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Au hockey, les statistiques sont parfois extrêmement trompeuses. Une équipe peut être créditée de 35 tirs au filet sans avoir été menaçante de la soirée. Ou encore, un joueur peut conclure un match avec deux points à sa fiche sans vraiment avoir participé à l’effort offensif de son club.

La chronique de Martin Leclerc

De la même manière, les manchettes des médias au lendemain d’un match ne concordent pas toujours avec ce qui s’est réellement produit sur la patinoire…

Pour cette raison, j’ai pensé vous offrir un regard différent sur le Canadien cette saison. Chaque semaine, je publie une compilation des chances de marquer obtenues par les joueurs de Michel Therrien, ainsi qu’une compilation des actions déterminantes qui ont créé ces fameuses chances de marquer. (Note : les définitions de ce que sont les chances de marquer (CM) et les actions déterminantes (AD) sont incluses après le tableau.)

Après sept rencontres, ces deux statistiques révélatrices montrent à quel point le trio composé d’Alex Galchenyuk, Tomas Plekanec et Pierre-Alexandre Parenteau sonne la charge en attaque pour le Canadien depuis le début de la saison. Depuis le début du séjour du Canadien à Montréal (3 matchs), les membres de ce trio ont obtenu et provoqué pas moins de 38 chances de marquer, contre 37 pour le trio composé de Max Pacioretty, David Desharnais et Brendan Gallagher.

PK Subban et ses coéquipiers affrontent les Wings au Centre Bell
P.K. Subban et ses coéquipiers

Pacioretty a été le joueur du CH le plus menaçant durant cette période. À lui seul, il a obtenu ou provoqué 16 chances de marquer.

L’attaque du Canadien se situe au 13e rang dans la LNH, alors qu’elle avait bouclé la saison 2013-2014 au 21e rang.

Voici, donc, le portrait d’ensemble :

Joueurs CM AD Total
14- Plekanec 14 14 28
15- Parenteau 19 8 27
11- Gallagher 14 10 24
27- Galchenyuk 13 9 22
51- Desharnais 8 13 21
81- Eller 8 10 18
17- Bourque 9 7 16
67- Pacioretty 13 2 15
76-Subban 8 6 14
79- Markov 3 8 11
26- Sekac 5 2 7
20- Malhotra 5 2 7
 8- Prust 1 6 7
22- Weise 2 4 6
28- Beaulieu 3 1 4
77- Gilbert 1 3 4
  2- Tinordi 0 2 2
74- Emelin 0 2 2
43- Weaver 0 2 2
32- Moen 0 1 1

 

Qu’est-ce qu’une chance de marquer? C’est un tir décoché à partir d’un endroit où, statistiquement, les probabilités de tromper la vigilance d’un gardien sont les plus élevées. Cette zone privilégiée a en quelque sorte la forme du marbre au baseball. Elle commence à la hauteur du filet et s’élargit jusqu’aux points de mise au jeu. Et à partir des deux points de mise au jeu, elle s’élève en ligne droite, vers la ligne bleue, et dépasse d’environ cinq pieds l’extrémité des cercles.

Un tir qui rate la cible peut être considéré comme une chance de marquer, puisque c’est la position d’où provient le tir qui compte.
Par contre, un tir bloqué par un joueur défensif autre que le gardien ne constitue pas une chance de marquer. À moins que le gardien soit hors position et que ce joueur (par exemple un défenseur) soit le dernier à défendre le filet.

Qu’est-ce qu’une action déterminante? Effectuer une passe est une habileté de base que possèdent tous les joueurs de la LNH. Par contre, créer une chance de marquer (pour soi-même ou pour un coéquipier) est une habileté que peu de hockeyeurs maîtrisent. De nombreux joueurs de la LNH récoltent régulièrement des mentions d’aide après avoir effectué des passes de routine qui n’ont eu aucune influence directe sur le déroulement subséquent du jeu. Ils obtiennent donc des points parce qu’ils ont la chance d’être bien entourés.

En revanche, les joueurs qui réussissent des actions déterminantes savent battre leurs adversaires à un contre un, ou encore, ils savent trouver les ouvertures et repérer leurs coéquipiers qui se démarquent. Ce sont eux qui animent l’attaque de leur équipe. Lorsqu’une équipe obtient une chance de marquer, il est aussi possible que cette occasion ne soit le fruit d’aucune action déterminante (par exemple, une rondelle déviant par hasard sur la palette d’un attaquant).

La justice de pacotille de Gary Bettman

Mardi 21 octobre 2014 à 8 h 58 | | Pour me joindre

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Voynov est suspendu indéfiniment...avec salaire.
Voynov est suspendu indéfiniment…avec salaire.

Notre système de justice est lent. Ça ne plaît pas à tout le monde, mais c’est beaucoup mieux ainsi. Notre système de justice est lent parce qu’il donne aux parties concernées tout le temps nécessaire pour amasser la preuve, la soupeser, et ensuite plaider leur cause devant un juge qui, en fin de compte, décide s’il y a un coupable ou non.

La chronique de Martin Leclerc

La sagesse de la justice se situe donc bien loin de celle de la LNH qui, pour préserver son image, a suspendu indéfiniment le défenseur des Kings de Los Angeles, Slava Voynov, lundi, parce que ce dernier venait d’être arrêté en rapport avec une affaire de violence conjugale.

Dans la foulée de la récente affaire Ray Rice, qui a secoué la NFL et mis en danger le poste du commissaire Roger Goodell, il est intéressant de voir que la LNH de Gary Bettman vient de se découvrir un nouvel intérêt pour la justice criminelle.

* * *

À la même époque l’an dernier, la LNH ne semblait pas préoccupée outre mesure quand la police de Denver a arrêté le gardien de l’Avalanche du Colorado Semyon Varlamov. Le Russe de 25 ans était alors accusé de voies de fait sur sa conjointe et de kidnapping. Le témoignage de la présumée victime était on ne peut plus accablant. Elle avait raconté que Varlamov l’avait lancée contre un mur avant de la piétiner. Il lui avait mentionné qu’elle était chanceuse de ne pas se trouver en Russie parce que la correction qu’elle subissait aurait été plus sévère.

Quelques heures après avoir été accusé, Varlamov était à bord d’un avion pour aller disputer le prochain match de l’Avalanche. Soutenu par son entraîneur Patrick Roy dans cette tourmente, le gardien n’a même jamais raté une séance d’entraînement à cause des accusations qui pesaient sur lui.

La LNH dans tout cela? Un de ses porte-parole avait simplement déclaré que « la ligue n’allait émettre aucun commentaire tant qu’elle n’allait pas avoir une compréhension complète des faits et des circonstances liés aux accusations qui viennent d’être déposées ».

C’était peut-être la meilleure chose à faire, puisque les accusations ont été retirées moins de deux mois plus tard. Le procureur chargé du dossier a déclaré qu’il n’était pas en mesure de produire une preuve satisfaisante devant un tribunal.

