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Hockey-NCAA
Hockey-NCAA

La chasse aux joueurs autonomes provenant des rangs universitaires est ouverte depuis quelques semaines dans la LNH. Et comme c’est le cas chaque année, les équipes cherchent férocement à embaucher des joueurs provenant de la NCAA, mais boudent presque systématiquement ceux qui proviennent des universités canadiennes. Pourquoi?

Au cours des deux dernières semaines, au moins 71 joueurs autonomes (qui n’avaient pas été repêchés par des équipes de la LNH) provenant d’universités américaines ont signé des contrats professionnels avec des équipes de la LNH, de la Ligue américaine ou de la East Coast League. Et nous ne sommes qu’au début de la période de signatures! Il y a deux ans, près de 200 joueurs de la NCAA avaient obtenu des contrats professionnels, dont une cinquantaine avec des équipes de la LNH.

Les joueurs autonomes de la NCAA ont à peu près tous le même profil : ils ont joué à l’école secondaire jusqu’à l’âge de 17 ou 18 ans. Ils se sont ensuite joints à une équipe junior pendant quelques saisons (la plupart du temps dans la USHL), puis ils ont porté les couleurs d’une équipe universitaire de la NCAA. Quand ils atteignent 22, 23 ou 24 ans, une équipe professionnelle décide de leur donner une chance.

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Dans la LNH, on entend souvent qu’obtenir du succès au repêchage amateur est le nerf de la guerre pour miser sur une équipe gagnante. Toutefois, de plus en plus de formations cherchent à profiter des inefficacités du système et mettent l’accent sur le recrutement de joueurs autonomes qui se sont développés sur le tard, et qui sont passés à travers les mailles du filet lorsqu’ils avaient 17 ou 18 ans.

Les organisations de la LNH cherchent férocement ces perles rares dans la NCAA, mais aussi dans le hockey junior majeur canadien. Par exemple, ces dernières semaines, deux joueurs de 20 ans de l’Armada de Blainville-Boisbriand ont signé des contrats professionnels : Nikita Jevpalovs avec les Sharks de San Jose et Danick Martel avec les Flyers de Philadelphie.

À ce jour, une majorité d’organisations de la LNH misent sur un recruteur dont le travail consiste uniquement à épier l’évolution des joueurs qui ont été laissés de côté au repêchage.

Dans la LNH, on compte présentement 73 joueurs nord-américains qui n’ont pas été repêchés et qui ont été embauchés à titre de joueurs autonomes. C’est plus de 10 % des effectifs de toute la ligue! Et cela, sans compter les joueurs autonomes européens, comme Jiri Sekac, qui sont aussi assez nombreux.

Parmi ces 73 joueurs nord-américains, 45 proviennent de la NCAA et ont été embauchés à l’âge de 22, 23 ou 24 ans. Seulement 25 proviennent des rangs juniors majeurs canadiens. Et un seul (oui, un seul!) provient d’une université canadienne. Il s’agit de Joel Ward, des Capitals de Washington.

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Pourtant, le parcours des hockeyeurs universitaires canadiens n’a rien à envier à celui des universitaires américains. Entre 17 et 19 ans, les Canadiens jouent au niveau junior majeur, qui est nettement plus compétitif que le hockey des écoles secondaires américaines, et qui se situe une coche au-dessus du niveau de jeu qu’on retrouve dans la USHL.

Dans ce cas, lorsqu’il se retrouve (par exemple) chez les Patriotes de l’UQTR ou chez les Redmen de McGill à l’âge de 20 ans ou 21 ans, le hockeyeur canadien n’a, en principe, absolument rien à envier à ses vis-à-vis américains. Comment se fait-il, alors, que les équipes de la LNH recrutent de manière aussi combative du côté de la NCAA, et aussi peu du côté canadien?

« Les joueurs canadiens ont été épiés durant deux, trois ou quatre ans dans les rangs juniors majeurs et ils portent une étiquette dont il leur est extrêmement difficile de se défaire lorsqu’ils passent au hockey universitaire », estime un agent, qui a requis l’anonymat.

D’accord. Mais pourquoi n’est-ce pas aussi le cas des joueurs américains? Ils ont aussi été épiés à 17, 18 et 19 ans et aucune équipe ne les a jugés suffisamment prometteurs pour les sélectionner. Pourquoi, alors, ne portent-ils plus la même étiquette lorsqu’ils ont 23 ou 24 ans?

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« Je pense que le recrutement des joueurs canadiens est tout simplement fait de manière plus systématique et méthodique », explique un vétéran recruteur.

« Au Canada, les joueurs sont épiés à la loupe pendant trois ou quatre ans au hockey junior majeur et nous les connaissons sous toutes leurs coutures lorsqu’ils quittent pour l’université. Par contre, aux États-Unis, le joueur évolue d’abord dans un prep school où le niveau de jeu est inégal. Il change ensuite de région pour jouer au hockey junior, puis il change à nouveau de région pour jouer à l’université. Tout cela, en disputant moins de matchs chaque année. Pour cette raison, assurer le suivi des Américains est un processus plus long et plus ardu à mon sens. »

« Ça fait plus de 30 ans que je pratique ce métier, et je n’ai jamais vu un hockeyeur universitaire issu du hockey junior majeur devenir meilleur à 21 ans qu’il ne l’était à 19 ans », de renchérir un autre recruteur.

« À 17 ans, le joueur junior majeur subit une déception majeure s’il n’est pas repêché. Il travaille encore fort à 18 ans pour obtenir sa chance et, après avoir disputé sa saison à titre de joueur de 19 ans, il est souvent désillusionné. À mon sens, quand il arrive au hockey universitaire, la perspective du joueur canadien est différente de celle du joueur américain. Sa motivation n’est pas la même et ses priorités ont changé. »

Les Canadiens sont-ils étiquetés trop tôt? Sont-ils mieux évalués avant d’arriver à l’université ou sont-ils simplement plus démotivés que les Américains?

Chose certaine, dans la LNH, le score est de 45 à 1 pour les joueurs autonomes universitaires de la NCAA contre ceux qui proviennent des universités canadiennes.

Il y a certainement quelque chose d’anormal là-dedans.

Dave Dziurzynski, des Sénateurs, a subi une commotion cérébrale à la suite d'un combat.
Dave Dziurzynski des Sénateurs a subi une commotion cérébrale à la suite d’un combat.

La LNH a manifestement perdu la première manche, mercredi, de la bataille juridique qui l’oppose à environ 200 anciens hockeyeurs qui se disent handicapés par les effets des commotions cérébrales et autres blessures au cerveau qu’ils ont subies durant leur carrière.

À la place des propriétaires de la LNH, je commencerais tout de suite à mettre de l’argent de côté. Parce que ce premier jugement, qui fait 33 pages, n’annonce rien de bon pour eux.

