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La mafia en terrain miné dans NDG!

jeudi 7 mars 2013 à 15 h 01 | | Pour me joindre

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gravela_rc

Plus le temps passe, plus on se rend compte de l’importance de l’infiltration de la mafia dans notre économie et nos institutions.

Au début de nos enquêtes, il y a près de cinq ans, nos sources nous racontaient comment la mafia s’y était prise pour étendre ses tentacules un peu partout. Chaque fois, je trouvais fascinantes les histoires que l’on nous racontait, mais j’étais passablement sceptique.

Je ne suis pas un adepte naturel de la théorie du complot. Je ne me lève pas chaque matin en me nourrissant de soupçons à l’égard de tout ce qui bouge. Mais je dois admettre que la réalité est en train de dépasser la fiction.

La commission Charbonneau a bien établi depuis le début de ses travaux le degré élevé de l’infiltration du crime organisé dans notre société jusque dans nos institutions politiques, surtout à Montréal.

Nous présentons cette semaine à Enquête un cas qui s’ajoute à ce qu’on entend quotidiennement à la commission.

C’est l’histoire d’une transaction sur un terrain divisé en deux autour du vieil orphelinat catholique de Notre-Dame-de-Grâce, où deux décisions liées aux changements de zonage ont contribué à faire augmenter de façon exponentielle la valeur d’un des deux terrains.

Or, deux promoteurs rivaux ayant des liens avec des dirigeants de la mafia se disputaient le terrain.

En 2003, ils ont été convoqués par nul autre que le parrain de la mafia, Vito Rizzuto, qui jouait le rôle de médiateur.

Rizzuto a demandé à l’homme d’affaires acquéreur du terrain, Lee Lalli, de s’associer avec Tony Magi. Lalli a refusé.

Ce qui est étonnant dans la conversation, c’est de constater que le parrain de la mafia ne voulait pas brusquer les choses de peur de nuire aux relations politiques de M. Lalli. Voici l’extrait de la conversation que j’ai eue avec Lee Lalli au téléphone :

« Vito savait que j’appuyais le maire Gérald Tremblay, et j’ai dit : “Regarde, je suis un homme honnête.” J’ai dit que je ne voulais pas être associé à cet homme (Tony Magi). Il n’est pas honnête. Les mots exacts de Vito (à Toni Magi) : “Tony, je comprends Lee. Il a de bons contacts politiques. C’est un homme honnête. Il ne veut pas s’associer avec toi. Ça finit là!” »

Ce que l’on comprend de cet extrait, c’est que Vito Rizzuto veut ménager les relations politiques des gens avec qui il entretient des liens.

Cet extrait prend davantage de sens quand on entend Lalli dire qu’il rendait parfois des services à Rizzuto. « À quelques reprises, Vito m’a demandé si je pouvais le rencontrer à la Cantina, parce que certaines personnes devaient de l’argent à d’autres personnes. Il me disait : “Tu connais cette personne, Lee. Va le rencontrer. Il a fourré quelqu’un pour tel montant d’argent. Regarde ça là!” »

Tout ça montre que le crime organisé, ça ne se passe plus seulement dans la rue. Ça se passe de plus en plus souvent dans nos belles tours de bureaux ou dans les restaurants les plus chics en ville grâce aux réseautages les plus élaborés.

Quel intérêt avait Rizzuto à entretenir de bonnes relations avec des gens comme Lalli? Pourquoi devait-il ménager ses bonnes relations politiques?

Ce qu’on sait, c’est que Lee Lalli était un fervent partisan d’Union Montréal, allant jusqu’à organiser au moins deux activités de financement en présence de Michael Applebaum, avec qui il entretenait régulièrement des contacts.

Rien ne prouve que Michael Applebaum était au courant des relations entre Lalli et Rizzuto. Mais on constate que le crime organisé avait ses entrées dans son arrondissement. Des gens qui peuvent être dangereux et qui cherchent à s’enrichir au détriment de la collectivité.

Ceci, même si cela se fait dans la plus grande civilité, à en croire Lee Lalli, dans les conversations que j’ai eues avec lui.