* * *

Un an plus tard, voilà que la LNH suspend Voynov indéfiniment, alors que la police ne l’a pas encore accusé de quoi que ce soit (!). Le défenseur, a indiqué la LNH, sera suspendu tant que la LNH n’aura pas terminé son enquête.

On parle ici d’un virage à 180 degrés. La LNH, qui peine déjà à faire appliquer ses règles et à protéger ses joueurs sur la patinoire, est donc en train de créer son petit département de justice parallèle. Le problème, quand on commence à se substituer à la justice, quand on veut aller au-devant des coups et qu’on veut sanctionner soi-même des actes criminels à la place des juges, c’est que ça peut rapidement mal tourner.

Il y a huit ans, trois joueurs blancs de l’équipe de crosse de l’Université Duke ont été accusés d’avoir commis un viol collectif particulièrement violent sur une stripteaseuse noire qu’ils avaient embauchée pour une fête.

Le président de l’université a aussitôt mis fin à la saison de l’équipe. L’entraîneur, qui présentait un parcours impeccable, a été forcé de démissionner. Et les trois jeunes, qui ont défrayé la manchette à la grandeur des États-Unis, ont été traités comme des parias par leur université. Un professeur a même dit de l’un d’eux qu’il était un « animal de ferme ».

Le seul hic, c’est que les accusations étaient fausses et que la jeune femme n’avait jamais été violée. En tout, on raconte que l’université a dû débourser environ 100 millions pour régler à l’amiable avec les trois étudiants, ainsi que pour assumer les dépenses légales liées à ce faux scandale.

* * *

Plus près de chez nous, pas plus tard qu’en 2011, l’ex-capitaine du Canadien Vincent Damphousse s’est retrouvé au beau milieu d’une affaire de violence conjugale. Sa conjointe l’accusait de six épisodes distincts qui s’étaient étalés, soutenait-elle, sur une période de trois ans.

Si Damphousse avait joué dans la LNH de 2014 au lieu de travailler à RDS quand cette affaire a éclaté, il aurait honteusement été suspendu par son employeur avant même de pouvoir se faire entendre.

Mais Damphousse a été chanceux dans sa malchance. Au lieu d’être à la merci de la justice expéditive de Gary Bettman, qui vise avant tout à protéger l’image de la LNH, Damphousse a été soumis au vrai système de justice, qui a lentement suivi son cours. Et deux ans plus tard, en 2013, Damphousse a été totalement exonéré. En plus, les faits ont montré que c’était lui qui avait été victime de violence. Et son ex-conjointe devra parader devant un juge pour répondre de ses actes!

* * *

Aux yeux des commanditaires et d’une catégorie de partisans qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, ça paraît sans doute très bien quand on suspend et qu’on s’essuie rapidement les pieds sur un quelconque défenseur russe, au mois d’octobre, au début de la saison.

Mais l’autre problème, quand on commence à jouer les justiciers et à essayer de faire plus vite que la police et les juges, c’est qu’il faut agir de la même manière avec tout le monde, tout le temps.

Je n’ose donc pas imaginer la situation où, à deux jours du début des séries éliminatoires, ou à 24 heures du début de la série finale de la Coupe Stanley, une superstar comme Sidney Crosby, Jonathan Toews ou Drew Doughty se retrouvera aux prises avec des accusations criminelles.

Les athlètes professionnels et les célébrités sont des cibles de choix en cette matière. C’est d’ailleurs arrivé à Doughty en mars 2012. Une jeune femme avait accusé le défenseur étoile de viol. Les accusations avaient été totalement retirées trois mois plus tard parce que les enquêteurs étaient incapables de dénicher de la preuve, et parce que la plaignante, selon les enquêteurs, avait un problème de crédibilité.

Quand une histoire de ce genre impliquera une grande vedette au « mauvais moment », Bettman lèvera-t-il encore la main comme un fier scout et suspendra-t-il immédiatement le joueur concerné « en attendant que l’enquête de la ligue soit complétée »? Ou restera-t-il assis sur ses mains comme il l’avait fait dans l’affaire Varlamov, en arguant qu’il faut prendre le temps d’analyser les faits avant d’agir?

Quand on joue au justicier et au défenseur de la morale, on ne peut pas calibrer sa réaction en fonction de la tête du client.

Pour toutes ces raisons, la position prise lundi par la LNH est pitoyable. Parce que ce n’est pas à Gary Bettman ni à ses sbires d’enquêter et de déterminer si Slava Voynov est coupable. Le premier principe qui s’applique en matière de justice criminelle, c’est justement qu’un accusé doit être présumé innocent tant que sa culpabilité n’a pas été prouvée, hors de tout doute, devant un juge.

Quand Voynov (si jamais on finit par l’accuser) aura été entendu par un vrai juge et qu’il aura pu se défendre, la LNH pourra alors légitimement décider si sa présence dans l’uniforme des Kings est préjudiciable à la conduite des affaires de la ligue.

Plus la saison avance, plus on découvre le nouveau visage du CH. Et plus on est en mesure d’évaluer le genre d’été que Marc Bergevin a connu.

Quand un directeur général procède à une nouvelle acquisition, il y a toujours une certaine part de risque et d’incertitude quant au résultat final. Il est impossible de garantir qu’un être humain ayant atteint un niveau de performance X, dans un autre environnement et dans une autre période de sa vie, puisse reproduire la même chose ou s’intégrer aussi bien au sein d’une autre formation.

Dans la même veine, il est extrêmement difficile de sortir un joueur utile de sa formation (les contraintes du plafond salarial) et d’en trouver un autre capable d’assumer le même rôle et de parfaitement combler le vide.

Par exemple, il est clair depuis le début du calendrier que l’ajout de Tom Gilbert dans le premier quatuor de défenseurs provoque un peu plus d’incertitude dans le jeu du CH.

Gilbert, qui aime davantage faire circuler la rondelle que son prédécesseur Josh Gorges, mais qui excelle moins en défense, domine la LNH au chapitre des revirements commis (10), alors que Gorges (qui joue pour une équipe beaucoup plus faible à Buffalo) n’en a commis que deux depuis le début de la campagne. De la même manière, Gorges domine la LNH au chapitre des tirs bloqués (30), alors que Gilbert en a stoppé la moitié moins.

Ce sera à Michel Therrien et à Jean-Jacques Daigneault de faire les ajustements nécessaires pour rendre leur machine défensive aussi efficace que par le passé.

***

Revenons à Marc Bergevin. À ce jour, le coup de circuit le plus retentissant du DG du Canadien constitue sans doute l’acquisition de Pierre-Alexandre Parenteau, qui croisait justement son ancienne équipe, l’Avalanche du Colorado, samedi soir au Centre Bell.

