Tous les billets publiés par Alain Gravel

À propos de Alain Gravel

Journaliste depuis 1978, Alain Gravel a joint Radio-Canada en 1993 comme reporter au Point. Il a été l’animateur d’Enjeux de 1997 à 2007. Depuis 2007, il anime l’émission Enquête. Il a reçu de nombreuses distinctions, dont plusieurs prix Gémeaux et deux Grands Prix Judith-Jasmin pour ses reportages sur l’affaire Jeanson et la collusion dans la construction. Alain Gravel a aussi été président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec de 2004 à 2007. Visitez le carnet d’Alain Gravel (http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/carnets/derniersCarnets/2097.shtml)

L’intimidation de Michel Arsenault

Mercredi 11 septembre 2013 à 16 h 34 | | Pour me joindre

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Ça a en partie commencé par une indiscrétion d’un porte-parole de la FTQ. Puis a suivi notre enquête sur la FTQ-Construction et le Fonds de solidarité FTQ. Ensuite, l’affaire des fausses factures de Jocelyn Dupuis et le voyage de Michel Arsenault sur le bateau de son « ami » Tony Accurso.

Tout a par la suite déboulé… Collusion, corruption, infiltration du crime organisé dans l’industrie de la construction, etc.

Museler les médias

Jamais Michel Arsenault n’a voulu répondre directement devant la caméra aux questions des journalistes d’Enquête. Son porte-parole a même déjà dit à une recherchiste de Radio-Canada que son patron ne voulait plus jamais mettre les pieds dans l’édifice de Radio-Canada après la diffusion de nos reportages.

Il n’a cessé de mettre en doute notre rigueur depuis le début de nos enquêtes. Il s’en est pris à nos méthodes, surtout l’utilisation des sources anonymes dans nos reportages. Il nous a traités de tous les noms. Il est allé jusqu’à faire des pressions directement sur nos patrons alléguant que nos reportages étaient sans fondement.

Pourtant, il a fini par admettre que ça avait été une erreur de séjourner sur le Touch. « Autre temps, autres mœurs », a-t-il dit.

Devant le tollé, le Fonds de solidarité, financé en grande partie par les fonds publics, a décidé de revoir ses règles de gouvernance.

Mis au courant de l’existence d’un enregistrement entre son conseiller politique Gilles Audette et Ken Pereira discutant de la présence du crime organisé autour du Fonds de solidarité, Audette a tenté d’obtenir une injonction pour empêcher sa diffusion, en vain.

Par la suite, Michel Arsenault et le Fonds de solidarité ont porté plainte à l’ombudsman de Radio-Canada contre nous, encore là sans succès, quoiqu’il en dise.

Son ami Tony Accurso a aussi tenté de nous intimider en multipliant les poursuites contre nous, dont une sur le traitement de faveur que lui aurait réservé le Fonds de solidarité de la FTQ. M. Accurso a fini par abandonner ses poursuites civiles, après avoir admis en cour que tout ce que nous avions dit était vrai.

La FTQ a aussi voulu faire taire Ken Pereira, le premier qui a parlé dans cette histoire, en signant avec lui une entente pour l’écarter de postes de direction à la FTQ, contre un montant de plusieurs milliers de dollars, entente assortie évidemment d’une clause de confidentialité.

M. Arsenault a continué à tout nier, notamment l’histoire diffusée en décembre 2011 d’un cadeau qu’il a reçu de Tony Accurso, soit un objet de Birks d’une valeur de plus de 12 000 $. La veille, le président de la FTQ-Construction, Jean Lavallée, avait admis avoir bénéficié d’une cure d’amaigrissement dans une chic clinique allemande, toujours aux frais de M. Accurso.

Mais aujourd’hui, M. Arsenault n’en peut plus.

Au moment où la commission Charbonneau a commencé à se pencher sur les résultats de l’enquête Diligence de la Sûreté du Québec et que d’autres médias y vont de nouvelles révélations, il a décidé d’aller jusqu’au bout dans sa démarche pour museler les médias.

L’enquête de la SQ

Après avoir admis il y a trois ans avoir été l’objet d’écoute électronique de la Sûreté du Québec, il dénonce les médias qui en font toujours état.

Cette semaine, il a écrit au ministre de la Sécurité publique pour lui demander d’enquêter sur les fuites d’information émanant de la surveillance électronique effectuée par la SQ à son égard. Dans les heures qui ont suivi, le directeur général de la Sûreté du Québec a ordonné la tenue d’une enquête criminelle sur cette histoire. Après ça, on nous dira qu’il y a un mur de Chine entre la police et le politique!

Y a-t-il eu des pressions « politiques » sur le directeur de la Sûreté du Québec pour qu’il obtempère aussi rapidement à la demande d’enquête de M. Arsenault?

