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Contacts politiques à vendre?

Vendredi 20 avril 2012 à 16 h 52 | | Pour me joindre

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Si vous avez vu notre émission cette semaine, vous vous posez sans doute de nombreuses questions sur notre sujet concernant le Plan Nord.

On y voit un homme d’affaires, Pierre Coulombe, filmé par des caméras cachées dans une chambre d’hôtel du centre-ville de Montréal, en train de discuter avec un autre homme de sa capacité d’obtenir de l’information prétendument privilégiée auprès de cabinets ministériels pour développer des projets dans le cadre du Plan Nord.

Il dit avoir ses entrées auprès du premier ministre Charest et du ministre délégué aux Mines, par l’entremise d’un de ses collaborateurs.

Il va même jusqu’à parler de la façon de récompenser les gens qui l’aident.

Finies les enveloppes brunes remplies d’argent. La mode est maintenant à la nomination de personnes gravitant autour de la politique à des conseils d’administration.

Une des questions que vous vous êtes posées sans doute est de savoir si cet homme a les moyens de ses ambitions.

Difficile à dire.

C’est une source confidentielle qui nous a mis sur la piste de Pierre Coulombe.

Cette source nous disait qu’il essayait d’attirer des investisseurs en leur promettant des informations privilégiées.

Et effectivement, dans les enregistrements, il en parle.

Peut-il tenir parole? Notre collaborateur qui le rencontrait à l’hôtel était à l’étape de devoir payer pour que leur relation d’affaires se poursuive.

Éthiquement, cela n’aurait pas pu se produire. Nous avons donc mis fin aux rencontres.

Ce que nous savons cependant, c’est que Pierre Coulombe connaît Jean Charest du temps où ce dernier était député à Ottawa.

Que les deux se sont vus occasionnellement entre cette période et aujourd’hui, selon M. Charest. Toujours, nous a-t-il dit dans un communiqué transmis par son porte-parole, dans des événements publics.

Nous savons aussi que M. Coulombe était un joueur important au sein du Parti conservateur de 2005 à 2008, comme organisateur en chef au Québec. Qu’il connaît beaucoup de monde dans le milieu politique.

Nous savons surtout qu’il a bel et bien rencontré un des plus proches collaborateurs du ministre délégué aux Mines, Pierre Gaudreault, lors de deux petits-déjeuners à Québec. Que la discussion a tourné autour de projets en marge du Plan Nord, sur la problématique du logement (hôtel ou autres).

Ce reportage a le mérite de montrer la mécanique qui permet à des gens issus du monde politique de se constituer des réseaux lorsqu’ils font des affaires.

La seule façon pour nous de savoir si Pierre Coulombe prétendait, auprès des hommes d’affaires, avoir des informations privilégiées à partir de ses contacts politiques était de faire appel à un collaborateur prétendant être à la tête d’un groupe d’investisseurs qui l’amènerait à se commettre. Et c’est ce qui est arrivé.

Tous les gens dont M. Coulombe parle dans les quatre rencontres qu’il a eues avec notre collaborateur ont nié lui avoir donné de l’information privilégiée. Le ministre Simard dit ne pas le connaître. M. Coulombe, que nous avons rencontré après coup, a affirmé avoir tout inventé durant ces entretiens pour tenter de conclure une transaction.

Dit-il la vérité? À vous de décider.

Fin de la saison d’Enquête

Nous avons conclu cette semaine la cinquième saison d’Enquête. Il y a cinq ans, lorsque nos patrons Alain Saulnier et Jean Pelletier ont décidé de mettre sur pied une émission entièrement consacrée à l’enquête journalistique, peu de gens y croyaient.

Je crois modestement que nous avons réussi à relever le défi et sommes devenus un facteur de changement au Québec.

Cela grâce surtout à une belle équipe d’artisans et d’artisanes (il y a plus de femmes que d’hommes à Enquête pour mon plus grand bonheur) engagés professionnellement dans la défense de l’intérêt public.

À l’automne prochain!

Anguille sous Roche

Vendredi 13 avril 2012 à 15 h 52 | | Pour me joindre

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Ainsi donc, la firme de génie-conseil Roche accuse Enquête « d’avoir bafoué la justice en se substituant aux tribunaux ».

