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Mise en échec hockey mineur

C’est fait. À la veille de son assemblée générale annuelle, qui se déroule à Sept-Îles, Hockey Québec a officiellement déclaré la guerre au hockey scolaire jeudi matin.

Le directeur général de Hockey Québec, Sylvain Lalonde, a annoncé au président de la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS), Martin Lavallée, que les mises en échec corporelles seront interdites à compter de l’an prochain dans la catégorie scolaire M-15 Divsion 2 (la catégorie M-15 regroupe des joueurs d’âge bantam, soit 13 et 14 ans).

Par ailleurs, les penseurs de HQ ont décrété que les joueurs de première division (D1) de la catégorie M-15 disputeront désormais une sorte de hockey édulcoré et n’auront le droit d’appliquer des mises en échec qu’en certaines circonstances. Par exemple, seulement quand le porteur de la rondelle patinera dans la même direction que le joueur défensif.

Ces dispositions, qui seront votées à l’assemblée générale de HQ (à laquelle, en passant, les dirigeants du hockey scolaire n’ont pas de droit de vote!), s’appliqueront aussi dans l’autre grande ligue scolaire québécoise, qui porte la bannière du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ).

Aucun des responsables d’équipes du RSEQ que j’ai contactés jeudi n’était au courant de cette nouvelle. Et le directeur général de l’organisme, Gustave Roel, était difficile à joindre (selon certaines sources) en raison de sa participation au Grand défi Pierre Lavoie.

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Officiellement, lorsqu’il s’adressera aux médias, le DG de Hockey Québec se félicitera de l’abolition des mises en échec en milieu scolaire. Il alléguera que cette décision a pour but de favoriser la sécurité des athlètes et de prévenir des commotions cérébrales.

La réalité est toute autre.

Formée il y a seulement cinq ans par une poignée d’écoles et de spécialistes du hockey qui rejetaient le modèle civil proposé par Hockey Québec, la LHPS compte aujourd’hui quelque 900 joueurs répartis dans 53 équipes, qui représentent 18 écoles.

En fait, le modèle du hockey scolaire, qui propose un plus grand nombre de séances d’entraînement, un calendrier de matchs allégé et des horaires mieux adaptés aux familles, est en pleine expansion au Québec. Son succès est si phénoménal que Hockey Québec fait des pieds et des mains pour contraindre les joueurs de l’élite à rester dans le réseau civil. Comme si les enfants lui appartenaient, la fédération refuse carrément de « libérer » ceux qu’elle estime trop talentueux pour porter les couleurs de leur école.

Au cours de ses cinq premières années d’existence, la LHPS évoluait à l’extérieur des cadres de Hockey Québec. Voyant le phénomène grossir (et de précieuses cotisations lui échapper), la fédération avait fini l’an dernier par négocier une entente qui intégrait la LHPS au sein de HQ à titre de « membre associé », tout en garantissant à ce circuit son autonomie et la préservation de sa personnalité, qui s’inspire des prep schools américaines.

Il aura fallu seulement une année d’association pour que HQ tente de torpiller la LHPS.

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En abolissant ou en limitant les mises en échec au hockey scolaire, il est clair que les jeunes hockeyeurs talentueux qui rêvent de cheminer longtemps dans leur sport ne voudront plus y jouer. Ils opteront alors pour les niveaux civils bantam AA et bantam AAA de la fédération, où les mises en échec complètes seront toujours permises.

L’abolition des mises en échec au hockey scolaire, c’est le hockey civil qui manigance pour ne pas se faire damer le pion par les pédagogues qui enseignent notre sport national dans les écoles. L’abolition des mises en échec au hockey scolaire, ce sont les petits roitelets du hockey mineur qui tripotent les règles pour tenter de garder leur emprise sur le hockey.

Cette décision est extrêmement lourde de sens. Le Québec est probablement l’un des seuls endroits sur la planète où l’on considère que les meilleurs athlètes doivent être extirpés du sport scolaire.

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En mars dernier, flanqué de ses principaux collaborateurs, Sylvain Lalonde avait tour à tour rencontré les dirigeants du RSEQ et de la LHPS pour leur présenter les modifications qu’il tente aujourd’hui de leur enfoncer dans la gorge. Pour appuyer ses dires, le DG de Hockey Québec avait déposé sur la table une étude soulignant les dangers que représentent les mises en échec pour les athlètes de 14 ans et moins.

Selon des témoins, le directeur général du RSEQ, Gustave Roel, était alors intervenu de magistrale façon.

« Si l’abolition des mises en échec est véritablement une question de sécurité, vous (HQ) allez l’abolir dans tous les niveaux de jeu où l’on retrouve des jeunes de 13 et 14 ans au Québec. Et nous allons embarquer dans ce projet. Ce n’est certainement pas nous qui allons contester les conclusions de ces études.

« Par contre, rien dans ces études ne démontre que le niveau d’habileté d’un joueur puisse le rendre moins vulnérable aux commotions cérébrales. Alors, si vous vous servez de ces études pour abolir les mises en échec au hockey scolaire et ainsi marquer une différence entre le hockey scolaire et le hockey d’élite, nous refuserons d’abolir les mises en échec », avait plaidé Roel.

Selon les témoignages recueillis, les dirigeants de Hockey Québec n’avaient pas été en mesure de répondre à cette prise de position.

Jeudi, les dirigeants du hockey scolaire l’ont eue, leur réponse. Les jeunes de 13-14 ans qui jouent dans le réseau civil, semble-t-il, ont des parois crâniennes plus résistantes que celles des hockeyeurs qui portent les couleurs de leur école…

La LHPS, quant à elle, avait argué qu’aucune autre ligue québécoise n’offrait un environnement et un encadrement plus sécuritaires en matière d’enseignement de la mise en échec, de prévention des coups à la tête et de suivi médical en cas de blessure.

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Lors de ces rencontres de mars, Sylvain Lalonde avait promis aux deux ligues scolaires de tenir compte de leur position et de revenir avec une proposition plus élaborée à la fin du mois d’avril.

Le président de la LHPS, Martin Lavallée, a adressé une lettre à ses membres jeudi soir pour les informer de la manœuvre, cousue de fil blanc, que tente Hockey Québec.

Bien malgré lui, en étalant toutes les dates où il a tenté d’entrer en communication avec Lalonde, et en dressant la liste des rendez-vous téléphoniques annulés par le DG de Hockey Québec au cours des derniers mois, le président Lavallée a parfaitement illustré le style de leadership dont souffre tellement Hockey Québec.

Ce n’est finalement que trois mois plus tard, à la veille d’un vote concernant la LHPS et qui aura lieu à Sept-Îles (en l’absence des représentants du hockey scolaire) que Lavallée a finalement appris la décision de Hockey Québec.

Voilà qui est très édifiant.

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La suite des choses pourrait toutefois être fort intéressante.

La LHPS tiendra bientôt une assemblée d’urgence, au cours de laquelle plusieurs écoles membres, selon mes sources, recommanderont tout simplement que cette ligue scolaire quitte les rangs de Hockey Québec. Et du côté de certaines équipes membres du RSEQ, on tenait jeudi sensiblement le même langage.