Susan Richard Nelson, une juge d’un tribunal fédéral américain (du district du Minnesota), a rejeté du revers de la main les arguments des dirigeants de la LNH, qui cherchaient à faire invalider cet important recours collectif.

Cette cause, qui fera assurément les manchettes au cours des prochaines années, rassemble sous un même parapluie les plaignants de trois poursuites distinctes qui avaient auparavant été déposées devant des tribunaux du Minnesota, du District de Columbia et de l’État de New York.

Les six cas types retenus dans le cadre de ce recours collectif sont ceux de Dan Lacouture (qui a joué dans la LNH de 1998 à 2008), Mike Peluso (1989 à 1998), Gary Leeman (1983 à 1996), Bernie Nicholls (1982 à 1999), Dave Christian (1979 à 1994) et Reed Larson (1977 à 1989).

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Pour tenter de tuer dans l’oeuf ce recours collectif, qui s’apparente à celui intenté il y a quelques années par des centaines d’anciens joueurs de la NFL, la LNH a essentiellement invoqué divers vices de procédure, notamment :

a) que les délais (la prescription) permettant d’invoquer les dommages résultant d’une blessure corporelle sont écoulés;

b) que la poursuite ne détaille pas suffisamment les fautes reprochées la LNH;

c) que la juridiction des tribunaux choisis pour le dépôt des trois poursuites à l’origine du recours collectif ne s’applique pas.

Ces arguments de la LNH n’ont pas trouvé de sympathie auprès de la magistrate. Sans entrer dans le détail de la preuve, la juge estime que la version et l’argumentation des plaignants justifient la tenue d’un procès.

Au point B, la juge Susan Richard Nelson a d’ailleurs répondu par cette phrase assassine, qui a été reprise aux quatre coins de l’Amérique : « Le tribunal trouve que les plaignants ont adéquatement plaidé que la LNH a négligemment ou frauduleusement dissimulé de l’information au sujet des risques et dangers que représentent des traumatismes répétés à la tête, les dangers que représentent un retour au jeu ou à l’entraînement avant qu’une évaluation ou un traitement approprié ait été fait, et que des données démontraient l’existence de tels risques et dangers. »

Dans cette affaire, la LNH avait choqué énormément de gens ces derniers mois en plaidant que l’information scientifique concernant les dommages au cerveau était publique et que, par conséquent, les joueurs auraient dû être au courant des risques importants (allant de la maladie d’Alzheimer à la démence, en passant par l’encéphalopathie traumatique chronique) qu’ils prenaient.

Les joueurs, de leur côté, plaident que la LNH avait embauché des spécialistes en la matière et que la ligue a caché aux joueurs, pendant 14 longues années, les nombreuses données qu’elle recueillait (compilations et rapports de blessures, les causes et les effets des blessures répertoriées, les types de blessures, leur sévérité, etc.).

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Les plaignants rappellent qu’en 1997, la LNH avait créé un programme de recherche devant spécifiquement étudier la problématique des commotions cérébrales. Ces recherches se sont poursuivies pendant sept ans, soit jusqu’en 2004. Mais ce n’est que sept ans plus tard, en 2011, que la LNH a finalement dévoilé les résultats de ces travaux, dont les conclusions se résumaient essentiellement à ceci : « d’autres études sont nécessaires ».

Placez-vous deux minutes dans les souliers des propriétaires de la LNH : vous avez pris sept ans avant de publier un rapport qui, en fin de compte, ignorait un fait accepté et validé partout dans le monde de la neuroscience : le lien entre les coups répétés à la tête et la dégénérescence permanente du cerveau.

Comment, dans ces conditions, pouvez-vous convaincre un juge d’avoir tout fait pour protéger la santé de vos employés? Et comment pouvez-vous convaincre ce même juge de ne pas vous infliger des pénalités qui se chiffrent en dizaines ou en centaines de millions?

Les joueurs ont remporté la première manche haut la main. Et si la tendance se maintient, les propriétaires de la LNH ne paraîtront pas mieux quand le vrai procès se mettra en branle.

Carey Price (gauche), Jacques Plante (centre) et Ken Dryden
Carey Price (gauche), Jacques Plante (centre) et Ken Dryden

Il sera énormément question des prouesses individuelles de Carey Price d’ici la fin du calendrier. Et pour cause, le gardien du CH est en train de connaître l’une des meilleures saisons de l’histoire de la LNH.

La chronique de Martin Leclerc

Marc Dumont, de l’excellent blogue Habs Eyes On The Prize, comparait cette semaine les statistiques de Carey Price avec celles des gardiens (ayant disputé au moins 50 matchs) qui ont connu les meilleures saisons de l’histoire de la LNH. Et le nom de Price apparaît au tout premier rang.

Ce n’est pas rien.

Parmi les gardiens numéro un de la LNH, Price domine toutes les colonnes de statistiques cette saison : le plus grand nombre de victoires (40), le meilleur taux d’efficacité (,938), la meilleure moyenne de buts alloués (1,86), le plus grand nombre de blanchissages (9), alouette!

Price se situe tellement loin devant les autres portiers de la ligue que son nom est probablement déjà gravé sur le trophée Vézina. Et plus le temps passe, plus on se demande comment on pourra l’ignorer quand viendra le temps de décerner le trophée Hart, remis annuellement au joueur le plus utile à son équipe. Je me suis déjà prononcé là-dessus il y a quelques mois.

Le gardien du Canadien connaît une saison absolument phénoménale. C’est indéniable. Ceux qui contestent ce fait sont probablement, aussi, opposés à la maternité et à la tarte aux pommes.

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Samedi dernier, Price a remporté sa 40e victoire de la saison face aux Sharks de San José. C’est un plateau franchement impressionnant que seuls Jacques Plante et Ken Dryden ont déjà atteint dans l’histoire de l’organisation.

À lire aussi : À quand le prochain but accordé par Carey?

Le record de l’organisation du CH s’élève à 42 victoires. Cette marque a été atteinte deux fois par Plante (1955-1956 et 1961-1962) et une fois par Dryden (en 1975-1976). Or, le Tricolore a encore neuf matchs à disputer. Price est donc extrêmement bien placé pour pulvériser cette marque, dont nous entendrons énormément parler au cours des prochains jours.

Le hic, c’est que la saison que connaît Carey Price n’a rien à voir avec celles qu’ont connues Plante et Dryden. C’est un peu comme si on comparait des pommes avec des oranges.

Pourquoi? Parce que Price a remporté sept de ses 40 victoires (17,5 %) en prolongation ou en tirs de barrage cette saison. Aux époques de Plante et de Dryden, il fallait remporter un match en 60 minutes pour être crédité d’une victoire. Si Price avait été soumis aux mêmes règles que Plante et Dryden, malgré le fait qu’il connaisse une saison titanesque, il aurait donc 33 victoires au compteur au lieu de 40. Et il lui faudrait remporter les neuf derniers matchs du calendrier en temps réglementaire pour égaler le record de l’organisation.

