Billets publiés en novembre 2012

Plusieurs s’interrogent sur l’intérêt de l’émission Enquête à consacrer une heure à l’affaire Magnotta.

Certains craignent qu’on donne trop d’importance à Luka Magnotta, qui est accusé pour le meurtre crapuleux de Lin Jun. Que l’on satisfasse son désir d’attirer l’attention.

D’autres craignent qu’on présente dans notre reportage des images scabreuses des événements, qu’on sombre dans un sensationnalisme de bas étage.

Rassurez-vous, vous ne verrez aucune image répugnante dans l’enquête de mes collègues Madeleine Roy, Mireille Ledoux et Patrick Martin-Ménard. Nous ne transformerons pas non plus Magnotta en vedette de la chronique des faits divers.

Il s’agit d’un reportage réalisé dans la plus grande sobriété, qui n’a pour objectif que la prévention de crimes similaires.

La question que nous posons est de savoir s’il y avait des signes assez clairs pour que la police intervienne avant que le crime ne soit commis. L’autre question : en avait-elle les moyens?

En regardant notre enquête, on se rend compte que Magnotta a laissé de nombreux indices sur Internet sur ses intentions présumées.

En fait, c’est comme s’il voulait qu’on le suive dans son délire et qu’on finisse par l’attraper.

D’ailleurs, de nombreux internautes ont témoigné l’avoir traqué pendant des mois sur la toile après la diffusion de plusieurs vidéos montrant des chatons torturés et tués.

De fil en aiguille, ils ont réussi à localiser l’auteur présumé de ces vidéos et, ultimement, ils ont alerté la police autant aux États-Unis qu’au Canada.

Malheureusement, la police n’a pas pu arrêter Magnotta avant la mort de Lin Jun.

L’autre aspect fascinant de l’enquête de Madeleine, Mireille et Patrick, c’est ce concept d’une chasse à l’homme sur le web.

On se rend compte en le visionnant à quel point notre monde a changé.

Que les policiers ne peuvent plus uniquement concentrer leurs enquêtes sur les indices physiques les guidant dans leurs soupçons. Que les preuves virtuelles sont susceptibles dans certains cas, notamment dans l’histoire du meurtre de Lin Jun, de les éclairer tout autant, sinon plus.

Dans ce contexte, l’autre question qui se pose est de savoir si nos corps de police ont évolué aussi vite que la société en constatant les maigres ressources accordées à la lutte contre la cybercriminalité.

Notre enquête de cette semaine sur les agressions sexuelles qu’auraient subies de nombreux élèves de l’Institut des sourds de Montréal est très difficile à regarder.

Certes, ce n’est pas la première fois qu’on présente des reportages de ce type, mais celui de cette semaine est à mon avis unique. Il a été réalisé par la journaliste Johanne Faucher et la réalisatrice Johanne Bonneau.

Il est unique, d’une part parce qu’il s’agit de victimes « parfaites » en raison de leurs difficultés à transmettre leur détresse, puisqu’elles sont privées de la parole.

Il est aussi unique en raison des témoignages livrés en langage des signes. C’est probablement la première fois qu’on assiste à des témoignages d’agressions sexuelles exprimés de façon aussi crue.

Les sourds communiquent entre eux de façon très directe. Les témoignages recueillis semblent durs, leurs propos explicites. Ils sont difficiles à écouter. Les anciens élèves nous ont donné des témoignages de façon très candide, sans filtre. C’est leur façon de communiquer.

Le degré de difficulté pour cette enquête était très élevé parce qu’au début nous ne savions pas si les noms des présumés agresseurs allaient être rendus publics. Il était donc important pour nous de rencontrer le plus grand nombre possible d’anciens élèves qui disaient avoir été agressés sexuellement.

Autre difficulté, nous avons dû avoir un interprète avec nous pour toute la durée du tournage. Nous avons rencontré une quinzaine d’anciens élèves. Nous pouvions difficilement communiquer avec eux par courriel. Plusieurs sont illettrés et n’arrivaient pas à comprendre nos messages. Nous avons utilisé les services d’interprètes de Bell, mais ce n’était pas toujours facile de se faire comprendre.