Cela aussi, en passant, en dit long sur la qualité du leadership qu’exercent les dirigeants de Hockey Québec.

Si jamais les deux grandes ligues scolaires et leurs quelque 2000 joueurs claquaient la porte de la fédération en même temps, tout en décidant de faire front commun, cela serait susceptible de changer à jamais la face du hockey québécois.

Et vous savez quoi? Ce serait pour le mieux. Le hockey scolaire n’a nul besoin des embûches que Hockey Québec jette constamment sur son chemin.

Des partisans des Blackhawks dans une foule de partisans du Lightning
Des partisans des Blackhawks dans une foule de partisans du Lightning

Depuis le début des séries éliminatoires de la LNH, le spectacle auquel on assiste sur la patinoire est génial. Par contre, ce qui se passe dans les gradins est honteux.

Durant le premier tour, lors du duel entre le Canadien et les Sénateurs, un partisan du CH m’a raconté qu’il s’était procuré des billets pour l’un des matchs au Centre Canadian Tire. Il s’était présenté avec son chandail tricolore et, une fois le match commencé, il s’était tout bonnement mis à encourager son équipe comme on le fait normalement lorsqu’on assiste à un événement sportif.

« Rapidement, une placière est venue à ma rencontre pour me dire que je manifestais trop fort. Son ton ne laissait aucun doute. J’avais intérêt à encourager le Canadien moins fort si je ne voulais pas avoir de problèmes », m’avait-il raconté à l’époque.

J’avais peine à le croire.

Toutefois, l’exemple venait de haut. Avant la série, les Sénateurs avaient nettement fait savoir que les partisans du CH n’étaient pas les bienvenus dans leur amphithéâtre et qu’ils entendaient favoriser la vente de billets aux résidents de la région d’Ottawa, de l’Est ontarien et de l’ouest du Québec. « Les Sénateurs se réservent le droit, sans préavis, d’annuler et de rembourser toute vente de billets faite à des résidents d’autres régions », indiquait la politique des Sénateurs.

Venant de la part de dirigeants d’une entreprise sportive, une décision comme celle-là dépassait l’entendement.  Fermer les portes d’une enceinte sportive à des gens sous prétexte qu’ils n’encouragent pas l’équipe locale va à l’encontre des plus élémentaires valeurs véhiculées par le sport : le respect de l’adversaire et de l’esprit du jeu, la maîtrise de soi et la dignité peu importe le résultat, dans la victoire comme dans la défaite…

Le sport a justement été inventé pour rapprocher les peuples et les communautés. Cette valeur est notamment à la base du mouvement olympique, auquel la LNH est si fière d’appartenir.

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Ça peut sembler difficile à croire, mais à côté de l’équipe de direction des Sénateurs d’Ottawa, les dirigeants du Lightning de Tampa Bay sont de véritables arriérés.

Depuis le début des séries éliminatoires, les dirigeants du Lightning ont tour à tour empêché les partisans des Red Wings de Détroit, du Canadien, des Rangers de New York et des Blackhawks de Chicago de se procurer des billets. Mais ils ont aussi poussé la note un peu plus loin en interdisant aux partisans de ces équipes adverses de porter les couleurs de l’équipe visiteuse dans les meilleures sections de l’Amalie Arena. Ceux qui refusent d’enlever leur chandail aux couleurs de l’équipe adverse sont déplacés ailleurs dans l’amphithéâtre, ou encore, ils sont tout simplement expulsés.

Sérieusement?

Voilà donc une organisation qui, avant chacun de ses matchs locaux, célèbre jusqu’à plus soif la contribution des militaires « qui risquent leur vie pour défendre notre liberté », mais qui, de l’autre main, réprime le droit de ses clients de manifester leur appui à l’équipe de leur choix!

« Il y a cinq ans, il y avait peu d’intérêt pour cette franchise et, lors de certains matchs, les partisans des équipes visiteuses étaient largement majoritaires dans notre amphithéâtre. Nos partisans nous ont demandé de régler cette situation et c’est ce que nous tentons de faire. Nous essayons de plaire à notre clientèle en créant pour eux un environnement agréable », a justifié le président du Lightning, Tod Leweike, au Tampa Bay Times.

On croit rêver.

Une partisane des Blackhawks de Chicago interpellée par la police lors du second match au Amalie Arena.Une partisane des Blackhawks de Chicago interpellée par la police lors du second match à l’Amalie Arena.

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Ces derniers jours, cette paranoïa de l’organisation du Lightning a donné lieu à des incidents surréalistes. Le site Stanley25.com a notamment relayé cette histoire du Joliet Patch, un quotidien de l’Illinois, qui raconte qu’un couple de partisans des Blackhawks a été expulsé de l’Amalie Arena durant le deuxième match de la série finale parce qu’il encourageait trop les Blackhawks!

Selon le témoignage du couple, c’est un policier qui a procédé à l’expulsion, il aurait même été menacé d’arrestation s’il continuait à remettre en question la pertinence de cette décision.

Par ailleurs, le Tampa Bay Times révèle que l’administration du Lightning traque aussi ses propres détenteurs d’abonnements de saison pour les empêcher de revendre leurs billets sur le marché secondaire.

Paul Dhillon, un capitaine de l’armée américaine et fier partisan du Lightning, ne pouvait assister aux matchs de l’équipe durant les séries parce qu’il devait participer à un camp d’entraînement spécial de cinq semaines, à Fort Knox, au Kentucky.

Le malheureux a eu l’idée de vendre ses billets inutilisés sur un site de revente, ce qui lui a valu d’être harcelé au téléphone par un vice-président du Lightning. On lui a révoqué ses billets, avant de tenter de corriger cet impair en lui coupant l’accès à son compte électronique qui permet notamment d’imprimer lui-même ses billets. Il a aussi obligé le capitaine Dhillon à se présenter lui-même au guichet pour prendre possession de ses billets.

Voilà une pratique qui ne sera sans doute jamais enseignée dans les facultés de marketing ou dans un cours sur l’art de tisser des liens solides avec sa clientèle.

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Disons les choses comme elles sont. Cette explication du président du Lightning, voulant que cette chasse aux partisans des équipes adverses vise à rendre plus agréable l’expérience des partisans du Lightning, ne tient absolument pas la route. C’est de la boulechite.

Le Lightning et les Panthers de la Floride ont justement été déplacés dans la même division que le Canadien, les Maple Leafs et les Sénateurs, notamment parce que les vacanciers du Canada remplissent les amphithéâtres floridiens durant l’hiver, et parce que le Lightning et les Panthers peinent à écouler leurs billets.

Durant la saison, le Lightning et les Sénateurs se foutent carrément de la supposée expérience de leurs partisans. Ils font main basse sur la manne que leur procurent les amateurs de hockey des autres régions et des autres villes de la ligue sans dire un mot.

Pourquoi serait-ce différent dans les séries?

