 6 po/238 lb) a quelque peu amélioré la qualité de son patinage, et il n’a pas un mauvais sens du jeu. Par contre, il manque nettement de combativité. McCarron prendra tout de même part au vrai camp. Sa prochaine saison à London (Ligue junior de l’Ontario) nous en dira long sur la tangente que prendra sa carrière. Pour l’instant, le jury est très inquiet.

- Le vrai camp nous permettra de mieux évaluer le défenseur Mac Bennett, qui vient de terminer son stage universitaire avec l’Université du Michigan. Un arrière défensif comme les équipes de la LNH en raffolent, Bennett avait été réclamé au troisième tour par le CH au repêchage de 2009. Il semble fiable, mais il n’a reçu que 53 minutes de pénalité en quatre saisons à Michigan. Pour un défenseur, c’est très peu. Saura-t-il composer avec la férocité du jeu chez les professionnels?

Andrei Markov, Tomas Plekanec, P.K. Subban et Max Pacioretty
Andrei Markov, Tomas Plekanec, P.K. Subban et Max Pacioretty

Pour la seconde fois en l’espace de cinq ans, aucun joueur du Canadien n’aura de lettre « C » cousue sur son chandail cette saison. Cette décision, que Marc Bergevin et Michel Therrien disent avoir « longuement réfléchie », en dit énormément sur la perception que le directeur général et l’entraîneur ont de leur groupe de joueurs.

D’abord, il est décevant que la direction ait encore décidé de tourner le dos à une vieille tradition voulant que le capitaine de l’équipe soit élu par ses pairs. Historiquement, le capitaine a toujours été le représentant que les joueurs déléguaient auprès de l’entraîneur et du directeur général. C’est pour cette raison que le capitaine était reconnu comme le véritable meneur du groupe.

Malheureusement, de plus en plus, les dirigeants d’équipes de la LNH nomment le capitaine qui leur convient le mieux en fonction du type de leadership qu’ils recherchent et aussi en tenant compte d’autres critères d’entreprise qu’ils établissent eux-mêmes, comme l’aptitude à composer avec les médias ou la longévité anticipée au sein de la formation. La situation est donc renversée. Le capitaine devient alors une sorte de représentant de la direction qui chausse des patins. Ce n’est plus du tout la même chose!

* * *

Imaginez un peu. En tenant compte de critères semblables, Henri Richard (élu capitaine à 37 ans), Yvan Cournoyer (élu capitaine à 32 ans) ou Bob Gainey (peu porté sur les relations avec les médias) n’auraient probablement jamais accédé aux fonctions de capitaine du CH s’ils avaient joué pour cette équipe en 2014! Et ce sont sans doute ces critères qui font en sorte qu’Andrei Markov ne portera pas le « C » au cours des deux prochaines saisons.

« C’est certain que moi et Michel avons regardé tous les scénarios possibles. Et avec l’équipe que nous avons en ce moment, nous avons conclu que la meilleure option pour nous consistait à prendre la décision (à la place des joueurs). De plus en plus (dans la LNH), les choix concernant le poste de capitaine sont faits par la direction », a déclaré Marc Bergevin avant de s’élancer sur les allées du Club de golf Laval-sur-le-Lac.

En décidant de nommer eux-mêmes quatre « non capitaines » au lieu de laisser leurs joueurs déterminer leur propre meneur, Marc Bergevin et Michel Therrien annoncent en quelque sorte qu’ils ne font pas confiance au jugement de leurs hommes. Et, au passage, cette façon de faire leur permet aussi de tenir P.K. Subban en garde à vue. En insérant le plus haut salarié dans le groupe des quatre « non-capitaines », on s’assure de le faire adhérer davantage aux consignes.

Pour Marc Bergevin, il semble très clair que le poste de capitaine ne revenait pas à un vétéran. Il dit vouloir observer comment Pacioretty et Subban vont évoluer en profitant du tutorat d’Andrei Markov et de Tomas Plekanec, tout en absorbant graduellement leurs nouvelles responsabilités.

« Pour être capitaine, il y a beaucoup de facteurs qui entrent en ligne de compte, hors de la patinoire et auprès des coéquipiers. Et je veux voir comment Subban et Pacioretty vont prendre la prochaine étape », explique-t-il.

Bref, le directeur général et l’entraîneur peaufinent la préparation de leur futur représentant dans le vestiaire. Et non la préparation du prochain porte-parole des joueurs. C’est une nuance importante.

* * *

L’autre aspect étonnant des nominations que le CH a annoncées à la va-vite avant son tournoi de golf, c’est cette insistance de Marc Bergevin à vouloir insérer Carey Price dans le comité de meneurs que consultera régulièrement Michel Therrien.

À écouter Bergevin, Price se serait même retrouvé avec une lettre sur son chandail si les règles de la LNH avaient permis cette solution.

