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Craig Anderson et Chris Neil
Craig Anderson et Chris Neil

Nous sommes le 17 octobre 2004, au Fenway Park de Boston, quelques heures avant le quatrième match de la série de championnat de la Ligue américaine entre les Red Sox et les Yankees.

Les Red Sox accusent un retard de 0-3 dans la série. Et la veille, les Yankees les ont torpillés de 22 coups sûrs pour ainsi leur infliger un gênant revers de 19 à 8. Dans l’esprit de tout le monde, l’élimination des Red Sox n’est plus qu’une formalité.

Dans son livre intitulé The Red Sox Years, le gérant bostonien de l’époque, Terry Francona, raconte avoir balayé son vestiaire du regard avant cette fameuse quatrième rencontre.

« L’émission Animal House jouait à la télé. Comme à l’habitude, Gabe Kapler s’est dirigé vers la salle d’entraînement; Bronson Arroyo grattait sa guitare; Tim Wakefield était assis devant son casier et tentait de compléter un casse-tête et Johnny Damon brossait sa glorieuse chevelure. Jason Varitek tournait les pages d’un gros cartable à trois anneaux et passait en revue les habitudes des frappeurs des Yankees, tandis que Pedro Martinez était en retard pour la séance d’étirement précédant l’exercice au bâton. »

Bref, tout était normal!

Sans compter le premier-but Kevin Millar, qui ne cessait de répéter à voix haute : « Ils feraient mieux de ne pas nous laisser gagner ce soir! Parce que si nous gagnons, nous reviendrons demain avec Pedro, puis avec Schilling dans le match d’après. Ensuite, tout peut arriver dans un septième match! »

Francona s’est alors dit : « Les gars sont OK. Ils sont assez fous pour croire que nous pouvons remporter cette série. »

Quatre jours plus tard, les Red Sox devenaient la première équipe de l’histoire du baseball majeur à surmonter un retard de 0-3 pour remporter une série d’après-saison. Et une semaine après cette victoire historique, ils balayaient les Cards de St. Louis et gagnaient la Série mondiale, mettant ainsi fin aux 86 ans de la malédiction du Bambino.

Parlons hockey maintenant.

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J’en imagine certains bondir de leur siège. « Je vois où vous vous en allez avec ce parallèle monsieur le chroniqueur, et vous êtes dans le champ!, qu’ils se disent. Les Sénateurs d’Ottawa n’ont rien à voir avec les Red Sox de Boston de 2004! Rien à voir! Et puis, Ottawa ne battra jamais le Canadien et Carey Price quatre fois de suite! »

Bien sûr que les Sénateurs ne sont pas les Red Sox de 2004. Du moins, jusqu’à preuve du contraire.

Par contre, quand on relit les paroles de Terry Francona, il existe effectivement un parallèle clair entre les deux équipes. Comme les Red Sox de 2004, les Sénateurs sont « assez fous » pour croire qu’ils peuvent remporter cette série. Les deux derniers mois les ont programmés pour croire que tout est possible.

À la mi-février, ces gars-là avaient moins de 5 % de chances de participer aux séries éliminatoires. Ils ont placé un inconnu devant le filet,  l’inconnu s’est façonné une fiche de 20-1-2 et ils ont réussi l’un des plus gros revirements de l’histoire du hockey.

Il n’y a rien de pire que des adversaires incapables de reconnaître que les probabilités ne sont plus de leur bord, que l’heure est venue et qu’ils doivent débarrasser le plancher.

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Mercredi soir, alors qu’ils étaient acculés au mur, les Sénateurs ont finalement renoué avec la recette qui leur avait permis de se qualifier pour le grand tournoi printanier. Ils ont cessé de jouer au rugby (ils ont réduit leur total de mises en échec de près de 50 %), ils ont resserré leur défense et ont adopté un style patient qui, compte tenu de leur profondeur en attaque, fait souvent basculer le sort en leur faveur.

Erik Karlsson, qui est gros comme un barreau de chaise, a cessé de pourchasser tout le monde sur la patinoire et s’est concentré sur son rôle : faire circuler la rondelle et appuyer l’attaque. Auteur du but gagnant, Mike Hoffman s’est montré si responsable en défense que Dave Cameron l’a promu au sein de sa seconde unité. Marc Méthot a méthodiquement puni tous ceux qui s’approchaient du filet des Sens. Et on n’a plus revu Mark Borowiecki, un cinquième défenseur, s’aventurer au fond du territoire du Canadien pour matraquer Tom Gilbert.

De leur côté, après avoir été pilonnés lors des matchs précédents, les hommes de Michel Therrien ne donnaient pas l’impression de vouloir s’aventurer dans les zones douloureuses. Limité à seulement 7 chances de marquer – un énorme contraste par rapport aux 25 chances créées par les Sénateurs – le Canadien a été dominé dans toutes les phases du jeu. Totalement.

Oubliez le pointage de 1 à 0 du dernier match. Depuis le début de cette série, aucune des deux équipes n’avait dominé une rencontre comme l’ont fait les Sénateurs mercredi soir.

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Pour sceller une série 4 de 7, il faut savoir tuer l’espoir qui anime l’équipe adverse. En livrant une performance aussi beige dans la quatrième rencontre, le CH a plutôt ragaillardi ces illuminés, qui se croient investis d’une mission et qui refusent de mourir depuis des mois.

Michel Therrien et ses hommes viennent d’entrer dans la même zone où Kevin Millar situait les Yankees le 17 octobre 2004 : ils feraient mieux de ne pas laisser les Sénateurs remporter le cinquième match vendredi soir.

Parce que le sixième match sera disputé à Ottawa. Et parce que dans un septième match, tout peut arriver…

En 2004, Millar salivait à l’idée de voir débarquer Pedro Martinez et Curt Schilling sur la butte dans les matchs 5 et 6 contre les Yankees. Ce printemps, les Sénateurs ne sont pas en reste. S’ils l’emportent vendredi soir, leur gardien Craig Anderson pourra se vanter d’avoir remporté six de ses huit derniers matchs éliminatoires contre Carey Price et le CH.