Normalement, un directeur général doit littéralement donner sa chemise pour mettre la main sur un attaquant capable d’évoluer dans les deux premiers trios. Or, pour obtenir Parenteau, 31 ans, Bergevin a sacrifié Daniel Brière, un vétéran de 36 ans en perte de vitesse que Michel Therrien utilisait en moyenne 12 min 46 s par rencontre. Brière était certes un coéquipier apprécié dans le vestiaire et auprès des partisans, mais le fait demeure : Michel Therrien ne lui faisait pas suffisamment confiance pour l’insérer dans ses deux premiers trios.

Quand les deux équipes ont fait l’échange l’été dernier, Patrick Roy laissait entendre que Daniel Brière allait être apprécié à sa juste valeur avec l’Avalanche et que le CH avait peut-être mal exploité son talent. Or, jusqu’à présent, Brière ne joue en moyenne que 30 secondes de plus qu’il ne le faisait à Montréal. Et samedi soir, cruellement, Roy ne l’a utilisé que 8 min 46 s sur la patinoire du Centre Bell.

***

L'arrivée de Parenteau avec le Canadien, un coup de maître du DG.
L’arrivée de Parenteau avec le Canadien, un coup de maître du DG

Depuis le début de la campagne, Pierre-Alexandre Parenteau est l’un des plus grands animateurs de l’attaque du Canadien. Aucun autre attaquant n’a obtenu plus de chances de marquer que lui (17). Et à l’exception de Tomas Plekanec (13 chances de marquer obtenues et 13 chances de marquer créées), aucun autre attaquant du CH n’a généré autant d’offensive que Parenteau jusqu’à présent.

Après l’élimination du CH en finale de l’Est le printemps dernier, les partisans de l’équipe s’entendaient pour dire que Thomas Vanek ne méritait pas d’offre contractuelle de Bergevin. Mais en même temps, comme Brian Gionta s’en allait lui aussi, on se demandait comment le Tricolore allait pouvoir combler le vide sur le flanc droit.

Honnêtement, depuis le début de la saison, est-ce que quelqu’un regrette Thomas Vanek? P.-A. Parenteau touche 2,5 millions de dollars de moins que l’Autrichien et il contribue à l’attaque du CH de manière importante. En plus, quand les séries éliminatoires commenceront, il ne sera pas difficile pour Parenteau de faire davantage sentir sa présence que Vanek ne l’a fait lors des dernières séries.

Pour Parenteau, contrairement à Vanek, porter les couleurs du CH signifie quelque chose. D’ailleurs, il fallait voir ses yeux s’illuminer, jeudi soir, lorsqu’on lui a demandé ce qu’il avait ressenti en soulevant le flambeau au milieu de la patinoire du Centre Bell. « Je sais que ça sonne comme un cliché, mais c’était la réalisation d’un rêve d’enfance! », a-t-il spontanément lancé.

Ce sont les transactions comme celle-là qui font progresser une équipe. Et, normalement, elles sont extrêmement difficiles à réaliser. Même si la saison est encore très jeune, Marc Bergevin doit certainement s’en féliciter.

33 $ d’amende pour Lucic

Vendredi 17 octobre 2014 à 13 h 14 | | Pour me joindre

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Aimez-vous les chiffres? On dit qu’on peut leur faire dire ce qu’on veut, mais parfois ils sont révélateurs.

La Ligue nationale a imposé à Milan Lucic une amende de 5000 $ pour le geste déplacé qu’il a fait au Centre Bell jeudi soir dernier. Lucic a perdu la tête et a fait usage d’une partie moins noble de son anatomie pour en témoigner.

5000 $, c’est une bonne mise de fonds pour l’achat d’un tracteur de jardin, mais Lucic gagne 6 millions de dollars par année. 5000 $ représentent 1/1200  de son revenu annuel. En comparaison, si vous gagnez 40 000 $ par an, c’est l’équivalent d’une amende de 33 $… Ça ne paie même pas la manette de gaz du dit tracteur.

Pas une première…

Il y a quelques années, le défenseur Andrew Ference (aussi des Bruins, à l’époque) avait adressé un doigt d’honneur à la foule après avoir marqué au Centre Bell. Ference avait plaidé l’innocence. Il voulait simplement lever le poing et, « accidentellement », son majeur était sorti du poing. Je ne vous recommande pas d’avoir ce genre de distraction avec un policier, même s’il porte une culotte de pyjama sous son uniforme. D’ailleurs, la LNH n’avait pas retenu l’explication de Ference et lui avait donné une amende de 2500 $. Selon les mêmes proportions, ça représentait 1/900 de son salaire de l’époque ou l’équivalent de 44 $ si vous gagnez 40 000 $ par an.

Tout ça pour dire que si on considérait vraiment ces gestes comme nuisibles et déplacés, on les punirait davantage. Visiblement, ils ne sont, aux yeux des dirigeants de la Ligue nationale, que des incidents anodins auxquels on accorde un traitement idoine.

Pour en revenir à Milan…

Milan Lucic
Milan Lucic

Milan Lucic est plutôt sympathique. C’est un compétiteur, un grand garçon dans un (gros) corps d’homme. Je l’ai longuement interviewé en août 2013 au moment où il prenait part au camp d’évaluation d’équipe Canada en vue des Jeux olympiques de Sotchi.

Lucic se sentait comme un enfant dans un magasin de bonbons. Il m’avait dit être prêt à transporter les bouteilles d’eau pour avoir le privilège de jouer avec les gars qui l’entouraient. Il y croyait à peine. Et il avait raison. On n’a pas retenu ses services. Mais sa seule présence au camp est révélatrice du respect qu’on porte à son jeu, à sa présence sur la patinoire. Ça ne fait pas de lui un candidat pour un Nobel. Mais si les Bruins le soumettaient au ballottage demain matin, les 29 autres directeurs généraux du circuit essaieraient de lui mettre la main dessus. Et avouez que vous en feriez autant.

Therrien ovationné

L’entraîneur du Canadien de Montréal est présenté à la foule une fois par an, le soir du match d’ouverture. Les joueurs marquent des buts, fournissent des mentions d’aide, obtiennent des étoiles et leur nom retentit dans le Centre Bell plusieurs fois par saison. Autant d’occasions de les applaudir… ou de les huer, au moment d’une pénalité.

Pour l’entraîneur, c’est une fois l’an.

Guy Carbonneau m’avait confié, quand il dirigeait l’équipe, qu’il ressentait toujours un peu de nervosité. Heureusement, à chacune des présentations dont il a fait l’objet, il a été chaudement applaudi et on a entendu les « Guy, Guy, Guy » chaleureux que lui et Lafleur ont fait entrer dans les mœurs de la Sainte-Flanelle.

Michel Therrien n’est sans doute pas différent. Cette présentation, c’est leur « Coach académie » à eux. Le vote du public est aussi tranchant qu’une lame. Des huées feraient beaucoup jaser. Geoff Molson, Marc Bergevin et les joueurs, SURTOUT les joueurs, les entendraient et ne les oublieraient pas.