Elle fait référence au reportage de mes collègues Marie-Maude Denis et Sonia Desmarais diffusé jeudi sur les événements entourant l’agrandissement de l’usine d’épuration de Boisbriand, dossier dans lequel plusieurs personnes ont été accusées, dont deux employés de Roche.

Les dirigeants de Roche n’y vont pas avec le dos de la cuillère dans leurs commentaires. Je cite leur communiqué : « Il est troublant de constater que Radio-Canada déclare avoir obtenu la preuve dans la cause de Boisbriand, celle-ci ayant été rendue accessible en contravention d’un engagement de confidentialité écrit liant les avocats de la défense et de la poursuite afin d’assurer le respect du processus judiciaire. […] Plusieurs allégations soulevées dans le reportage proviennent de Gilles Cloutier, qui, dans une déclaration assermentée dont nous avons pris connaissance, déclare lui-même avoir une réputation entachée par des gestes qu’il a posés dans le passé, minant ainsi sa propre crédibilité. Dans cette même déclaration, il affirme avoir donné l’entrevue à Mme Denis après avoir été menacé par elle. Il s’est également dit harcelé par cette dernière. »

Le communiqué de Roche termine en disant qu’au-delà de ces critiques, la compagnie va s’abstenir de tout commentaire.

Un grand classique. Au lieu de répondre à nos questions et à celles d’autres journalistes, Roche préfère tirer sur le messager.

Mais prenons le temps de répondre aux commentaires de Roche.

D’une part, nous croyons fermement qu’il était de notre devoir de diffuser les informations que nous possédions dans le contexte des scandales sur l’industrie de la construction et sur le financement occulte des partis politiques, qui sévissent depuis plus de trois ans, et de la tenue prochaine de la commission Charbonneau.

Nous avons obtenu l’information d’une source et, selon un jugement de la Cour suprême dans la cause « Ma Chouette », il est tout à fait légitime de la traiter si elle est d’intérêt public.

Nous avons été cependant très prudents dans le traitement de l’information, sachant qu’une preuve présentée éventuellement en cour n’est pas le résultat d’un procès. Nous avons spécifié dans notre reportage que les gens accusés, notamment ceux de Roche, sont présumés innocents et que ce sera au juge de décider de leur degré de responsabilité. On a aussi bien dit qu’il s’agissait d’une partie de la preuve et qu’on racontait un aspect de l’histoire.

Sur Gilles Cloutier, nous n’avons jamais caché qu’il n’était pas un ange. Nous l’avons d’ailleurs confronté sur ce fait et on l’a mis en ondes.

Sur les menaces et le harcèlement envers Gilles Cloutier, cela est faux. En tout temps lorsque nous avons réalisé l’entrevue, il savait qu’il pouvait partir et ne pas répondre à nos questions. Il savait qu’il était filmé et enregistré et il a continué quand même à répondre à nos questions.

L’ex-ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau a aussi réagi par communiqué tard jeudi soir en précisant que ce n’est pas elle qui octroyait les contrats et que la subvention pour Boisbriand qu’elle a autorisée était conforme aux normes.

Nous n’avons jamais dit que c’est elle qui octroyait les contrats, mais que la subvention était nécessaire pour que le projet aille de l’avant.

Notre reportage mettait en lumière les liens étroits entre la construction et le monde politique. Ce qui est illustré par le fait que Nathalie Normandeau a accepté des billets de Lino Zambito pour Céline Dion et Madonna et surtout par le fait que le groupe Roche et M. Zambito ont organisé cinq soirées de financement pour elle. Tout ça est pour nous d’intérêt public.

Nous aurions aimé que Mme Normandeau prenne le temps de s’expliquer devant la caméra sur son implication dans le dossier de Boisbriand, mais elle aussi dit dans son communiqué qu’elle ne donnera pas d’autres détails sur la question.

Intimidation journalistique

Lundi 2 avril 2012 à 16 h 31 | | Pour me joindre

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J’ai travaillé pendant quelques années en région au début de ma carrière.

Il n’est pas toujours facile de rester indépendant comme journaliste lorsqu’on vit dans un petit milieu. On croise le maire au dépanneur. On est assis au restaurant à une table voisine du président de la chambre de commerce, etc.

Lorsqu’on critique un peu trop sévèrement les autorités, les pressions peuvent être vives sur les dirigeants des médias pour faire changer les choses.