Ça remet drôlement les choses en perspective quant à la qualité des grands gardiens qui ont déjà défendu le filet de cette équipe, et aussi des grandes formations qui leur ont permis d’atteindre ces marques fabuleuses.

Ne serait-ce que par respect pour ce qu’ont accompli Plante et Dryden, ce « record » que s’apprête à inscrire Carey Price devrait être affublé d’un astérisque. On fausserait totalement l’histoire en laissant croire que Price, en jouant derrière une équipe très moyenne, ait pu aussi facilement effacer la marque de 42 victoires.

Le Canadien 2014-2015, au jeu!

Marc-Édouard Vlasic
Marc-Édouard Vlasic

En fin de semaine dernière, les Remparts de Québec ont profité du séjour des Sharks de San José au Québec pour retirer le chandail du défenseur montréalais Marc-Édouard Vlasic, qui a porté leurs couleurs de 2003 à 2006.

Pour une majorité d’amateurs de hockey, le retrait d’un chandail par une équipe junior ne signifie pas grand-chose. Mais dans le cas de Vlasic, il est particulièrement intéressant de s’y attarder.

Marc-Édouard Vlasic est l’exemple qui illustre le mieux le gouffre culturel qui existe entre le hockey québécois et le type de hockey que l’on pratique et valorise sur le reste du continent. Cet arrière de 27 ans est peut-être le meilleur hockeyeur québécois à évoluer dans la LNH en ce moment, mais il n’est certainement pas reconnu comme tel.

Plus tôt cette saison, j’ai publié une chronique dans laquelle les directeurs généraux de la LHJMQ expliquaient qu’il est extrêmement difficile de développer de bons défenseurs au Québec parce que les jeunes joueurs, leurs parents et souvent les entraîneurs, ne valorisent que la production offensive. Dans un premier temps, dénicher des jeunes qui souhaitent occuper la position de défenseur est donc extrêmement ardu. Et souvent, ceux qui finissent par se laisser convaincre d’embrasser cette vocation n’évaluent leur rendement et leur utilité qu’en fonction du nombre de points qu’ils génèrent.

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Vlasic est en quelque sorte passé sous le radar durant toute sa carrière. Il a été sélectionné au deuxième tour au repêchage de 2005 (35e au total) alors qu’il ne suscitait pas énormément d’enthousiasme dans le petit univers des recruteurs. L’année suivante, à 18 ans, il a aidé les Remparts à remporter la coupe Memorial. Et à la surprise générale, à 19 ans, il patrouillait la ligne bleue des Sharks (qui formaient l’une des puissances de la LNH) à raison de 22 minutes par match! Son temps d’utilisation n’a jamais régressé depuis

« La sélection de Vlasic, avec celle de Logan Couture, fut sans doute la meilleure de toute ma carrière, estime le recruteur québécois des Sharks, Gilles Côté.

« Vlasic n’avait pas atteint sa maturité physique quand nous l’avons recruté, et il manquait de force. Il n’était pas flamboyant, mais il n’était jamais en difficulté. Ses lectures de jeu étaient bonnes, et il savait quoi faire avec la rondelle parce qu’il savait tout le temps où chaque joueur se trouvait sur la patinoire. Il n’a jamais cessé de progresser après avoir été sélectionné. »

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Sur la patinoire, Vlasic commet tellement peu d’erreurs qu’il est en quelque sorte invisible. Il appuie l’attaque, mais seulement quand c’est nécessaire. Il transporte la rondelle, mais seulement lorsqu’il y a une ouverture. Et il alimente toujours le coéquipier qui est le mieux placé pour faire progresser le jeu, ce qui a pour effet d’annihiler à peu près toute possibilité de revirement.

Il y a un an, Mike Babcock et le groupe de sélectionneurs d’Équipe Canada ont réservé une place de choix à Marc-Édouard Vlasic en vue des Jeux de Sotchi. Le Montréalais est ainsi devenu le troisième défenseur québécois (seulement) à mériter un poste au sein de l’équipe olympique canadienne. Les deux autres avaient été Éric Desjardins et un certain Raymond Bourque.

À la fin des Jeux, quand les Canadiens recevaient leur médaille d’or, la plupart des observateurs soulignaient que Drew Doughty, un défenseur, avait été le meilleur marqueur canadien. Son partenaire de jeu, Vlasic, passait pour sa part totalement inaperçu malgré le fait qu’il ait disputé un tournoi impeccable.

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Depuis le début de sa carrière dans la LNH, Marc-Édouard Vlasic présente un extraordinaire bilan défensif de +109. Erik Karlsson, qui a déjà remporté le trophée Norris, affiche un différentiel de -18. Pour sa part, P.K. Subban montre un excellent +29.

Doughty, qui porte les couleurs d’une excellente équipe défensive (les Kings de Los Angeles) et qui est considéré comme un monstre sacré du hockey canadien, s’est façonné un bilan de +36. Shea Webber, un autre monstre sacré sur la scène nationale, présente un +55. Parmi les arrières retenus au sein d’ÉC l’an dernier, seul Duncan Keith (des Blackhawks de Chicago) devance Vlasic en vertu d’un ahurissant +142.

Le plus incroyable dans cette histoire, c’est qu’à 27 ans, Vlasic arrive à son apogée. Il n’a pas subi de blessure majeure depuis le début de sa carrière, et les cinq ou six prochaines saisons seront probablement ses meilleures.

Comment se fait-il que ce hockeyeur poli, affable et extraordinairement efficace ne soit pas davantage reconnu dans son propre patelin?

« En tant qu’athlète et en tant qu’individu, Vlasic est droit comme une barre, comme on dit chez nous, témoigne Gilles Côté.

« Il est dommage qu’il obtienne moins de visibilité (auprès des amateurs de l’Est) parce qu’il porte les couleurs d’une équipe de la division Pacifique et que nos matchs sont souvent disputés en fin de soirée. Si Marc-Édouard portait les couleurs du Canadien ou des Maple Leafs, son statut et son impact dans le monde du hockey seraient nettement plus importants. »

Dans les coulisses du hockey mineur québécois, une très intéressante joute politique est en train de se jouer entre le hockey civil et le hockey scolaire. Le sujet débattu : l’abolition des mises en échec.

Pour comprendre cet intéressant débat, un petit historique s’impose :

En 2010, des écoles secondaires reconnues (privées et publiques) se sont alliées à des hommes de hockey crédibles (comme Stéphan Lebeau et Dominic Ricard, des Voltigeurs de Drummondville) pour fonder la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS) à l’extérieur des cadres de Hockey Québec.