Peu importe les motifs invoqués, ces pratiques honteuses et cette discrimination infantile doivent cesser. Les amateurs de hockey sont des amateurs de hockey. Point. Leur passion devrait être célébrée et le tapis rouge devrait leur être déroulé dans tous les amphithéâtres de la LNH, peu importe le chandail qu’ils portent ou l’équipe qu’ils favorisent.

Si vous avez quelques minutes de libres, prenez le temps de copier-coller cinq ou six articles qui ont été publiés depuis jeudi (hier) au sujet du jeune hockeyeur Joseph Veleno. Rangez ces textes quelque part dans votre ordinateur, et donnons-nous rendez-vous dans cinq ans, même heure, même date, pour en reparler.

J’ai un peu de difficulté à rédiger cette chronique parce que Joseph Veleno n’a que 15 ans (il est né en janvier 2000), et qu’il vit sans doute des moments forts exaltants. Quel honneur ce doit être, lorsqu’on est passionné de hockey, de se faire accorder le statut de « joueur exceptionnel » et le privilège de faire le saut dans la LHJMQ prématurément! Quelle immense fierté ce jeune homme doit-il ressentir à l’idée d’être élevé, par la plus grande fédération de hockey du monde, au même rang que John Tavares, Aaron Ekblad et Connor McDavid(1), qui sont tous devenus des premiers choix (au total) dans la LNH!

Tavares est devenu une super vedette dans la LNH. Il est le joueur de concession des Islanders de New York. À seulement 18 ans, Ekblad, un défenseur, vient de flirter avec les marques offensives de Bobby Orr à sa première saison professionnelle. Ce n’est pas rien! Et il portait pourtant les couleurs des Panthers de la Floride, une équipe très moyenne.

De son côté, McDavid a littéralement pulvérisé la Ligue junior de l’Ontario et jouera assurément dans la LNH à 18 ans la saison prochaine. Certains observateurs le croient supérieur à Sidney Crosby, au même âge. Le défenseur Sean Day a aussi obtenu le statut de joueur exceptionnel en Ontario. Mais dans son cas, le jury délibère encore. Il ne sera admissible au repêchage de la LNH qu’en 2016.

J’ai un peu de difficulté à rédiger cette chronique, en fait, parce que je m’inquiète pour Joseph Veleno. Je me demande si ce statut de « joueur exceptionnel » sert les intérêts de cet adolescent, ou les intérêts des adultes qui l’entourent.

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Il y a un mois, Hockey Canada avait refusé d’accorder le statut de joueur exceptionnel à Joseph Veleno parce que les règlements de la fédération canadienne établissaient clairement qu’une telle demande devait lui être présentée par Hockey Québec (évaluation à l’appui) avant le 15 février. Et ces délais n’avaient pas été respectés.

La cause était entendue. On ne devait plus en entendre parler. Et le jeune hockeyeur devait poursuivre son cheminement dans le hockey mineur, soit en retournant jouer dans la Ligue midget AAA, soit en s’exilant dans un prep school américain.

Dans la LHJMQ, cette décision de Hockey Canada faisait l’affaire de bien des gens. Parce que dans l’esprit de plusieurs, Joseph Veleno n’est pas un joueur exceptionnel. C’est un excellent joueur, soit, mais pas un exceptionnel au même titre que John Tavares ou Connor McDavid.

Il y a deux ans, dans les rangs bantam AAA, Joseph Veleno a amassé 20 buts et 20 passes en 42 matchs. À 13 ans, dans les rangs bantam AAA de la Greater Toronto Hockey League (la plus grande ligue de hockey mineur du monde) John Tavares avait inscrit 95 buts et 92 passes en 90 rencontres. On parle ici de deux mondes totalement différents.

À l’âge de 14 ans, Tavares et Connor McDavid évoluaient tous les deux dans les rangs midget AAA, où ils avaient été promus prématurément, exactement comme Joseph Veleno au Québec. À cet âge, Tavares avait inscrit 91 buts et 67 passes en 72 matchs. Et McDavid avait récolté 86 buts et 141 mentions d’aides en 95 rencontres. Cette saison, Veleno a inscrit 16 buts et 36 passes en 42 matchs.

Une question : serait-il possible qu’un des joueurs ci-haut mentionnés soit moins « exceptionnel » que les deux autres?

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Malgré son jeune âge, Joseph Veleno mesure déjà 1,83 m (6 pi) et pèse 80 kg (175 lb). Son gabarit, assurent plusieurs observateurs, lui permettra assurément de se démarquer dans la LHJMQ la saison prochaine. Encore là, on a tendance à oublier qu’on a affaire à un joueur né en 2000.

Lors du récent combine de la LHJMQ, 72 attaquants admissibles au repêchage ont subi de tests physiques pour évaluer leur force et leur puissance. Selon mes sources, Veleno a terminé au 55e rang sur 72 joueurs…

A-t-on seulement tenu compte de ces résultats (tout à fait normaux compte tenu de son âge) avant de lui octroyer ce statut de joueur exceptionnel? Dans la LHJMQ, Joseph Veleno sera confronté à des joueurs âgés de 16 à 20 ans la saison prochaine. Qu’y a-t-il d’aussi urgent? Pourquoi veut-on le faire monter aussi rapidement? En quoi l’imposition d’une visibilité et d’une pression aussi forte servira-t-elle les intérêts de cet enfant?

Si Veleno était né deux semaines plus tôt, il aurait été admissible d’emblée au repêchage de la LHJMQ, qui sera tenu samedi à Sherbrooke. La question n’est donc pas de savoir s’il sera capable de jouer au niveau junior majeur. La question est de savoir s’il sera capable de porter l’étiquette de phénomène qu’on vient de lui accoler.

Lorsqu’il se confie à ses proches, Tavares affirme lui-même qu’il ne retournerait pas dans les rangs juniors à l’âge de 15 ans si c’était à refaire. Trop de réflecteurs, trop de pression. Et on parle d’un joueur qui a été choisi au tout premier rang au repêchage de la LNH.

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Il y a aussi d’autres « à-côtés » qui laissent perplexe.

Un exemple? Quand je constate qu’il en est presque à son troisième agent (à l’âge de 15 ans!!!), il y a une sorte de gros voyant lumineux rouge qui s’allume.

L’hiver dernier, c’était Petr Svoboda qui représentait Veleno. Ensuite, la famille s’est tournée vers Pat Brisson, qui représente des vedettes comme Tavares, Sidney Crosby, Patrick Kane, Jonathan Toews, et j’en passe. Les relations avec l’équipe de Pat Brisson ont duré quelques semaines. Puis, voilà que Joseph Veleno est maintenant représenté par Philippe Lecavalier!

On parle ici de trois agents reconnus et de très grande qualité. Mais en même temps, il me semble que ça fait beaucoup de conseillers en très peu de temps pour quelqu’un qui n’a pas encore posé un patin dans un amphithéâtre junior majeur. Il y a quelque chose qui cloche.