Je peux donc facilement me mettre dans la peau de mes collègues de la Mauricie, le journaliste Hugo Lavallée et le réalisateur Pierre Marceau, qui ont signé la semaine dernière à notre émission une enquête sur le nouvel amphithéâtre de Shawinigan et son financement public.

Ce qu’on retenait essentiellement de leur enquête, c’est que l’histoire de cet aréna était le cas typique d’un financement public où le privé empochait les profits grâce à un OSBL (organisme sans but lucratif).

Évidemment, les dirigeants de la ville et des Cataractes ne sont pas contents. Et ils ne se sont pas gênés pour le communiquer à Hugo, un jeune journaliste qui a beaucoup d’avenir.

Le président des Cataractes, Réal Breton, a décidé de se plaindre directement au journaliste en lui disant au téléphone : « Le dossier ne restera pas comme ça, soyez certain de ça. Vous ne salirez pas notre nom en faisant des reportages comme ça. […] Je ne répondrai plus à aucune de vos questions, et je ne vous donnerai plus jamais d’entrevue. »

En général, une personnalité publique doit répondre à toutes les questions et n’a pas à faire le tri des « bons » et des « mauvais » journalistes. Même lorsque ça chauffe.

Ce n’est pas tout. Le maire de Shawinigan, Michel Angers, qui a donné une entrevue à notre journaliste durant son enquête, est allé jusqu’à exercer des pressions pour qu’on reprenne le tout, n’étant pas satisfait de sa performance. Trente minutes après que notre équipe eut quitté l’hôtel de ville, il a personnellement téléphoné à celle qui dirige les services français de Radio-Canada dans la région de la Mauricie, Nancy Sabourin, pour lui demander de tout reprendre à zéro. Le lendemain, il lui a laissé de nombreux messages à cet effet. Mme Sabourin a accepté que l’entrevue soit reprise, mais que la première ne soit pas effacée et puisse être utilisée.

Ça va plus loin. Le maire Angers a tenu une conférence de presse le lendemain de la diffusion du reportage en déclarant qu’il était « pathétique que deux journalistes régionaux, M. Marceau et M. Lavallée, dépeignent [comme ça] la ville de Shawinigan sur tout le réseau français de Radio-Canada. [...] Décidément, y’a des gens qui ne vivent pas sur la même planète que nous. [...] C’est triste, pathétique et, à la limite, mesquin. »

Depuis quand le mandat d’un journaliste est-il de donner une bonne image de sa région?

Ce qu’il y a aussi d’étonnant, c’est que le président des Cataractes, Réal Breton, a finalement accepté durant cette conférence de presse de dévoiler des chiffres qu’il ne voulait pas donner publiquement durant la confection de notre reportage. D’ailleurs, le ton de toute cette conférence de presse a été très agressif.

Depuis jeudi, notre équipe a été la cible d’une certaine forme d’intimidation, par des menaces à peine voilées.

Ça ne s’arrête pas là. Des commerçants de Shawinigan ont indiqué leur intention de boycotter Radio-Canada dans l’achat de leur publicité. Et demain (le 3 avril), on annonce la tenue d’une manifestation organisée par la chambre de commerce locale pour protester contre notre reportage. Le thème de la manifestation est : « J’aime Shawinigan! »

Dans les grandes villes, il est très rare que des pressions aussi directes soient exercées sur des journalistes ou les directions des salles de nouvelles des grands médias. Il y en a, mais ça se fait, disons, plus subtilement. À la place, les gens qui ne sont pas contents de notre travail déposent des plaintes à l’ombudsman de Radio-Canada ou au  Conseil de presse du Québec, ou alors ils nous poursuivent carrément en justice.

On le voit, en région ça se fait différemment. Là où ça dépasse les bornes, c’est lorsqu’on tente d’intimider un journaliste pour la seule et bonne raison qu’on n’a pas aimé son reportage. Surtout qu’à ce jour, personne n’a encore contesté les faits exposés dans l’enquête de Hugo et de Pierre.

Martin Tremblay ment-il?

Jeudi 15 mars 2012 à 15 h 23 | | Pour me joindre

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Pas facile de trancher dans l’histoire de l’homme d’affaires Martin Tremblay, qui a plaidé coupable devant la justice américaine en 2006 à une accusation réduite d’avoir blanchi 20 000 $.

Il était accusé au départ du blanchiment de 1 milliard de dollars.