Il est facile d’imaginer la suite. S’il s’incline ce soir, le CH commencera à nager dans le négatif et à camper le rôle du favori qui a tout à perdre et qui, après tout, n’a pas connu une si belle fin de saison. Et si les Sénateurs gagnent, ils retrouveront la confiance et l’erre d’aller qui leur ont permis de connaître une saison historique. Ils seront encore plus « fous », assez pour croire que plus rien ne peut les arrêter.

Fini le niaisage. Il faut que ça se termine. Comme dirait Kevin Millar, le Canadien ferait bien mieux de ne pas laisser les Sénateurs gagner ce soir…

Jean-Gabriel Pageau
Jean-Gabriel Pageau

Les chemins qui mènent à une carrière dans les rangs professionnels sont nombreux et, parfois, extrêmement sinueux. Parlez-en à Jean-Gabriel Pageau, des Sénateurs d’Ottawa, qui peut se vanter d’avoir un jour été recruté par… un thérapeute athlétique.

Pour les connaisseurs, observer le jeu de Jean-Gabriel Pageau depuis le début de la série Canadien-Sénateurs est un pur bonheur. Jusqu’à maintenant, on peut certainement arguer que le petit joueur de centre du troisième trio des Sens a été le meilleur joueur de son équipe. Il excelle dans le cercle des mises au jeu, travaille avec brio en désavantage numérique et se jette sans hésiter devant les tirs de P.K. Subban, sans compter qu’il a obtenu le plus grand nombre de chances de marquer de son équipe (6, à égalité avec Kyle Turris, le centre du premier trio).

Jean-Gabriel Pageau n’a que 22 ans et est en train de devenir tout un joueur de hockey. Il y a un peu plus d’un mois, son ex-entraîneur avec les Olympiques de Gatineau, Benoît Groulx, n’a pu s’empêcher de lui envoyer un texto après l’avoir vu disputer un match exceptionnel.

« Je lui ai dit que, connaissant son entraîneur Dave Cameron, j’étais convaincu qu’il allait devenir indispensable au sein de cette équipe en poursuivant dans la même voie. Quand je regarde jouer Jean-Gabriel, je revois une espèce de Guy Carbonneau : un centre capable de s’acquitter des importantes missions défensives et de marquer une vingtaine de buts par saison », estime celui qui a mené Équipe Canada junior à la conquête de la médaille d’or en janvier dernier.

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Être comparé à Guy Carbonneau n’est pas un mince compliment. Encore plus quand les recruteurs n’étaient même pas très entichés de ce joueur dans les rangs juniors.

Jean-Gabriel Pageau provient d’une famille de hockeyeurs. Ses oncles Marc et Paul Pageau ont tous les deux été gardiens dans la LHJMQ. Paul a connu une belle carrière. Il a fait partie de l’équipe canadienne junior, a disputé un match dans la LNH et a joué plusieurs saisons dans les rangs professionnels mineurs, dont quelques-unes dans l’organisation du Canadien, dans les années 1980.

Le thérapeute athlétique des Olympiques de Gatineau, Serge Haché, est un ami de la famille Pageau. Au cours de la saison 2007-2008, Haché a convaincu Benoît Groulx de se déplacer pour aller voir jouer Jean-Gabriel, alors âgé de 15 ans.

« Malgré sa petite taille, j’avais aimé son sens du hockey et j’avais décidé que nous allions le repêcher en cinquième ronde au mois de mai suivant. Nos recruteurs n’étaient pas chauds à cette idée. Nous n’avions pas de choix de cinquième ronde, mais j’étais prêt à transiger pour en acquérir un », raconte Groulx.

À l’époque, les joueurs de 15 ans ne pouvaient être choisis qu’au cours des cinq premiers tours du repêchage de la LHJMQ.

Une fois arrivé sur le plancher du repêchage, l’entraîneur-chef et DG des Olympiques n’a toutefois trouvé personne pour transiger à un prix raisonnable. Il a donc fait une croix sur Pageau en se disant qu’il allait le sélectionner l’année suivante, à titre de joueur de 16 ans.

Groulx n’a toutefois pas été en mesure de réaliser son plan. Il a quitté les Olympiques quelques semaines plus tard pour diriger les Americans de Rochester dans la Ligue américaine.

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Au repêchage suivant, en 2009, il avait été convenu que les Olympiques allaient réclamer Pageau (un talent local) au sixième tour, immédiatement après les sélections des joueurs de 15 ans. Mais au sixième tour, les recruteurs de l’équipe ont préféré miser sur quelqu’un d’autre.

Le thérapeute athlétique, Serge Haché, a alors pris le taureau par les cornes et est allé directement plaider la cause du petit attaquant auprès du grand patron des Olympiques, le vénérable Charlie Henry. Ce dernier a finalement tranché, et il a demandé à ses recruteurs de sélectionner Pageau au tour suivant, ce qui a été fait.

Après deux années dans la Ligue américaine, Benoît Groulx a repris les commandes des Olympiques pour la saison 2010-2011. Jean-Gabriel Pageau était alors admissible au repêchage de la LNH. Et le flair de Serge Haché s’est avéré, puisque Pageau est devenu le meilleur attaquant de l’équipe!

« Jean-Gabriel était capable de jouer des deux côtés de la patinoire, et il était aussi efficace en attaque qu’en défense. C’est un élève consciencieux, et c’est une belle qualité pour un hockeyeur de vouloir absolument faire les choses de la bonne façon. C’est un trait de caractère chez lui. Devant l’adversité, il se relève les manches. Il ne baisse jamais les bras », raconte Benoît Groulx.

En 2010-2011, en plus d’exceller dans un rôle défensif, Pageau a bouclé sa saison avec une récolte de 32 buts et 47 passes en 67 matchs. Contrairement aux recruteurs des rangs juniors, de nombreux recruteurs de la LNH appréciaient son jeu et le suivaient à la trace. Groulx leur disait qu’il était convaincu que, malgré ses 1,75 m (5 pi 9 po) et 80 kg (175 lb), son joueur de confiance allait connaître une belle carrière dans la LNH.