Que vont faire les policiers? Vont-ils écouter les conversations des journalistes? Vont-ils fouiller dans nos carnets d’adresses? Dans nos ordinateurs? Dans nos cellulaires? Vont-ils traquer nos sources? Les mettre sous filature, les accuser et les mettre en prison? Belle façon de faire taire nos sources et de nous intimider!

Déjà dans les heures qui ont suivi la décision du directeur de la SQ de tenir une enquête, une de mes meilleures sources m’a demandé de ne plus lui parler.

Sans les révélations de ces sources, il n’y aurait pas eu d’escouade Marteau. Il n’y aurait pas eu d’UPAC et encore moins de commissions Charbonneau. Le Fonds de solidarité serait toujours sous l’influence d’hommes d’affaires puissants, comme Tony Accurso. Il n’y aurait pas eu d’arrestations de maires ou d’entrepreneurs en construction sans scrupules. On n’aurait rien su de l’infiltration de la mafia dans l’attribution des contrats publics, notamment à Montréal. Nous paierions encore jusqu’à 30 % trop cher pour nos infrastructures.

M. Arsenault se réclame du système d’une société de droit pour justifier cette demande exceptionnelle. Il oublie sans doute que ce système a fermé les yeux pendant très longtemps sur des crimes autrement plus graves que les indiscrétions de sources qui ont à cœur la justice et la vérité!

Nos reportages au fil des ans :

- Des fréquentations surprenantes
(Reportage diffusé au Téléjournal 11 mars 2009)

 

- Le fonds sous influence (Reportage diffusé à Enquête le 24 septembre 2009)

 

- Allégations de pots-de-vin au Fonds de solidarité FTQ
(Reportage diffusé au Téléjournal le 11 mai 2010)

 

- Fonds et mafia
(Reportage diffusé au Téléjournal le 8 décembre 2011)

 

- FTQ – Le président a rencontré un acteur de la mafia
(Reportage diffusé au Téléjournal midi le  9 décembre 2011)

 

- Échange de cadeaux entre Tony Accurso et un dirigeant de la FTQ
(Reportage diffusé au Téléjournal le 13 décembre 2011)

 

- Un cadeau de 12 000 $ de Tony Accurso à Michel Arsenault
(Reportage diffusé au Téléjournal le 14 décembre 2011)

Enquête sur les paradis fiscaux

Jeudi 4 avril 2013 à 16 h 29 | | Pour me joindre

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Pour notre dernière émission de la saison, nous vous présentons une enquête qui fait déjà beaucoup de bruit.

Il s’agit en fait d’un reportage tiré d’informations sur des activités financières secrètes d’une dizaine de paradis fiscaux, notamment les îles Vierges britanniques, dans les Antilles, et les îles Cook, au large de la Nouvelle-Zélande. Ce reportage provient d’une des plus grosses fuites journalistiques de l’histoire.

Radio-Canada, avec Enquête, fait partie de la trentaine de médias internationaux traitant les deux millions et demi de documents provenant de la fuite, en compagnie de médias aussi prestigieux que la BBC, Le Monde ou le Washington Post.

C’est une opération journalistique sans précédent.

Cette fuite provient de la réception par la poste d’un colis adressé au journaliste australien Gerard Ryle. Il contenait un disque dur renfermant une mine d’informations sur des personnes ou des compagnies ayant des comptes bancaires dans les paradis fiscaux.

L’histoire de Gerard Ryle est fascinante. Comme journaliste au Canberra Times, il a enquêté pendant des années sur un scandale impliquant une compagnie qui faisait de la fraude par l’entremise de paradis fiscaux. En Australie, il était une vraie vedette du journalisme d’enquête.

Un jour, il a reçu par la poste le fameux disque dur. Mais il était illisible. Tout y était pêle-mêle. Beaucoup d’informations étaient cryptées. C’était, comme Ryle l’a dit plus tard, être en possession d’un livre avec un cadenas dessus.

Isolé à Canberra, il lui était impossible de réorganiser les données contenues dans le disque dur pour remonter les stratagèmes des compagnies bénéficiant des avantages des paradis fiscaux. C’est alors qu’il a vu que le poste de directeur de l’ICIJ (International Consortium of Investigative Journalist), une organisation basée à Washington, était disponible. Il s’agit d’une organisation sans but lucratif regroupant 160 journalistes d’enquête en provenance de 46 pays.

C’était pour lui l’occasion rêvée d’aller chercher des ressources lui permettant de « décadenasser » les informations contenues dans le disque dur. Il a obtenu le poste et a décidé de tout laisser derrière lui pour déménager à Washington dans le seul but de déchiffrer et de transmettre au monde entier le fruit de sa cueillette. Seul dans son coin avec le disque dur, il n’aurait pu rien faire.

L’ICIJ a réussi à réorganiser le tout grâce à des experts et en y mettant les ressources nécessaires. On y a retrouvé deux millions et demi de dossiers touchant plus de 100 000 personnes, réparties dans 170 pays, surtout en Asie, ayant des liens avec des compagnies ou des fiducies enregistrées dans les paradis fiscaux.