Michel Therrien a passé le test. Par contre, c’était presque gênant d’entendre l’indifférence des partisans au moment de la présentation de Travis Moen. Pas de huée. Rien de méchant. Qu’un pesant silence accompagné de quelques applaudissements clapotants. Je parie que Moen aurait volontiers échangé 33 $ et son tracteur de jardin contre quelques décibels.

HAÏTI POUR L’HISTOIRE…

Vendredi 17 octobre 2014 à 13 h 04 | | Pour me joindre

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L'équipe haïtienne célèbre le but de la victoire contre le Guatémala
L’équipe haïtienne célèbre le but de la victoire contre le Guatemala.

L’équipe d’Haïti deviendra-t-elle la première formation des Caraïbes à participer à la Coupe du monde? Quelle que soit l’issue de la dernière phase de qualifications… Quelle odyssée fantastique!

Ne restent plus que huit équipes de la zone CONCACAF (Amérique du Nord, Amérique centrale et des Caraïbes) qui bataillent pour une participation à la coupe du monde qui se tiendra en juin 2015. Ces équipes  participent en ce moment à la Gold Cup (15-21 octobre). Les trois premières formations nationales à la fin de ce tournoi obtiendront directement leur ticket. Les États-Unis et le Mexique devraient normalement s’imposer, la bataille est ouverte pour la troisième position. Le Canada est qualifié d’office à titre de pays hôte.

Est-ce que l’équipe d’Haïti pourra aller jusqu’au bout?  Le parcours de ces joueuses nous rappelle que le sport pour les femmes, ce n’est pas encore gagné… Ces filles sont pour le moins résilientes. D’abord, elles ont toutes vécu le dévastateur tremblement de terre de 2010, soit elles ont perdu un ou des proches, soit elles ont failli mourir. D’ailleurs, les bureaux de la Fédération haïtienne de football se sont effondrés pendant le séisme. Et cela a fait 30 morts. Dans de telles conditions, on s’entend, le sport n’était pas une priorité.

En fait, je rajouterais, encore moins pour les filles. Le président de la Fédération haïtienne, Yves Jean-Bart, a déclaré dans une entrevue au New York Times :  « Le foot pour les filles ce n’est pas toujours accepté. Il y a des hommes et des garçons qui vont empêcher les filles de s’entraîner. Ils trouvent que le sport ce n’est pas féminin. »

Il n’est pas surprenant dans ce contexte que la capitaine de l’équipe, Kencia Marseille, nous avoue que lorsqu’elle était petite, sa mère la battait à coup de ceinture quand elle la surprenait en train de jouer. Vous aurez compris que cette équipe féminine de foot d’Haïti ne reçoit pas beaucoup de soutien.

Pour elles, le football représente le réconfort, l’espoir. Depuis février 2012, l’américain, Shek Borkowski a accepté d’être leur entraîneur, mais à ses conditions. Si bien que l’équipe passe six mois par année chez lui, à South Bend ,en Indiana. Borkowski a déclaré, au moment de son implication : « Si nous restons à Haïti, leurs familles vont vouloir qu’elles travaillent, qu’elles s’occupent des enfants, qu’elles aillent chercher de l’eau. C’est beaucoup trop de distractions. »

Borkowski a mené à deux reprises l’équipe du FC Indiana au championnat de la ligue professionnelle féminine américaine. Il a ses entrées dans le monde du ballon rond. Au cours des trois printemps que les Grenadières ont passés à South Bend, elles ont pu jouer contre les formations  universitaires de la région, comme Notre-Dame, et contre des équipes semi-professionnelles.

Mais ce groupe qui se prépare pour la plus grande compétition de foot de la planète manque de tout.  À South Bend, pour se loger, ces 17 femmes se partagent deux chambres, elles ont très peu d’équipements. En fait, elles survivent grâce à des dons, grâce à la générosité d’un petit cercle de gens qui croient en ces jeunes.

Malgré ces conditions difficiles, ou à cause de tous les défis qu’elles doivent surmonter, elles ont une motivation incroyable. Le 15 octobre, elles ont gagné leur premier match de la Gold Cup, 1-0 face au Guatemala. Elles doivent jouer le 17 contre Trinité-et-Tobago et le 20 contre les États-Unis… Les deux premières équipes de ce groupe passeront en demi-finales.

Quoiqu’il arrive, ce sont des gagnantes. Leur histoire commence à circuler et a attiré l’attention, entre autres, de la fondation Clinton… Oui, le même Bill Clinton qui a été le 42e président des États-Unis. Sa fondation est entrée en contact avec la Fédération haïtienne et souhaiterait aider cette équipe à long terme.

C’est une excellente nouvelle pour l’avenir, parce que oui le soccer féminin se développe. C’est la raison pour laquelle la Coupe du monde féminine change de format. Vingt-quatre pays y prendront part plutôt que 16. C’est fantastique! Mais comme nous le font voir les qualifications, il y a encore beaucoup de chemin à faire pour prétendre à une égalité des chances.

L’équipe d’Haïti deviendra-t-elle la première formation des Caraïbes à participer au Mondial?  On ne peut qu’avoir envie de les voir réussir. Allez! les Grenadières, on espère pouvoir vous rencontrer l’été prochain.

Milan Lucic
Milan Lucic

1. Au mois de septembre, le releveur numéro un des Phillies de Philadelphie, Jonathan Paplebon, a écopé d’une suspension de sept jours pour s’être (très momentanément) saisi les parties génitales en invectivant un spectateur pendant qu’il retraitait vers l’abri de son équipe.

Après le geste fait par Milan Lucic jeudi au Centre Bell, il est donc fort intéressant de voir où se situent les standards de la LNH par rapport à ceux de la MLB en matière de respect des amateurs.

Récapitulons les faits. Après avoir reçu une pénalité pour avoir frappé Alexei Emelin par-derrière avec 1 min 20 s à disputer au match, Lucic a vivement protesté auprès de l’arbitre avant de se rendre au banc des pénalités. Il a ensuite été accueilli par des huées de la foule. Lucic a alors choisi de répondre aux spectateurs en mimant, très explicitement, un geste à caractère sexuel.

La LNH a annoncé vendredi matin que Lucic, qui touche un salaire annuel de 6 millions de dollars, avait été soulagé de 5000 $ pour son geste. Voilà qui est fort dissuasif.

En avril dernier, durant les séries éliminatoires, l’entraîneur en chef des Blackhawks de Chicago, Joel Quenneville, avait écopé d’une amende de 25 000 $ pour avoir fait un geste semblable à l’endroit d’un arbitre. Les entraîneurs, semble-t-il, ont une moins bonne convention collective que Milan Lucic.

2. Puisqu’il est question de parties génitales, aussi bien faire le lien tout de suite : il serait intéressant de demander à un psychologue sportif de nous expliquer quelle sorte de malaise les joueurs des Bruins ressentent par rapport à l’anatomie de leurs adversaires.