La position de gardien dans la LNH est très particulière. De plus, la position de gardien à Montréal est particulièrement cruelle et difficile.

À Vancouver, il y a quelques années, la fonction de capitaine a perturbé Roberto Luongo. Ses performances en ont tellement souffert, qu’il a lui-même rendu son « C » afin de mieux se concentrer sur l’essentiel : stopper les rondelles.

« C’est une position étrange. Vous êtes laissé à vous-même. Vous devez rester concentré en tout temps et ne penser qu’à votre travail », avait déclaré Luongo pour expliquer sa renonciation au titre de capitaine.

Il y a un peu plus d’un an, Price disait se sentir « traqué comme un  hobbit » à Montréal. Il vient de connaître la meilleure saison de sa carrière, certes. Mais a-t-on vraiment besoin d’ajouter à ses lourdes responsabilités?

Si Price avait fait partie du comité restreint des meneurs le printemps dernier, il aurait donc été consulté par Michel Therrien quand il a décidé de remplacer Peter Budaj (un coéquipier apprécié de Price) par Dustin Tokarski contre les Rangers de New York. Price aurait donc été appelé à endosser cette décision et à la défendre auprès de ses coéquipiers.

À ne pas en douter, cela l’aurait placé dans « une position étrange », comme le dit si bien Luongo.

Abolition des mises en échec : un étrange diagnostic

Dimanche 14 septembre 2014 à 12 h 23 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Hockey bantam
Hockey bantam

Le confrère Gabriel Béland, de La Presse, rapportait ces derniers jours que Hockey Québec songe sérieusement à abolir les mises en échec dans les catégories bantam CC, bantam BB et midget BB au cours des prochaines années. Pour justifier cette mesure draconienne, qui toucherait 5000 hockeyeurs, la fédération y va d’explications plutôt étonnantes. 

Le directeur général de HQ, Sylvain Lalonde, estime notamment que la fédération « retiendrait peut-être plus de joueurs si on n’avait pas de mises en échec à ce niveau (bantam BB ou CC) ».

Bon an, mal an, Hockey Québec perd environ 10 % de ses membres entre le passage de la catégorie pee-wee (11-12 ans) vers la catégorie bantam (13-14), où sont permises les mises en échec. Toutefois, les contacts physiques ne sont permis qu’au sein des équipes de compétition (double et triple lettre). La saison passée, la chute du nombre de membres de Hockey Québec entre les rangs pee-wee et bantam s’est élevée à 13 %. Elle est passée de 15 975 à 13 905, selon les chiffres fournis par la fédération.

***

Il est étrange d’entendre un dirigeant de Hockey Québec établir les mises en échec comme étant un facteur de désaffection, puisque les joueurs ont toujours eu le choix d’évoluer au sein des équipes simple lettre (bantam, A, B, et C) s’ils ne souhaitent pas se soumettre aux contacts physiques.

Par ailleurs, il y a cinq ans, cinq écoles secondaires privées se sont regroupées pour former la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS), un circuit où sont permises les mises en échec. La LHPS, qui a été créée à l’extérieur des cadres de Hockey Québec, comptait seulement neuf équipes (soit environ 160 joueurs) lors de son année de fondation. Mais sa popularité a été fulgurante. Si bien que la saison dernière, on y retrouvait 18 écoles et près de 1000 joueurs!

Il est donc difficile de soutenir que ce sont les mises en échec qui posent problème! Notons au passage que la LHPS a adhéré à Hockey Québec cette année. Normalement, le taux de désaffection des 13-14 ans devrait donc être plus bas l’an prochain, avec la récupération de plusieurs centaines de participants qui avaient quitté la fédération.

***

Par ailleurs, la lecture des dirigeants de Hockey Québec ne semble pas tenir compte de ce qui se passe dans les autres fédérations sportives.

Il n’y a pas de mises en échec au soccer. Et pourtant, la saison dernière, selon le rapport annuel de la fédération québécoise de soccer, ce sport a enregistré une baisse de 28,11 % dans ces mêmes catégories d’âge (le passage entre les catégories U-12/U-13 et U-14/U-15).

Il n’y a pas de mises en échec au baseball non plus. Pourtant, cet été, Baseball Québec composait avec une baisse de participation de 27,6 % (de 3323 à 2405 joueurs) entre les catégories pee-wee et bantam. Ce phénomène se répète chaque année, depuis le début des temps.

Le hockey, malgré la présence des mises en échec, présente donc le plus haut taux de rétention de ses athlètes parmi les trois principaux sports associatifs au Québec. Le hockey a même ceci de particulier : les jeunes qui tournent le dos à ce sport y reviennent! Après le passage à vide de la catégorie bantam (13-14 ans), le hockey refait systématiquement le plein dans la catégorie midget (chez les 15-16 ans)!