« Pourquoi les gens disent-ils qu’il (Vito) a une belle personnalité? Que c’est un homme charismatique? C’est qu’il cherche toujours à régler les conflits à l’amiable, de façon cordiale. La violence n’est que le dernier recours. » – Lee Lalli

M. Lalli semble oublier que Vito Rizzuto revient d’une longue peine de prison aux États-Unis pour son implication dans un triple meurtre.

Rizzuto redevient le parrain! Vraiment?

lundi 4 février 2013 à 14 h 58 | | Pour me joindre

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gravela_rc

Pas facile de suivre ce qui se passe sur la scène criminelle depuis le retour de Vito Rizzuto.

En fait, les choses bougent tellement depuis l’opération antimafia Colisée de la GRC, qu’il est très difficile de trancher sur la signification à donner aux événements qui se bousculent et se multiplient.

La mafia ne publie pas de communiqués de presse pour dire ce qu’elle va faire ou rendre public le nom de ses dirigeants.

Il faut décoder à partir de signaux, d’indices et d’informations provenant de sources confidentielles, qui sont elles-mêmes alimentées par d’autres sources confidentielles.

Certains soutiennent que Vito Rizzuto est en train de reprendre son poste de parrain à Montréal, à la faveur d’une série de meurtres qui ont été commis depuis son retour des États-Unis, où il était en prison.

Mes sources affirment que cette position est pour l’instant non fondée. Qu’il faut attendre avant d’aller aussi loin.

Mes antennes me disent qu’un seul de ces meurtres a un lien clair et direct avec Vito Rizzuto et son désir de vengeance. Celui de Joe Di Maulo, qui a pu être commis en guise de représailles au meurtre de son père, Nicolo Rizzuto, en 2010.

Pour les autres, les choses ne seraient pas aussi claires.

Il n’est pas impossible que certains criminels profitent de la confusion qui règne à Montréal pour régler eux-mêmes des comptes qui n’ont rien à voir avec la guerre secouant la mafia.

Même le meurtre de Gaétan Gosselin, l’ami de Raynald Desjardins qui a tenté d’écarter le clan sicilien durant l’absence de Vito Rizzuto, pourrait avoir une autre signification.

On m’indique aussi que Vito Rizzuto, pour reprendre sa place, doit envoyer des messages clairs. Or, pour l’instant, le seul message fort, c’est le meurtre de Di Maulo. Et il n’a encore rien fait pour venger le meurtre de son fils, Nick junior, commis en 2009.

Certains vont plus loin en affirmant que Vito Rizzuto serait non seulement redevenu le parrain à Montréal, mais qu’il dirigerait le crime organisé au Canada.

Un instant!

La mafia de Montréal est plus faible que celle en Ontario, qui s’appuie sur neuf cellules liées à la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise.

C’est la mafia qui est la plus puissante au monde, plus que la Cosa Nostra sicilienne dont se réclame le clan Rizzuto.

La ‘Ndrangheta est plus discrète. Mais bien plus efficace.

En Italie, en juin dernier, j’ai rencontré parmi les plus grands procureurs antimafia, qui m’ont tous mis en garde en me disant que Montréal n’était plus aussi importante qu’autrefois dans le giron mafieux international. Qu’il fallait regarder en direction de l’Ontario. D’ailleurs, plusieurs indices laissent croire que la ‘Ndrangheta ontarienne a son mot à dire sur ce qui se passe à Montréal.

On sait notamment qu’il y a eu de nombreuses visites de mafieux montréalais à Toronto ces dernières années aux fins de « consultation ». Notamment, Salvatore Montagna, désigné par la famille Bonnano de New York, qui a fait le détour vers Toronto avant de tenter de succéder à Vito Rizzuto en s’appuyant sur un consortium de divers clans.

Vito Rizzuto lui-même a séjourné à Toronto avant de revenir à Montréal.

En fait, mes sources me disent que Rizzuto ne peut redevenir le parrain à Montréal si l’Ontario ne l’appuie pas inconditionnellement, ce qui, semble-t-il, n’est pas encore fait.

Cela dit, il y a un vide actuellement à Montréal.

Salvatore Montagna a été assassiné. Raynald Desjardins et son acolyte Vittorio Mirarchi, qui ont tenté un coup de force contre le clan sicilien, ont été arrêtés et risquent de longues peines de prison. Tout comme Giuseppe De Vito, un autre aspirant.

