Billets classés sous « Gilles Cloutier »

Anguille sous Roche

vendredi 13 avril 2012 à 15 h 52 | | Pour me joindre

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Ainsi donc, la firme de génie-conseil Roche accuse Enquête « d’avoir bafoué la justice en se substituant aux tribunaux ».

Elle fait référence au reportage de mes collègues Marie-Maude Denis et Sonia Desmarais diffusé jeudi sur les événements entourant l’agrandissement de l’usine d’épuration de Boisbriand, dossier dans lequel plusieurs personnes ont été accusées, dont deux employés de Roche.

Les dirigeants de Roche n’y vont pas avec le dos de la cuillère dans leurs commentaires. Je cite leur communiqué : « Il est troublant de constater que Radio-Canada déclare avoir obtenu la preuve dans la cause de Boisbriand, celle-ci ayant été rendue accessible en contravention d’un engagement de confidentialité écrit liant les avocats de la défense et de la poursuite afin d’assurer le respect du processus judiciaire. […] Plusieurs allégations soulevées dans le reportage proviennent de Gilles Cloutier, qui, dans une déclaration assermentée dont nous avons pris connaissance, déclare lui-même avoir une réputation entachée par des gestes qu’il a posés dans le passé, minant ainsi sa propre crédibilité. Dans cette même déclaration, il affirme avoir donné l’entrevue à Mme Denis après avoir été menacé par elle. Il s’est également dit harcelé par cette dernière. »

Le communiqué de Roche termine en disant qu’au-delà de ces critiques, la compagnie va s’abstenir de tout commentaire.

Un grand classique. Au lieu de répondre à nos questions et à celles d’autres journalistes, Roche préfère tirer sur le messager.

Mais prenons le temps de répondre aux commentaires de Roche.

D’une part, nous croyons fermement qu’il était de notre devoir de diffuser les informations que nous possédions dans le contexte des scandales sur l’industrie de la construction et sur le financement occulte des partis politiques, qui sévissent depuis plus de trois ans, et de la tenue prochaine de la commission Charbonneau.

Nous avons obtenu l’information d’une source et, selon un jugement de la Cour suprême dans la cause « Ma Chouette », il est tout à fait légitime de la traiter si elle est d’intérêt public.

Nous avons été cependant très prudents dans le traitement de l’information, sachant qu’une preuve présentée éventuellement en cour n’est pas le résultat d’un procès. Nous avons spécifié dans notre reportage que les gens accusés, notamment ceux de Roche, sont présumés innocents et que ce sera au juge de décider de leur degré de responsabilité. On a aussi bien dit qu’il s’agissait d’une partie de la preuve et qu’on racontait un aspect de l’histoire.

Sur Gilles Cloutier, nous n’avons jamais caché qu’il n’était pas un ange. Nous l’avons d’ailleurs confronté sur ce fait et on l’a mis en ondes.

Sur les menaces et le harcèlement envers Gilles Cloutier, cela est faux. En tout temps lorsque nous avons réalisé l’entrevue, il savait qu’il pouvait partir et ne pas répondre à nos questions. Il savait qu’il était filmé et enregistré et il a continué quand même à répondre à nos questions.

L’ex-ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau a aussi réagi par communiqué tard jeudi soir en précisant que ce n’est pas elle qui octroyait les contrats et que la subvention pour Boisbriand qu’elle a autorisée était conforme aux normes.

Nous n’avons jamais dit que c’est elle qui octroyait les contrats, mais que la subvention était nécessaire pour que le projet aille de l’avant.

Notre reportage mettait en lumière les liens étroits entre la construction et le monde politique. Ce qui est illustré par le fait que Nathalie Normandeau a accepté des billets de Lino Zambito pour Céline Dion et Madonna et surtout par le fait que le groupe Roche et M. Zambito ont organisé cinq soirées de financement pour elle. Tout ça est pour nous d’intérêt public.

Nous aurions aimé que Mme Normandeau prenne le temps de s’expliquer devant la caméra sur son implication dans le dossier de Boisbriand, mais elle aussi dit dans son communiqué qu’elle ne donnera pas d’autres détails sur la question.