La saison dernière, Milan Lucic avait timidement été mis à l’amende par la LNH pour avoir dardé Alexei Emelin ainsi qu’un joueur des Red Wings de Détroit entre les jambes. Seule la récidive auprès du joueur des Red Wings avait été sanctionnée.

Jeudi soir, c’était au tour de Brad Marchand de faire le coup à P.K. Subban. Pour son geste, le joueur des Bruins a reçu une pénalité mineure pour avoir cinglé… et Subban a été puni pour avoir réagi à ce coup de façon exagérée!

Alors docteur? La quasi-totalité des événements des dernières années ayant pour thème l’anatomie masculine concerne presque toute la même équipe. Et trois de ces actes ont été perpétrés par le même joueur.

Refoulement? Problème freudien? Que se passe-t-il dans le vestiaire des Bruins?

3. Tout cela pour dire que les Bruins ne semblent pas avoir changé d’un iota par rapport à l’équipe désordonnée et confuse que nous avons vue à l’œuvre en séries éliminatoires le printemps dernier. En fait, on aurait dit que les deux formations ne s’étaient jamais quittées…

Après la série Canadien-Bruins, j’avais émis l’opinion que les menaces proférées par Milan Lucic durant la traditionnelle poignée de main, le célèbre épisode de la bouteille d’eau mettant en vedette Shawn Thornton et les multiples gestes d’indiscipline de Brad Marchand ne constituaient pas une suite d’événements isolés.

Cette série d’incidents dressait plutôt le portrait d’une équipe qui se désolidarise et qui n’entend plus les messages qui lui sont lancés.

Dans son intéressant livre intitulé Eleven rings : The soul of success, l’ex-entraîneur des Bulls de Chicago et des Lakers de Los Angeles Phil Jackson explique qu’il y a un monde de différence entre diriger des athlètes animés par des motifs personnels ou ceux en quête d’harmonie et de succès collectifs.

Jackson, qui a mené ses équipes à trois séries distinctes de trois championnats consécutifs (!) dans la NBA, soutient aussi qu’en raison des calendriers effrénés auxquels elles sont soumises, les bonnes équipes professionnelles finissent par se blaser du succès.

Dans la même veine, je lisais récemment les commentaires de certains joueurs des Penguins de Pittsburgh, qui disaient ne plus ressentir le même plaisir après avoir remporté des matchs de saison ces dernières années. Leur succès était en quelque sorte devenu routinier sous la gouverne de Dan Bylsma.

Claude Julien entame déjà sa huitième saison derrière le banc des Bruins. Aucun autre entraîneur n’a connu un séjour aussi long derrière le banc de cette organisation.

Au fil du temps, le message de l’entraîneur finit invariablement par s’user. Et les Bruins ont remporté énormément de matchs au cours des dernières années, dont une Coupe Stanley en 2011. Pour Claude Julien, malgré le potentiel de son équipe, la saison ne s’annonce pas facile.

4. Pendant que les Bruins et le Canadien s’affrontaient sur la patinoire du Centre Bell, un spectateur a trouvé le moyen de faire rayonner son imbécillité à la grandeur de l’Amérique du Nord en utilisant un pointeur laser pour tenter de déstabiliser le gardien des Bruins Tuukka Rask.

Cette histoire a fait grand bruit du côté de Boston durant la rencontre. Des photos de Rask, sur lequel apparaissait un point lumineux de couleur verte, ont vite commencé à circuler sur Twitter.

Alertés, les gardes de sécurité du Centre Bell ont alors déclenché des recherches pour tenter de dénicher le coupable, qui a finalement été identifié au cours de la deuxième période selon les renseignements dont disposait, immédiatement après le match, le vice-président aux communications du Canadien, Donald Beauchamp.

Selon Beauchamp, l’équipement du fauteur de trouble a été saisi. Il n’était cependant pas clair si l’individu avait été expulsé de l’enceinte ou pas.

« Selon les gens de notre service de sécurité, c’est la première fois qu’une telle chose se produit ici », a indiqué Donald Beauchamp.

Après la rencontre, Rask a dit qu’il n’avait pas senti le pointeur laser sur lui durant le match, mais qu’il l’avait aperçu à l’autre bout de la patinoire.

5. Tenu en échec à ses 14 premières tentatives en avantage numérique, le Canadien a finalement brisé la glace face aux Bruins. De nombreux observateurs et partisans s’en sont réjouis. Par contre, l’histoire récente suggère que le succès de cette unité spéciale ne garantit pas grand-chose dans la LNH.

En moyenne, les cinq dernières équipes qui ont remporté la Coupe Stanley ont bouclé la saison au 20e rang dans la ligue en ce qui a trait à l’efficacité de leur unité d’avantage numérique.

Par contre, ces formations championnes étaient à peu près toutes très solides en désavantage numérique, où elles se situaient au 8e rang en moyenne.

C’est donc cette statistique qu’il faut suivre de façon plus serrée pour le CH cette saison. Après avoir terminé au 4e rang l’an dernier, l’unité de désavantage du CH, qui a été totalement remaniée, se situe au 21e rang avec une moyenne d’efficacité de 76,2 %.

6. Un petit potin pour terminer : le Canadien dispute des matchs à guichets fermés depuis plus de 10 ans au Centre Bell. Il faut remonter au 8 janvier 2004 pour retrouver un match contre le Lightning de Tampa Bay où des sièges étaient restés invendus. Or, comme il n’y a pas de petits profits, il semble que la direction de l’équipe tente maintenant d’agrandir l’amphithéâtre de l’intérieur…

Les deux bancs des pénalités ont effectivement été raccourcis durant la morte-saison pour permettre l’installation de huit sièges supplémentaires, quatre de chaque côté.

Selon les informations que j’ai recueillies, les soirées de brasse-camarade risquent d’être fort distrayantes à l’avenir parce que, dans leur forme actuelle, les bancs peuvent difficilement accueillir plus de trois joueurs. Et encore là, il faudrait qu’il s’agisse de joueurs de petite taille, dit-on.

Un abonnement de saison pour un billet à proximité du banc des pénalités se vend 7610 $.

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Le Canadien 2014-2015, au jeu!

Au hockey, les statistiques sont parfois extrêmement trompeuses. Une équipe peut être créditée de 35 tirs au filet sans avoir été menaçante de la soirée. Ou encore, un joueur peut conclure un match avec deux points à sa fiche sans vraiment avoir participé à l’effort offensif de son club.

La chronique de Martin Leclerc

De la même manière, les manchettes des médias au lendemain d’un match ne concordent pas toujours avec ce qui s’est réellement produit sur la patinoire…

Pour cette raison, j’ai pensé vous offrir un regard différent sur le Canadien cette saison. Chaque semaine, je publierai une compilation des chances de marquer obtenues par les joueurs de Michel Therrien, ainsi qu’une compilation des actions déterminantes qui ont créé ces fameuses chances de marquer. (Note : les définitions de ce que sont les chances de marquer (CM) et les actions déterminantes (AD) sont incluses après le tableau.)