Au repêchage de 2011, les Sénateurs l’ont choisi au quatrième tour, au 96e rang. Et ce n’était probablement pas un hasard. Le Canadien, qui n’avait pas de choix de deuxième et troisième tours, détenait alors la… 97e sélection.

On ne sait pas comment les Sénateurs, qui sont acculés au mur, réagiront dans leur quatrième affrontement contre le CH. Mais on peut certainement compter sur le fait que Jean-Gabriel Pageau figurera parmi leurs meilleurs joueurs. Renverser la vapeur, il sait ce que ça signifie.

Craig Anderson
Craig Anderson

Jusqu’à maintenant, les séries des Sénateurs d’Ottawa ressemblent à l’histoire du type qui se plante devant un arbre et qui perd de vue la forêt qui l’entoure.

On accorde énormément d’attention aux buts « discutables » accordés par les gardiens des Sénateurs depuis le début de leur affrontement contre le Canadien. Mais on semble oublier qu’Andrew Hammond et Craig Anderson ont été tellement sollicités, qu’ils ont disputé l’équivalent de quatre rencontres dans cette série que le CH mène 3-0.

Fidèle à lui-même, Carey Price affiche un taux d’efficacité de ,939 depuis le début des séries. Hammond et Anderson ont, pour leur part, combiné un excellent taux de ,931.

Là où le bât blesse, c’est que Price a fait face à 98 tirs (une moyenne de 32,7 par match) et que, pendant ce temps, Hammond et Anderson ont reçu pas moins de 130 rondelles (une moyenne de 43,3 tirs par rencontre).

Dave Cameron aurait beau changer de gardien 10 fois, et les Sénateurs auraient beau déléguer une pieuvre devant leur filet, ils ne remporteront jamais une série éliminatoire de la LNH en accordant autant de tirs. Cette saison, les Sabres de Buffalo formaient l’une des pires formations de l’histoire du hockey et ils donnaient 35,6 tirs en moyenne.

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Cet affrontement Montréal-Ottawa illustre parfaitement à quel point l’expérience peut faire pencher la balance dans une série 4 de 7.

Les hommes de Michel Therrien connaissent l’identité de leur équipe et ils appliquent rigoureusement, et patiemment, le système défensif qui leur a valu tant de succès depuis trois ans.

Je vois encore Lars Eller, qui était visiblement vexé avant le premier match lorsqu’un confrère lui a demandé si, en l’absence de Max Pacioretty, il ressentait davantage la pression de produire en attaque.

« Nous sommes l’équipe qui a accordé le moins de buts durant la saison. Et on devrait être celle qui en marque le plus? On ne peut pas avoir le meilleur des deux mondes. Notre identité, c’est de ne pas accorder beaucoup de buts et de trouver une façon de gagner », avait dit le Danois.

De leur côté, les Sénateurs forcent les choses. Leurs défenseurs se portent systématiquement à l’attaque et les Sens investissent le territoire du CH en unité de quatre, avec les conséquences qu’un tel système comporte quand le Canadien reprend le contrôle du disque et relance son attaque.

Le CH figurait au 25e rang dans la LNH cette saison en ce qui a trait au nombre de tirs cadrés, avec une moyenne de 28,5 par match. Dans le vestiaire, Eller et ses coéquipiers doivent se pincer pour se convaincre qu’ils ne rêvent pas et que les Sénateurs leur ouvrent aussi grand la porte.

Qui peut se permettre de laisser ses gardiens à eux-mêmes et de flirter avec le style run and gun, quand le gardien adverse s’appelle Carey Price?

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Dans les séries, la patience et la rigueur sont des vertus cardinales. Et visiblement, les Sénateurs ne les possèdent pas encore.

Dimanche soir, gonflés à bloc devant leurs partisans, les hommes de Dave Cameron se sont livrés à un carnage de 27 mises en échec au cours de la première période. Ça a été une impressionnante et intimidante démonstration. Systématique, le Canadien a toutefois essuyé la tempête. Et après ces 20 premières minutes, les Sénateurs n’avaient plus d’énergie dans le réservoir.

C’est là qu’ils ont perdu ce troisième match.

À compter de la deuxième, le CH a exercé une domination de 66,4 % à 33,6 % en possession de rondelle et de 40 à 21 au chapitre des tirs au filet.

Le bateau des Sénateurs vogue un peu dans toutes les directions et, malgré cela, ils donnent énormément de fil à retordre au CH. Ils pourraient même détenir l’avance dans cette série.

Il commence à être tard, cependant, pour effacer les mauvais plis qui les empêchent de gagner.

Andrei Markov donne un bec à P.K. Subban après le but de ce dernier.
Andrei Markov donne un bec à P.K. Subban après le but de ce dernier.

Au-delà de la victoire et de la prestation offerte par le CH vendredi soir, j’avoue être presque tombé en bas de ma chaise en voyant Andrei Markov servir un bisou à P.K. Subban après son but contre Andrew Hammond. Pour ceux qui connaissent l’oiseau, il s’agissait presque d’une scène de science-fiction.

Markov est fondamentalement un bon gars. Mais il est plutôt du genre réservé. Ce meneur silencieux travaille extrêmement fort, mais il se mêle strictement de ses affaires. Il n’aime pas s’épancher publiquement et il ne sourit pas souvent. Dans le vestiaire, il est loin d’être celui qui jase le plus. D’ailleurs, dans le passé, certains de ses partenaires de jeu ont révélé – avec un certain étonnement – que Markov ne leur adressait à peu près jamais la parole!

Dans tout l’univers du hockey, si Michel Therrien et Jean-Jacques Daigneault avaient cherché un partenaire dont la personnalité se situait le plus aux antipodes de celle d’Andrei Markov, ils n’auraient probablement jamais pu trouver mieux que P.K. Subban.

Remarquez que c’est en partie pour cette raison que Subban a été jumelé à Markov après le premier mois du calendrier. Subban étant devenu le plus haut salarié de l’organisation, Michel Therrien et ses adjoints ne pouvaient plus contrôler ses écarts en le confinant au banc pour le réprimander. Ils ont d’abord choisi de le responsabiliser en l’intégrant au comité de meneurs de l’équipe. Ensuite, sur la patinoire, on l’a encadré en le jumelant à une figure d’autorité implacable.