Raisonnablement, on en vient à conclure que les jeunes de 13-14 ans ne tournent pas le dos au hockey parce qu’ils craignent les mises en échec, mais plutôt parce qu’ils atteignent un âge où ils ont tout simplement envie d’expérimenter et de découvrir autre chose. Bref, ils se remettent en question et font des choix.

***

L’envers de cette médaille, c’est que des sports comme le basketball et le football vivent tout le contraire! Le basket et le football voient littéralement leur nombre de participants exploser lorsque les jeunes atteignent l’âge de 13-14 ans. Ces deux sports sont très présents et très structurés au niveau scolaire.

Selon les chiffres fournis par Football Québec, lorsqu’on parle de football associatif (civil) le nombre de participants diminue d’environ 19 % entre les catégories des 12-13 ans et des 14-15 ans. Par contre, au football scolaire (où l’on retrouve trois fois plus de joueurs), la participation explose de 45 % entre les catégories benjamin (11-12 ans) et cadet (13-14 ans).

Tout cela, alors que les joueurs et leurs parents savent parfaitement que les contacts physiques sont permis au football.

***

Bref, les dirigeants de Hockey Québec disent vouloir éliminer les mises en échec dans les rangs bantam CC, bantam BB et midget BB pour contrer le décrochage (qui n’est pas un problème comme on l’a vu plus haut) et pour combattre le phénomène des commotions cérébrales. Mais ils risquent fort de rater cette cible.

Si ce projet va de l’avant, les jeunes hockeyeurs qui souhaitent évoluer à un niveau compétitif fuiront tout simplement les associations civiles (le hockey associatif) en plus grand nombre, et ils iront fièrement porter les couleurs de leur école.

Le hockey scolaire est en pleine expansion au Québec. Et les mises en échec y sont permises.

« Apparence » de conflit d’intérêt?

Vendredi 12 septembre 2014 à 14 h 19 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le commissaire de la NFL Roger Goodell
Le commissaire de la NFL Roger Goodell

L’affaire Ray Rice avait déjà plongé la NFL dans l’embarras quand le circuit a choisi de lui imposer une suspension de deux matchs pour violence conjugale. Il y avait bien quelques modérés pour émettre des réserves et prétendre qu’un employeur n’a pas à se mêler de la vie privée d’un employé, mais l’immense majorité des commentaires condamnait le laxisme du circuit Goodell.

La publication de la vidéo dans laquelle on voit Rice cogner sa fiancée a exacerbé l’insatisfaction des contradicteurs et créé l’unanimité.

La NFL se défend aujourd’hui en affirmant que personne au bureau de direction ni dans l’organisation des Ravens de Baltimore (l’équipe de Rice) n’avait vu la vidéo.

Vraiment?

Devant l’immense incrédulité causée par cette affirmation, la NFL embauche donc un ancien directeur du FBI, Robert Mueller III.  Son mandat? Enquêter sur le processus d’évaluation que la NFL a fait de la faute de Rice et sur la gestion de la preuve. Et pour bien s’assurer que l’enquête sera menée comme il faut, M. Mueller travaillera sous la supervision de deux propriétaires d’équipe parmi les plus proches du commissaire, John Mara, des Giants de New York, et Art Rooney, des Steelers de Pittsburgh.

La NFL sera donc juge et partie.

La formule qui s’impose sur le plan légal pour douter de ce processus est qu’il y a « apparence de conflit d’intérêts ». Apparence. Parce qu’au-delà de ce terme, on verserait dans le libelle et aux États-Unis, il y a toujours un avocat (ou 8, 14, ou 26 avocats quand il s’agit d’un géant comme la NFL) pour lancer une interminable poursuite et vous ramener à la raison, SA raison.

Mais sans y mettre un gramme de mauvaise foi, il faut reconnaître que l’opération est tellement alambiquée qu’on ne peut que douter de son sérieux. D’autant plus que John Mara a déjà déclaré en entrevue qu’on avait interrogé toute l’organisation des Ravens et que personne n’avait jamais vu la vidéo. La NFL est à ce point soucieuse de son image qu’elle a déjà mené cette enquête. C’est l’évidence. Y a-t-il quelqu’un pour penser que ça ne jase pas dans les officines depuis lundi?

DÉ-FENSE! DÉ-FENSE! DÉ-FENSE!

La défense saute donc sur le terrain. L’attaque est unanime, mais mal coordonnée. La défense est organisée en diable! Elle n’a pas de plafond salarial et c’est elle qui choisit l’arbitre.

Vous me suivez?

Et pour s’assurer que l’officiel fait du bon travail, deux entraîneurs défensifs sont désignés pour l’accompagner sur le terrain.

Reste-t-il un partisan, un observateur pour croire que l’attaque va marquer?

Salut Saku! 

