Affaire Armstrong : aveuglement volontaire

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 publié le 15 novembre 2012 à 15 h 17

Dans le reportage de la télévision australienne sur l’affaire Armstrong diffusé à Enquête, on voit l’ex-détenteur de sept maillots jaunes mentir à plusieurs reprises sous serment.

Ces mensonges peuvent se transformer en parjures si la justice américaine décide de pousser l’affaire plus loin. Donc, Lance Armstrong pourrait éventuellement faire de la prison.

Qui aurait dit qu’un jour l’affaire Armstrong déboucherait sur une situation aussi grave?

Le problème, c’est qu’il n’y a rien de nouveau dans son histoire, sauf la publication du rapport de l’Agence américaine antidopage et les sanctions imposées récemment contre lui.

Les « plus que » soupçons le visant ne datent pas d’hier.

Des livres ont été écrits sur son cas, des témoignages accablants ont été rendus contre lui, des enquêtes ont suivi, mais il s’en était toujours sorti avec une facilité déconcertante.

Avec les événements des derniers mois, c’est comme si le public américain venait tout à coup de découvrir que Lance Armstrong n’est pas le Dieu que ses commanditaires et lui-même ont voulu nous vendre.

Pourtant, tout était là depuis très longtemps pour que l’on connaisse la vérité.

En fait, si les autorités sportives avaient agi rapidement et fermement, il n’aurait même pas eu le temps de remporter son premier maillot jaune en 1999, au moment où un test antidopage a montré la présence dans son organisme d’un corticoïde.

À l’époque, le journal Le Monde avait publié un article comme quoi Armstrong s’en est sorti en remettant aux autorités cyclistes un certificat médical antidaté. L’honneur était sauf!

Puis, les signes sur le dopage d’Armstrong se sont multipliés.

Jusqu’à cette primeur du journal L’Équipe en 2005 qui prouve qu’il a échoué, toujours durant cette année de 1999, à six tests antidopage en raison de sa prise d’EPO.

Au lieu d’ouvrir une enquête, l’Union cycliste internationale a décidé de ne rien faire.

Pourquoi ce silence? Pourquoi cet aveuglement volontaire?

Malheureusement, il s’agit d’un autre cas où le commerce corrompt le sport.

Armstrong est devenu un formidable outil de marketing après son cancer, avec ses multiples victoires au Tour de France. Il est devenu une icône, un symbole de résilience. Le cyclisme professionnel avait besoin de ce genre d’histoire pour réhabiliter son image après le scandale Festina, du nom de l’équipe où le dopage était devenu systématique dans les années 90.

Surtout, les victoires successives d’Armstrong ont permis d’ouvrir les portes du Tour de France au marché télévisuel américain.

Mais en se fermant les yeux, les autorités sportives du cyclisme international ont créé un monstre encore plus gros que le scandale Festina.

Pendant des années, on a laissé impunément Armstrong organiser et administrer un programme de dopage très sophistiqué.

Tout le monde dans le milieu le savait ou à tout le moins s’en doutait.

Il est là le scandale.