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L’intimidation de Michel Arsenault

mercredi 11 septembre 2013 à 16 h 34 | | Pour me joindre

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gravela_rc

Ça a en partie commencé par une indiscrétion d’un porte-parole de la FTQ. Puis a suivi notre enquête sur la FTQ-Construction et le Fonds de solidarité FTQ. Ensuite, l’affaire des fausses factures de Jocelyn Dupuis et le voyage de Michel Arsenault sur le bateau de son « ami » Tony Accurso.

Tout a par la suite déboulé… Collusion, corruption, infiltration du crime organisé dans l’industrie de la construction, etc.

Museler les médias

Jamais Michel Arsenault n’a voulu répondre directement devant la caméra aux questions des journalistes d’Enquête. Son porte-parole a même déjà dit à une recherchiste de Radio-Canada que son patron ne voulait plus jamais mettre les pieds dans l’édifice de Radio-Canada après la diffusion de nos reportages.

Il n’a cessé de mettre en doute notre rigueur depuis le début de nos enquêtes. Il s’en est pris à nos méthodes, surtout l’utilisation des sources anonymes dans nos reportages. Il nous a traités de tous les noms. Il est allé jusqu’à faire des pressions directement sur nos patrons alléguant que nos reportages étaient sans fondement.

Pourtant, il a fini par admettre que ça avait été une erreur de séjourner sur le Touch. « Autre temps, autres mœurs », a-t-il dit.

Devant le tollé, le Fonds de solidarité, financé en grande partie par les fonds publics, a décidé de revoir ses règles de gouvernance.

Mis au courant de l’existence d’un enregistrement entre son conseiller politique Gilles Audette et Ken Pereira discutant de la présence du crime organisé autour du Fonds de solidarité, Audette a tenté d’obtenir une injonction pour empêcher sa diffusion, en vain.

Par la suite, Michel Arsenault et le Fonds de solidarité ont porté plainte à l’ombudsman de Radio-Canada contre nous, encore là sans succès, quoiqu’il en dise.

Son ami Tony Accurso a aussi tenté de nous intimider en multipliant les poursuites contre nous, dont une sur le traitement de faveur que lui aurait réservé le Fonds de solidarité de la FTQ. M. Accurso a fini par abandonner ses poursuites civiles, après avoir admis en cour que tout ce que nous avions dit était vrai.

La FTQ a aussi voulu faire taire Ken Pereira, le premier qui a parlé dans cette histoire, en signant avec lui une entente pour l’écarter de postes de direction à la FTQ, contre un montant de plusieurs milliers de dollars, entente assortie évidemment d’une clause de confidentialité.

M. Arsenault a continué à tout nier, notamment l’histoire diffusée en décembre 2011 d’un cadeau qu’il a reçu de Tony Accurso, soit un objet de Birks d’une valeur de plus de 12 000 $. La veille, le président de la FTQ-Construction, Jean Lavallée, avait admis avoir bénéficié d’une cure d’amaigrissement dans une chic clinique allemande, toujours aux frais de M. Accurso.

Mais aujourd’hui, M. Arsenault n’en peut plus.

Au moment où la commission Charbonneau a commencé à se pencher sur les résultats de l’enquête Diligence de la Sûreté du Québec et que d’autres médias y vont de nouvelles révélations, il a décidé d’aller jusqu’au bout dans sa démarche pour museler les médias.

L’enquête de la SQ

Après avoir admis il y a trois ans avoir été l’objet d’écoute électronique de la Sûreté du Québec, il dénonce les médias qui en font toujours état.

Cette semaine, il a écrit au ministre de la Sécurité publique pour lui demander d’enquêter sur les fuites d’information émanant de la surveillance électronique effectuée par la SQ à son égard. Dans les heures qui ont suivi, le directeur général de la Sûreté du Québec a ordonné la tenue d’une enquête criminelle sur cette histoire. Après ça, on nous dira qu’il y a un mur de Chine entre la police et le politique!

Y a-t-il eu des pressions « politiques » sur le directeur de la Sûreté du Québec pour qu’il obtempère aussi rapidement à la demande d’enquête de M. Arsenault?

Que vont faire les policiers? Vont-ils écouter les conversations des journalistes? Vont-ils fouiller dans nos carnets d’adresses? Dans nos ordinateurs? Dans nos cellulaires? Vont-ils traquer nos sources? Les mettre sous filature, les accuser et les mettre en prison? Belle façon de faire taire nos sources et de nous intimider!

Déjà dans les heures qui ont suivi la décision du directeur de la SQ de tenir une enquête, une de mes meilleures sources m’a demandé de ne plus lui parler.

Sans les révélations de ces sources, il n’y aurait pas eu d’escouade Marteau. Il n’y aurait pas eu d’UPAC et encore moins de commissions Charbonneau. Le Fonds de solidarité serait toujours sous l’influence d’hommes d’affaires puissants, comme Tony Accurso. Il n’y aurait pas eu d’arrestations de maires ou d’entrepreneurs en construction sans scrupules. On n’aurait rien su de l’infiltration de la mafia dans l’attribution des contrats publics, notamment à Montréal. Nous paierions encore jusqu’à 30 % trop cher pour nos infrastructures.

M. Arsenault se réclame du système d’une société de droit pour justifier cette demande exceptionnelle. Il oublie sans doute que ce système a fermé les yeux pendant très longtemps sur des crimes autrement plus graves que les indiscrétions de sources qui ont à cœur la justice et la vérité!