Il s’est dit et écrit beaucoup de belles choses sur Saku Koivu depuis qu’il a annoncé sa retraite. Je ne parlerai pas ici de la pertinence, pour le Canadien, de retirer son numéro. J’ai suivi les activités du Canadien pendant des années. J’ai connu Koivu et je ne ferai que quelques observations personnelles.

Saku Koivu avec le Canadien en 2008
Saku Koivu avec le Canadien en 2008

On a souvent jugé de la qualité de Koivu par son apport à l’attaque. Quelqu’un se souvient-il que le trio le plus constant qu’on lui ait confié était complété par Michael Ryder et Chris Higgins? Il y a eu Kovalev de temps en temps, mais comme Koivu, Kovi aimait contrôler la rondelle. Les deux joueurs se complétaient mal. Higgins et Ryder comme compagnons de trio, ça n’a rien d’un aller simple pour le Temple de la renommée.

Koivu ne parlait pas français. C’est vrai. Ça m’a toujours agacé un peu qu’il n’en dise pas quelques mots aux partisans, aux enfants surtout. Mais à titre professionnel, j’ai toujours trouvé ses propos réfléchis, intelligents. En entrevue, je les ai toujours préférés à d’hypothétiques « le rondelle, il roulait pas pour nous autres ».

Saku Koivu parle le finnois, le suédois et l’anglais. Combien de ses dénigreurs travaillent à l’apprentissage d’une quatrième langue?

Saku Koivu a déjà été choisi par ses pairs de toutes les disciplines sportives pour siéger à la Commission des athlètes du Comité international olympique. Le CIO n’est pas exactement un repaire d’anciens « jouweurs ». Le hockey n’y a qu’un seul représentant en ce moment. C’est une représentante, en fait : Hayley Wickenheiser.

Et pour en revenir aux dénigreurs de Koivu, j’ai beaucoup souri en entendant et en lisant certains collègues. Leurs soudaines louanges étaient dans le ton. C’est vrai. Mais elles n’avaient rien à voir avec ce que j’entendais d’eux sur la passerelle de presse pendant presque 10 ans. La retraite de Koivu a suscité beaucoup de conversions chez ceux qui ont passé tout ce temps à le blâmer.

Koivu est un homme d’exception. Il a été un grand capitaine et un très bon joueur à une époque qui ne lui a pas permis de se rendre justice. Si le seul bémol est de n’avoir pas su dire « bonjour » aux enfants, c’est une bien petite fausse note dans une sonate irréprochable.

Les Huskies de Rouyn-Noranda et les Foreurs de Val-d’Or ont disputé mercredi le tout premier match de la saison 2014-2015 de la LHJMQ. Mais c’est en ce « super vendredi » que l’action commence pour vrai, avec les 18 formations du circuit québécois en action.

À quoi doit-on s’attendre de cette campagne? Quels jeunes espoirs attireront particulièrement l’attention des recruteurs? Qui remportera le championnat des marqueurs?

Pour répondre à ces questions, j’ai réalisé ces dernières semaines un long sondage auprès des 18 directeurs généraux de la ligue. Je les ai aussi interrogés sur une foule de sujets, allant de la santé financière de leur organisation jusqu’à leur vision du hockey canadien et québécois. Tout au cours de la saison, je vous dévoilerai des tranches de ce sondage. On y trouve énormément d’informations et d’observations intéressantes, formulées par quelques-uns des plus brillants jeunes cerveaux du hockey au pays.

Pour débuter, voici trois de leurs prédictions (formulées de façon anonyme) en vue de la prochaine saison :

À l’exception des joueurs de votre formation, quel joueur de la LHJMQ sera le plus convoité lors du repêchage de la LNH en 2015?

1. Jérémy Roy (défenseur du Phoenix de Sherbrooke) : 62,5 %

2. Daniel Sprong (attaquant des Islanders de Charlottetown) : 25 %

3. Nicolas Roy (attaquant des Saguenéens de Chicoutimi) : 12,5 %

Jérémy Roy ne reçoit que des éloges depuis la saison dernière, durant laquelle il s’est imposé comme le meilleur défenseur de son équipe à l’âge de seulement 16 ans. La saison dernière, certains recruteurs de la LNH allaient jusqu’à estimer qu’il était le meilleur défenseur de la ligue. Un vétéran recruteur a même eu cette phrase lourde de sens, en déclarant que Roy était le meilleur jeune défenseur québécois depuis Raymond Bourque! Le président du Phoenix, Jocelyn Thibault, considère que Roy (qui fait 1,83 m/6 pi et 83 kg/182 lb) porte l’étiquette de « joueur de concession » pour une éventuelle équipe de la LNH.