Après quatre rencontres, ces deux statistiques révélatrices montrent que les deux meilleurs pointeurs du Canadien la saison dernière, Max Pacioretty et P.K. Subban, ont connu un départ plutôt discret. Elles illustrent aussi que même si Pierre-Alexandre Parenteau a souvent changé de trio dans les quatre premiers matchs, il n’a pas connu un mauvais départ avec sa nouvelle équipe.

Le Canadien 2014-2015, au jeu!

Par ailleurs, Lars Eller et Rene Bourque ont été vilipendés sur plusieurs tribunes pour leur bilan négatif (les deux présentent un différentiel de -6, dont 3 buts encaissés lors de la dégelée de 7 à 1 à Tampa). Toutefois, les chiffres montrent que pour des joueurs de troisième trio qui n’ont pas accès à l’avantage numérique, ils ont généré énormément d’attaque. Leur bilan négatif doit donc être analysé avec retenue.

Joueurs CM AD Total
14- Plekanec 10 6 16
15- Parenteau 10 5 15
11- Gallagher 9 5 14
51- Desharnais 3 7 10
81- Eller 5 5 10
17- Bourque 6 4 10
27- Galchenyuk 6 3 9
79- Markov 2 5 7
76-Subban 3 3 6
67- Pacioretty 3 2 5
22- Weise 2 2 4
26- Sekac 2 2 4
28- Beaulieu 3 1 4
20- Malhotra 3 1 4
77- Gilbert 1 2 3
74- Emelin 0 1 1
24- Tinordi 0 1 1
43- Weaver 0 1 1
8- Prust 0 0 0
32- Moen 0 0 0

 

Qu’est-ce qu’une chance de marquer? C’est un tir décoché à partir d’un endroit où, statistiquement, les probabilités de tromper la vigilance d’un gardien sont les plus élevées. Cette zone privilégiée a en quelque sorte la forme du marbre au baseball. Elle commence à la hauteur du filet et s’élargit jusqu’aux points de mise au jeu. Et à partir des deux points de mise au jeu, elle s’élève en ligne droite, vers la ligne bleue, et dépasse d’environ cinq pieds l’extrémité des cercles.

Un tir qui rate la cible peut être considéré comme une chance de marquer, puisque c’est la position d’où provient le tir qui compte.
Par contre, un tir bloqué par un joueur défensif autre que le gardien ne constitue pas une chance de marquer. À moins que le gardien soit hors position et que ce joueur (par exemple un défenseur) soit le dernier à défendre le filet.

Qu’est-ce qu’une action déterminante? Effectuer une passe est une habileté de base que possèdent tous les joueurs de la LNH. Par contre, créer une chance de marquer (pour soi-même ou pour un coéquipier) est une habileté que peu de hockeyeurs maîtrisent. De nombreux joueurs de la LNH récoltent régulièrement des mentions d’aide après avoir effectué des passes de routine qui n’ont eu aucune influence directe sur le déroulement subséquent du jeu. Ils obtiennent donc des points parce qu’ils ont la chance d’être bien entourés.

En revanche, les joueurs qui réussissent des actions déterminantes savent battre leurs adversaires à un contre un, ou encore, ils savent trouver les ouvertures et repérer leurs coéquipiers qui se démarquent. Ce sont eux qui animent l’attaque de leur équipe. Lorsqu’une équipe obtient une chance de marquer, il est aussi possible que cette occasion ne soit le fruit d’aucune action déterminante (par exemple, une rondelle déviant par hasard sur la palette d’un attaquant).

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Les CHanceux

Mardi 14 octobre 2014 à 11 h 53 | | Pour me joindre

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Ondrej Palat a inscrit l'un des 7 buts du Lightning contre le Canadien
Ondrej Palat a inscrit l’un des 7 buts du Lightning contre le Canadien.

Après la dégelée de 7 à 1 subie par le Canadien à Tampa, Michel Therrien a machinalement exprimé l’idée qu’il fallait se réjouir de voir son club conclure le premier segment de la saison (un séjour à l’étranger de quatre matchs) avec une récolte de six points. Toutefois, sa mine déconfite et son langage corporel tenaient un autre discours. Cette saison de transition s’annonce peut-être plus difficile qu’il ne l’avait envisagé.

- Le CH a disputé 250 minutes de jeu durant ce voyage, et il n’a détenu l’avance que pendant 13 min 5 s, soit environ 5 % du temps. Malgré l’enthousiasme qui devrait les animer en début de campagne, les joueurs du Tricolore ont connu trois mauvais débuts de rencontre à leurs trois premières rencontres. Le hockey de rattrapage, c’est connu, est une plaie mortelle dans la LNH.

- Michel Therrien préconise un échec avant serré et des relances rapides qui empêchent l’adversaire de posséder la rondelle suffisamment longtemps pour structurer ses attaques. Quand le système est appliqué à la lettre, il n’est pas rare de voir les rivaux du CH obtenir moins d’une douzaine de chances de marquer au cours d’une rencontre. Or, le manque d’engagement et de cohésion des joueurs durant ce voyage a permis à l’adversaire de bénéficier de 86 chances de marquer, une moyenne de 21,5 par match. Cela explique, en partie, pourquoi Carey Price présente ce matin un taux d’efficacité de ,878 (39e rang dans la LNH).

- L’avantage numérique, l’un des aspects du jeu sur lesquels les entraîneurs avaient le plus insisté avant le début de la saison, n’a produit aucun but en 14 occasions. Cette unité spéciale est absolument vitale au succès du CH, qui se situait en milieu de peloton l’an passé à 5 contre 5.

- L’unité de désavantage numérique (l’un des aspects du jeu où la transition s’annonce plus difficile pour le Canadien en raison du remodelage de sa brigade de défenseurs) a déjà donné 4 buts en 18 tentatives (77,8 %). La saison dernière, le Tricolore avait connu un début semblable, mais l’équipe s’était rapidement replacée. Son unité de désavantage avait bouclé la saison au 4e rang dans la LNH. La stabilisation de cette unité s’annonce toutefois beaucoup plus difficile en raison de l’insertion de plusieurs nouveaux acteurs dans cette facette du jeu.

- La blessure subie par Alexei Emelin et son absence lors des deux dernières rencontres a fait ressortir de manière très claire le manque de profondeur de la brigade défensive du CH. À 35 ans, Andrei Markov a été le joueur le plus utilisé par Jean-Jacques Daigneault avec en moyenne plus de 26 minutes par match. Il n’a jamais autant joué de toute sa carrière! Et comme on le prévoyait, c’est maintenant Mike Weaver (le cinquième défenseur de l’équipe, c’est selon) qui est devenu l’homme-clé de l’équipe en désavantage numérique, en remplacement de Josh Gorges.