Et ce vide favorise… Vito Rizzuto!

Ça arrive rarement. C’est plutôt le contraire qui se produit. Généralement, nous sommes poursuivis par des gens ou des entreprises qui n’aiment pas nos enquêtes. Cette fois-ci, c’est nous qui avons entrepris des procédures judiciaires. La personne visée est la coroner Renée Roussel, qui enquête sur les circonstances entourant la mort de Noémi et d’Audrey Bélanger dans l’île de Phi Phi, dans le sud de la Thaïlande en juin dernier.

La journaliste Johanne Faucher et le réalisateur Georges Amar se sont rendus dans cette île cet été pour faire enquête sur la mort des deux sœurs Bélanger. À mesure que leur enquête progressait, les contradictions s’accumulaient.

La thèse de la consommation d’une boisson contenant du DEET ayant causé la mort des deux sœurs était celle retenue d’abord par le médecin thaïlandais ayant pratiqué l’autopsie. Mais cette thèse est contestée au Canada.

L’autre hypothèse qui fait l’objet de recherches est celle de la vaporisation dans la chambre des sœurs Bélanger d’un pesticide contre les punaises de lit. Cela expliquerait la mort d’autres touristes dans cette région de la Thaïlande au cours des dernières années.

Nous avons multiplié les démarches afin d’obtenir le maximum d’informations autour de ce drame, mais le rapport de la police thaïlandaise reste confidentiel, semble-t-il, à la demande de l’ambassade du Canada.

Pour en avoir le cœur net, ma collègue Johanne Faucher a fait des prélèvements dans la chambre située au-dessus de celle des sœurs Bélanger. Un chimiste lui avait expliqué avant son départ comment procéder à de tels prélèvements.

En revenant, nous avons demandé à un laboratoire indépendant de les analyser. Quelle n’a pas été notre surprise d’apprendre que la coroner Renée Roussel avait fait saisir par la police nos prélèvements en affirmant qu’ils pourraient être utiles dans son enquête!

Pourtant, dès le départ, nous avions convenu avec le laboratoire que les résultats d’analyse de nos prélèvements pourraient être transmis à la coroner. Par la suite, lors d’une rencontre hors caméra avec elle, nous lui avons confirmé que nous étions prêts à partager nos résultats avec elle.

Radio-Canada a donc décidé de déposer une requête pour contester cette saisie. En attendant, nous sommes condamnés à attendre la fin des procédures judiciaires pour compléter notre enquête journalistique.

Ma mafia au Canada

J’ai un peu négligé ce blogue ces derniers temps pour cause de « débordement » journalistique. Les événements se bousculent, si bien que j’ai peine à trouver le temps de l’écrire. J’aimerais quand même revenir sur notre reportage de la semaine dernière sur la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise.

Certains nous ont écrit en disant qu’il était faux de dire que le Canada n’avait pas les outils législatifs nécessaires pour contrer la mafia. C’est vrai que nous avons depuis 1997 une loi antigang. Mais selon les experts que nous avons consultés, cette loi est fort différente de celle que les Italiens ont adoptée. Au Canada, pour être jugé en vertu des dispositions antigang, il faut poser un geste criminel au sens du Code criminel. Être membre d’une bande criminalisée n’est pas un crime en soi.

La loi antiassociation mafieuse italienne est beaucoup plus large que la loi antigang canadienne. Son application s’appuie sur une riche jurisprudence, ce qui n’est pas le cas au Canada. Ces experts canadiens et italiens nous ont expliqué d’une part que la loi italienne est spécifique à la mafia, contrairement à la loi canadienne.

En plus, l’application de la loi italienne réfère à la notion très large de l’intimidation. Elle permet donc d’arrêter beaucoup plus facilement des criminels associés à la mafia.

Si bien que les autorités canadiennes refusent parfois d’extrader des gens soupçonnés d’appartenir à la mafia, en affirmant ne pas reconnaître la loi antiassociation mafieuse italienne.

C’est pour cette raison qu’une dizaine de personnes d’origine italienne et bénéficiant d’un statut au Canada, contre qui les autorités italiennes ont lancé des mandats d’arrestation, vivent paisiblement à Toronto sans être inquiétés par la police canadienne.