Ce que disent les DG de la LHJMQ au sujet de Jérémy Roy :

- « C’est un défenseur complet. Selon nos standards, c’est un joueur qu’on classe comme un A+. Il lit bien le jeu et exerce une belle présence sur la patinoire. Il est capable de jouer dans toutes les facettes du jeu et il est très talentueux. Et il a aussi une bonne tête. C’est un compétiteur. »

- « Jérémy Roy fera un jour partie d’Équipe Canada junior à un jeune âge. Ce qu’il a réalisé dans la LHJMQ l’an passé, à un aussi jeune âge, était assez exceptionnel. Il ne peut pas manquer son coup. »

Quant à Daniel Sprong, il a constitué la plus grande surprise de la LHJMQ la saison dernière avec 30 buts et 38 mentions d’aide à l’âge de 16 ans avec une équipe plutôt démunie. Solide physiquement (il fait 1,83 m/6 pi et 87kg/192 lb), Sprong est reconnu pour son côté explosif et pour la qualité de son tir. Malgré ses 17 ans, certains répondants au sondage lui ont même prédit le championnat des marqueurs de la ligue!

Ce que disent les DG de la LHJMQ au sujet de Daniel Sprong :

- « Sprong sera le premier joueur de la LHJMQ à se faire repêcher en raison de ses qualités dominantes en attaque. En tant que défenseur, Jérémy Roy tombe dans une catégorie qui fera en sorte qu’il sera comparé [par les recruteurs] avec un plus grand nombre de joueurs au Canada. »

- « Nous avons affronté Sprong très souvent la saison dernière. Et c’était réellement un bon joueur. Il évoluait au sein d’une équipe ordinaire, il n’avait pas beaucoup de soutien autour de lui et il a tout de même connu une grande saison. Alors, je pense qu’il fera encore mieux les choses cette saison. »

Nicolas Roy, pour sa part, a été le tout premier joueur sélectionné au repêchage de la LHJMQ en 2013. La saison dernière, à 16 ans, il a connu des débuts intéressants avec 16 buts et 25 mentions d’aide.

Aux yeux des recruteurs, Nicolas Roy est une sorte de pierre précieuse extrêmement difficile à dénicher : il fait 1,93 m/6 pi 4 po et 93 kg/204 lb. Les joueurs de centre de cette taille à caractère offensif (et qui tirent de la droite en plus) ne courent pas les rues.

Ce que disent les DG de la LHJMQ au sujet de Nicolas Roy :

- « Les recruteurs de la LNH projettent le développement d’un hockeyeur sur quatre ou cinq ans. C’est pourquoi je pense que Nicolas Roy sera le premier joueur de la LHJMQ à être sélectionné. C’est un joueur de centre à la Mats Sundin, qui a du talent et une vision du jeu. Les équipes veulent toutes ce type de joueur! »

- « Dans notre ligue, on ne trouve pas des tonnes de joueurs de centre format géant. Il y a Frédérik Gauthier [à Rimouski], qui est un attaquant à caractère défensif, et il y a Nicolas Roy, qui est à caractère offensif. Je pense que Roy est voué à une très belle carrière. »

À l’exception des joueurs de votre formation, quel joueur a le plus de chances de remporter le championnat des marqueurs de la LHJMQ cette saison?

1. Anthony Duclair (Remparts de Québec) : 44 %

2. Nikolaj Ehlers (Mooseheads d’Halifax) : 25 %

3. Michael Joly (Océanic de Rimouski) : 12,5 %

4. (Trois autres candidats ont reçu un vote)

Anthony Duclair part certainement avec une longueur d’avance. Il est âgé de 19 ans et a inscrit 50 buts et 49 passes en seulement 59 rencontres la saison dernière. En plus, ce choix de troisième tour des Rangers de New York (en 2013) porte les couleurs des Remparts de Québec, qui formeront l’une des puissances de la LHJMQ cette saison.

Ce que disent les DG de la LHJMQ au sujet d’Anthony Duclair :

- « Ce sera assurément Duclair, à moins que ses nombreuses absences finissent par lui coûter le titre. Il ratera des matchs à cause du camp d’entraînement de la LNH et en raison du Championnat mondial junior. Parfois, à cause de telles circonstances, ce ne sont pas les meilleurs joueurs qui remportent le titre des marqueurs. »

La saison dernière, Nikolaj Ehlers est passé à un cheveu de devenir le premier Européen de 17 ans, dans toute l’histoire de la LHJMQ, à inscrire 50 buts en une saison. Pour lui, le compteur s’est toutefois arrêté à 49 buts et 55 passes. Choix de premier tour des Jets de Winnipeg (9e au total), ce Danois aura une grosse commande sur les bras cette saison : assumer le leadership offensif des Mooseheads, une tâche qu’ont assumée avec grand succès Nathan MacKinnon et Jonathan Drouin au cours des deux dernières saisons.