De tout cœur, j’espère que Veleno connaîtra la carrière phénoménale que les dirigeants de Hockey Québec lui prédisent, puisque ces derniers ont visiblement déployé tous les efforts imaginables afin que le statut de joueur exceptionnel finisse par lui être octroyé.

Je lui souhaite sincèrement de réussir. Parce que si les adultes qui ont participé à cette décision se sont trompés, cette étiquette inutile sera lourde à porter. Et pour longtemps.

(1)   Dans la LNH, il est établi que les Oilers sélectionneront Connor McDavid au prochain repêchage.  

Marc Bergevin
Marc Bergevin

Marc Bergevin est rapidement parvenu à régler un dossier qu’il jugeait prioritaire cette semaine en accordant un contrat de six ans, d’une valeur de 33 millions de dollars, au défenseur droitier Jeff Petry. Il s’agit d’un excellent coup de filet. Cette embauche assurera au CH une grande stabilité à la ligne bleue pour longtemps.

En même temps, la signature de Petry annonce des lendemains fort intéressants parce qu’elle procure plusieurs options au directeur général du Tricolore.

Bergevin n’a pas vraiment le choix. Il doit rehausser la qualité de sa formation parce que la Division atlantique sera beaucoup plus compétitive la saison prochaine. Les Sénateurs d’Ottawa (on l’a vu en séries) sont en pleine ascension. Les Maple Leafs de Toronto, qui seront dirigés par Mike Babcock, ne constitueront plus une proie facile. Les Bruins de Boston pourront difficilement subir autant de blessures que la saison dernière. Le Lightning de Tampa Bay sera une puissance de la LNH pour plusieurs années. Les Red Wings de Détroit seront revigorés par l’injection de jeune talent et par l’arrivée du jeune entraîneur Jeff Blashill, sans compter les Panthers de la Floride, qui possèdent l’un des plus intéressants bassins de jeunes joueurs de toute la LNH.

Ça semble étrange à dire au lendemain d’une saison de 50 victoires. N’empêche, dans cette division, le simple fait de participer aux séries constituera un exploit en 2015-2016.

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Au cours des trois dernières campagnes, Bergevin a clairement montré qu’il ne craint pas de brasser ses cartes. Et la période de l’année la plus fertile pour les DG désireux d’accoucher d’une transaction, le repêchage annuel, aura lieu dans quelques semaines. Qui sont les joueurs les plus susceptibles de déménager?

Tom Gilbert : Le contrat de Jeff Petry provoque une lourde congestion sur le flanc droit à la ligne bleue. Ensemble, P.K. Subban et Petry disputeront entre 48 et 50 minutes par match. Gilbert est âgé de 31 ans, et il est capable d’offrir de 18 à 20 minutes de qualité. Il ne lui reste qu’une année de contrat et son salaire ne s’élève qu’à 2,8 millions. Il a donc une valeur intéressante sur le marché. Pour combler les 10 à 12 minutes laissées vacantes par son départ, Greg Pateryn ferait parfaitement l’affaire.

Pierre-Alexandre Parenteau : Acquis contre Daniel Brière à l’été 2014, Parenteau a vécu le même genre d’expérience que Brière à sa première saison dans l’uniforme du CH. Il a été blessé et ne jouissait visiblement pas de la confiance de son entraîneur. À quoi bon garder dans sa formation un attaquant qui coûte 4 millions, et que son entraîneur promène constamment dans tous les trios? Marc Bergevin a démontré dans le passé qu’il ne lésine pas avec ce genre de situation. Parenteau a encore de la valeur sur le marché.

Lars Eller : Il possède plusieurs atouts intéressants. Il n’a que 25 ans, joue au centre et possède un imposant gabarit. En plus, il touchera un salaire moyen relativement modeste (3,5 millions) au cours des trois prochaines années. Toutefois, son sens du hockey et sa vision du jeu font défaut. Dans l’organisation, Jacob De La Rose pourrait accomplir un boulot comparable ou supérieur au sein du troisième trio pour trois fois moins cher. Et De La Rose vient à peine d’avoir 20 ans.

Tomas Plekanec : Voilà un cas à la fois complexe et fascinant. Plekanec est âgé de 32 ans. Il ne lui reste qu’une année de contrat à disputer, et il touche un salaire de 5 millions. Il vient par ailleurs de connaître l’une des meilleures saisons offensives de sa carrière avec 26 buts et 34 passes. En saison, sa contribution est extrêmement importante. Par contre, il a l’habitude de disparaître dans les séries. C’était encore pire ce printemps, puisqu’il a saboté deux rencontres dans la série qui opposait le CH au Lightning de Tampa Bay.

Bergevin s’imagine-t-il en train de négocier un nouveau contrat avec Plekanec à l’été 2016? Si oui, c’est inquiétant. Sinon, l’échanger maintenant, alors que sa valeur est encore élevée, constitue la meilleure option. Quoi qu’en dise le DG du Canadien (on le soupçonne d’avoir préparé le terrain pour ses négociations estivales), Alex Galchenyuk est tout à fait capable de jouer au centre dans la LNH.

Alexei Emelin : Si un homologue lui demandait d’inclure Emelin dans une transaction, Marc Bergevin serait fort mal venu de ne pas envisager ce scénario. Sur le flanc gauche de la brigade défensive, Andrei Markov est encore sous contrat pour deux ans. Et à compter de la saison prochaine, Nathan Beaulieu sera en mesure d’assumer de plus grandes responsabilités. À sa première saison dans la LNH, Beaulieu a été employé 18 minutes ou plus dans une quinzaine de rencontres. Beaulieu n’a que 22 ans. Sa façon de gérer le match et ses impulsions offensives s’est très nettement améliorée. Le jumeler à Jeff Petry doterait le CH de deux premiers duos d’arrières extrêmement mobiles et capables d’appuyer l’attaque en tout temps. Emelin, un défenseur très physique, est encore sous contrat pour trois ans, à un salaire moyen de 4,1 millions. Le CH pourrait obtenir un actif de très bonne qualité en échange.

Tyler Johnson (au centre)
Tyler Johnson (au centre)

Quelle est la différence majeure entre le style de jeu pratiqué dans l’Association de l’Ouest et celui de l’Est?

Lorsqu’il s’était fait poser cette question il y a quelques semaines, P.K. Subban n’avait pas hésité un instant. La vitesse, avait-il lancé.

Le défenseur du Canadien avait ensuite expliqué que les équipes de l’Est sont davantage construites en fonction de la vitesse, tandis que celles de l’Ouest pratiquent un style plus lourd et plus physique. Et il avait ajouté quelque chose du genre : « Parfois, quand nous affrontons des équipes de l’Ouest, nous avons presque l’impression que le jeu se déroule au ralenti. »

Durant toute la dernière saison, et depuis le début des séries, le Lightning de Tampa Bay a montré qu’il forme – et de très loin – la formation la plus rapide de la LNH. Pour cette raison, je lui prédis la conquête de la Coupe Stanley.