Une fois la réorganisation des données terminées, l’ICIJ a invité 86 journalistes d’une quarantaine de pays à participer à cette grande opération journalistique. C’est comme ça que mon collègue Frédéric Zalac est entré dans le bal à l’automne dernier.

L’ICIJ a commencé par lui envoyer une liste de 450 noms de citoyens canadiens contenue dans les dossiers du disque dur. Son enquête pouvait ainsi commencer. Elle a mené à son premier reportage diffusé à Enquête cette semaine.

Partout ailleurs sur la planète, d’autres journalistes font la même chose avec les données touchant leur pays respectif dans un grand mouvement de solidarité journalistique internationale.

Ce ne sera pas le seul reportage de Frédéric sur cette histoire. Il y en aura d’autres plus tard.

La diffusion et la publication des informations contenues dans cet envoi ont et auront un très gros impact pendant plusieurs années.

Cela montre la force de la pratique du journalisme d’enquête. Mais cette fois-ci, l’impact est décuplé du fait du regroupement de grands médias. On n’est pas ici dans le commerce de l’information, mais bien davantage dans le service public.

Le dévoilement des secrets bancaires d’individus, de compagnies ou de fiducies dans des paradis fiscaux est hautement d’intérêt public. Ce n’est pas d’hier que l’existence des paradis fiscaux fait scandale.

On se demande pourquoi la communauté internationale n’a pas encore tout fait pour les éliminer. Comment accepter que les plus nantis de nos sociétés réussissent en toute légalité (pas toujours) à placer d’importantes sommes d’argent à l’abri de l’impôt des pays d’où proviennent leurs revenus! La question est d’autant plus d’actualité que le monde occidental est touché depuis quelques années par une crise économique majeure où ce sont les plus vulnérables qui en font les frais.

Enquête de retour à l’automne

Notre sixième saison se termine cette semaine. Cette année, Enquête a reçu plusieurs prix prestigieux. Nous en sommes très fiers.

J’en profite pour remercier tous les artisans qui mettent chaque semaine la main à la pâte pour produire l’émission.

Je vous remercie aussi de votre fidélité.

Entre-temps, nous continuons à fouiller nos dossiers pour la prochaine saison qui commencera à l’automne. Mais si cela est nécessaire, nous diffuserons sans attendre nos reportages dans les bulletins de nouvelles et sur toutes les plateformes de Radio-Canada.

L’intimidation de Dessau

Mercredi 20 mars 2013 à 15 h 07 | | Pour me joindre

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Pendant que les témoignages des dirigeants de firmes de génie se multiplient devant la commission Charbonneau, il est intéressant de regarder en arrière, particulièrement dans le cas de Rosaire Sauriol, de Dessau. C’était au printemps 2010, comme nous diffusions un reportage intitulé « Les ingénieurs sous haute surveillance ».

Nous révélions les liens de proximité troublants entre ces firmes et les partis politiques. Nous avions entre autres recensé une cinquantaine d’ex-politiciens ou d’ex-dirigeants gouvernementaux et municipaux se retrouvant dans de grandes firmes de génie-conseil, dont Frank Zampino, l’ancien président du comité exécutif de Montréal, qui aujourd’hui fait face à la justice. Nous cherchions à savoir s’il s’agissait là d’un simple hasard ou d’une stratégie pour obtenir de l’information privilégiée.

Nous parlions aussi d’une soirée de financement douteuse organisée en 2008 à Montréal par un dirigeant d’une filiale de Dessau pour l’ex-ministre des Affaires municipales Nathalie Normandeau, pourtant députée d’une circonscription de la Gaspésie. L’activité de financement avait rapporté officiellement 43 000 $. C’est Gilles Vaillancourt qui avait présenté Mme Normandeau. D’autres maires étaient présents.

Mais des sources nous avaient indiqué que c’était bien Dessau, et non un de ses employés, qui avait organisé la soirée, en violation avec la loi électorale.

Nous avions tenté à de nombreuses reprises d’obtenir une entrevue avec les gens de Dessau, mais en vain.

Dans son témoignage à la commission Charbonneau, le vice-président de la compagnie n’a pas parlé de cette activité de financement. Mais il a parlé d’un système de prête-noms pour contribuer aux partis politiques provinciaux.

À l’époque, au lieu de nous répondre, la compagnie, par le truchement de l’avocat Christian Joly, nous avait fait parvenir une mise en demeure bien sentie, quelques semaines avant la diffusion du reportage. Pour s’assurer de l’effet de cette mise en demeure, elle avait été adressée au bureau du président de Radio-Canada, Hubert Lacroix.

Il est clair que l’objectif était de nous intimider.