Inspirée de la formule des prep schools américains, la LHPS propose un calendrier restreint de matchs durant la saison (de 30 à 40) ainsi qu’un fort accent sur l’entraînement et le développement des habiletés des athlètes. Tout cela, dans un cadre (horaires des matchs et des entraînements) favorisant la conciliation entre le hockey et la vie familiale.

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Avec cette formule, la LHPS a en quelque sorte révolutionné la pratique du hockey au Québec. Au départ, la ligue comptait huit équipes représentant cinq écoles. Or, la LHPS  compte aujourd’hui 53 formations réparties dans 18 écoles. Plus de 900 joueurs en font partie.

Un an après le lancement de la LHPS, Hockey Québec a décidé de rivaliser avec ce nouveau concurrent en lançant la Ligue juvénile (division 1), une autre ligue scolaire qui compte aujourd’hui 28 équipes. Seize des 28 écoles membres de la Ligue juvénile alignent aussi des équipes cadettes.

Bref, le rapide et phénoménal développement du hockey scolaire est la meilleure chose qui soit survenue depuis bien longtemps dans le monde du hockey québécois. Le hockey scolaire offre des alternatives valables et attrayantes aux jeunes hockeyeurs et à leurs familles. Certains y voient le chemin tout désigné pour se hisser jusqu’à la Ligue collégiale (cégep), pour trouver une place dans un prep school américain ou encore pour cheminer jusqu’à la LHJMQ.

Le hockey scolaire est devenu tellement attrayant, en fait, que de nombreuses associations de hockey civil sont maintenant confrontées à des baisses significatives de membership, notamment dans les catégories bantam (13-14 ans) et midget (15, 16 et 17 ans). Pour les habitués de cette chronique, c’est d’ailleurs devenu une sorte de rituel automnal de lire des histoires d’horreur impliquant des organisations de hockey civil qui tentent d’empêcher des jeunes de porter les couleurs de leur école.

Le printemps dernier, après de longs mois de négociations, les dirigeants de la LHPS ont accepté de joindre les rangs de Hockey Québec. L’entente de trois ans qui lie la LHPS à la fédération prévoit que cette ligue pourra garder les caractéristiques qui lui sont propres. À défaut de quoi, la LHPS pourra quitter les rangs de Hockey Québec et reprendre ses activités de manière autonome comme c’était le cas auparavant.

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Arrive maintenant le débat politique dont je parlais au début. La semaine dernière, Hockey Québec a annoncé l’abolition des mises en échec dans les catégories civiles bantam CC et midget BB.

Cette mesure, qui touche quelque 3600 joueurs, aura certainement un autre impact majeur sur ce vaste écosystème sportif qu’est le hockey québécois. Comme je le prédisais dans cette chronique l’an dernier, l’abolition des mises en échec dans le hockey civil aura certainement pour effet de rehausser davantage la popularité du hockey scolaire.

Or, sous prétexte de vouloir assurer la sécurité des joueurs (la problématique des commotions cérébrales) Hockey Québec propose aussi d’abolir les mises en échec au hockey scolaire!

Pour les dirigeants de la LHPS, cela n’a aucun sens puisqu’à leurs yeux, leurs athlètes sont probablement les mieux encadrés (en matière d’éducation, de prévention et de suivi médical) au Québec.

« Notre ligue est sans doute la seule à avoir adopté un protocole clair en matière de commotions cérébrales. Et tous les matchs de la LHPS sont disputés en présence de thérapeutes formés, et je ne parle pas ici de bénévoles ayant reçu un cours de premiers soins de quatre heures », soutient le président de la LHPS, Martin Lavallée. Dans la vie de tous les jours, Lavallée est directeur des services aux élèves au Collège Notre-Dame, à Montréal.

« À nos yeux, la mise en échec fait partie intégrante du hockey. Nous privilégions l’enseignement plutôt que la coercition, et nous privilégions la transmission de valeurs comme l’esprit sportif et le fair-play à tous les niveaux, sur la patinoire et dans les gradins », soutient Martin Lavallée.

Pour avoir connu les deux côtés de la médaille, je peux affirmer que la culture et l’encadrement offerts par la LHPS sont effectivement bien différents de ce que l’on retrouve dans le hockey civil. Et, à ce titre, si on se préoccupe de la sécurité des joueurs, la LHPS est probablement le dernier endroit où l’on devrait abolir les mises en échec.

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Abolir les mises en échec au hockey scolaire ferait reculer le hockey québécois de dix ans, parce que les meilleurs hockeyeurs québécois se retrouveraient à nouveau devant une seule avenue : poursuivre leur apprentissage du hockey dans la structure civile de Hockey Québec. Ils perdraient ainsi le droit de choisir l’option qui leur semble la plus valable pour la poursuite de leur sport.

La croissance fulgurante du hockey scolaire au Québec est indéniable. C’est une option que souhaitent et privilégient de plus en plus de hockeyeurs et de familles. La meilleure manière de tuer cet élan progressiste serait d’y abolir les mises en échec. En fait, lorsqu’on connaît toute l’histoire du hockey scolaire, on en vient à se demander si ce n’est pas, justement, le but recherché.

La LHPS et les dirigeants de Hockey Québec ont déjà entrepris un dialogue qualifié de « constructif » sur cette question. Cet épineux débat devrait en principe se conclure en avril.

La Ligue de hockey préparatoire scolaire sera-t-elle reconnue à sa juste valeur par Hockey Québec, ou sera-t-elle forcée de quitter les cadres de la fédération moins d’un an après y avoir adhéré? C’est une histoire à suivre.

Par ailleurs, le président Vallée invite ceux qui sont curieux de découvrir le monde du hockey scolaire à le faire, du vendredi 27 mars au dimanche 29 mars, alors que le Collège Jean-Eudes présentera les dernières étapes des séries éliminatoires de la LHPS, sur les deux patinoires de l’aréna Étienne-Desmarteaux à Montréal.

« Plus les gens assisteront à nos matchs et en apprendront sur le genre d’encadrement que nous procurons à nos joueurs, moins il y aura de doutes quant à valeur de notre programme », souligne Martin Vallée.

Que deviendras-tu, Devante Smith-Pelly?

Jeudi 19 mars 2015 à 13 h 08 | | Pour me joindre

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Devante Smith-Pelly
Devante Smith-Pelly
Quand un directeur général de la LNH conclut une transaction, sa seule garantie est qu’il n’y a justement aucune garantie quant à la tournure que prendra ce mouvement de personnel.