La vitesse du Lightning a été harnachée de belle façon par Jon Cooper. L’entraîneur de Tampa Bay mise sur un jeu de transition que les défenses adverses, même les meilleures du circuit Bettman, ont énormément de difficulté à contenir.

Aux deuxième et troisième tours éliminatoires, le Lightning a ainsi rayé de la carte le Canadien et les Rangers de New York, qui présentaient pourtant, respectivement, la meilleure et la troisième défense de toute la ligue. Au passage, sans complexe, les jeunes attaquants de Tampa Bay ont aussi expédié en vacances les deux meilleurs gardiens de la planète : Carey Price et Henrik Lundqvist.

« Oui, mais les Blackhawks ont Patrick Kane et Jonathan Toews », répondront les partisans des Hawks.

Kane et Toews sont effectivement des meneurs extraordinaires qui ont marqué plusieurs buts importants depuis le début des séries. Mais la profondeur joue quand même en faveur du Lightning. Soir après soir, Tyler Johnson, Nikita Kucherov, Steven Stamkos, Alex Killorn et Ondrej Palat sont susceptibles de causer de lourds dégâts.

Toute cette vitesse et cette profondeur constitueront une énorme commande pour la défense des Blackhawks qui n’ont, pour ainsi dire, pas de troisième duo d’arrières et qui sont lourdement handicapés par la perte de Michal Rozsival.

Ceux qui ont vu l’attaque massive du Lightning tailler le Canadien et les Rangers en pièces sourcilleront aussi en constatant que depuis le début des séries, l’unité de désavantage numérique des Blackhawks présente un taux de succès de seulement 75,5 %.

Les Blackhawks ont l’expérience de leur côté. Le Lightning, lui, mise sur l’impétuosité de sa jeunesse. Et les jeunes Floridiens ont nettement prouvé qu’ils n’ont pas froid aux yeux. Ils viennent successivement d’éliminer les Red Wings de Détroit, le Canadien et les Rangers, et en excellant dans des édifices les plus intimidants de la LNH.

Pour toutes ces raisons, je favorise le Lightning en six.

Denis Coderre dans les bureaux du baseball majeur, à New York
Denis Coderre dans les bureaux du baseball majeur à New York

Il y a parfois de drôles de coïncidences dans la vie.

Jeudi après-midi, pendant que Denis Coderre faisait la cour au commissaire du baseball majeur à New York, le maire de St. Petersburg, Rick Kriseman, tentait de convaincre son conseil de ville d’investir dans une étude pour déterminer comment le site du Tropicana Field sera développé après… le déménagement des Rays de Tampa Bay!

Lorsqu’on se place du côté montréalais de la lorgnette, voir le commissaire de Major League Baseball ouvrir la porte de son bureau au maire Coderre est un signe indéniable d’ouverture envers le marché montréalais. Un autre signe, en fait.

En janvier dernier, Rob Manfred avait déclaré au prestigieux New York Times qu’un retour du baseball majeur à Montréal était possible. Et en mars, tout juste avant le match inaugural de la saison 2015, Rob Manfred avait accordé à La Presse Canadienne une entrevue dont le principal sujet était l’éventuel retour des Expos. Il y a quatre ou cinq ans, un flirt aussi empressé entre la MLB et Montréal relevait presque de la science-fiction.

En se rencontrant au quartier général de la MLB jeudi après-midi, le maire Coderre et le commissaire Manfred ont en quelque sorte officialisé leurs fréquentations. Reste à voir si elles se concluront par un remariage.

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Aussi enthousiastes puissent-ils être, les amateurs de sport montréalais et québécois ne doivent cependant pas oublier une chose : les dirigeants de ligues sportives majeures n’aiment pas l’instabilité. Pour eux, déménager une concession est une solution de derniers recours. Si l’agonie des Expos a été aussi longue avant leur déménagement en 2004, c’est justement parce que les dirigeants de la MLB ont tout tenté pour sauver le patient d’une situation économique désespérée.

En recevant Denis Coderre dans son bureau, Rob Manfred savait parfaitement qu’il envoyait un message positif à Montréal. Mais il savait aussi qu’il servait une solide mise en garde aux élus de St. Petersburg et de la région de Tampa. Le message était le suivant : « Aidez les Rays à quitter le Tropicana Field et construisez-leur un autre stade. Sinon, une alternative se dessine. »

La visite de Denis Coderre à New York a d’ailleurs été soulignée, ce vendredi matin, dans les médias de Tampa.

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À St. Petersburg, la situation politique ressemble à ceci : les Rays ont un bail qui les lie au Tropicana Field (un stade couvert en permanence) jusqu’en 2027. Mais l’équipe termine constamment en queue de peloton du côté des assistances, même lorsqu’elle connaît des saisons gagnantes.

Le propriétaire des Rays, Stuart Sternberg, veut quitter le Tropicana Field au plus sacrant. Le maire Kriseman tient pour acquis que ce déménagement est inévitable, mais il tente de garder l’équipe dans la région. Les deux hommes ont donc négocié une entente pour permettre aux Rays d’explorer d’autres sites dans la région de Tampa. Si l’équipe était délocalisée dans les environs, les Rays obtiendraient la permission de casser leur bail moyennent des pénalités modestes, qui totaliseraient au plus 17 millions.

Au conseil municipal, pour diverses raisons, une majorité de conseillers s’oppose à cette entente. Par ailleurs, le conseil a refusé jeudi la proposition du maire Kriseman qui voulait confier à un groupe indépendant le mandat de réfléchir sur la possible rénovation du site de 85 acres, où se trouve le Tropicana Field.

Bref, les élus de St. Petersburg ne sont même pas capables de s’entendre sur l’inévitabilité du déménagement des Rays et sur la pertinence de garder cette concession dans la région de Tampa. Et même s’ils y parviennent un jour, rien ne garantit que les élus de l’État, des villes ou des comtés avoisinants accepteront de hausser certaines taxes ou de cracher des centaines de millions de fonds publics pour leur construire un stade.

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Les élus de la région de Tampa ont sans doute en tête la récente expérience des Marlins de Miami, qui a été catastrophique à tous les points de vue.

À Miami, Jeffrey Loria a obtenu plus d’un demi-milliard des autorités publiques pour construire un stade ultra moderne qui a coûté quelque 634 millions. Il a plus tard été révélé que les prêts contractés par la Ville et le comté s’échelonnaient sur 40 ans et qu’ils allaient coûter aux contribuables, en fin de compte, quelque 2,4 milliards de dollars!

Bon nombre de politiciens, dont le maire de Miami et le préfet du comté, ont vu leur carrière politique prendre fin abruptement pour avoir été associés à ce projet.

En plus, les Marlins ne sont jamais parvenus à attirer davantage de spectateurs après la construction de leur nouveau stade, alors que c’était l’objectif poursuivi au départ.