Il est très instructif avec le recul que nous offre la commission Charbonneau de relire le libellé de cette mise en demeure dont le signataire s’offusque de nos demandes d’entrevues répétées sur le financement illégal de partis politiques par Dessau.

En voici des extraits :

« À chacune des occasions, les porte-parole de Dessau ont catégoriquement nié toute implication dans le financement de partis politiques et du PLQ en particulier et que ce soit directement ou par le biais d’un employé. […] Notre cliente se fait un devoir de respecter scrupuleusement les lois en vigueur partout où elle œuvre. […]

Or, nous avons des raisons de croire que dans un prochain épisode d’Enquête, vos journalistes ont l’intention de rapporter que Dessau organise de telles activités de financement en violation des dispositions de la loi électorale. Dessau réitère de nouveau vigoureusement par la présente que de telles allégations sont fausses et sans fondement.

[…] Si nos informations sont exactes et que vous vous apprêtez à diffuser de telles allégations fausses et sans fondement, la présente a pour but de vous mettre en garde et de vous aviser que ceci aura pour effet de causer un tort et des dommages importants à Dessau qui vous en tiendra responsable et prendra contre vous les recours appropriés. »

Avec le recul, qui donc a causé « un tort et des dommages importants » aux actionnaires de Dessau? Les journalistes à la recherche de la vérité, ou les dirigeants d’entreprises contraints aujourd’hui de faire leur mea culpa devant la commission Charbonneau?

Quand j’entends Rosaire Sauriol souligner dans son témoignage que l’entreprise avait décidé d’elle-même de faire une déclaration volontaire au fisc sur les 2 millions de dollars qu’elle a versés illégalement aux partis politiques, je demeure sceptique.

En fait, ça me fait penser à Lance Armstrong quand il déclare regretter de s’être dopé pendant toutes ces années.

Le regrette-t-il vraiment ou regrette-t-il de s’être fait prendre?

La mafia en terrain miné dans NDG!

Jeudi 7 mars 2013 à 15 h 01 | | Pour me joindre

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Plus le temps passe, plus on se rend compte de l’importance de l’infiltration de la mafia dans notre économie et nos institutions.

Au début de nos enquêtes, il y a près de cinq ans, nos sources nous racontaient comment la mafia s’y était prise pour étendre ses tentacules un peu partout. Chaque fois, je trouvais fascinantes les histoires que l’on nous racontait, mais j’étais passablement sceptique.

Je ne suis pas un adepte naturel de la théorie du complot. Je ne me lève pas chaque matin en me nourrissant de soupçons à l’égard de tout ce qui bouge. Mais je dois admettre que la réalité est en train de dépasser la fiction.

La commission Charbonneau a bien établi depuis le début de ses travaux le degré élevé de l’infiltration du crime organisé dans notre société jusque dans nos institutions politiques, surtout à Montréal.

Nous présentons cette semaine à Enquête un cas qui s’ajoute à ce qu’on entend quotidiennement à la commission.

C’est l’histoire d’une transaction sur un terrain divisé en deux autour du vieil orphelinat catholique de Notre-Dame-de-Grâce, où deux décisions liées aux changements de zonage ont contribué à faire augmenter de façon exponentielle la valeur d’un des deux terrains.

Or, deux promoteurs rivaux ayant des liens avec des dirigeants de la mafia se disputaient le terrain.

En 2003, ils ont été convoqués par nul autre que le parrain de la mafia, Vito Rizzuto, qui jouait le rôle de médiateur.

Rizzuto a demandé à l’homme d’affaires acquéreur du terrain, Lee Lalli, de s’associer avec Tony Magi. Lalli a refusé.

Ce qui est étonnant dans la conversation, c’est de constater que le parrain de la mafia ne voulait pas brusquer les choses de peur de nuire aux relations politiques de M. Lalli. Voici l’extrait de la conversation que j’ai eue avec Lee Lalli au téléphone :

« Vito savait que j’appuyais le maire Gérald Tremblay, et j’ai dit : “Regarde, je suis un homme honnête.” J’ai dit que je ne voulais pas être associé à cet homme (Tony Magi). Il n’est pas honnête. Les mots exacts de Vito (à Toni Magi) : “Tony, je comprends Lee. Il a de bons contacts politiques. C’est un homme honnête. Il ne veut pas s’associer avec toi. Ça finit là!” »

Ce que l’on comprend de cet extrait, c’est que Vito Rizzuto veut ménager les relations politiques des gens avec qui il entretient des liens.

Cet extrait prend davantage de sens quand on entend Lalli dire qu’il rendait parfois des services à Rizzuto. « À quelques reprises, Vito m’a demandé si je pouvais le rencontrer à la Cantina, parce que certaines personnes devaient de l’argent à d’autres personnes. Il me disait : “Tu connais cette personne, Lee. Va le rencontrer. Il a fourré quelqu’un pour tel montant d’argent. Regarde ça là!” »

Tout ça montre que le crime organisé, ça ne se passe plus seulement dans la rue. Ça se passe de plus en plus souvent dans nos belles tours de bureaux ou dans les restaurants les plus chics en ville grâce aux réseautages les plus élaborés.

