Billets classés sous « sources confidentielles »

Le témoignage de Lino Zambito est maintenant terminé. Celui de « Monsieur TPS » (Taxe pour Surprenant) commence. Les révélations se succèdent à un rythme d’enfer. On peut maintenant mettre des visages sur les scandales qui se sont multipliés ces dernières années dans l’industrie de la construction.

Le choc est énorme. La commission Charbonneau tient jusqu’à maintenant ses promesses, soit d’exposer publiquement des stratagèmes qui nous ont coûté très cher.

Comme tout le monde, je suis rivé à mon écran depuis la reprise des travaux de la commission et je suis renversé par ce que j’y entends. Pourtant, je fais partie des journalistes qui ont contribué à débusquer cet immense scandale de l’industrie de la construction. Comment? Principalement par le recours à des sources confidentielles de qualité.

Certains moralisateurs de la profession, dont certains chroniqueurs qui ne sont pas journalistes, s’amusent depuis un certain temps à critiquer nos méthodes d’enquête, notamment le recours aux sources confidentielles. De telles critiques me surprennent. C’est oublier qu’il n’y aurait pas d’enquête journalistique sans sources confidentielles. En fait, il n’y aurait pas d’enquête du tout, ni journalistique ni policière.

Personne ne se précipite spontanément devant les caméras pour s’inculper ou pour accuser d’autres personnes qui sont menaçantes. Comme journaliste, c’est toujours mieux de réussir à présenter des gens qui sont prêts à vider leur sac à visage découvert. Mais dans l’exercice de notre profession, ça arrive rarement. Si nous devons nous replier sur les sources confidentielles, c’est en partie parce que nous n’avons pas de pouvoirs de contrainte, contrairement à une commission d’enquête, qui peut obliger des témoins à se présenter à ses audiences et les forcer à s’identifier.

Nous n’avons pas non plus de pouvoirs de perquisition qui nous permettraient de mettre la main sur des documents compromettants, pouvoirs dont bénéficient les policiers. À cela, ajoutons que nous ne pouvons pas assurer nous-mêmes la sécurité de nos intervenants, sauf de taire leur nom et de faire en sorte que jamais personne ne sache qu’ils nous ont parlé. C’est ce qu’on appelle la protection des sources. Dans nos enquêtes sur la construction, nous avons dû à de nombreuses reprises recourir à des noms de code pour éviter qu’il y ait des fuites sur l’identité de nos sources. Enfin, les gens qui nous parlent ne bénéficient pas de l’immunité que leur offre une commission d’enquête comme la commission Charbonneau.

Toutes ces raisons expliquent pourquoi il nous arrive de devoir présenter nos témoins derrière un paravent. Cela ne signifie pas que nous n’ayons pas fait les vérifications d’usage pour nous assurer de leur crédibilité et de la véracité de leurs propos. La décision de présenter le témoignage d’une source confidentielle n’est jamais prise à la légère à Enquête.

C’est grâce à l’utilisation de ces sources confidentielles de qualité que le journalisme d’enquête donne de bons résultats. Autant pour le scandale de la construction au Québec, que celui des commandites à Ottawa ou du Watergate à Washington.

Ce sont les reportages s’appuyant en partie sur les confidences de sources confidentielles qui ont permis la tenue de la commission Charbonneau, où les témoins viennent confirmer et corroborer un scandale mis au jour il y a trois ans et demi par les journalistes d’enquête, dont nous.