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Je me rappelle d’une scène, plus tôt cette saison, où P.K. Subban avait négligemment servi une fort mauvaise passe à Markov sur un jeu de routine. Cette maladresse avait placé le vétéran en mauvaise posture, en plus de créer une excellente chance de marquer pour l’équipe adverse. Une fois de retour au banc, Subban lui avait servi une tape dans le dos en guise d’excuses. Markov ne s’était même pas retourné. Le message était on ne peut plus clair, et cette réaction de Markov correspondait tout à fait à son fascinant personnage.

Cela dit, des liens se sont tissés entre ces deux pur-sang. Avant les matchs, durant les périodes d’échauffement, il est fascinant de voir Subban et Markov s’amuser comme des gamins, se cherchant constamment du regard et tentant de se refiler des passes savantes en faisant fi des 20 coéquipiers qui patinent à leurs côtés.

Mercredi soir, au moment où Markov connaissait un début de match difficile, Subban a placé son équipe dans le pétrin en écopant d’une pénalité majeure qui aurait pu coûter le match aux siens. Ses coéquipiers n’ont sans doute pas apprécié. Mais vendredi soir, quand son jeune partenaire a remis les points sur les « i » et les barres sur les « t » en déjouant Hammond d’une extraordinaire garnotte, son ténébreux partenaire a spontanément réagi en lui servant un baiser!

Il se passe quelque chose au sein de cette équipe.

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« Je pense qu’il m’a embrassé deux fois ce soir. Si j’avais une blonde, elle serait jalouse! », a dit en badinant Subban après la rencontre.

« Cette saison, je n’ai jamais vu « Marky » aussi heureux que ce soir. J’ai à peine 25 ans, mais son jeu me donne de l’énergie à tous les matchs. Il m’enseigne à être un pro chaque jour. Alors, ça ne me dérange pas s’il m’embrasse de temps à autre. »

En jumelant ses deux meilleurs défenseurs offensifs au début de novembre, Michel Therrien avait pris un drôle de pari. D’un côté, il mettait tous ses œufs dans le même panier. Mais en retour, il espérait que l’encadrement et la rigueur de Markov soient contagieux.

Or, le bon baiser de Russie auquel on a assisté vendredi soir montre que l’émotivité et l’enthousiasme de Subban sont tout aussi transmissibles, même auprès de sujets qui semblent, au départ, totalement immunisés.

Sacré P.K.!

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Vendredi matin, avant le deuxième match de la série opposant son équipe aux Sénateurs d’Ottawa, Michel Therrien souhaitait voir son équipe hausser son niveau de jeu d’un cran. Ce grand moment, qu’il attendait depuis les grandes perturbations de la date limite des transactions, s’est finalement produit quelques heures plus tard.

Exécutée avec une rigueur presque militaire – et avec émotion – la deuxième période de ce second match constituera peut-être un tournant dans cette série. Il y avait au moins six semaines que le CH n’avait pas aussi bien manœuvré contre une équipe de premier plan.

Pendant les 17 premières minutes de ce second tiers, les Sénateurs n’ont pour ainsi dire pas touché à la rondelle. Max Pacioretty et P.K. Subban, avec un intimidant boulet de canon, ont aussi profité de cette période pour dissiper les doutes, secouer les cordages et survolter le Centre Bell.

Le match numéro deux sera peut-être celui qu’on retiendra comme étant celui du grand coup de barre. Après avoir passé plus d’un mois à brasser ses cartes et à essayer d’intégrer à sa formation les nombreux nouveaux éléments dont il avait hérité en fin de parcours, l’entraîneur du CH a vu ses deux premiers trios reprendre les commandes, et ses défenseurs appuyer l’attaque de façon soutenue.

Spectateurs lors du premier match, les deux premiers trios du CH ont obtenu 15 des 22 chances de marquer de l’équipe. Et P.K. Subban, malgré l’étroite surveillance dont il faisait l’objet, en a obtenu trois à lui seul. C’est un tour de force qu’il n’avait pas réalisé depuis la fin de janvier.

Atteindre un pic de performance au bon moment est un art – ou une science –  extrêmement difficile à maîtriser. Le CH n’a pas encore atteint cette destination, mais en l’espace de 20 minutes les hommes de Michel Therrien ont renoué avec cet état de grâce vendredi soir.

C’est de bon augure pour eux.

Brian Flynn déjoue Andrew Hammond
Brian Flynn, membre du 4e trio, a amassé un but et deux passes.

Quelles sont les chances de remporter un match éliminatoire quand votre meilleur marqueur est absent, que l’un de vos deux premiers défenseurs se fait expulser et que votre vétéran à la ligne bleue connaît un mauvais match?

Quelles sont les chances de remporter un match éliminatoire quand votre unité de désavantage numérique accorde deux buts?

Quelles sont vos chances de remporter un match éliminatoire quand l’équipe adverse génère presque deux fois plus d’attaque que la vôtre?

Quelles sont les chances de remporter un match éliminatoire quand vos deux premiers trios disparaissent et que 70 % de votre apport offensif est assuré par les joueurs de soutien des troisième et quatrième trios?

Et, dans la même veine, quelles sont les chances de voir les troisième et quatrième trios d’une équipe inscrire trois buts au cours d’un même match?

Malgré toutes ces improbabilités, le Canadien a trouvé le moyen mercredi de remporter la première bataille de la série l’opposant aux Sénateurs d’Ottawa. Il devra toutefois changer de recette pour espérer remporter la guerre.

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Disons les choses comme elles sont : malgré la fébrilité entourant le début des séries éliminatoires devant ses partisans, le Canadien n’a pas été plus convaincant que durant le dernier mois du calendrier régulier. Si le Hamburglar (qui n’a pas Hamburglé grand-chose à son baptême éliminatoire) avait connu un match potable, ce sont les Sénateurs qui détiendraient une avance de 1 à 0.

