À bas les vélos l’hiver!

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 publié le 17 décembre 2012 à 11 h 57

Je vous avertis, mon jupon va beaucoup dépasser dans ce blogue. Je veux vous parler de quelqu’un que j’aime bien. Vous le voyez à l’occasion à la télé de Radio-Canada ou l’entendez à la radio. Un grand sec à l’accent français, spécialiste des médias sociaux. Un gars super sympathique et brillant. Il s’appelle Florent Daudens. Toujours prêt à vous rendre service. Il ne ferait pas de mal à une mouche.

Quand j’étais président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, il était l’assistant du secrétaire général. Il sortait tout juste de l’université. Il était toujours partant pour les projets les plus audacieux. Un gars hyper-travaillant. Le genre de gars trop parfait. Tellement parfait, que l’hiver, il circule en ville à vélo.

Les prédateurs de cyclistes n’aiment pas ce genre de personnes. Un, ils ralentissent la circulation. Et deux, ils ont l’air arrogant au guidon de leur vélo. Le genre de sportif urbain, pseudo écolo et grano du Plateau ou du Mile-End.

Vendredi soir, il est arrivé à Florent un incident qu’il ne méritait pas.

Il circulait dans la rue Saint-Hubert à Montréal dans une portion étroite où il n’y a de l’espace que pour une seule voiture. N’ayant pas de place pour se tasser et laisser les voitures le dépasser, son vélo a empiété sur la voie des autos, ralentissant les gens derrière. « Faut-tu être cave, devait se dire les gens derrière. Rouler l’hiver et choisir une rue aussi étroite. »

Justement, Florent, comme plusieurs cyclistes qui roulent l’hiver, cherche les petites rues pour ne pas nuire à trop d’automobilistes en même temps.  Sur Saint-Hubert, le retard qu’il causait n’était pas très long, 15 ou 20 secondes, le temps de se rendre à la prochaine intersection pour laisser passer les voitures comme les cyclistes d’hiver le font souvent. Mais 15 ou 20 secondes, le vendredi soir tandis que commence le week-end, c’est une éternité!

Derrière, il y avait un couple plus pressé que les autres. Sur le siège du passager d’une des voitures, l’homme s’est mis à crier après Florent. « Espèce de pédale! Tasse-toi! » Florent, au lieu de l’affronter et de le provoquer, a décidé de suivre son chemin sans dire un mot. En tout cas, c’est ce qu’il m’a dit. « Tasse-toé le cave, devait se dire l’homme. Les rues de Montréal sont faites pour les autos, pas les vélos. Surtout l’hiver. »

Pourtant, Florent est bien un citoyen de Montréal. Il gagne sa vie honorablement et paie ses taxes et impôts comme tout le monde. En plus, il vit dans une ville qui cherche par tous les moyens à diversifier les moyens de transport pour désengorger les rues. Le vélo, même l’hiver, fait partie du cocktail de solutions, comme le transport en commun. En plus, il n’est pas le seul. On serait (vous l’avez deviné, moi aussi je roule à vélo l’hiver lorsqu’il n’y a pas trop de neige) 50 000 cyclistes l’hiver à Montréal.

Je reviens à l’incident de vendredi soir dernier. Une fois rendu à l’intersection, le couple à bord de l’auto arrive à la hauteur de Florent.

Le passager sort de sa voiture et sans avertissement, assène à Florent quatre coups de poing au visage. Florent tombe par terre sur la tête. Heureusement, il avait un casque. Pour être bien sûr qu’il ait sa leçon, il continue de le frapper. Florent, toujours au sol, essaie de se protéger. Puis, l’homme remonte dans sa voiture conduite par sa conjointe et fuit les lieux.

Résultat : Florent Daudens a deux dents cassées et des contusions sur tout le corps. Il a un œil au beurre noir et une partie du visage tuméfié. Il a été chanceux. Ça aurait pu être bien pire.

Tout ça pour 15 ou 20 secondes. Mais ces 15 et 20 secondes semblent tellement précieuses qu’on voit toute l’année durant des automobilistes mettre la vie d’autrui en danger par toutes sortes de manœuvres. Pas seulement la vie des cyclistes, mais aussi de piétons et d’autres automobilistes.

Il faudrait faire quoi? Retourner dans nos autos et faire comme tout le monde? Se mettre en ligne dans les bouchons ou s’entasser dans les autobus et le métro?

Cinquante mille cyclistes, ça fait quand même autant de gens qui ne circulent pas en voiture.

Mais c’est vrai, sans cyclistes, il n’y aura plus de rage au volant contre les cyclistes. Seulement, contre les autres automobilistes.