Le joueur que l’on vient d’acquérir se moulera-t-il facilement au style de sa nouvelle équipe? Se sentira-t-il à l’aise avec ses nouveaux coéquipiers? S’adaptera-t-il rapidement à son nouvel environnement, et gagnera-t-il rapidement la confiance de son nouvel entraîneur? Et à l’inverse, on ignore totalement comment l’athlète que l’on vient de céder à une autre organisation réagira à ces nombreux changements.

Devante Smith-Pelly n’est à Montréal que depuis 11 matchs et il est encore tôt pour prédire quelle tournure prendra son aventure avec le Canadien. Mais à quelques semaines du début des séries éliminatoires, on se demande si Marc Bergevin regrette d’avoir cédé la recrue Jiri Sekac (22 ans) aux Ducks d’Anaheim pour faire son acquisition (Smith-Pelly est aussi âgé de 22 ans).

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En 11 rencontres avec le CH, Smith-Pelly n’a récolté qu’une mention d’aide. Et ce n’est pas qu’une question de malchance dans son cas puisque depuis son arrivée à Montréal, il n’a obtenu que trois chances de marquer et n’en a créé que sept pour ses coéquipiers.

Smith-Pelly a donc été associé à moins d’une chance de marquer par rencontre en moyenne depuis son arrivée. Jiri Sekac ne produisait pas davantage sur la feuille de pointage, mais il était en moyenne associé à plus de deux chances de marquer par rencontre. En 50 matchs avec le CH, Sekac avait obtenu 49 chances de marquer et il en avait créé 53.

Le Canadien a un style de jeu basé sur la vitesse alors que Smith-Pelly, un patineur plus lourdaud, cadrait peut-être mieux avec le style des Ducks, dont les attaquants grand-format aiment établir leur présence en zone offensive et battre à l’usure les défenses adverses.

Le nouvel attaquant du CH a déjà distribué 35 mises en échec dans l’uniforme du CH. C’est énorme, mais force est de constater que sa présence ne créé pas davantage d’espace offensif pour ses coéquipiers.

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Ces dernières semaines, Bergevin a justement conclu une kyrielle de transactions dans le but de donner plus de profondeur et de fluidité à son attaque. À date, les résultats ont été totalement opposés. Lors des neuf matchs qui ont suivi la date limite des transactions, le CH a connu cinq de ses pires prestations offensives de la saison. L’équipe a notamment atteint le fond du baril le 10 mars dernier, face au Lightning de Tampa Bay, en étant limitée à cinq chances de marquer.  Dans un match « très ordinaire », le CH créé généralement une quinzaine de chances de marquer.

Pour l’instant, Smith-Pelly semble scotché au sein du troisième trio en compagnie de Jacob De La Rose et de Lars Eller. Pourtant, les deux ailiers qui patrouillent la quatrième unité, Brandon Prust et Dale Weise, génèrent beaucoup plus d’attaque que lui.

Pour un entraîneur, il est de bonne guère de faire bien paraître son patron en donnant aux nouveaux venus la chance de se faire valoir. Mais compte tenu du rendement de Smith-Pelly, on se demande encore combien de temps Michel Therrien pourra tenir cette ligne.

Un peu de compétition interne ne ferait probablement pas de tort.

Une innovation québécoise

Les entraîneurs de gardiens originaires du Québec ont constamment innové au cours des dernières décennies afin de faire progresser les athlètes qui occupent cette position exigeante. L’expertise québécoise sur l’art de garder les filets est exceptionnelle et reconnue par un très grand nombre d’organisations de la LNH.

Ces dernières semaines, Marco Marciano (entraîneur des gardiens des Bulldogs de Hamilton) a ajouté sa touche personnelle à ce mouvement en inventant le Blocker Sleeve, un outil qui permet aux gardiens de parfaire leur préparation d’avant- match et de s’entraîner plus efficacement à l’extérieur de la patinoire.

L’idée est toute  simple : le Blocker Sleeve est une sorte de housse que les gardiens installent sur leur bouclier et dont il faut se servir avec des balles qui produisent un effet velcro. À l’aide d’un partenaire ou en se servant d’un mur, les gardiens peuvent donc répéter à volonté les mouvements de bouclier sans avoir constamment à courir à gauche et à droite pour récupérer leurs balles.

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« En général, j’ai remarqué que les jeunes gardiens ne sont pas suffisamment agiles de leurs mains. Dans le passé, à peu près tous les hockeyeurs pratiquaient un sport d’été, souvent le baseball, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nombreux sont ceux qui jouent au hockey à l’année, et cela fait en sorte que certaines qualités athlétiques ne sont pas suffisamment développées », explique Marciano.

« Depuis le début de ma carrière, j’ai passé des milliers d’heures à tirer des rondelles en direction de jeunes gardiens pour leur permettre de mieux maîtriser leur bouclier et leur mitaine. Or, louer une patinoire coûte 150$ de l’heure, alors que ce sont des aspects du jeu qu’on peut facilement travailler en s’entraînant hors glace. »

Marciano, un entraîneur extrêmement dynamique, a notamment validé toutes les étapes du développement de son invention avec deux gardiens de la LNH, Marc-André Fleury et Jonathan Bernier, qui ont ensuite accepté de l’endosser.

Depuis qu’il a lancé son invention il y a quelques semaines, Marciano dit avoir reçu de nombreuses commandes de gardiens basés en Europe, ou l’entraînement hors glace des gardiens est très valorisé.

Après le masque, le style papillon ou les statistiques CORSI, il sera intéressant de voir si cette invention québécoise parviendra à s’incruster dans le monde du hockey.

Michel Therrien
Michel Therrien

La reconstruction de la brigade défensive du Canadien constituait le plus grand défi auquel Marc Bergevin était confronté au début de la saison. Or, nous sommes rendus à l’aube des séries éliminatoires, et le chantier a subi tellement de remodelages et de transformations qu’on ne sait toujours pas à quoi ressemblera l’oeuvre finale quand le grand tournoi printanier se mettra en branle.

Lundi soir à Tampa, le Canadien a lancé dans la mêlée une 18e différente version de sa formation de défenseurs cette saison. Vous avez bien lu : en 70 rencontres, le CH a présenté 18 brigades défensives différentes depuis le match inaugural. C’est gigantesque si on considère que les six premiers défenseurs de l’équipe – Markov, Subban, Gilbert, Emelin, Gonchar et Beaulieu – ont raté moins de 20 matchs en raison de blessures.

« If it ain’t broke, don’t fix it » (ne réparez pas ce qui n’est pas cassé), disait l’un des principaux conseillers du président américain Jimmy Carter.

Ce principe de gestion, pourtant très populaire dans le monde du sport, ne semble pas avoir trouvé d’écho chez le Tricolore cette saison.

Insatisfait du rendement de son groupe de défenseurs après un mois de compétition, le DG du Canadien a fait l’acquisition de Sergei Gonchar à la mi-novembre. Le vétéran russe de 40 ans est rapidement devenu un mentor pour le jeune Nathan Beaulieu, et à compter de ce moment, l’équipe a connu une impressionnante période de grâce.