Bien sûr, Michel Therrien n’a pas à flageller ses hommes quand il rencontre les journalistes à la fin de la soirée. Mais il en a beurré épais quand il a déclaré qu’il avait « aimé la façon dont on a joué à 5-contre-5 », que son équipe avait « dicté l’allure du match » et qu’il s’agissait « d’un bon premier match dans l’ensemble ».

Les Sénateurs ont généré 22 chances de marquer contre seulement 13 pour le Canadien.

Pendant que les quatre trios des Sénateurs étaient menaçants et généraient tous de très bonnes occasions de marquer, les deux premières unités du CH ont été invisibles.

Au sein du premier trio, Brendan Gallagher est clairement ciblé. On lui a servi du Sher-Wood jusqu’à plus soif et on lui bloque systématiquement l’accès au filet. Quant à Alex Galchenyuk, il continue de dribler la rondelle en périphérie. La seule occasion de marquer de cette unité est revenue à Tomas Plekanec, qui a profité d’une échappée (et qui a marqué) sur un jeu fortuit.

Au sein du deuxième trio, Pierre-Alexandre Parenteau est en train de se magasiner une place sur la passerelle de presse. L’éventuel retour au jeu de Max Pacioretty ne laissera sans doute pas le choix à Michel Therrien. David Desharnais, qui est avant tout un fabricant de jeu, n’a créé aucune chance de marquer. Le petit centre et Devante Smith-Pelly ont chacun obtenu une chance, ce qui, au final, reste très mince.

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Les optimistes préféreront sans doute se concentrer sur les performances des troisième et quatrième trios, qui ont été étincelants et dont la combativité en échec-avant a semblé surprendre les Sénateurs.

La répétition de ce scénario (une production de trois buts) est toutefois hautement improbable.

Du côté des Sénateurs, tout n’est pas rose non plus. Sévère, Dave Cameron a déclaré que ses hommes ont joué de façon négligente et qu’il n’avait « absolument aucun problème » avec la prestation offerte par son gardien recrue.

La réalité, c’est que l’entraîneur des Sens ne pourra indéfiniment donner de la corde à Andrew Hammond, même si ce dernier a transporté son équipe jusqu’en séries. Cameron pourra difficilement continuer à miser sur lui si Hammond offre une autre performance aussi ordinaire. D’autant plus que, sur le banc, les Sénateurs ont le luxe de miser sur Craig Anderson, qui a déjà vaincu le Canadien en séries.

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En plus de cette première victoire en séries, le Canadien a eu droit à un autre cadeau du destin, mercredi, quand les Bruins de Boston ont congédié leur directeur général Peter Chiarelli.

Quand l’un de vos principaux rivaux vire un homme de hockey de cette qualité, qui a récemment offert à Boston sa première Coupe Stanley en 40 ans (en 2011) et dont l’équipe est retournée en grande finale en 2013, il s’agit forcément d’une excellente nouvelle.

Dans la même foulée, dans un geste rappelant le coup de balai survenu à Toronto en début de semaine, les Bruins ont aussi annoncé les congédiements de trois dépisteurs.

On parle ici, rappelons-le, d’une équipe hypothéquée par les blessures qui vient de rater les séries malgré une récolte de 96 points et qui avait pris part aux séries lors des sept saisons précédentes.

Comme quoi, le jugement et le sens de la perspective ne sont pas des qualités essentielles lorsqu’on possède une équipe de la LNH.

Le successeur de Chiarelli congédiera sans doute Claude Julien dès son arrivée en poste. Julien, le meilleur entraîneur de l’histoire des Bruins, est en poste depuis huit ans.

À la place de Brendan Shanahan, je n’hésiterais pas une seconde. Voilà exactement le genre de duo, expérimenté et crédible, dont les Maple Leafs ont besoin pour se reconstruire sur des bases solides.

Carey Price contre les Sénateurs
Carey Price en action face aux Sénateurs

Le Canadien est peut-être l’équipe de 110 points et de 50 victoires la moins respectée de toute l’histoire de la LNH.

Au sein de la meilleure ligue de hockey au monde, le succès ne surgit pas du jour au lendemain. Il se prépare pendant de longues années. Une équipe de hockey est un organisme complexe qui progresse, quand elle est bien dirigée, au gré des expériences qu’elle traverse. Ce principe est encore plus vrai dans les séries éliminatoires.

Quand on jette un regard au parcours qu’a connu le CH au cours des trois dernières années, on doit reconnaître que son progrès a été constant. Après avoir terminé au 15e rang en 2011-2012, l’équipe s’est solidement qualifiée pour les séries la saison suivante. Elle a ensuite enchaîné avec des campagnes de 100 points (en 2013-2014) et de 110 points (cette saison).

En séries, le CH a suivi la même courbe. Après une élimination rapide aux mains des Sénateurs il y a deux ans, les hommes de Michel Therrien se sont faufilés jusqu’au troisième tour le printemps dernier.

Sachant que l’expérience est un important facteur de succès dans la LNH, il est assez hallucinant de constater qu’autant de gens penchent en faveur des Sénateurs d’Ottawa dans la série qui s’amorcera mercredi. Au cours des deux dernières années, les Sénateurs ont connu une excellente séquence de 25 matchs. Le bilan de leurs réalisations s’arrête là.

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J’insiste sur la notion d’expérience parce que les deux grands responsables de la présence des Sénateurs dans les séries, le gardien Andrew Hammond et l’attaquant recrue Mark Stone, n’ont jamais vécu les guerres de tranchées du printemps.

Hammond est le gardien de l’heure dans la LNH, comme en témoigne sa fiche de 20-1-2. Mais le fait demeure : il provient des rangs universitaires et il n’a vécu qu’une série 4 de 7 dans sa vie (1 victoire, 3 défaites et un taux d’efficacité de ,891 l’an passé dans la Ligue américaine).

Le gardien des Sens poursuivra son apprentissage dans un milieu extrêmement hostile et sera confronté à Carey Price. Le gardien du CH compte 42 matchs d’expérience en séries dans la LNH. De plus, il a remporté une Coupe Calder et une médaille d’or olympique. Et il gagnera probablement un trophée Hart parce qu’il vient de signer l’une des meilleures saisons de l’histoire du hockey.