Ce que disent les DG de la LHJMQ au sujet de Nikolaj Ehlers :

- « Si Elhers revient avec la même passion et la même détermination que l’an dernier, il a toutes les chances de remporter le titre. En plus d’être talentueux, il évolue au sein d’une division moins compétitive. »

Pour sa part, Michael Joly constitue la surprise de ce sondage. L’attaquant de l’Océanic de Rimouski a piqué la curiosité de quelques directeurs généraux la saison dernière avec 44 buts et 30 mentions d’aide. Joly est âgé de 19 ans et n’a pas été sélectionné au repêchage par une formation de la LNH. Par contre, les Sabres de Buffalo l’ont invité à leur camp cette année.

Ce que disent les DG de la LHJMQ au sujet de Michael Joly :

- « L’an passé, Michael Joly a récolté énormément de points. Cette année, l’Océanic marquera beaucoup de buts. Et je pense qu’il sera naturellement l’un des bons marqueurs de la ligue. Il figure parmi les aspirants. »

- « Il m’intrigue. Je ne me souviens pas par cœur de son total de points de l’an passé, mais je sais que Joly évoluera au sein d’une équipe offensive et dominante. Et qu’il a bien des chances d’en être le premier marqueur. »

Quelle équipe, à l’exception de la vôtre, doit être considérée comme favorite pour remporter le titre dans la LHJMQ cette année?

1. Océanic de Rimouski : 83,3 %

2. Remparts de Québec : 16,6 %

Dans l’esprit de la grande majorité des observateurs, l’Océanic de Rimouski part avec une très bonne longueur d’avance pour remporter le titre dans la LHJMQ cette saison.

Avant même de disputer un seul match, l’équipe de l’entraîneur Serge Beausoleil (une extraordinaire tête de hockey) a été placée en tête du top 10 de la Ligue canadienne de hockey (qui regroupe les trois ligues de hockey junior majeur canadien). Ce classement est réalisé par un panel de recruteurs de la LNH.

L’Océanic est une équipe mature qui a énormément de profondeur à toutes les positions et qui mise sur l’un des meilleurs gardiens de la ligue en Philippe Desrosiers. C’est aussi une équipe costaude et rapide, qui s’appuie sur un noyau de joueurs dominants. Pas moins de 12 joueurs de cette équipe (à moins de blessures) rateront le début de la campagne en raison de leur participation à des camps de la LNH! Et deux d’entre eux, le centre Frédérik Gauthier et le défenseur Samuel Morin, porteront sans doute les couleurs de l’équipe canadienne junior durant la période des Fêtes.

La surprise de ce sondage, donc, réside dans le fait que quelques directeurs généraux aient choisi les Remparts de Québec pour gagner le titre sous le nez de l’Océanic.

Leurs explications :

- « Québec est une équipe qui aligne le meilleur joueur de la ligue en Anthony Duclair. C’est aussi une équipe qui a beaucoup d’attaque et son directeur général, Philippe Boucher, n’a pas fini de faire son magasinage parce qu’elle accueillera le tournoi à la ronde de la Coupe Memorial en mai. On risque donc de voir Boucher acquérir des joueurs importants en décembre. À la fin de la saison, les Remparts formeront la meilleure équipe. »

- « Un joueur comme Anthony Duclair pourrait faire la différence à lui seul. Il connaîtra le type de saison que Jonathan Drouin a connu [à Halifax] au cours des deux dernières années. Les Remparts ont aussi complété de bonnes transactions pour s’améliorer en défense. Leur seul point d’interrogation se situe devant le filet. Ils devront peut-être faire des changements si leur gardien numéro un de 17 ans, Callum Booth, éprouve des difficultés. Tout de même, je leur donne un petit avantage sur Rimouski. »

Il sera certainement intéressant de revoir ces prédictions à la fin de la campagne!

Toronto
Toronto

Quand Eugenie Bouchard avait 13 ans, ses parents ont décidé qu’une partie de la famille s’expatrierait en Floride pour favoriser le développement sportif de la jeune athlète. Lorsqu’ils entendent cette histoire, les gens trouvent qu’il s’agissait d’une décision audacieuse.

Or, signe des temps, il y a maintenant des parents de très jeunes hockeyeurs qui empruntent cette voie et qui migrent vers l’Ontario ou les États-Unis, convaincus que le talent de leur enfant s’épanouira davantage à l’extérieur du Québec.

Depuis des décennies, il est courant de voir partir des hockeyeurs québécois de 16, 17 ou 18 ans vers les États-Unis. La plupart du temps, il s’agit de jeunes qui choisissent une option pour remplacer le hockey junior majeur québécois et qui décident de poursuivre leurs études et leur cheminement sportif dans une « prep school » ou une université américaine.

Ce qui est nouveau dans le monde du hockey, c’est qu’il y a désormais des familles qui décident de faire le saut beaucoup plus tôt, et que les parents quittent le Québec avec leurs enfants. Ces familles sont séduites par l’encadrement sportif qui est offert ailleurs.

C’est ainsi que, cette saison, trois Québécois de 14 ans évolueront dans la Greater Toronto Hockey League (GTHL). La GTHL est reconnue comme l’une des ligues de hockey mineur les plus compétitives du monde.