En misant sur la combinaison Beaulieu, Gonchar, Emelin, Subban, Gilbert et Markov, le CH est parvenu à trouver le genre de stabilité dont rêvent toutes les équipes de la LNH. Jusqu’à présent, le Canadien a maintenu une fiche de 17-5-2 (,750) lorsqu’il misait sur ce contingent à la ligne bleue.

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Cette période fructueuse a été interrompue quand Alexei Emelin a subi une sérieuse blessure à une épaule le 18 février dernier (Emelin est revenu au jeu lundi contre le Lightning à Tampa). Ce sont des choses qui arrivent.

Puis le 2 mars, le Tricolore a fait l’acquisition de Jeff Petry des Oilers d’Edmonton. Depuis cette transaction, Petry joue entre 23 et 26 minutes par rencontre, et son arrivée a signifié une redéfinition (à la baisse) des rôles de Sergei Gonchar et de Nathan Beaulieu.

Depuis cette reconfiguration majeure, le CH a maintenu une fiche de 2-4-2 (,375).

Petry ne joue pas mal. Et on ne peut évidemment lui attribuer la responsabilité de la baisse de cadence que connaît le Canadien depuis deux semaines. Mais le fait demeure : aussi imparfaite était-elle, on avait en place l’une des défenses les plus efficaces de la LNH, et on a choisi de la redessiner en confiant un rôle majeur à un nouveau venu qui ne cassait pas la baraque à Edmonton.

Aurait-il été préférable de s’abstenir de « réparer ce qui n’était pas cassé », et de laisser Petry s’intégrer à la formation en lui confiant un rôle plus secondaire et en le forçant à déloger quelqu’un pour faire sa place?

On pourrait débattre pendant des heures des facteurs qui sont à l’origine des insuccès que traverse le Canadien ces temps-ci, alors que l’équipe devrait être en train de déployer ses ailes en vue des séries.

Mais si on se concentre sur l’essentiel, si on garde une vue d’ensemble et qu’on reconnaît que la stabilité est un facteur de succès primordial dans le monde du sport, il est difficile de ne pas souligner que l’alignement de cette équipe de première place a été sérieusement chambardé ces dernières semaines.

Mais que ces changements (particulièrement à la ligne bleue) ont-ils réparé au juste? Les pièces de remplacement sont-elles plus efficaces que ne l’étaient les pièces d’origine? Jusqu’à maintenant, on dirait que non.

Le Canadien 2014-2015, au jeu!

La couverture du livre Jules Huot, Coup de départ du golf québécois
La couverture du livre Jules Huot : Coup de départ du golf québécois
De la formule 1 au ski de fond, en passant par le biathlon, le baseball ou l’athlétisme, le Québec moderne a produit de grands champions dans toutes sortes de disciplines sportives qui n’étaient pas traditionnelles chez nous. Incroyablement, le golf échappe encore à ce palmarès.

Pour un amateur de golf de notre époque, l’histoire d’un Québécois francophone participant au Tournoi des Maîtres, remportant un tournoi sanctionné par la PGA américaine et capable d’infliger la défaite aux plus grands golfeurs de la planète relève en quelque sorte de la science-fiction. Pourtant, c’est déjà arrivé!

J’ai assisté mardi dernier au lancement de la biographie Jules Huot : Coup de départ du golf québécois (Québec Amérique). L’ouvrage a été écrit par le professionnel de golf André Maltais, en collaboration avec le journaliste Richard Marr. (Déclaration importante ici : André Maltais est mon oncle. Il a déjà sollicité mon avis quant à la pertinence historique de ce projet et je l’avais encouragé à le réaliser.)

Pendant quatre ans, de 1966 à 1970, Maltais a été l’adjoint de Jules Huot au prestigieux club de golf Laval-sur-le-Lac. « En 2007, quand j’ai constaté que même les jeunes professionnels de golf québécois ignoraient l’histoire de Jules Huot, je me suis dit qu’il fallait absolument écrire un livre pour l’inscrire dans notre mémoire collective », a témoigné l’auteur, ému, en présentant son ouvrage.

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Jules Huot a été le premier athlète québécois admis dans quatre panthéons sportifs distincts (le Temple de la renommée du golf canadien, le Temple de la renommée du golf québécois, le Temple de la renommée du sport canadien et le Temple de la renommée du sport québécois).

En 1937, il remporte l’Omnium General Brock, une épreuve de la PGA américaine dotée d’une bourse globale de 4000 $. Cette somme, énorme à l’époque, fait accourir les plus grandes vedettes de ce sport.

Le samedi 11 juillet, Jules Huot entame la troisième et avant-dernière ronde du tournoi à deux coups de la tête. Il  prend le départ en compagnie de deux monstres sacrés du golf : Harry Cooper et Ben Hogan! Il parvient à remonter la pente et à défendre sa première place jusqu’au 72e trou.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, 80 ans plus tard, Jules Huot demeure le seul golfeur né au Québec à avoir remporté un tournoi de la PGA américaine!

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La biographie de Jules Huot s’appuie sur une recherche vaste et minutieuse. Elle nous plonge dans le Québec de la première moitié du 20e siècle, au coeur de la famille Huot. Cette famille de souche, qui compte 13 enfants (8 garçons et 5 filles), vit sur la Côte-de-Beaupré, près de Québec.

À cette époque, comme presque tout le reste, le golf est dominé par les Anglo-Saxons, souvent originaires d’Angleterre et d’Écosse. Mais en 1916, l’aménagement d’un terrain de golf à proximité du domicile des Huot change tout.

Grâce à l’aide de mécènes anglophones qui reconnaissent son talent, Jules Huot se hisse d’un rôle de simple caddie jusqu’aux ligues majeures du golf. Du Miami Herald jusqu’au Los Angeles Times, tous les journaux d’Amérique évoquent ses exploits.

Malgré sa petite taille (il fait 5 pi 5 po et pèse quelque 135 lb), Jules Huot n’a pas froid aux yeux. Maltais nous dresse le portrait d’un homme intransigeant, qui déteste la défaite plus que tout et qui refuse, jusqu’à la fin de sa vie, de voir sa carte de pointage entachée par le poids des années.

Quant à ses sept frères, ils laissent aussi une empreinte indélébile sur le golf canadien. Il est intéressant d’apprendre que depuis 1937 jusqu’à aujourd’hui, sans interruption, le poste de professionnel du prestigieux club Royal Québec a toujours été occupé par un Huot!