Un vieux dicton du hockey dit : « Montrez-moi un très bon gardien et je vous montrerai un très grand entraîneur. » Lorsqu’on compare les curriculum vitae des deux gardiens, il semble plutôt évident que Michel Therrien entreprend cette série avec un net avantage sur Dave Cameron.

En ce qui concerne Mark Stone, sa récolte de 64 points, dont 26 buts, et la formidable deuxième moitié de saison qu’il a connue forcent l’admiration. Toutefois, les séries éliminatoires sont une tout autre paire de manches. Tous les grands attaquants qui ont patiné dans cette ligue l’ont appris à la dure. Affronter les mêmes spécialistes de la défense et sentir le plan de match de l’équipe adverse se refermer sur soi, soir après soir, est une expérience extrêmement éprouvante. Une expérience qui ne s’achète pas.

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On aura beau décortiquer les deux formations tant qu’on le voudra. En fin de compte, cette série opposera une équipe dont le développement a patiemment été orchestré et démontré à une équipe cendrillon dont deux des piliers n’ont aucune expérience éliminatoire.

En tout respect, le Canadien en six.

Max Pacioretty à l'entraînement
Max Pacioretty à l’entraînement

Il y a tout lieu de croire que Max Pacioretty sera en mesure de revenir au jeu à temps pour le début des séries éliminatoires mercredi soir. En tout cas, ça ne saurait tarder, puisque le meilleur buteur du CH franchit rapidement (trop rapidement?) les étapes du protocole visant à déterminer si une victime de commotion cérébrale est en mesure de retourner au jeu.

Le protocole prévoit les étapes suivantes :

a) Repos complet jusqu’à ce que l’athlète ne ressente plus de symptôme de commotion. (Pacioretty a été au repos de lundi à vendredi la semaine dernière.)

b) Entraînement léger en aérobie. (Il a patiné sans rondelle durant 28 minutes samedi matin.)

c) Exercices spécifiques au hockey. (Pacioretty a patiné, effectué des passes et des tirs au but en compagnie d’un soigneur dimanche matin.)

d) Entraînement normal sans contact physique. (L’attaquant du CH a patiné avec ses coéquipiers lundi matin, mais a souligné après l’entraînement qu’il n’avait pas encore reçu la permission des médecins de recevoir des mises en échec.)

Le meneur offensif du CH entame donc la phase la plus délicate du protocole.

Normalement, il doit recevoir l’aval du médecin avant de franchir l’étape suivante, qui consiste à se soumettre à un entraînement comportant des contacts physiques complets. Cette permission pourra sans doute lui être accordée mardi matin si Pacioretty ne ressent toujours pas de malaise à la suite de sa participation à l’entraînement de lundi.

Si Pacioretty se soumet à des mises en échec complètes dès mardi et qu’il ne ressent toujours pas de symptôme, il sera susceptible de revenir au jeu mercredi soir.

Le grand danger, c’est qu’il y a une marge importante entre les mises en échec qu’un joueur blessé reçoit à l’entraînement de la part de ses coéquipiers, et les mises en échec que distribuent les joueurs adverses durant les séries éliminatoires. Au premier tour, les séries sont d’ailleurs particulièrement féroces.

Les médecins, les dirigeants du CH et Pacioretty auront une décision extrêmement délicate à prendre.

Mark Stone a donné la victoire aux Sénateurs en prolongation.
Les Sénateurs d’Ottawa ont animé la deuxième moitié de saison dans la LNH.

On se souviendra de la fin de la saison 2014-2015 comme l’une des plus spectaculaires de l’histoire de la LNH. Quand nous en reparlerons dans 10, 15 ou 20 ans, nous emploierons probablement une image du genre « la saison de la photo d’arrivée ». Et pour cela, il faudra remercier les Sénateurs d’Ottawa.

Je me rappelle, au début de février, avoir signé une chronique déplorant le fait que cette saison était l’une des plus inégales de l’histoire de la LNH. À ce moment, sept équipes de l’Est, dont les Sénateurs, affichaient un rendement sous la barre de ,500, et les huit équipes qualifiées pour les séries annonçaient des récoltes de plus de 100 points, chose qui ne s’était jamais produite.

Bref, la parité avait pris le bord.

Toute l’adrénaline et toute l’excitation vécues aux quatre coins de l’Association de l’Est durant le dernier mois de la saison sont donc en grande partie attribuables aux improbables Sénateurs, à leur gardien Andrew Hammond et à leur recrue Mark Stone, qui ont spectaculairement chamboulé l’ordre établi.

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Quelles sont les chances qu’un gardien ordinaire de la Ligue américaine, ayant connu une carrière quelconque dans les rangs universitaires, profite de blessures pour être lancé dans la mêlée, dans la dernière ligne droite de la saison, et réponde à l’appel en se taillant une fiche de 20-1-2? Le « Hamburglar » l’a fait, et nous ne reverrons probablement pas de sitôt un exploit aussi colossal.

Et quelles sont les chances de voir une recrue prendre les choses en main et inscrire 47 points en 46 matchs après les Fêtes et propulser son équipe en séries? Stone a marqué huit buts lors des neuf derniers matchs.

Propulsée par ces deux raz-de-marée, l’équipe Cendrillon n’a jamais entendu les 12 coups de minuit (une belle image aperçue hier dans la twittosphère). Les Sénateurs sont devenus l’équipe de la destinée. Depuis deux mois, ils forment la meilleure équipe de la LNH et sont devenus les chouchous des amateurs de hockey « d’un Atlantique à l’autre », comme le disait si savoureusement Claude Ruel.

Ce n’est pas une bonne nouvelle pour le Canadien. En plus d’affronter une équipe robuste contre laquelle ils n’ont jamais été très à l’aise, les hommes de Michel Therrien auront toute une balloune à dégonfler pour survivre au premier tour éliminatoire. On aura amplement le temps d’y revenir d’ici le premier match de mercredi.

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En attendant, soulignons quand même que le Canadien vient de conclure une campagne de 50 victoires, chose qui ne s’était pas vue à Montréal depuis un quart de siècle. Et surtout, que le Canadien a récolté une moyenne de 105,6 points par tranche de 82 matchs depuis l’arrivée du tandem Marc Bergevin/Michel Therrien en 2012.