Les personnes qui ont fréquenté l’Institut des sourds de Montréal dans les années 50 et 60 sont pour la plupart analphabètes. Une génération sacrifiée par des méthodes d’apprentissage de la langue. On attendait d’eux qu’ils prononcent des sons qu’ils n’entendaient pas. Aujourd’hui, la plupart ne savent ni lire ni écrire.

En plus de toutes ces difficultés, les anciens élèves devaient nous faire confiance sur un sujet aussi délicat. Ils ont dû également faire confiance aux interprètes pour rapporter leurs propos avec justesse. Il est arrivé qu’un ancien élève arrête l’entrevue parce qu’il ne croyait pas que sa réponse avait été bien interprétée. Par exemple, il avait fait quelques signes et l’interprète parlait pendant une minute. Pour lui, c’était impossible que ce soit si long. Nous devions, nous aussi, nous fier au professionnalisme des interprètes.

L’autre difficulté à laquelle notre équipe a été confrontée est le silence des Clercs de Saint-Viateur, visés par les accusations des témoins entendus dans notre reportage.

Ils n’ont jamais voulu répondre à nos questions.

Affaire Armstrong : aveuglement volontaire

jeudi 15 novembre 2012 à 15 h 17 | | Pour me joindre

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Dans le reportage de la télévision australienne sur l’affaire Armstrong diffusé à Enquête, on voit l’ex-détenteur de sept maillots jaunes mentir à plusieurs reprises sous serment.

Ces mensonges peuvent se transformer en parjures si la justice américaine décide de pousser l’affaire plus loin. Donc, Lance Armstrong pourrait éventuellement faire de la prison.

Qui aurait dit qu’un jour l’affaire Armstrong déboucherait sur une situation aussi grave?

Le problème, c’est qu’il n’y a rien de nouveau dans son histoire, sauf la publication du rapport de l’Agence américaine antidopage et les sanctions imposées récemment contre lui.

Les « plus que » soupçons le visant ne datent pas d’hier.

Des livres ont été écrits sur son cas, des témoignages accablants ont été rendus contre lui, des enquêtes ont suivi, mais il s’en était toujours sorti avec une facilité déconcertante.

Avec les événements des derniers mois, c’est comme si le public américain venait tout à coup de découvrir que Lance Armstrong n’est pas le Dieu que ses commanditaires et lui-même ont voulu nous vendre.

Pourtant, tout était là depuis très longtemps pour que l’on connaisse la vérité.

En fait, si les autorités sportives avaient agi rapidement et fermement, il n’aurait même pas eu le temps de remporter son premier maillot jaune en 1999, au moment où un test antidopage a montré la présence dans son organisme d’un corticoïde.

À l’époque, le journal Le Monde avait publié un article comme quoi Armstrong s’en est sorti en remettant aux autorités cyclistes un certificat médical antidaté. L’honneur était sauf!

Puis, les signes sur le dopage d’Armstrong se sont multipliés.

Jusqu’à cette primeur du journal L’Équipe en 2005 qui prouve qu’il a échoué, toujours durant cette année de 1999, à six tests antidopage en raison de sa prise d’EPO.

Au lieu d’ouvrir une enquête, l’Union cycliste internationale a décidé de ne rien faire.

Pourquoi ce silence? Pourquoi cet aveuglement volontaire?

Malheureusement, il s’agit d’un autre cas où le commerce corrompt le sport.

Armstrong est devenu un formidable outil de marketing après son cancer, avec ses multiples victoires au Tour de France. Il est devenu une icône, un symbole de résilience. Le cyclisme professionnel avait besoin de ce genre d’histoire pour réhabiliter son image après le scandale Festina, du nom de l’équipe où le dopage était devenu systématique dans les années 90.

Surtout, les victoires successives d’Armstrong ont permis d’ouvrir les portes du Tour de France au marché télévisuel américain.

Mais en se fermant les yeux, les autorités sportives du cyclisme international ont créé un monstre encore plus gros que le scandale Festina.

Pendant des années, on a laissé impunément Armstrong organiser et administrer un programme de dopage très sophistiqué.

Tout le monde dans le milieu le savait ou à tout le moins s’en doutait.

Il est là le scandale.