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En plus de raconter les trois présences de Jules Huot au Tournoi des Maîtres, ainsi que ses affrontements contre des légendes comme Walter Hagen, Gene Sarazen, Ben Hogan, son ami Sam Snead, Byron Nelson, Harry Cooper et Lawson Little, l’auteur révèle par la bande une époque où le Canada occupe une place prédominante dans l’univers du golf.

Des promoteurs canadiens organisent des duels Canada-États-Unis, et créent même une compétition internationale par équipes, la Coupe Canada, qui deviendra plus tard la Coupe du monde de golf. Cette compétition existe encore aujourd’hui.

À la fin de l’ouvrage, deux questions subsistent. Comment un tel pionnier a-t-il pu échapper à notre mémoire sportive? Et comment se fait-il que, 80 ans plus tard, aucun golfeur francophone n’ait pu marcher dans les traces de Jules Huot et nous scotcher devant le petit écran, les dimanches après-midi, en livrant bataille à Tiger Woods ou à Rory McIlroy?

Maurice Richard
Maurice Richard

Rien que pour susciter une discussion sur un événement marquant de notre histoire collective, je profite de ce 13 mars 2015 pour vous proposer un anachronisme.

La chronique de Martin Leclerc

Il y a 60 ans aujourd’hui, la patinoire du Garden de Boston est le théâtre d’une des altercations les plus disgracieuses de l’histoire du hockey. Maurice Richard y tient l’un des rôles principaux.

Mise en contexte : en troisième période, le Canadien est en retard 2-4, et avec environ 6 min 30 s à disputer, les Bruins écopent d’une pénalité. L’entraîneur du CH Dick Irvin surprend tout le monde dans l’amphithéâtre en rappelant Jacques Plante au banc au profit d’un sixième attaquant. Pour l’époque, avec autant de temps à écouler au cadran, c’est une stratégie inusitée.

Durant cet avantage numérique, pendant que Richard patine dans la zone des Bruins, le bâton du défenseur Hal Laycoe (un ancien joueur du Canadien) atteint le Rocket sur le côté gauche de la tête. La coupure est assez profonde. Elle nécessitera plus tard cinq points de suture.

L’arbitre Frank Udvari signale aussitôt une pénalité à retardement, puisque le Canadien est en contrôle du disque.

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Au coup de sifflet, Richard passe une main sur sa blessure. En se rendant compte que le sang gicle, il tente de signifier la gravité du geste à Udvari. Puis, il décide de régler ses comptes avec Laycoe. L’attaquant du Canadien se dirige vers son rival des Bruins et s’élance deux fois avec son bâton. Il le rate de peu à chaque occasion.

Laycoe réplique en s’élançant à son tour, mais ne touche pas le Rocket. Laycoe laisse ensuite tomber bâton et gants, puis il invite Richard au combat.

Le marqueur du Tricolore répond à l’invitation en chargeant avec un second bâton. Plusieurs sources soutiennent qu’il a brisé son premier bâton sur un autre joueur des Bruins. De retour face à Laycoe, Richard touche cette fois la cible. Avec son bâton, il coupe Laycoe au front. La blessure nécessitera trois points de suture. Les deux hommes se livrent ensuite un furieux combat.

Le juge de lignes Sam Babcock tente de séparer les belligérants, mais son intervention échoue. L’autre juge de lignes, Cliff Thompson, vient alors à la rescousse de son partenaire et parvient à immobiliser le Rocket près de la bande. Hors de lui, ce dernier sert un solide coup de poing au visage de l’officiel, dont l’œil est tuméfié.

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En signe de dépit, Laycoe lance une serviette maculée de sang en direction de l’arbitre Udvari. En fin de compte, le défenseur des Bruins reçoit 5 minutes de pénalité pour son coup de bâton à la tête de Richard, et d’une inconduite de 10 minutes pour avoir lancé la serviette en direction de l’officiel. La LNH lui impose une amende de 25 $.

De son côté, Maurice Richard est expulsé du match et doit payer une amende automatique de 100 $. Il est aussi convoqué par le président de la LNH, Clarence Campbell, qui souhaite lui imposer des mesures disciplinaires supplémentaires. Et pour cause : le Rocket a été impliqué dans un autre duel à coups de bâtons trois mois auparavant, cette fois contre Bob Bailey des Maple Leafs de Toronto. Lors de cette précédente altercation, il a frappé un autre juge de lignes, George Hayes, au visage. La première fois, Richard s’en est tiré avec une amende de 250 $, sans la moindre suspension.

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Trois jours après cette incroyable foire, soit le 16 mars, Campbell rencontre toutes les parties, de même que les dirigeants des deux équipes et l’arbitre en chef de la LNH. Le président rend ensuite une décision écrite de 1200 mots. Il invoque le caractère délibéré et répété des attaques de Richard sur des officiels, ainsi que sa propension à utiliser son bâton pour assurer sa défense face aux joueurs adverses. Le président invoque aussi les avertissements précédemment servis au Rocket. Et il conclut que « ce type de comportement ne peut être toléré de la part d’une vedette ni de tout autre joueur ». Il suspend donc Maurice Richard pour les trois derniers matchs du calendrier et pour la durée des séries éliminatoires.

On connaît la suite. Les partisans du Canadien sont furieux. Ils crient à l’injustice. Campbell se présente au Forum le 17 mars pour assister au match entre le Canadien et les Red Wings. Les spectateurs lui lancent des objets, une bombe lacrymogène explose dans l’enceinte, et l’émeute éclate. Pendant sept heures, la rue Sainte-Catherine est saccagée et pillée.

Aux yeux de certains historiens, cette rébellion est le premier soubresaut de la Révolution tranquille, qui se concrétise cinq ans plus tard.

(Sources : LaPresse.ca, The Gazette, The Boston Globe, Les Yeux de Maurice Richard : Une histoire culturelle, de l’auteur Benoît Melançon, publié chez Fides)

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Voici maintenant ma proposition anachronique.

Le Canadien et Maurice Richard disputent exactement le même match. Sauf que toutes les rencontres de la LNH sont retransmises en HD à la télévision. Les téléphones portables dits « intelligents » sont déjà inventés, et l’information circule à la vitesse de l’éclair, dans les deux langues, en plus d’être commentée sur les réseaux sociaux.

Au lieu de devoir se contenter des comptes rendus succincts des journaux locaux (très peu de journalistes couvrent le CH à l’époque et ils le font de manière limitée) ou des témoignages des rares commentateurs radiophoniques à avoir assisté au match, les amateurs de hockey voient les images de l’altercation défiler en boucle sur les chaînes sportives spécialisées et sur les réseaux d’information en continu. Des panels d’experts débattent et décortiquent l’incident pendant trois jours.

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À la fin de cet exercice, les amateurs déclenchent-ils une émeute, ou assistent-ils tranquillement au match du 17 mars? Ce duel à coups de bâton confère-t-il à Maurice Richard un statut de héros bafoué par les autorités, ou entache-t-il sa réputation auprès des siens? Ce fameux match revêt-il la même importance dans notre histoire et notre imaginaire collectif?