Quel intérêt avait Rizzuto à entretenir de bonnes relations avec des gens comme Lalli? Pourquoi devait-il ménager ses bonnes relations politiques?

Ce qu’on sait, c’est que Lee Lalli était un fervent partisan d’Union Montréal, allant jusqu’à organiser au moins deux activités de financement en présence de Michael Applebaum, avec qui il entretenait régulièrement des contacts.

Rien ne prouve que Michael Applebaum était au courant des relations entre Lalli et Rizzuto. Mais on constate que le crime organisé avait ses entrées dans son arrondissement. Des gens qui peuvent être dangereux et qui cherchent à s’enrichir au détriment de la collectivité.

Ceci, même si cela se fait dans la plus grande civilité, à en croire Lee Lalli, dans les conversations que j’ai eues avec lui.

« Pourquoi les gens disent-ils qu’il (Vito) a une belle personnalité? Que c’est un homme charismatique? C’est qu’il cherche toujours à régler les conflits à l’amiable, de façon cordiale. La violence n’est que le dernier recours. » – Lee Lalli

M. Lalli semble oublier que Vito Rizzuto revient d’une longue peine de prison aux États-Unis pour son implication dans un triple meurtre.

Les amis

Mercredi 6 février 2013 à 16 h 18 | | Pour me joindre

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C’est drôle comment une photo peut prendre de l’importance selon les événements…

Regardez celle-ci. Une bonne partie de l’état-major de la FTQ-Construction en compagnie de Giuseppe Borsellino. À sa gauche, vous avez sûrement reconnu son ami Jocelyn Dupuis, qui a bénéficié gratuitement du condo d’une des compagnies de Borsellino au désormais célèbre 1000, de la Commune. Et à sa droite, Rénald Grondin, aussi de la FTQ-Construction, et dont on a parlé mardi à la commission Charbonneau. Cette photo a été publiée la première fois en mai 2010 dans Ruefrontenac.com. Ils participaient tous à une soirée pour la fondation de la compagnie de Joe Borsellino, Garnierkids.

Puis, regardez celle-ci. M. Borsellino avec Tony Tomassi à l’Assemblée nationale. M. Tomassi, pour qui M. Borsellino a fait « encore une p’tite affaire », selon l’écoute électronique entendue mardi à la Commission. Le procureur de la commission n’a pas encore demandé à M. Borsellino quelle était cette « p’tite affaire ».

Une photo, dit-on, vaut mille mots!

Rizzuto redevient le parrain! Vraiment?

Lundi 4 février 2013 à 14 h 58 | | Pour me joindre

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Pas facile de suivre ce qui se passe sur la scène criminelle depuis le retour de Vito Rizzuto.

En fait, les choses bougent tellement depuis l’opération antimafia Colisée de la GRC, qu’il est très difficile de trancher sur la signification à donner aux événements qui se bousculent et se multiplient.

La mafia ne publie pas de communiqués de presse pour dire ce qu’elle va faire ou rendre public le nom de ses dirigeants.

Il faut décoder à partir de signaux, d’indices et d’informations provenant de sources confidentielles, qui sont elles-mêmes alimentées par d’autres sources confidentielles.

Certains soutiennent que Vito Rizzuto est en train de reprendre son poste de parrain à Montréal, à la faveur d’une série de meurtres qui ont été commis depuis son retour des États-Unis, où il était en prison.

Mes sources affirment que cette position est pour l’instant non fondée. Qu’il faut attendre avant d’aller aussi loin.

Mes antennes me disent qu’un seul de ces meurtres a un lien clair et direct avec Vito Rizzuto et son désir de vengeance. Celui de Joe Di Maulo, qui a pu être commis en guise de représailles au meurtre de son père, Nicolo Rizzuto, en 2010.

Pour les autres, les choses ne seraient pas aussi claires.

Il n’est pas impossible que certains criminels profitent de la confusion qui règne à Montréal pour régler eux-mêmes des comptes qui n’ont rien à voir avec la guerre secouant la mafia.

Même le meurtre de Gaétan Gosselin, l’ami de Raynald Desjardins qui a tenté d’écarter le clan sicilien durant l’absence de Vito Rizzuto, pourrait avoir une autre signification.

On m’indique aussi que Vito Rizzuto, pour reprendre sa place, doit envoyer des messages clairs. Or, pour l’instant, le seul message fort, c’est le meurtre de Di Maulo. Et il n’a encore rien fait pour venger le meurtre de son fils, Nick junior, commis en 2009.

Certains vont plus loin en affirmant que Vito Rizzuto serait non seulement redevenu le parrain à Montréal, mais qu’il dirigerait le crime organisé au Canada.