En 2003, après avoir remporté la Série mondiale, les Marlins avaient terminé au 15e rang sur les 16 équipes de la Ligue nationale au chapitre des assistances. L’équipe dispute sa quatrième saison dans l’enceinte du nouveau Marlins Ballpark, et elle figure au dernier rang de la Ligue nationale pour les assistances depuis trois ans. Rien n’a changé. Lors de la saison inaugurale de ce stade, l’équipe avait à peine connu un soubresaut de popularité, terminant au 12e rang du côté des assistances.

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Les Rays de Tampa souffrent exactement du même mal que les Marlins : gagne ou perd, ils ne suscitent à peu près pas d’intérêt dans leur région. Et il est permis de croire qu’un nouveau stade ne réglera jamais ce problème.

Certains se demandent même s’il est encore possible, pour l’industrie du sport professionnel en général, de connaître du succès en Floride, où la population est vieillissante. Dans cet État pourtant reconnu pour son amour du football, les Dolphins de Miami et les Buccaneers de Tampa Bay figurent parmi les cancres de la NFL en ce qui a trait aux ventes aux guichets.

Il n’est donc pas étonnant que Montréal soit redevenue aussi séduisante aux yeux des dirigeants de la MLB.

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Le maire Coderre a demandé à Rob Manfred de courtiser les Montréalais un peu plus sérieusement en présentant des matchs de saison  au stade olympique, plutôt que de simples matchs de la Ligue des pamplemousses.

On voit mal comment Manfred pourrait refuser cet engagement supplémentaire, puisque la MLB a souvent organisé des événements du genre dans le passé. Il ne faudrait donc pas se surprendre si des équipes entamaient officiellement la saison 2016 ou 2017 à Montréal. Ou si deux équipes débarquaient dans le Big O au cours de l’été pour y disputer une série complète.

Voici d’ailleurs la liste des matchs disputés à l’étranger par des équipes de la MLB au cours des 16 dernières années :

1999 : Rockies du Colorado c. Padres de San Diego à Monterrey, Mexique (1 match)

2000 : Mets de New York c. Cubs de Chicago à Tokyo, Japon (2 matchs)

2001: Rangers du Texas c. Blue Jays de Toronto à Puerto Rico (1 match)

2004 : Yankees de New York c. Devils Rays de Tampa à Tokyo, Japon (2 matchs)

2008 : Red Sox de Boston c. A’s d’Oakland à Tokyo, Japon (2 matchs)

2012 : Mariners de Seattle c. A’s d’Oakland à Tokyo, Japon (2 matchs)

2014 : Dodgers de Los Angeles c. Diamondbacks de l’Arizona à Sydney, Australie (2 matchs)

 

De jeunes hockeyeurs s'entraînent
De jeunes hockeyeurs s’entraînent.

Au train où vont les choses, Hockey Québec ne parviendra pas à abolir les mises en échec au hockey scolaire à compter de la prochaine saison.

En mars dernier, la fédération québécoise avait causé tout un boucan dans le monde du hockey en annonçant qu’à compter de la saison 2015-2016, la mise en échec corporelle allait être interdite dans les catégories bantam CC et midget BB.

Le bantam CC et le midget BB sont des catégories de hockey civil qui sont régies par les traditionnelles associations de hockey mineur que l’on retrouve depuis toujours dans les municipalités québécoises. Toutefois, ces dernières années, la prolifération d’excellents programmes de hockey scolaire avait en quelque sorte rendu ces catégories un peu désuètes.

Chaque année, des milliers d’élèves d’âge secondaire préfèrent désormais porter les couleurs de leur école, où on leur offre souvent un meilleur encadrement et, surtout, un volume d’entraînement beaucoup plus élevé qu’au hockey civil.

Il existe deux grandes ligues de hockey scolaire au Québec : la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS) et un autre circuit chapeauté par le Regroupement du sport étudiant du Québec (RSEQ).

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Lorsqu’il avait annoncé l’abolition de la mise en échec dans les catégories bantam CC et midget BB il y a deux mois et demi, le directeur général de Hockey Québec, Sylvain Lalonde, avait mentionné que la fédération avait aussi l’intention d’implanter  une réglementation semblable dans les deux grandes ligues scolaires.

Toute l’argumentation de Hockey Québec repose sur l’importance de prévenir les coups à la tête, de limiter les risques de commotions cérébrales et d’assurer la sécurité des joueurs.

La faille majeure de cet argumentaire, toutefois, c’est qu’aux yeux de la fédération, ces mesures de sécurité ne sont pas importantes pour tout le monde. Ainsi, on juge primordial de protéger les cerveaux des joueurs évoluant dans des catégories inférieures, mais pas les cerveaux de ceux qui jouent dans les meilleures catégories, sous prétexte qu’ils ont une infinitésimale chance d’atteindre la LNH. Pourtant, il s’agit des mêmes jeunes âgés de 13 à 17 ans.

En fin de compte, il y a donc lieu de s’interroger. Hockey Québec veut-elle abolir les mises en échec au hockey scolaire pour assurer la sécurité des joueurs? Ou souhaite-t-elle simplement rendre le hockey scolaire moins attrayant, de manière à protéger sa structure civile?

Année après année, les habitués de cette chronique lisent des histoires de jeunes hockeyeurs qui doivent se battre avec la fédération, qui leur refuse le droit de porter les couleurs de leur école, sous prétexte qu’ils « appartiennent » à la structure civile…

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En mars dernier, donc, les dirigeants de Hockey Québec ont tour à tour rencontré les dirigeants des deux grandes ligues scolaires québécoises.

La fédération a proposé l’abolition des mises en échec dans certaines catégories scolaires regroupant des joueurs de 13 et 14 ans. Et elle a soumis un projet pilote pour les joueurs de 13 et 14 ans évoluant au plus haut niveau du hockey scolaire (Cadet D1 dans le RSEQ et M-15 majeur dans la LHPS).

Selon ce projet pilote, « la mise en échec corporelle ne pourrait se faire quand deux joueurs patinent dans des directions opposées », que ce soit près de la bande ou au centre de la patinoire. Une mise en échec ne pourrait donc survenir que si deux joueurs patinaient dans la même direction. « Et dans une situation où un attaquant larguerait la rondelle en fond de territoire offensif pour forcer un défenseur à aller la récupérer, l’attaquant n’aurait plus le droit de projeter le défenseur sur la bande. »

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Selon mes informations, tant la LHPS que le RSEQ s’opposent formellement à l’abolition des mises en échec.

Les dirigeants des deux ligues scolaires estiment que leurs joueurs et leurs intervenants sont mieux encadrés et mieux éduqués que les joueurs et les intervenants du hockey civil en matière de mises en échec.

En fait, selon mes sources, le RSEQ s’est dit prêt à modifier les règles concernant la mise en échec, mais seulement si on en fait une véritable question de sécurité et seulement si ces règles sont appliquées à tous les jeunes hockeyeurs québécois d’un même groupe d’âge, peu importe leur niveau de jeu. Mais si Hockey Québec se sert de ces règles pour justement faire une distinction entre les niveaux civil et scolaire, les écoles du RSEQ refusent d’embarquer.