Pierre-Luc Forget, un défenseur originaire de Saint-Constant, et Olivier Charest, un attaquant de La Prairie, portent les couleurs des Marlies de Toronto dans le bantam AAA. Quant à Alexis Gravel, un gardien, il joue pour les Senators de Mississauga, toujours dans le bantam AAA.

Dans les trois cas, c’est le hockey qui a déclenché le projet de déménagement des familles. Ces trois jeunes étaient des hockeyeurs d’élite au Québec.

* * *

« Depuis ses débuts dans le hockey mineur, les meilleurs moments de développement que mon fils a connus sont survenus lorsqu’il jouait avec des équipes AAA durant l’été », explique Nicolas Charest, le père d’Olivier.

« Au cours des dernières années, Olivier a disputé quelques tournois d’été avec des équipes de Toronto. C’est à ce moment que Keith Primeau [un ancien joueur de la LNH] nous a rencontrés. Il nous a dit que notre fils était l’un des meilleurs attaquants de puissance de son âge. Et il nous a conseillé de le faire jouer en permanence avec les meilleurs, en Ontario, durant la vraie saison. »

Ingénieur spécialisé dans les structures de ponts, Nicolas Charest a ensuite demandé un transfert à son employeur. Et voilà qu’Olivier est membre des Marlies.

Jean-Luc Forget, lui, a décidé de quitter Saint-Constant quand son fils Pierre-Luc n’avait que 10 ans. Lui aussi estimait que le hockey estival répondait mieux aux attentes et aux capacités de son fils, qui était une sorte de phénomène.

« Durant la saison hivernale, Pierre-Luc me demandait sans cesse à quel moment le hockey d’été allait commencer. Il y avait des coéquipiers torontois dans son équipe d’été, et les parents nous encourageaient constamment à déménager pour lui permettre de profiter d’un meilleur encadrement. Un soir, à 21 h, j’ai annoncé aux gens de Toronto que nous allions tenter l’aventure. Ils m’ont envoyé un camion de déménagement qui était devant notre porte à 8 h le lendemain matin! Ils sont partis avec nos meubles, ils nous ont trouvé un appartement et ils ont tout aménagé avant notre arrivée! Les trois premières saisons ne nous ont rien coûté. »

À Toronto, Jean-Luc Forget s’est lancé en affaires avec des associés. Il dirige une compagnie qui entretient les tapis des grands hôtels.

Olivier Charest, Alexis Gravel et Pierre-Luc Forget
Olivier Charest, Alexis Gravel et Pierre-Luc Forget

François Gravel, lui, est un ancien gardien étoile de la LHJMQ. Il a déjà fait partie de l’organisation du Canadien et a joué comme professionnel en Europe. Dans le cercle des équipes de hockey AAA nord-américaines, son fils Alexis est souvent reconnu comme le meilleur gardien de son âge sur le continent.

« Je ne veux pas critiquer ce qui se fait au Québec. Mais en Ontario, la qualité des entraîneurs, de la structure et des infrastructures fait en sorte que le hockey est plus avancé qu’au Québec en ce moment », affirme François Gravel.

Au cours de la dernière année, Alexis Gravel a reçu des invitations à se joindre à plusieurs programmes ontariens et américains. Encore là, c’est la visibilité des tournois estivaux qui a tout déclenché.

« Le fait de jouer en Ontario permet à mon fils de profiter d’un meilleur encadrement, mais aussi de devenir parfaitement bilingue. Cet atout lui permettra donc d’avoir l’option de choisir entre le hockey junior majeur et les « prep schools » ou universités américaines. Je trouve ça important qu’il puisse avoir l’opportunité de choisir. Alors qu’au Québec, il n’y a qu’une seule voie qui est privilégiée : on joue midget AAA et ensuite junior majeur », explique François Gravel.

* * *

Mais qu’est-ce que le système ontarien a d’aussi spécial? En quoi l’environnement de la GTHL est-il si différent de ce que l’on trouve au Québec?

Juste pour illustrer la situation, François Gravel raconte que les dirigeants des Senators de Mississauga ont mis trois entraîneurs des gardiens en contact avec son fils durant la période d’entraînement, dont un entraîneur d’une équipe de la LNH.

« Les dirigeants des Sens m’ont dit : « On a un budget pour un entraîneur des gardiens, mais c’est ton fils qui choisira celui avec lequel il se sent le plus à l’aise. » Ça donne une idée des ressources et de l’ouverture d’esprit qu’on retrouve là-bas pour favoriser le développement des athlètes », dit-il.