Un instant!

La mafia de Montréal est plus faible que celle en Ontario, qui s’appuie sur neuf cellules liées à la ‘Ndrangheta, la mafia calabraise.

C’est la mafia qui est la plus puissante au monde, plus que la Cosa Nostra sicilienne dont se réclame le clan Rizzuto.

La ‘Ndrangheta est plus discrète. Mais bien plus efficace.

En Italie, en juin dernier, j’ai rencontré parmi les plus grands procureurs antimafia, qui m’ont tous mis en garde en me disant que Montréal n’était plus aussi importante qu’autrefois dans le giron mafieux international. Qu’il fallait regarder en direction de l’Ontario. D’ailleurs, plusieurs indices laissent croire que la ‘Ndrangheta ontarienne a son mot à dire sur ce qui se passe à Montréal.

On sait notamment qu’il y a eu de nombreuses visites de mafieux montréalais à Toronto ces dernières années aux fins de « consultation ». Notamment, Salvatore Montagna, désigné par la famille Bonnano de New York, qui a fait le détour vers Toronto avant de tenter de succéder à Vito Rizzuto en s’appuyant sur un consortium de divers clans.

Vito Rizzuto lui-même a séjourné à Toronto avant de revenir à Montréal.

En fait, mes sources me disent que Rizzuto ne peut redevenir le parrain à Montréal si l’Ontario ne l’appuie pas inconditionnellement, ce qui, semble-t-il, n’est pas encore fait.

Cela dit, il y a un vide actuellement à Montréal.

Salvatore Montagna a été assassiné. Raynald Desjardins et son acolyte Vittorio Mirarchi, qui ont tenté un coup de force contre le clan sicilien, ont été arrêtés et risquent de longues peines de prison. Tout comme Giuseppe De Vito, un autre aspirant.

Et ce vide favorise… Vito Rizzuto!

À bas les vélos l’hiver!

Lundi 17 décembre 2012 à 11 h 57 | | Pour me joindre

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Je vous avertis, mon jupon va beaucoup dépasser dans ce blogue. Je veux vous parler de quelqu’un que j’aime bien. Vous le voyez à l’occasion à la télé de Radio-Canada ou l’entendez à la radio. Un grand sec à l’accent français, spécialiste des médias sociaux. Un gars super sympathique et brillant. Il s’appelle Florent Daudens. Toujours prêt à vous rendre service. Il ne ferait pas de mal à une mouche.

Quand j’étais président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, il était l’assistant du secrétaire général. Il sortait tout juste de l’université. Il était toujours partant pour les projets les plus audacieux. Un gars hyper-travaillant. Le genre de gars trop parfait. Tellement parfait, que l’hiver, il circule en ville à vélo.

Les prédateurs de cyclistes n’aiment pas ce genre de personnes. Un, ils ralentissent la circulation. Et deux, ils ont l’air arrogant au guidon de leur vélo. Le genre de sportif urbain, pseudo écolo et grano du Plateau ou du Mile-End.

Vendredi soir, il est arrivé à Florent un incident qu’il ne méritait pas.

Il circulait dans la rue Saint-Hubert à Montréal dans une portion étroite où il n’y a de l’espace que pour une seule voiture. N’ayant pas de place pour se tasser et laisser les voitures le dépasser, son vélo a empiété sur la voie des autos, ralentissant les gens derrière. « Faut-tu être cave, devait se dire les gens derrière. Rouler l’hiver et choisir une rue aussi étroite. »

Justement, Florent, comme plusieurs cyclistes qui roulent l’hiver, cherche les petites rues pour ne pas nuire à trop d’automobilistes en même temps.  Sur Saint-Hubert, le retard qu’il causait n’était pas très long, 15 ou 20 secondes, le temps de se rendre à la prochaine intersection pour laisser passer les voitures comme les cyclistes d’hiver le font souvent. Mais 15 ou 20 secondes, le vendredi soir tandis que commence le week-end, c’est une éternité!

Derrière, il y avait un couple plus pressé que les autres. Sur le siège du passager d’une des voitures, l’homme s’est mis à crier après Florent. « Espèce de pédale! Tasse-toi! » Florent, au lieu de l’affronter et de le provoquer, a décidé de suivre son chemin sans dire un mot. En tout cas, c’est ce qu’il m’a dit. « Tasse-toé le cave, devait se dire l’homme. Les rues de Montréal sont faites pour les autos, pas les vélos. Surtout l’hiver. »

Pourtant, Florent est bien un citoyen de Montréal. Il gagne sa vie honorablement et paie ses taxes et impôts comme tout le monde. En plus, il vit dans une ville qui cherche par tous les moyens à diversifier les moyens de transport pour désengorger les rues. Le vélo, même l’hiver, fait partie du cocktail de solutions, comme le transport en commun. En plus, il n’est pas le seul. On serait (vous l’avez deviné, moi aussi je roule à vélo l’hiver lorsqu’il n’y a pas trop de neige) 50 000 cyclistes l’hiver à Montréal.