- Les meneurs en attaque, Max Pacioretty et P.K. Subban, ont tous les deux connu un faux départ. Meilleurs pointeurs de la formation la saison dernière, Pacioretty et Subban ont conclu ce segment de quatre matchs aux 10e et 9e rangs dans l’équipe en ce qui a trait aux chances de marquer (obtenues et générées). On parle ici du défenseur et de l’attaquant les plus utilisés en avantage numérique. Pourtant, Tomas Plekanec, Pierre-Alexandre Parenteau, Brendan Gallagher, David Desharnais, Lars Eller, Rene Bourque, Alex Galchenyuk et Andrei Markov ont généré plus d’attaque qu’eux.

* * *

Le Canadien 2014-2015, au jeu!

 

Le job d’un entraîneur de la LNH s’apparente un peu à celui d’un ingénieur en F1. Chaque fois, l’un et l’autre doivent constamment apporter une foule d’ajustements dans l’espoir de maximiser le rendement de leur machine.

À bord de l’avion qui le ramenait à Montréal lundi soir, Michel Therrien devait se trouver bien loin de l’étape des fines corrections aérodynamiques, et pour cause. Le moteur toussote au démarrage et d’importantes bougies d’allumage font défaut. Le réglage du parallélisme  des roues doit aussi être repris, et la transmission mérite certainement d’être revérifiée.

Dans les circonstances, le CH est donc extrêmement chanceux de rentrer à la maison avec six points en banque.

Un vieux dicton veut que les très bonnes équipes soient capables de remporter des matchs même lorsqu’elles jouent mal. La question est maintenant de savoir si, avec ses sept nouveaux joueurs, le Canadien est effectivement une très bonne équipe. Ou si nous venons d’assister au départ d’une saison en montagnes russes.

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En début de semaine, le renvoi du défenseur Xavier Ouellet dans la Ligue américaine a provoqué une petite crise chez les Red Wings de Détroit.

Pour les observateurs de la scène du hockey, la rétrogradation de Ouellet signifiait que l’entraîneur des Wings, Mike Babcock, n’était pas sur la même longueur d’onde que son patron Ken Holland. Mais pour le hockey québécois, cet événement soulignait une fois de plus toutes les difficultés qu’éprouvent les défenseurs de chez nous à être reconnus lorsqu’ils gravissent les échelons du hockey junior et, en fin de compte, à percer les formations des 30 équipes de la LNH.

Qu’on s’entende bien : Xavier Ouellet finira par connaître une longue et fructueuse carrière dans la LNH. D’ailleurs, c’est précisément parce qu’il est un spécimen rare que son développement retient autant l’attention chez nous.

Peu de gens le réalisent, mais grosso modo, il ne reste que huit défenseurs québécois parmi les 210 arrières qui évoluent sur une base constante (au moins la moitié des matchs) dans la LNH. C’est 56 % de moins qu’à la fin des années 1990. Huit défenseurs, c’est à peu près équivalent au nombre d’arrières originaires de la Saskatchewan, où l’on retrouve pourtant trois fois moins de hockeyeurs qu’au Québec.

Au cours des 10 dernières années, 76 défenseurs (y compris ceux qui prenaient part au camp estival en août dernier) ont porté les couleurs d’Équipe Canada junior. Or, seulement six d’entre eux provenaient du Québec. Et depuis que les hockeyeurs de la LNH participent aux Jeux olympiques (Nagano 1998), seulement trois Québécois sont parvenus à faire partie de l’équipe nationale. Le dernier en lice, Marc-Édouard Vlasic, verra d’ailleurs son numéro être retiré par les Remparts de Québec pour avoir réussi cet exploit.

***

Récemment, j’ai demandé aux 18 directeurs généraux de la LHJMQ d’expliquer pourquoi, à leur avis, le Québec éprouve autant de difficulté à développer des défenseurs qui répondent aux critères de la LNH. Ces hommes de hockey sont les mieux placés pour répondre à cette question. Avec leurs équipes de recruteurs, ils sillonnent sans relâche les arénas à la recherche de talent. Ils sont des observateurs privilégiés du système de hockey mineur au Québec.

Leur verdict est plutôt étonnant. Selon 62 % d’entre eux, c’est la culture du hockey québécois qui est la principale responsable de cet état de fait! Le Québec, à leurs yeux, constitue une société distincte du reste du pays, même sur les patinoires.

Ainsi, ces directeurs généraux estiment que le Québec éprouve de la difficulté à développer des défenseurs parce que « cette position n’est pas valorisée dans le hockey mineur » ou parce que « le jeu défensif  n’est pas valorisé au Québec ».

- « Au Québec, tout le monde veut jouer au centre! », s’est exclamé un directeur général des Maritimes, en riant.

« La position de défenseur est la moins valorisée auprès des enfants. Et si on n’en fait pas la promotion, je crois que les statistiques vont continuer de chuter. »

Du côté des DG québécois, le son de cloche est exactement le même.

-  « C’est une position qui n’a pas été valorisée et qui n’a pas été bien enseignée pendant très très longtemps au Québec », estime un répondant au sondage qui est aussi un ancien défenseur de la LNH.

« La mentalité québécoise, c’est qu’un cinquième ou un sixième défenseur ou un attaquant de puissance, ce sont des « pas bons ». Pour nous, le centre d’attraction a toujours été celui qui marquaient des buts ou encore les gardiens. Aux yeux des gens d’ici, le défenseur fiable qui est une bête de travail, c’est un chaudron. Je ne sais pas pourquoi il en est ainsi. Les équipes de la LNH recherchent des gars qui sont fiables défensivement, alors que nous au Québec on trippe sur le gars qui amasse 100 points en défense, même s’il n’a aucune idée de son rôle défensivement. Au moins, la mentalité est en train de changer. Ça me donne de l’espoir. »

La saison dernière, un autre DG de la Ligue junior majeur a décidé d’enquêter sur le parcours des défenseurs de son équipe dans le hockey mineur. Sa découverte l’a renversé.

- « Nous avons découvert qu’ils avaient tous commencé à jouer à la défense autour de l’âge pee-wee, parce qu’il n’y avait personne d’autre qui voulait jouer comme défenseur! Ça m’a confirmé que nous avons effectivement un sérieux problème de culture. Dans les petites catégories, il faut valoriser les arrières défensifs qui effectuent une bonne première passe. Et il faut faire des efforts pour développer nos jeunes qui ont des gabarits plus imposants. »

***

Cette dernière remarque n’est pas à négliger non plus. La petite taille des hockeyeurs (et des défenseurs) québécois est souvent évoquée par les recruteurs pour expliquer le manque d’appétit des équipes de la LNH pour le talent québécois.

Dans le sondage qui nous occupe aujourd’hui, c’était d’ailleurs la deuxième réponse dans la liste (19 % des répondants).

S’agit-il d’une insoluble question de bagage génétique. « Absolument pas! », lancent les DG de la LHJMQ. Encore là, disent-ils, c’est la culture québécoise du hockey qui fausse les données.