« Et quand Alexis s’est blessé à un genou la semaine dernière, c’est le thérapeute des Blue Jays de Toronto qui s’est occupé de lui! C’est un autre monde par rapport à ce que nous avons connu au Québec. »

Jean-Luc Forget explique que lorsque son fils jouait dans les rangs atome (9-10 ans) dans la région de Toronto, l’équipe disposait d’un budget de plus de 80 000 $ pour se payer des entraîneurs spécialisés et participer à de nombreux tournois.

« Cette saison dans le bantam AAA, le budget du club s’élève à 102 000 $. L’équipe vient de faire son camp d’entraînement en retraite fermée au Teen Ranch d’Orangeville, un complexe que fréquentent les équipes de la LNH. Cette semaine de camp a coûté 16 000 $, et l’un des parents a assumé 10 000 $ de cette facture pour ne pas trop amputer le budget de l’équipe. Il y a beaucoup d’argent ici», raconte Jean-Luc Forget.

Pour sa part, Nicolas Charest souligne la qualité des entraîneurs. Par exemple, il est courant de voir des entraîneurs de l’OHL, le circuit junior majeur ontarien, inviter des jeunes à s’entraîner avec eux.

« Mon fils a récemment patiné avec Vince Laise, qui entraîne Connor McDavid chez les Otters de Erie. Laise lui a laissé sa carte. Il lui a aussi promis de garder le contact et de venir le voir jouer cette saison », dit-il.

Les jeunes Québécois ont aussi accès à des entraîneurs spécialisés comme Andy O’Brien, le préparateur physique de Sidney Crosby et de nombreuses vedettes de la LNH, et Maxim Ivanov, le spécialiste du patinage des Penguins de Pittsburgh.

Quant aux équipes elles-mêmes, elles sont parfois dirigées par des entraîneurs que les parents embauchent et paient, pour s’assurer du meilleur encadrement possible.

Pourtant, une saison bantam AAA dans la GTHL coûte environ 5600 $, ce qui n’est pas très loin des montants versés par les parents au Québec.

* * *

« Le hockey d’élite au Québec, c’est un chemin de campagne. Ici à Toronto, c’est une autoroute », constate Nicolas Charest. Même s’il avait fait ses devoirs avant de partir pour Toronto, ce dernier dit être constamment surpris par la qualité de l’environnement offert aux jeunes depuis qu’il a installé sa famille là-bas, il y a moins de deux mois.

Parmi les autres avantages dont les jeunes hockeyeurs bénéficient à Toronto, Nicolas Charest note la qualité du calibre de jeu de la GTHL ainsi que la visibilité auprès de nombreux recruteurs et programmes de niveaux supérieurs.

Fait à souligner, deux des trois parents interrogés ont aussi insisté sur le fait qu’à leur avis, leur enfant perdait son temps une année sur deux lorsqu’il jouait dans la structure intégrée québécoise parce que les catégories d’âge au Québec sont étalées sur deux ans. Dans la GTHL, les hockeyeurs n’affrontent que des joueurs nés la même année.

« Le niveau de jeu de la GTHL est sans doute le plus élevé en Amérique du Nord. Les joueurs y proviennent de partout. On y trouve des Russes, des Français et des Américains. Le bassin de talent y est très concentré », estime Nicolas Charest.

« La structure et la culture sont différentes en Ontario », renchérit François Gravel.

« Ici, il y a une culture de l’effort qui est très forte. Ce n’est pas une option de ne pas fournir un effort total dans un match. Et les entraîneurs mettent l’accent sur le développement. Alexis vit avec sa mère à Toronto, alors que je réside dans les Cantons de l’Est. Mais ça me rassure de voir à quel point mon fils est bien encadré dans son nouvel environnement. »

* * *

L’expérience que vivent Olivier Charest, Pierre-Luc Forget et Alexis Gravel annonce-t-elle un exode des meilleurs jeunes talents québécois?

François Gravel croit qu’il ne s’agit que de la pointe de l’iceberg.

« Il y a de plus en plus de bons joueurs qui quittent le Québec. Et ce n’est pas un hasard. Ils quittent parce qu’ils sont talentueux et qu’ils veulent profiter des meilleures conditions possible pour pratiquer leur sport. Le hockey est une belle école de vie, mais encore faut-il que ce soit bien structuré et que ça commence en haut [de la pyramide]. Personnellement, je ne suis pas convaincu par ce qui se fait à Hockey Québec », laisse-t-il tomber.

Parmi les autres jeunes Québécois qui ont choisi de s’expatrier, François Gravel mentionne un autre grand talent de 14 ans, Sam Stevens, qui s’est joint cette semaine au programme américain du Chicago Mission.

Dans cette équipe de pointe, Stevens jouera en compagnie des fils de plusieurs anciens joueurs de la LNH, dont Philippe Lapointe, le fiston du directeur responsable du développement des joueurs du Canadien, Martin Lapointe.

Voilà donc un autre phénomène, nouveau et fort inquiétant, qui indique que le hockey mineur québécois accuse du retard par rapport à ce qui se fait ailleurs.