Le CH n’a pas maintenu un tel rythme de croisière, sur une aussi longue période, depuis la fin des années 1970 et le début des années 1980. Cela aussi, c’est extrêmement impressionnant.

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La saison de la photo d’arrivée aura aussi été celle de Jamie Benn.

Le talentueux attaquant des Stars de Dallas (il était membre de l’équipe canadienne à Sotchi) a profité de la dernière soirée de la campagne pour connaître un match de quatre points et s’emparer avec le championnat des marqueurs, avec 87 points en banque, sous le nez de John Tavares et de Sidney Crosby.

Pour remporter ce titre prestigieux, l’attaquant de 25 ans a inscrit trois buts et une passe. Son dernier point du match, sa mention d’assistance, a été porté à la feuille de pointage avec moins de neuf secondes à écouler au cadran. Plus serré que ça, tu meurs!

Plusieurs observateurs ont déploré le faible total de points obtenus par les meneurs offensifs de la LNH cette saison. Il faut remonter à la saison 1967-1968 pour retrouver un gagnant du trophée Art-Ross, Stan Mikita, avec aussi peu que 87 points.

Cette statistique, ainsi que la domination de Carey Price et de quelques autres gardiens, fait croire que la LNH vient de connaître l’une des pires saisons offensives de son histoire. Or, ce n’est pas ce que disent les chiffres.

Selon Quanthockey.com, il s’est inscrit une moyenne de 5,343 buts par rencontre dans la LNH en 2013-2014. Le site spécialisé n’a pas encore compilé les chiffres de 2014-2015, mais les chiffres finaux du classement de la LNH donnent une moyenne de 5,46 buts par match.

La saison qui vient de se terminer aura donc été, aussi, celle de la profondeur. Comme quoi, plus que jamais, ce seront peut-être les troisième et quatrième trios qui détermineront l’identité des champions de la Coupe Stanley.

Carey Price
Carey Price

Un jour, qui sait, Carey Price offrira peut-être une saison de 49 victoires – le plus haut total de victoires de tous les temps pour un gardien – aux partisans du Canadien.

En voyant la foule du Centre Bell ovationner le gardien du CH jeudi soir après sa 43e victoire de la saison (laquelle surpassait la marque de 42 victoires que détenaient Jacques Plante et Ken Dryden dans l’histoire du Canadien), il était difficile de ne pas penser que Price venait peut-être de voir filer un exploit encore plus grand entre ses doigts.

Au chapitre des victoires pour un gardien, les deux meilleures saisons de l’histoire de la LNH ont été signées en 2006-2007 par deux Montréalais, Martin Brodeur et Roberto Luongo.

Cette saison-là, Brodeur avait récolté 48 gains en maintenant un taux d’efficacité de ,922 et une moyenne de buts alloués de 2,18. De son côté, Luongo avait emmagasiné 47 triomphes grâce à un taux d’efficacité de ,921 et une moyenne de buts alloués par rencontre de 2,29.

Or, Price affiche cette saison des chiffres nettement supérieurs à ceux que Brodeur et Luongo présentaient il y a huit ans. Son taux d’efficacité s’élève à ,934 et sa moyenne de buts alloués se situe à 1,95.

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En 2006-2007, les attaques des Devils (Brodeur) et des Canucks (Luongo) étaient comparables à celle du Canadien cette saison. Par contre, à compter de la période des Fêtes, Price a souvent été laissé à lui-même, ce qui a grandement nui à sa fiche personnelle.

Depuis la période des Fêtes, Price a subi sept défaites au cours desquelles ses coéquipiers ne lui ont offert qu’un total de sept buts. Quatre de ces défaites (deux fois par blanchissage, une fois au compte de 3-1 et une fois au compte de 3-2 en prolongation) sont survenues durant l’étrange effondrement du mois de mars.

Bien entendu, on ne peut réécrire l’histoire. Et avec des « si », on pourrait mettre Paris en bouteille, comme dit l’adage.

Tout de même, samedi à Toronto, Price aura l’occasion de décrocher une 44e victoire contre une formation en déroute. Il est difficile de ne pas se conclure que si ses coéquipiers l’avaient un peu mieux soutenu au cours du dernier mois, le gardien du CH serait en train de menacer la marque de Brodeur, la meilleure de tous les temps.

Pareille occasion se représentera-t-elle un jour? On lui souhaite de tout cœur.

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Par ailleurs, les parcours de Brodeur et de Luongo nous enseignent que les gardiens exceptionnels, qui connaissent des saisons grandioses, ne peuvent tout faire eux-mêmes quand les séries se mettent en branle.

En 2006-2007, malgré le brio de leurs gardiens, les Devils et les Canucks ont connu le même sort. Les deux équipes ont été éliminées en cinq matchs au deuxième tour éliminatoire.

Les Red Wings, le dernier vrai test du CH

Jeudi 9 avril 2015 à 11 h 10 | | Pour me joindre

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Max Pacioretty
Max Pacioretty

Le match que disputera le Canadien face aux Red Wings de Détroit, jeudi soir, est encerclé depuis quelques semaines dans le calendrier. Il s’agit du dernier véritable test que subira le Tricolore avant de participer aux séries et, Max Pacioretty ou pas, la manière de jouer du CH nous en dira probablement long sur le sort qui attend cette équipe durant le grand tournoi printanier.

Dans le monde du sport, il est extrêmement difficile pour une équipe de changer de cap en claquant des doigts. Depuis la date limite des transactions, le 2 mars dernier, le CH tente de retrouver ses repères, mais il n’y est toujours pas parvenu.

Les hommes de Michel Therrien n’ont remporté que 7 victoires en 18 matchs durant cette période, et une seule de ces victoires a été enregistrée contre une équipe qualifiée pour les séries éliminatoires. La rencontre de jeudi soir est la dernière occasion d’effacer ces doutes, puisque le Tricolore affrontera les Maple Leafs à Toronto samedi, et que les Leafs sont dans les limbes depuis des mois.