De son côté, la LHPS se dit prête à participer au projet pilote de Hockey Québec, mais seulement à compter de la saison 2016-2017. Et seulement dans la catégorie M-15 mineur, qui regroupe des jeunes de 13 et 14 ans dont la maturité physique et le niveau d’habileté n’ont pas encore atteint les standards des joueurs dans la catégorie M-15 majeur.

Après les rencontres du mois de mars, Hockey Québec était censé faire un suivi à la fin d’avril avec les dirigeants des deux ligues scolaires. Cet échéancier, me dit-on, n’a pas été respecté.

La LHPS, dont l’assemblée générale a récemment eu lieu, a donc reporté la réforme à la saison 2016-2017. Et du côté du RSEQ, à cause des délais, le scénario le plus plausible annonce le statu quo pour la saison prochaine.

Steven Stamkos déjoue Henrik Lundqvist
Steven Stamkos et le Lightning prennent d’assaut le but d’Henrik Lundqvist.

Mine de rien, les Ducks d’Anaheim et le Lightning de Tampa Bay ne sont plus qu’à une victoire chacun de concrétiser une finale historique pour la LNH.

Depuis deux décennies, bon nombre d’amateurs de hockey ont reproché à Gary Bettman sa propension à établir des concessions dans des villes du Sud où il n’y avait aucune tradition de hockey et où les gens n’avaient à peu près pas d’intérêt pour ce sport. Et nous voilà peut-être à la veille d’une finale qui opposera une équipe de la Californie à une équipe de la Floride!

Dans l’histoire de la LNH, il n’est jamais arrivé que deux marchés du Sud s’affrontent en grande finale de la Coupe Stanley. Si cette série sous les palmiers devait se produire, cela aurait sans doute des effets catastrophiques sur les cotes d’écoute.

Ce n’est probablement pas le scénario dont rêvent les dirigeants de Rogers et de TVA Sports, qui sont détenteurs des droits de télédiffusion canadiens de la LNH et qui ont accepté de verser 5,2 milliards sur 12 ans pour obtenir ce privilège.

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Des deux côtés de la frontière, l’identité des équipes qui s’affrontent en finale de la Coupe Stanley a un effet gigantesque sur les cotes d’écoute des grands réseaux américains et canadiens.

En 2007, la finale opposant les Ducks d’Anaheim aux Sénateurs d’Ottawa avait été la moins regardée de l’histoire aux États-Unis. Le deuxième match n’avait attiré que 1,2 million de téléspectateurs à NBC, ce qui constituait la pire audience de l’histoire de ce réseau à heure de grande écoute.

En revanche, la finale de 2010 entre les Flyers de Philadelphie et les Blackhawks de Chicago avait battu des records. Le deuxième match, avec 6,94 millions de téléspectateurs américains, avait été le match le plus regardé aux États-Unis en 35 ans. Au Canada, le sixième match avait été regardé par plus de 4 millions d’amateurs, ce qui constitue encore un record pour un match de finale entre deux équipes américaines.

Puis, en 2013, Chicago et Boston étaient parvenus à faire encore mieux avec une audience nationale aux États-Unis de 8,16 millions lors du sixième et décisif duel.

Pour les télédiffuseurs, le scénario idéal comprend une équipe canadienne et une équipe américaine implantée dans un marché de hockey traditionnel. En 2011, le septième match de la finale entre les Canucks de Vancouver et les Bruins de Boston avait été regardé par 8,76 millions de Canadiens et par 8,5 millions d’Américains.

Dans l’histoire de la télévision canadienne, seule la finale olympique de 2010 à Vancouver a obtenu de meilleures cotes d’écoute que cette ultime rencontre entre les Canucks et les Bruins.

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Les Blackhawks et les Rangers n’ont pas encore dit leur dernier mot, soit. Mais la force de frappe offensive des Ducks et du Lightning est extrêmement difficile à contenir.

Malgré l’excellence de la brigade défensive des Blackhawks, les gros attaquants des Ducks foncent constamment au filet, parviennent à garder le contrôle de la rondelle et à créer de l’espace en fond de territoire adverse. Le Lightning fait aussi face à l’une des meilleures défenses de la LNH, mais les Rangers (comme le Canadien dans la série précédente) sont constamment débordés par la vitesse des Floridiens.

Même si les dirigeants des réseaux de télé préféreraient que le sort favorise les deux équipes représentant les plus gros et plus vieux marchés, cette tendance sera très difficile à renverser d’ici la fin du troisième tour éliminatoire.

Si cette série Californie-Floride se concrétise, il sera possible de visionner en HD le grand rêve que faisait Gary Bettman il y a 20 ans. Mais au grand dam de ceux qui ont acquis les droits de télé nationaux de la LNH (à fort prix), malgré la très grande qualité du spectacle, les amateurs seront probablement peu nombreux à s’y intéresser.

Bienvenue à Montréal, Michael Sam!

Samedi 23 mai 2015 à 12 h 11 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Si la vie et l’histoire sportive de Montréal sont le reflet de la tolérance et de l’ouverture d’esprit des gens qui habitent cette communauté, alors je suis extrêmement fier d’en faire partie.

Les Alouettes de Montréal ont annoncé vendredi la mise sous contrat de l’ailier défensif Michael Sam, qui était devenu en 2014 le premier joueur de football de l’histoire à affirmer publiquement son homosexualité. Poser ce geste dans un univers comme celui du football nord-américain, qui n’est pas tout à fait avant-gardiste, demandait une tonne de courage.

Le réseau américain ESPN, qui a relayé vendredi la nouvelle de l’embauche de Sam, a essuyé un déluge de réactions épouvantablement homophobes. À Montréal? Très largement, les partisans et les joueurs étaient simplement contents d’accueillir un joueur susceptible d’améliorer leur équipe! Et les amateurs de sport avec lesquels j’ai discuté ressentaient un brin de fierté en imaginant Michael Sam porter les couleurs de Montréal, dans quelques semaines, lorsqu’il prendra part à son premier match dans les rangs professionnels.

Je n’y étais pas en 1946. Mais il est facile d’imaginer que la réaction des Montréalais avait été à peu près semblable quand les Dodgers de Brooklyn avaient cédé Jackie Robinson aux Royaux de Montréal, qui étaient alors leur club-école AAA. Le DG des Dodgers, Branch Rickey, croyait (à raison) que la tolérance du public montréalais allait permettre à Robinson de mieux se préparer à devenir le premier joueur noir de l’histoire du baseball majeur.

Jackie Robinson et sa femme Rachel habitaient rue de Gaspé, dans un quartier entièrement habité par des Blancs. Curieux et ouverts d’esprit, leurs voisins les avaient accueillis avec délicatesse. Rachel Robinson a d’ailleurs souvent raconté à quel point elle et son mari s’étaient sentis acceptés par les Montréalais. Pareille réaction était impensable de l’autre côté de la frontière.