-  « Dans les plus bas échelons du hockey mineur, on a tendance à miser sur les joueurs qui vont permettre à leur équipe de remporter des victoires à court terme. Et ces joueurs sont souvent les plus petits parce qu’ils sont plus habiles. On laisse souvent de côté les plus grands et les plus gros parce qu’ils ont moins de coordination et parce que leurs habiletés sont moins développées. Lorsqu’on arrive au bout de la chaîne de développement, l’impact est énorme.

« Par ailleurs, nous identifions l’élite à un très jeune âge au Québec et nos jeunes sont initiés aux mises en échec beaucoup plus tard qu’ailleurs. Cela favorise les petits joueurs, qui sont dirigés par de meilleurs entraîneurs et qui obtiennent davantage de temps de glace pour s’entraîner », expliquent les DG qui, comme tout le monde, remarquent que les défenseurs québécois sont en général plus petits qu’ailleurs.

***

Ça prend combien de temps pour changer une culture? Et pour faire comprendre aux enfants (et aux parents qui leur promettent 5$ par but marqué) que les joueurs importants sur une patinoire ne sont pas nécessairement ceux qui animent l’attaque?

Il y a des optimistes qui croient que nous sommes sur le point de reléguer cet étrange (et long) épisode culturel au passé.

« C’est en train de changer. Ça fait trois années consécutives que les repêchages de la LHJMQ mettent surtout en vedette des défenseurs. Et l’été dernier au tournoi Ivan Hlinka en Europe, trois des sept défenseurs de l’équipe canadienne étaient québécois. Je pense que des efforts ont été faits pour changer les mentalités au cours des dernières années et qu’on commence à peine à en voir les résultats », estime l’un des 18 directeurs généraux qui ont pris part au sondage.

En attendant, si Mike Babcock finissait par obtenir la permission de rappeler Xavier Ouellet, ce serait déjà un immense progrès.

Dans l’actualité sportive, il y a parfois des nouvelles ou des informations qui sont rapidement balayées sous le tapis, alors qu’elles valent la peine d’être scrutées en profondeur.

La semaine dernière, par exemple, peu de gens ont sursauté en apprenant qu’un avocat de Philadelphie, Andrew Borroway, s’apprêtait à allonger 155 millions pour acquérir 51 % des actions des Coyotes de l’Arizona. Pourtant, lorsqu’on connaît l’histoire récente des Coyotes, cet investissement n’a aucun sens.

- En 2009, l’ancien propriétaire des Coyotes, Jerry Moyes, a été contraint de déclarer faillite parce que son équipe de hockey lui avait fait perdre plus de 122 millions de dollars en l’espace de quatre ans.
- La LNH a ensuite récupéré la franchise et, pendant quatre longues années, Gary Bettman a cogné à toutes les portes pour tenter de trouver des investisseurs assez fous pour plonger dans cette aventure. Le prix d’achat était fixé aux alentours de 170 millions, et personne ne voulait toucher aux Coyotes. Ni de près, ni de loin.

- En 2013, l’équipe a finalement été vendue à un groupe canadien, Renaissance Sports and Entertainment. Et encore là, l’aventure était tellement risquée d’un point de vue financier que la Ville de Glendale (elle-même au bord de la faillite) a dû s’engager à verser 15 millions par année à RSE pour assurer la gestion de son amphithéâtre.

- Toujours parce que cet investissement avait peu de chances de réussir, les dirigeants canadiens de RSE, George Gosbee et Anthony LeBlanc, ont insisté pour obtenir une clause leur permettant de déménager les Coyotes au bout de cinq ans (après la saison 2017-2018) si leurs déficits accumulés atteignaient les 50 millions.
- À leur première année d’activité, les Coyotes ont perdu… 24 millions.

* * *

Et c’est ici qu’Andrew Barroway sort du champ gauche et qu’il allonge 155 millions pour acquérir 51 % de l’équipe. Cela signifie donc que Barroway établit la valeur des Coyotes à 305 millions. Dans les faits, cette concession saigne de l’argent et ne vaut rien.

Parce que Barroway a tenté ces derniers temps d’acquérir les Islanders de New York et les Devils du New Jersey (ainsi que les 76ers de Philadelphie il y a plusieurs années), la plupart des gens haussent les épaules en se disant : « Voilà un rêveur qui ne connaît pas la valeur de l’argent et qui est prêt à tout pour s’acheter un jouet. »

Sauf que lorsqu’on fouille le passé d’Andrew Barroway, on se rend compte que c’est exactement le contraire. Si quelqu’un connaît la valeur de l’argent, c’est bien lui.

Barroway était auparavant l’un des associés principaux du cabinet Schiffrin Barroway Topaz & Kessler (Pennsylvanie), qui a défendu les intérêts de consommateurs et d’investisseurs privés et institutionnels dans des causes célèbres qui impliquaient des géants comme la pétrolière Shell, Sears, ou des compagnies pharmaceutiques. Les clients de ce cabinet ont empoché des compensations, à la suite de règlements ou de jugements, pouvant varier entre plusieurs centaines de millions et quelques milliards de dollars.

Après avoir quitté ce cabinet, Barroway a fondé Merion Investment Management, et il s’est lancé dans les arbitrages de valeurs. C’est une forme d’investissement extrêmement sophistiquée qui est de plus en plus en vogue.

En gros, lorsqu’une compagnie cotée en bourse fait l’objet d’une offre d’achat, Barroway et son groupe tentent de déterminer la valeur réelle de la compagnie. Si l’offre faite aux actionnaires leur semble défavorable, Merion acquiert un bloc d’actions quelques heures avant le vote pour approuver la transaction. Et une fois la transaction approuvée, comme Merion n’a pas eu le droit de voter, la firme de Barroway demande à un juge de lui permettre de vendre ses actions à un prix (nettement plus élevé) qui correspond à leur valeur réelle.

On parle ici de gains assez rapides (ou de pertes, si le juge détermine que les actions valent moins cher) pouvant aller jusqu’à plusieurs centaines de millions.

Pour survivre et prospérer à ce petit jeu, il faut donc être un véritable crack en matière d’évaluation et d’interprétation de livres comptables.

***
Tout cela nous ramène donc aux Coyotes de l’Arizona.

Pourquoi diable un type qui comprend mieux que quiconque l’absence de valeur de cette équipe de hockey sort-il de nulle part et pige-t-il dans ses économies pour en devenir le propriétaire majoritaire?

Parce que les investisseurs canadiens de RSE n’ont sans doute pas les moyens de perdre 125 millions jusqu’à la fin de la saison 2017-2018. Et parce que Barroway sait qu’à compter de 2018-2019, son équipe vaudra beaucoup plus que 305 millions lorsqu’elle aura déménagé à Seattle, à Las Vegas ou ailleurs.

Il y a quelques semaines, bien avant que Barroway apparaisse dans le paysage médiatique, un dirigeant d’équipe de la LNH me racontait que l’entente liant Glendale et les Coyotes avait été conclue dans le but de déménager l’équipe. J’étais alors plutôt sceptique. Mais là, je ne le suis plus.