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La patience journalistique

jeudi 17 novembre 2011 à 12 h 15 | | Pour me joindre

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gravela_rc

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. — Jean de La Fontaine

En journalisme d’enquête, il faut parfois être patient et persévérant.

Le reportage de cette semaine sur l’île Lapierre de mes collègues Anne Panasuk et Pier Gagné en est un bon exemple.

Il s’agit d’une enquête sur un programme qui a permis à une compagnie de construction de céder à la Ville de Montréal la fameuse île pour 4 millions de dollars. S’ajoutent à cela 10 millions de dollars en crédits d’impôts fédéraux et provinciaux. Un total donc de 14 000 000 $ en fonds publics, alors que la valeur réelle de l’île n’était estimée qu’à 368 000 $.

Nous avions eu un premier filon sur cette histoire il y a deux ans. Mais personne ne voulait témoigner à l’époque, ni n’avait de documents à nous transmettre.

Avec de multiples demandes d’accès à l’information, qui prennent beaucoup de temps à traiter, le voile s’est peu à peu levé sur cette affaire. Puis, les langues ont commencé à se délier.

Finalement, cela a pris deux ans pour produire un reportage sur une île qui, sans la persévérance de mes collègues, n’aurait jamais livré ses secrets.

Gaspillage de fonds publics 

Je vois certains « gérants d’estrade » se scandaliser du temps et des moyens que nous consacrons à nos enquêtes.

Il faut comprendre que lorsque nous disons que nous travaillons longtemps sur un sujet, cela n’exclut pas que nous nous consacrions à d’autres reportages.

Anne a, pendant cette période, travaillé sur plusieurs autres reportages, tant au service des nouvelles que pour l’émission Enquête. Même chose pour Guy Gendron qui, pendant qu’il travaillait sur son enquête sur Quebecor, préparait d’autres sujets, en plus d’animer cet été Tout le monde en parlait.

D’ailleurs, quiconque nous suit constate que nous ne nous limitions pas à notre émission.

De plus en plus souvent, nous nous promenons sur les nombreuses plateformes de Radio-Canada, tant à la télé qu’à la radio, et même parfois à la CBC.

Un bon journaliste d’enquête ne met jamais tous ses œufs dans un même panier. Il réussit à entretenir le feu sous plusieurs dossiers à la fois.

Cela dit, il n’y a pas de raccourcis pour effectuer du vrai journalisme d’enquête. Ça prend du temps, ça prend des moyens, c’est parfois risqué. Et il arrive que les résultats ne soient pas toujours au rendez-vous.

Commercialement, ce n’est pas toujours rentable. Mais socialement, rien ne vaut une bonne enquête journalistique bien ficelée pour faire bouger les choses.

Le dossier de la construction sur lequel nous travaillons depuis trois ans en est l’exemple parfait.