Nos reportages au fil des ans :

– Des fréquentations surprenantes
(Reportage diffusé au Téléjournal 11 mars 2009)

 

Le fonds sous influence (Reportage diffusé à Enquête le 24 septembre 2009)

 

– Allégations de pots-de-vin au Fonds de solidarité FTQ
(Reportage diffusé au Téléjournal le 11 mai 2010)

 

– Fonds et mafia
(Reportage diffusé au Téléjournal le 8 décembre 2011)

 

– FTQ – Le président a rencontré un acteur de la mafia
(Reportage diffusé au Téléjournal midi le  9 décembre 2011)

 

– Échange de cadeaux entre Tony Accurso et un dirigeant de la FTQ
(Reportage diffusé au Téléjournal le 13 décembre 2011)

 

– Un cadeau de 12 000 $ de Tony Accurso à Michel Arsenault
(Reportage diffusé au Téléjournal le 14 décembre 2011)

Enquête sur les paradis fiscaux

jeudi 4 avril 2013 à 16 h 29 | | Pour me joindre

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Pour notre dernière émission de la saison, nous vous présentons une enquête qui fait déjà beaucoup de bruit.

Il s’agit en fait d’un reportage tiré d’informations sur des activités financières secrètes d’une dizaine de paradis fiscaux, notamment les îles Vierges britanniques, dans les Antilles, et les îles Cook, au large de la Nouvelle-Zélande. Ce reportage provient d’une des plus grosses fuites journalistiques de l’histoire.

Radio-Canada, avec Enquête, fait partie de la trentaine de médias internationaux traitant les deux millions et demi de documents provenant de la fuite, en compagnie de médias aussi prestigieux que la BBC, Le Monde ou le Washington Post.

C’est une opération journalistique sans précédent.

Cette fuite provient de la réception par la poste d’un colis adressé au journaliste australien Gerard Ryle. Il contenait un disque dur renfermant une mine d’informations sur des personnes ou des compagnies ayant des comptes bancaires dans les paradis fiscaux.

L’histoire de Gerard Ryle est fascinante. Comme journaliste au Canberra Times, il a enquêté pendant des années sur un scandale impliquant une compagnie qui faisait de la fraude par l’entremise de paradis fiscaux. En Australie, il était une vraie vedette du journalisme d’enquête.

Un jour, il a reçu par la poste le fameux disque dur. Mais il était illisible. Tout y était pêle-mêle. Beaucoup d’informations étaient cryptées. C’était, comme Ryle l’a dit plus tard, être en possession d’un livre avec un cadenas dessus.

Isolé à Canberra, il lui était impossible de réorganiser les données contenues dans le disque dur pour remonter les stratagèmes des compagnies bénéficiant des avantages des paradis fiscaux. C’est alors qu’il a vu que le poste de directeur de l’ICIJ (International Consortium of Investigative Journalist), une organisation basée à Washington, était disponible. Il s’agit d’une organisation sans but lucratif regroupant 160 journalistes d’enquête en provenance de 46 pays.

C’était pour lui l’occasion rêvée d’aller chercher des ressources lui permettant de « décadenasser » les informations contenues dans le disque dur. Il a obtenu le poste et a décidé de tout laisser derrière lui pour déménager à Washington dans le seul but de déchiffrer et de transmettre au monde entier le fruit de sa cueillette. Seul dans son coin avec le disque dur, il n’aurait pu rien faire.

L’ICIJ a réussi à réorganiser le tout grâce à des experts et en y mettant les ressources nécessaires. On y a retrouvé deux millions et demi de dossiers touchant plus de 100 000 personnes, réparties dans 170 pays, surtout en Asie, ayant des liens avec des compagnies ou des fiducies enregistrées dans les paradis fiscaux.

Une fois la réorganisation des données terminées, l’ICIJ a invité 86 journalistes d’une quarantaine de pays à participer à cette grande opération journalistique. C’est comme ça que mon collègue Frédéric Zalac est entré dans le bal à l’automne dernier.

L’ICIJ a commencé par lui envoyer une liste de 450 noms de citoyens canadiens contenue dans les dossiers du disque dur. Son enquête pouvait ainsi commencer. Elle a mené à son premier reportage diffusé à Enquête cette semaine.

Partout ailleurs sur la planète, d’autres journalistes font la même chose avec les données touchant leur pays respectif dans un grand mouvement de solidarité journalistique internationale.

Ce ne sera pas le seul reportage de Frédéric sur cette histoire. Il y en aura d’autres plus tard.

La diffusion et la publication des informations contenues dans cet envoi ont et auront un très gros impact pendant plusieurs années.

Cela montre la force de la pratique du journalisme d’enquête. Mais cette fois-ci, l’impact est décuplé du fait du regroupement de grands médias. On n’est pas ici dans le commerce de l’information, mais bien davantage dans le service public.

Le dévoilement des secrets bancaires d’individus, de compagnies ou de fiducies dans des paradis fiscaux est hautement d’intérêt public. Ce n’est pas d’hier que l’existence des paradis fiscaux fait scandale.

On se demande pourquoi la communauté internationale n’a pas encore tout fait pour les éliminer. Comment accepter que les plus nantis de nos sociétés réussissent en toute légalité (pas toujours) à placer d’importantes sommes d’argent à l’abri de l’impôt des pays d’où proviennent leurs revenus! La question est d’autant plus d’actualité que le monde occidental est touché depuis quelques années par une crise économique majeure où ce sont les plus vulnérables qui en font les frais.

Enquête de retour à l’automne

Notre sixième saison se termine cette semaine. Cette année, Enquête a reçu plusieurs prix prestigieux. Nous en sommes très fiers.

J’en profite pour remercier tous les artisans qui mettent chaque semaine la main à la pâte pour produire l’émission.

Je vous remercie aussi de votre fidélité.

Entre-temps, nous continuons à fouiller nos dossiers pour la prochaine saison qui commencera à l’automne. Mais si cela est nécessaire, nous diffuserons sans attendre nos reportages dans les bulletins de nouvelles et sur toutes les plateformes de Radio-Canada.