Et quand les Royaux avaient remporté la Petite Série mondiale à la fin de l’été 1946, les partisans montréalais avaient spontanément hissé Jackie Robinson sur leurs épaules pour lui offrir un tour d’honneur du stade De Lorimier. Aux États-Unis, un tel scénario relevait de la science-fiction. Témoins de la scène, un journaliste de Pittsburgh avait d’ailleurs écrit : « C’était la première fois qu’une foule blanche courait après un Noir sans avoir l’intention de le lyncher. »

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On entend souvent des gens dire que la vie sportive de Montréal se limite au Canadien. C’est totalement faux.

La vie sportive de Montréal et les coups de cœur des amateurs de sport montréalais nous révèlent souvent une richesse et une ouverture d’esprit qu’on retrouve peu (ou de manière moins sentie) ailleurs en Amérique du Nord.

Prenons les Internationaux de tennis, par exemple. Montréal accueille le volet féminin tous les deux ans, en alternance avec Toronto. À Montréal, le tournoi féminin est celui qui vend le plus de billets dans le monde (parmi les tournois d’une semaine)! À Toronto, les organisateurs en arrachent une année sur deux aux guichets. Allez savoir pourquoi.

Et que dire du Grand Prix de F1?

Depuis les années 1970, Bernie Ecclestone et les dirigeants de la F1 ont tout tenté pour s’implanter en Amérique du Nord, et plus particulièrement aux États-Unis, où se trouve le plus lucratif marché automobile de la planète. Or, malgré une dizaine de déménagements, la F1 n’a jamais pu percer le marché américain. Aux États-Unis, réunir 300 000 spectateurs une fois par année pour applaudir des pilotes britanniques, allemands ou brésiliens semble être un exercice extrêmement difficile à réaliser.

À Montréal, le grand cirque est l’événement sportif et touristique de l’année!

Michael Sam ne s’est pas encore officiellement taillé un poste avec les Alouettes. Mais s’il y parvient, il découvrira rapidement que Montréal n’est pas une ville comme les autres.

Nos rues sont trouées et pleines de cônes oranges. Nos infrastructures sont chambranlantes. Mais nous avons le cœur à la bonne place. Nous pouvons être fiers de cela.

Phil Kessel (à droite) et Dion Phaneuf (au centre)
Phil Kessel (à droite) et Dion Phaneuf (au centre)

Les Maple Leafs de Toronto vont participer aux séries éliminatoires la saison prochaine. Dans la Ville Reine, personne n’y croit en ce moment. Mais ça va arriver.

La nomination de Mike Babcock à titre d’entraîneur en chef des pôvres Leafs permettra de vérifier une théorie maintes fois exprimée dans cette chronique au cours des dernières années : la formation des Leafs n’est pas aussi mauvaise qu’on le croit.

Quand Randy Carlyle a été congédié le 6 janvier dernier, Toronto occupait le 8e rang dans l’Association de l’Est. Et surtout, son attaque était la deuxième de toute la LNH, derrière celle du Lightning de Tampa Bay. En 2013-2014, l’attaque des Leafs se situait au 14e rang dans la Ligue, et la saison précédente (2012-2013), elle était 6e.

Comment expliquer que, malgré cette force de frappe fort respectable (qui fait partie de sa personnalité depuis de nombreuses années), cette équipe ait été exclue des séries éliminatoires huit fois au cours des neuf dernières saisons?

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Dans les heures suivant l’annonce de la nomination de Babcock, un thème revenait dans presque toutes les analyses publiées dans les médias torontois : l’entraîneur devra être patient. Et il faudra attendre au moins deux ans avant de pouvoir espérer une participation des Leafs aux séries éliminatoires.

Pourtant, cette équipe n’est qu’à un changement de culture d’une participation aux séries.

Considérant son potentiel offensif, cette formation redeviendra rapidement compétitive si elle se dote d’une structure défensive valable. Or, c’est exactement ce que Babcock apportera à cette équipe.

Le nouvel entraîneur des Leafs ne marche pas sur l’eau. Mais il est un formidable artiste de la défense. Ses équipes pratiquent un style de jeu serré, patient et elles remettent rarement la rondelle à l’adversaire. C’est pour cette raison que les Red Wings ne rataient jamais les séries. Et c’est pour cette raison que, malgré l’incroyable potentiel offensif qu’elle recelait, l’équipe canadienne des Jeux de Sotchi passera peut-être à l’histoire comme la meilleure équipe défensive de tous les temps.

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L’embauche de Babcock signifiera aussi la fin de la culture de country club qui s’était installée dans le vestiaire. D’anciens entraîneurs des Leafs ont laissé entendre que les hauts salariés de l’équipe ne jouaient que pour eux-mêmes et qu’ils étaient à peu près impossibles à diriger.

Avec Babcock, les tire-au-flanc et ceux qui ne suivront pas la parade seront rapidement largués. Si vous n’êtes pas professionnel jusqu’au bout des ongles, et si vous n’êtes pas un everydayer (un terme inventé à Détroit pour désigner ceux qui répondent aux attentes tous les jours), vous ne jouez pas pour cet entraîneur.

Rappelez-vous ce qui est survenu au Centre Bell le 9 avril dernier. Assis au banc des Red Wings, le défenseur Brendan Smith se trouvait drôle d’avoir capté une rondelle qui était en jeu. Les Wings ont écopé d’une pénalité qui a permis au Canadien de créer l’égalité et, éventuellement, de remporter le match en prolongation.

Brendan Smith a été confiné à la passerelle de la presse pendant les trois matchs suivants. Il a raté les deux premiers matchs des séries pour avoir commis cette bourde.

La récréation est terminée à Toronto. Et les Leafs vont participer aux séries.

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Le téléphone de Mike Babcock n’a pas dû dérougir de la journée mercredi. Outre les appels de ses amis et des membres de sa famille, le 30e entraîneur de l’histoire des Maple Leafs a dû recevoir des messages de remerciements des 29 autres entraîneurs de la LNH.

Parce que le contrat de 50 millions de dollars de huit ans qu’il vient de négocier constitue probablement le plus grand progrès de l’histoire de la confrérie.

Tous sports professionnels majeurs confondus, les entraîneurs de la LNH ont toujours été les moins bien rémunérés. Il y a deux ans, on disait qu’Alain Vigneault avait fait sauter la banque en acceptant un contrat de cinq ans, d’une valeur de 10 millions, avec les Rangers de New York. Après la signature de Vigneault, des entraîneurs comme Lindy Ruff, Michel Therrien et Claude Julien ont tous signé des ententes comparables. Et voilà que Babcock, avec sa moyenne salariale annuelle de 6,25 millions, vient de planter l’étalon de mesure dans une autre stratosphère.

Quand les meilleurs entraîneurs de la LNH, comme Joel Quenneville des Blackhawks de Chicago, vont renégocier leurs ententes ou se chercher du travail quelque part, ils revendiqueront désormais un salaire semblable à celui de Babcock. Et avec raison. Au sein d’une organisation, un entraîneur de premier plan est aussi important, sinon plus, qu’un joueur de premier trio.

Pour prouver la véracité de cette théorie, Babcock ne pouvait choisir un meilleur endroit que Toronto.