Il y a des défaites qui, parfois, rendent de meilleurs services à ceux qui les encaissent qu’à ceux qui les infligent.
Les Mooseheads d’Halifax, l’équipe junior par excellence au Canada cette saison, ont subi un inexplicable revers de 5 à 2 aux mains des Blades de Saskatoon dimanche soir alors qu’ils disputaient leur deuxième match au tournoi à la ronde de la Coupe Memorial.
Les Blades, qui participent à titre d’équipe hôtesse, sont les négligés de la grande finale du hockey junior canadien. Ils n’avaient pas remporté un match depuis le 12 mars dernier. Auteurs d’une fiche de 44-28 en saison régulière, ils ont été balayés en quatre matchs en séries éliminatoires, ce qui les a forcés à attendre plus de 50 jours avant que le tournoi de la coupe Memorial se mette en branle.
De leur côté, les Mooseheads de Halifax n’ont perdu que six matchs en saison régulière et un seul en séries éliminatoires. Cette formation, qui aligne les deux plus talentueux attaquants admissibles au prochain repêchage de la LNH (Nathan MacKinnon et Jonathan Drouin) ainsi que le gardien le mieux classé par la centrale de recrutement de la LNH (Zachary Fucale) est un véritable rouleau compresseur.
Comment ont-ils pu échapper un match de cette importance? La veille, samedi soir, on les avait pourtant vus déchiqueter la défense des Winterhawks de Portland dans une victoire de 7 à 4. Les Winterhawks, qui alignent le défenseur format géant Seth Jones (classé au premier rang en vue du repêchage de la LNH) sont considérés comme les principaux rivaux des Mooseheads pour le titre canadien.
Que s’est-il passé? Il n’est pas difficile d’imaginer que les joueurs des Mooseheads ont un peu levé le pied. Et ils devront en payer le prix.
Au lieu d’être un fleuve tranquille, leur route vers la finale du tournoi apparaît soudainement incertaine. Leur match de mardi face aux Knights de London revêt une importance capitale.
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L’histoire des Mooseheads rappelle une mésaventure semblable qu’avaient vécue les Olympiques de Hull de Claude Julien, au tournoi de la Coupe Memorial en 1997. Aujourd’hui entraîneur des Bruins, Julien estime que cette déconfiture a eu un effet bénéfique sur son équipe de l’époque, et même sur le reste de sa carrière.
Claude Julien est l’un des rares entraîneurs à avoir remporté la coupe Memorial et la coupe Stanley. En fait, il est peut-être le seul. J’ai été incapable de retrouver un seul autre entraîneur ayant réussi cet exploit au cours des 50 dernières années.
« Je me rappelle de cet incident de la Coupe Memorial comme si c’était hier! », raconte-t-il.
« Nous avions remporté la finale de la LHJMQ en quatre matchs et les choses avaient peut-être été un peu trop faciles pour nous. Pour empirer la situation, nous avions remporté notre match d’ouverture à la Coupe Memorial au compte de 8 à 0 contre Oshawa, qui était censée être l’équipe à battre. »
Dans leur second match contre Lethbridge, les Olympiques jouissaient d’une avance de 6 à 1 après deux périodes.
« À ce moment précis, c’était facile pour mes joueurs de croire qu’ils allaient remporter le titre. Mais en troisième, Lethbridge est revenu de l’arrière et nous avons perdu au compte de 7-6 en prolongation. »
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Son équipe aurait pu imploser après avoir encaissé un revers aussi douloureux sur une scène aussi imposante que celle de la Coupe Memorial. Mais 16 ans plus tard, Julien remercie le ciel pour cette défaite.
« Au cours d’une saison de hockey, il y a souvent des embûches qui surviennent pour les bonnes raisons. Si nous avions battu Lethbridge facilement dans ce fameux match, je suis loin d’être certain que nous aurions remporté la coupe. Cet effondrement nous avait permis à tous de retrouver notre concentration et de nous rendre en finale », explique-t-il.
Dans ce contexte, il sera intéressant de voir comment l’entraîneur des Mooseheads, Dominique Ducharme, se servira de ce revers inattendu contre Saskatoon pour inciter ses joueurs à repousser leurs limites d’ici la fin de la semaine.
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Quand cette défaite contre Lethbridge était survenue en 1997, Julien avait le choix entre piquer une retentissante crise ou s’asseoir calmement avec ses joueurs pour regarder la situation en face et s’assurer que les correctifs nécessaires soient apportés.
« Cette expérience m’a servi bien des années plus tard », raconte Julien.
« En 2011, quand nous accusions un retard de 0-2 contre le Canadien au premier tour éliminatoire, la pression sortait de partout dans l’entourage de l’équipe, autant du côté des partisans et des médias qu’à l’intérieur de l’organisation. Et comme je l’avais fait à la Coupe Memorial, j’ai choisi de rester très calme. J’ai parlé aux joueurs et nous nous sommes fixés comme objectif de retourner à Montréal, de remporter le troisième match et reprendre notre élan dans la série. »
On connaît la suite : le Canadien s’est fait éliminer en sept rencontres et les Bruins ont soulevé la coupe Stanley quelques semaines plus tard.
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Quand il dresse la liste des ingrédients essentiels pour remporter un trophée comme la coupe Memorial ou la coupe Stanley, Claude Julien parle de la nécessité d’atteindre le plus haut niveau de performance au bon moment. Il parle aussi de l’importance de miser sur un noyau de leaders solide. Et il insiste beaucoup sur l’inestimable… chance.
« Si tu n’es pas chanceux, tu ne peux pas gagner. Parce que dans une compétition très relevée, il survient toujours des moments où la victoire peut pencher d’un bord comme de l’autre », dit-il.
« Quand je parle de ces moments de chance qui font la différence, je pense tout de suite à cette fameuse série contre le Canadien. Dans le cinquième match, Michael Ryder avait réalisé un arrêt avec son gant aux dépens de Tomas Plekanec alors que notre filet était désert. Si Plekanec avait marqué sur ce jeu, ils nous auraient probablement éliminés des séries. »
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Chose certaine, les Mooseheads d’Halifax doivent retrouver leurs repères rapidement. Car la conquête d’un titre comme celui-ci peut grandement influencer le déroulement d’une carrière.
« La conquête de la coupe Memorial m’a donné une visibilité et une crédibilité qui m’ont accompagné à mes débuts dans les rangs professionnels. Et dans la LNH, j’ai connu des hauts et des bas dans mes premières années. Mais la conquête de la coupe Stanley m’a apporté beaucoup sur le plan de la crédibilité. Je suis maintenant reconnu comme un entraîneur beaucoup plus solide que je l’étais auparavant. Alors oui, ces championnats sont très importants, autant pour les joueurs que les entraîneurs, parce qu’ils permettent de se forger une réputation de gagnant. »