C’est extrêmement difficile à dire. La technologie moderne ne règle pas tout.

Prenez, par exemple, la terrible mise en échec que Zdeno Chara a servie à Max Pacioretty il y a quelques années. L’attaquant du CH en était ressorti avec une commotion cérébrale et des vertèbres fracturées.

À Boston et à Montréal, les amateurs, les analystes et les membres des deux organisations avaient eu droit aux mêmes images. Mais leur interprétation des faits était totalement contradictoire.

Pour les Québécois, Pacioretty avait été victime d’une charge sauvage et délibérée du capitaine des Bruins. La direction du CH s’en était même indignée publiquement. Mais du côté de Boston, on déplorait simplement que la mise en échec soit survenue au mauvais endroit, là où le premier ancrage de la baie vitrée était fixé, près du banc des joueurs. Et la LNH n’avait pas sévi.

Comme quoi, peu importe l’époque ou les moyens de diffusion utilisés, on ne peut empêcher un cœur d’aimer.

Pierre-Alexandre Parenteau
Pierre-Alexandre Parenteau

Il est difficile de ne pas admirer l’engagement d’Allan Walsh. Cet agent, qui représente plusieurs dizaines de joueurs de la LNH, défend les intérêts de ses clients (et de l’Association des joueurs) avec conviction et pugnacité, en privé comme en public. 

Durant le dernier lock-out, Walsh s’est quotidiennement servi des réseaux sociaux pour dénoncer les tactiques de négociation et les positions contradictoires de Gary Bettman et des propriétaires. Et il a constamment rappelé aux joueurs l’importance d’être solidaires au moment où ils faisaient face à des patrons voraces et extrêmement bien organisés.

Quand les activités de la LNH se déroulent normalement, Allan Walsh défend des causes comme l’amélioration des conditions de vie des hockeyeurs d’âge junior. Il se livre aussi à un systématique travail de sensibilisation des joueurs et du public quant aux dangers pour la santé que représentent les coups à la tête et les commotions cérébrales.

Auteur compulsif sur Tweeter, Walsh souligne quotidiennement tous les bons coups de ses clients. Quand il juge que ses protégés ne sont pas traités équitablement par leur entraîneur ou leur organisation, il monte aux barricades.

Il y a quelques années, quand Jaroslav Halak jouait nettement mieux que Carey Price, le combatif agent n’avait pas hésité à varloper le Canadien, qui s’entêtait à miser sur son jeune gardien. Quelques mois plus tard, le fameux printemps Halak lui avait donné raison. Et quelques semaines après l’élimination du CH, Halak avait été échangé aux Blues de St. Louis, qui lui avaient consenti un très généreux contrat.

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Or, mardi dernier, Walsh a entamé un deuxième round de boxe avec le Tricolore. Sur Twitter, l’agent s’en est pris à Michel Therrien parce que son client, l’attaquant Pierre-Alexandre Parenteau, était rayé de la formation pour un quatrième match de suite et pour la cinquième fois lors des six dernières rencontres.

« L’attaque de Montréal est en panne et P.-A. Parenteau, qui a récolté 196 points lors des 4 précédentes saisons de la LNH, est laissé de côté », a simplement souligné Walsh.

Jeudi matin, Therrien a réinséré Parenteau dans la formation pour le match entre le CH et les Sénateurs d’Ottawa.

Dans un univers où les agents influents ont souvent tendance à ne pas faire de vagues pour maintenir de bonnes relations avec les directeurs généraux, l’approche d’Allan Walsh détonne et froisse probablement des susceptibilités au passage. Son allégeance a le mérite d’être extrêmement claire.

Par ailleurs, un fait demeure en ce qui concerne sa défense de Parenteau : il avait totalement raison.

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Sur le plan strictement sportif, on peut certainement s’interroger sur le fait que Parenteau ait végété sur la passerelle de presse, alors que le CH était (et est toujours) cruellement démuni à l’attaque.

L’été dernier, Marc Bergevin avait fait l’acquisition de Parenteau et de Jiri Sekac pour regarnir un flanc droit très ordinaire. Même si ces deux joueurs n’ont pas cassé la baraque, leur rendement honnête et leurs habiletés ont au moins procuré des options intéressantes à Michel Therrien.

À l’attaque, sans Parenteau et Sekac, le CH se replonge donc dans le même genre de situation qui prévalait l’an dernier avant leur acquisition.

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Dans cette histoire, ce n’est toutefois pas l’évaluation sportive de Michel Therrien qui est préoccupante. C’est son manque de loyauté envers l’un de ses joueurs partants.

Pierre-Alexandre Parenteau a subi une grave commotion cérébrale le 2 janvier dernier. Il est brièvement revenu au jeu les 14 et 15 janvier, mais il était toujours incommodé par sa blessure au cerveau et a dû s’absenter de nouveau jusqu’au début de mars.

En rayant Parenteau de la formation après sa période de convalescence, Michel Therrien a envoyé le pire des messages. Et il a rompu un lien de confiance que la LNH tente, en vain, de créer avec ses joueurs depuis que les protocoles de retour au jeu à la suite de commotions cérébrales ont été raffinés et resserrés.

La plupart des anciens joueurs qui souffrent en permanence des séquelles de multiples commotions cérébrales soutiennent qu’ils tentaient de dissimuler ces blessures pour continuer à jouer. En dévoilant ce type de blessure, ils craignaient de perdre leur poste et de mettre leur gagne-pain en péril.

Pierre-Alexandre Parenteau n’est pas le dernier venu dans le vestiaire du CH. Il a commencé la saison dans le premier trio et a joué au sein des deux premières unités de façon constante cette saison. En le voyant sur la passerelle de la presse ces dernières semaines, ses coéquipiers ont sans doute pris de bonnes notes quant au prix à payer en cas de commotion cérébrale.

Quelle sorte de lien de confiance peut-il exister entre un entraîneur et ses athlètes après un épisode semblable?

Dans le monde du sport, il y a une règle cardinale qui doit être observée : quand un joueur partant se blesse, on doit lui donner la chance de réintégrer la formation, de retrouver son synchronisme et de défendre le poste qu’il occupait avant de se blesser. En gros, on ne peut demander aux joueurs de se sacrifier soir après soir, et ensuite les punir pour l’avoir fait.

Sinon, c’est l’anarchie. Et l’entraîneur se retrouve aux commandes d’une bande de zombies qui se savent diminués, mais qui préfèrent cacher leurs blessures (aux entraîneurs et au personnel médical), souvent au détriment du bien-être de leur équipe. Et, plus grave encore, au détriment de leur santé à long terme et de leur qualité de vie.