Je reviens à l’incident de vendredi soir dernier. Une fois rendu à l’intersection, le couple à bord de l’auto arrive à la hauteur de Florent.

Le passager sort de sa voiture et sans avertissement, assène à Florent quatre coups de poing au visage. Florent tombe par terre sur la tête. Heureusement, il avait un casque. Pour être bien sûr qu’il ait sa leçon, il continue de le frapper. Florent, toujours au sol, essaie de se protéger. Puis, l’homme remonte dans sa voiture conduite par sa conjointe et fuit les lieux.

Résultat : Florent Daudens a deux dents cassées et des contusions sur tout le corps. Il a un œil au beurre noir et une partie du visage tuméfié. Il a été chanceux. Ça aurait pu être bien pire.

Tout ça pour 15 ou 20 secondes. Mais ces 15 et 20 secondes semblent tellement précieuses qu’on voit toute l’année durant des automobilistes mettre la vie d’autrui en danger par toutes sortes de manœuvres. Pas seulement la vie des cyclistes, mais aussi de piétons et d’autres automobilistes.

Il faudrait faire quoi? Retourner dans nos autos et faire comme tout le monde? Se mettre en ligne dans les bouchons ou s’entasser dans les autobus et le métro?

Cinquante mille cyclistes, ça fait quand même autant de gens qui ne circulent pas en voiture.

Mais c’est vrai, sans cyclistes, il n’y aura plus de rage au volant contre les cyclistes. Seulement, contre les autres automobilistes.

Laval : le ring

Vendredi 7 décembre 2012 à 14 h 28 | | Pour me joindre

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Enquêter sur Laval ressemble un peu à une marche dans le noir les yeux bandés. Chaque pas est compliqué et requiert une grande patience.

Notre enquête de cette semaine est le fruit d’un travail journalistique de longue haleine des journalistes Christian Latreille et Gino Harel et de la réalisatrice Sonia Desmarais.

Christian raconte les écueils de son enquête :

« Nous avons passé plus de deux ans à rencontrer des témoins d’actes de collusion et de corruption afin de les convaincre de nous raconter leur histoire. Parce qu’à Laval, un cercle d’homme d’affaires, un « ring », comme ils le surnomment, contrôlerait tout à l’abri des regards. Nous avons réussi après des mois de négociations à convaincre un des membres de ce « ring » de nous expliquer le fonctionnement du système de corruption à Laval. C’est lui qui nous a permis de révéler l’existence d’une caisse occulte gérée par des élus, et alimentée par des entrepreneurs et des firmes de génie à l’aide de millions de dollars en pots-de-vin. »

Sur la démarche concernant les prête-noms au PRO des Lavallois

Le travail de Gino Harel n’a pas été plus facile. Il nous explique comment il s’y est pris pour briser la loi du silence autour des activités du parti du maire Vaillancourt, le PRO des Lavallois :

« Nous avons consulté les listes de donateurs du parti pour de nombreuses années. Nous avons contacté et rencontré plusieurs de ces contributeurs pour leur demander, si la question les concerne, d’admettre l’inavouable. « Avez-vous fait un chèque au PRO des Lavallois en échange d’argent comptant qu’on vous remettait pour vous rembourser? En d’autres mots, avez-vous été un prête-nom pour le parti de l’ancien maire Gilles Vaillancourt? » »

Convaincre des gens de parler des gestes illégaux qu’ils ont faits n’est pas une mince affaire. Encore moins si cela fait des années qu’ils tentent de le cacher. Nos recherches nous ont permis de trouver quelqu’un qui avait réalisé l’illégalité du rôle de prête-nom pour un don politique, mais seulement après coup. Réal Béland. Voilà quelqu’un qui a accepté de raconter son histoire à un journaliste. Il souhaitait en quelque sorte avertir les électeurs québécois qu’il ne faut pas tolérer que notre système de financement politique soit entaché par des mécanismes de contournement. De douteuses astuces qui finissent par miner notre démocratie.

Ce qu’il faut dire aussi en marge de l’émission de cette semaine, c’est que le dossier de Laval retient notre attention depuis très longtemps. En fait, les premières informations que nous avons reçues, il y a quatre ans, sur le scandale de l’industrie de la construction et le financement des partis politiques touchaient spécifiquement Laval.

Plusieurs s’interrogent sur l’intérêt de l’émission Enquête à consacrer une heure à l’affaire Magnotta.

Certains craignent qu’on donne trop d’importance à Luka Magnotta, qui est accusé pour le meurtre crapuleux de Lin Jun. Que l’on satisfasse son désir d’attirer l’attention.