Pour les Red Wings, cet affrontement contre le Canadien est extrêmement important parce qu’une victoire leur permettrait de confirmer leur place en séries. Qui plus est, les deux équipes ont de bonnes chances de croiser le fer au premier tour éliminatoire la semaine prochaine.

Si le CH s’avère incapable de désengager le pilote automatique qui dicte son rythme depuis plus d’un mois, il faudra tirer des conclusions.

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Un mot sur la petite controverse qui entoure la blessure de Max Pacioretty. Il est parfaitement compréhensible que la direction d’une équipe de la LNH cherche à contrôler l’information et à camoufler la nature des blessures que subissent ses joueurs tout juste avant ou pendant les séries éliminatoires.

En séries, on fait face au même adversaire soir après soir. Un affrontement 4 de 7 est une guerre de tranchées au cours de laquelle on cible systématiquement les meilleurs éléments adverses, en espérant l’emporter à l’usure. Personne ne fait de quartier. Chaque faille ou faiblesse de l’adversaire est exploitée.

Par exemple, si un joueur se remet d’une blessure à une épaule, les joueurs adverses se feront un devoir de terminer leurs mises en échec à son endroit. C’est cruel, mais c’est comme ça.

Malgré ce contexte, toutefois, la position défendue par Michel Therrien dans sa conférence de presse mercredi ne tient pas la route. « Il y a des choses que nous ne pouvons dire », a plaidé l’entraîneur du CH. Or, les 29 autres formations de la LNH n’ont pas besoin d’entendre Therrien prononcer les mots « commotion cérébrale » pour savoir de quoi souffre Max Pacioretty. Tout le monde a vu ce qui s’est produit en Floride dimanche dernier.

En jouant à la cachette avec les journalistes, le Canadien ne protège absolument pas Max Pacioretty. Il est déjà acquis que le meilleur buteur du Bleu-blanc-rouge sera un joueur ciblé dès qu’il posera un patin sur la patinoire. Sachant cela, la seule manière de le protéger consiste à s’assurer qu’il soit rétabli à 100 % lorsqu’il reviendra au jeu.

Ça prendra le temps que ça prendra, peu importe le sort qui attend l’équipe dans les séries. C’est la seule attitude à avoir dans le cas d’une blessure au cerveau.

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Les trios formés à l’entraînement pour parer l’absence de Pacioretty illustrent bien le malaise qui ronge le Canadien depuis que Marc Bergevin a fait l’acquisition de Devante Smith-Pelley, Torrey Mitchell et Brian Flynn.

Quand ces transactions ont été faites, l’équipe avait le vent dans les voiles et était l’une des plus productives de la LNH. Puis soudainement, on a tassé des joueurs qui contribuaient à maintenir la formation au sommet pour faire place aux nouveaux venus, qui n’apportaient pourtant rien de significatif.

Pour remplacer Pacioretty aux côtés de David Desharnais, le premier réflexe du groupe d’entraîneurs a été de muter Pierre-Alexandre Parenteau sur le flanc gauche et de maintenir Devante Smith-Pelley sur le flanc droit du second trio (Smith-Pelley avait été inséré à cet endroit dimanche dernier en Floride). Or, Smith-Pelley a récolté un but et une passe en 18 matchs depuis son arrivée avec l’équipe. Et son bilan défensif est de -3.

Et juste à côté, il y a Dale Weise, qui vient de remporter le trophée Jacques-Beauchamp, qui a connu de bons moments aux côtés de Desharnais et qui a amassé 29 points cette saison (10-19). Son bilan défensif s’élève à +21.

On a beau dire que les joueurs sont des professionnels. Les décisions de ce genre font sourciller dans le vestiaire d’une équipe de hockey.

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Si le Canadien vainc les Red Wings jeudi soir, Carey Price remportera son 43e match de la saison. Il devancera ainsi Jacques Plante et Ken Dryden pour le plus grand nombre de victoires remportées par un gardien en une saison dans la longue et riche histoire du CH.

Il y a deux semaines, plusieurs lecteurs m’ont interpellé quand j’ai fait valoir que la marque de Price devrait être accompagnée d’un astérisque parce que 8 de ses 42 victoires ont été gagnées en prolongation ou en tirs de barrage, alors que de nombreux matchs se soldaient par des verdicts nuls à l’époque de Plante et Dryden.

Plusieurs ne comprennent pas pourquoi l’accomplissement de Price ne peut être comparé à ceux de Plante et Dryden.

Jetons un coup d’œil au portrait dans son ensemble. En cinq décennies (les années 1950, 1960, 1970, 1980 et 1990), la marque des 42 victoires n’a été atteinte que 11 fois par 8 gardiens, à une époque où les prolongations et les tirs de barrage n’étaient pas permis.

La LNH a adopté les périodes de prolongation à compter de la saison 1983-1984. Mais le nombre de verdicts nuls est resté élevé parce qu’on ne cherchait pas à déterminer un gagnant si aucune équipe ne parvenait à marquer durant les cinq minutes de prolongation. La notion de point boni (en cas de défaite en prolongation) a ensuite été adoptée pour inciter les équipes à ouvrir le jeu en période supplémentaire. Puis peu à peu, on a vu de plus en plus de gardiens atteindre le plateau des 42 victoires. Depuis l’adoption des tirs de barrage en 2005-2006, il est impossible de disputer un match nul dans la LNH.

Au cours des huit dernières saisons complètes (calendriers de 82 matchs) disputées depuis l’adoption des tirs de barrage, la marque des 42 victoires a été atteinte ou surpassée pas moins de 12 fois. À lui seul, Martin Brodeur l’a surpassée quatre fois durant cette période. Il avait aussi réussi l’exploit trois autres fois avant la disparition des verdicts nuls.

Cette saison seulement, pas moins de trois gardiens pourraient atteindre la marque des 42 victoires dans la LNH. Braden Holtby (Washington) et Pekka Rinne (Nashville) ont chacun 41 victoires à leur dossier.

La saison que connaît Carey Price est tout à fait remarquable. Mais en toute honnêteté, il faut reconnaître que c’est une modification réglementaire qui lui permet de flirter avec le record que détenaient Plante et Dryden chez le CH.