D’autres craignent qu’on présente dans notre reportage des images scabreuses des événements, qu’on sombre dans un sensationnalisme de bas étage.

Rassurez-vous, vous ne verrez aucune image répugnante dans l’enquête de mes collègues Madeleine Roy, Mireille Ledoux et Patrick Martin-Ménard. Nous ne transformerons pas non plus Magnotta en vedette de la chronique des faits divers.

Il s’agit d’un reportage réalisé dans la plus grande sobriété, qui n’a pour objectif que la prévention de crimes similaires.

La question que nous posons est de savoir s’il y avait des signes assez clairs pour que la police intervienne avant que le crime ne soit commis. L’autre question : en avait-elle les moyens?

En regardant notre enquête, on se rend compte que Magnotta a laissé de nombreux indices sur Internet sur ses intentions présumées.

En fait, c’est comme s’il voulait qu’on le suive dans son délire et qu’on finisse par l’attraper.

D’ailleurs, de nombreux internautes ont témoigné l’avoir traqué pendant des mois sur la toile après la diffusion de plusieurs vidéos montrant des chatons torturés et tués.

De fil en aiguille, ils ont réussi à localiser l’auteur présumé de ces vidéos et, ultimement, ils ont alerté la police autant aux États-Unis qu’au Canada.

Malheureusement, la police n’a pas pu arrêter Magnotta avant la mort de Lin Jun.

L’autre aspect fascinant de l’enquête de Madeleine, Mireille et Patrick, c’est ce concept d’une chasse à l’homme sur le web.

On se rend compte en le visionnant à quel point notre monde a changé.

Que les policiers ne peuvent plus uniquement concentrer leurs enquêtes sur les indices physiques les guidant dans leurs soupçons. Que les preuves virtuelles sont susceptibles dans certains cas, notamment dans l’histoire du meurtre de Lin Jun, de les éclairer tout autant, sinon plus.

Dans ce contexte, l’autre question qui se pose est de savoir si nos corps de police ont évolué aussi vite que la société en constatant les maigres ressources accordées à la lutte contre la cybercriminalité.

Notre enquête de cette semaine sur les agressions sexuelles qu’auraient subies de nombreux élèves de l’Institut des sourds de Montréal est très difficile à regarder.

Certes, ce n’est pas la première fois qu’on présente des reportages de ce type, mais celui de cette semaine est à mon avis unique. Il a été réalisé par la journaliste Johanne Faucher et la réalisatrice Johanne Bonneau.

Il est unique, d’une part parce qu’il s’agit de victimes « parfaites » en raison de leurs difficultés à transmettre leur détresse, puisqu’elles sont privées de la parole.

Il est aussi unique en raison des témoignages livrés en langage des signes. C’est probablement la première fois qu’on assiste à des témoignages d’agressions sexuelles exprimés de façon aussi crue.

Les sourds communiquent entre eux de façon très directe. Les témoignages recueillis semblent durs, leurs propos explicites. Ils sont difficiles à écouter. Les anciens élèves nous ont donné des témoignages de façon très candide, sans filtre. C’est leur façon de communiquer.

Le degré de difficulté pour cette enquête était très élevé parce qu’au début nous ne savions pas si les noms des présumés agresseurs allaient être rendus publics. Il était donc important pour nous de rencontrer le plus grand nombre possible d’anciens élèves qui disaient avoir été agressés sexuellement.

Autre difficulté, nous avons dû avoir un interprète avec nous pour toute la durée du tournage. Nous avons rencontré une quinzaine d’anciens élèves. Nous pouvions difficilement communiquer avec eux par courriel. Plusieurs sont illettrés et n’arrivaient pas à comprendre nos messages. Nous avons utilisé les services d’interprètes de Bell, mais ce n’était pas toujours facile de se faire comprendre.

Les personnes qui ont fréquenté l’Institut des sourds de Montréal dans les années 50 et 60 sont pour la plupart analphabètes. Une génération sacrifiée par des méthodes d’apprentissage de la langue. On attendait d’eux qu’ils prononcent des sons qu’ils n’entendaient pas. Aujourd’hui, la plupart ne savent ni lire ni écrire.

En plus de toutes ces difficultés, les anciens élèves devaient nous faire confiance sur un sujet aussi délicat. Ils ont dû également faire confiance aux interprètes pour rapporter leurs propos avec justesse. Il est arrivé qu’un ancien élève arrête l’entrevue parce qu’il ne croyait pas que sa réponse avait été bien interprétée. Par exemple, il avait fait quelques signes et l’interprète parlait pendant une minute. Pour lui, c’était impossible que ce soit si long. Nous devions, nous aussi, nous fier au professionnalisme des interprètes.

L’autre difficulté à laquelle notre équipe a été confrontée est le silence des Clercs de Saint-Viateur, visés par les accusations des témoins entendus dans notre reportage.

Ils n’ont jamais voulu répondre à nos questions.