Dans l’enquête réalisée sur cette affaire par mes collègues Christian Latreille et Johanne Bonneau, il clame son innocence. Il affirme ne pas avoir eu le choix de plaider coupable pour éviter d’écoper d’une peine plus lourde que celle qui lui a été infligée (trois ans de prison).

Dit-il la vérité?

En journalisme, le cas Martin Tremblay demande l’agilité d’équilibriste. Rien n’est complètement blanc ou complètement noir dans cette histoire. L’industrie des paradis fiscaux dans laquelle oeuvrait Tremblay est remplie de zones grises et de pièges.

Tremblay est-il une victime de la GRC, un homme d’affaires naïf qui s’est laissé berner par des criminels, ou a-t-il volontairement fermé les yeux sur certaines transactions?

Notre enquête sur Martin Tremblay a débuté en 2006, au moment de son arrestation à New York.

Pourquoi a-t-il accepté de nous parler maintenant? D’entrée de jeu, il faut vous dire que ce n’est pas lui qui nous a contactés. C’est nous qui avons eu à le convaincre de nous raconter son histoire. Comme souvent en pareille occasion, il était très hésitant au départ à parler devant nos caméras.

S’il l’a fait, c’est qu’il croit avoir été victime d’erreurs policières commises par la GRC.

Déjà à l’époque du dépôt des accusations, les avocats de Tremblay soulevaient plusieurs questions sur la preuve détenue par les autorités américaines.

Notre enquête nous a permis de démontrer que la GRC avait communiqué des informations non vérifiées aux Américains, et que les Américains avaient utilisé ces informations pour piéger Tremblay et l’accuser.

Martin Tremblay a toujours maintenu la même ligne de défense depuis le début. Il affirme n’avoir jamais blanchi d’argent de façon intentionnelle, mais il admet que de mauvais clients ont ouvert des comptes chez Dominion Investments, sa compagnie.

Tremblay a longtemps refusé de nous accorder une entrevue. Il ne voyait pas en quoi cette histoire pouvait intéresser le grand public. La tâche la plus difficile en journalisme d’enquête est de convaincre les gens de nous parler. Le cas de Tremblay en est un bon exemple.

De notre côté, nous considérions que cette histoire était d’intérêt public, compte tenu de la façon dont la GRC avait transmis aux Américains les présumés liens de Tremblay avec les Hells.

Des informations pour lesquelles la GRC n’avait pas de preuve. La GRC reconnaissait dans ses propres rapports qu’il s’agissait d’informations « officieuses ».

Les façons d’enquêter de la GRC soulevaient beaucoup de questions. Dans son entrevue, Martin Tremblay a dénoncé ces pratiques de la GRC. Bien sûr, nous lui avons donné l’occasion de défendre son point de vue. Mais, à chacune des affirmations de Tremblay, nous devions tout vérifier.

La difficulté est venue du refus des Américains de nous donner accès à la preuve. En plus, la GRC a refusé de nous donner une entrevue, prétextant la poursuite déposée par Martin Tremblay contre elle.

Nous avons donc dû tout documenter à l’aide de témoignages et de documents publics et confidentiels.

Nous étions en présence du cas étrange d’un homme d’affaires qui a plaidé coupable, mais qui se dit non coupable. Nous avons tenté de concilier cette contradiction tout en respectant les faits et l’équilibre journalistique.

Sur le fond de l’histoire, c’est à chacun de se faire une opinion.

Le courage d’un immigrant

Jeudi 1 mars 2012 à 16 h 36 | | Pour me joindre

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Dans le livre d’André Cédilot et d’André Noël Mafia inc., on indique que 600 commerçants à Montréal sont victimes de pizzo.

Le pizzo, c’est la fameuse taxe de protection imposée par le crime organisé.

En Italie, le pizzo est très répandu, particulièrement en Sicile et en Calabre. En plus d’enrichir le crime organisé, il sert à consolider l’autorité du clan dans sa zone de « protection ».

Dans notre enquête de cette semaine, on raconte l’histoire d’un commerçant qui dit avoir été victime de diverses agressions pour avoir refusé de payer son pizzo. Il s’agit de De Gaulle Hélou, un maître pâtissier français qui vit au Québec depuis six ans. Sa pâtisserie est située rue Saint-Viateur dans le Mile-End à Montréal, à la limite de la Petite-Italie.

Ce sont nos collègues de la CBC à Montréal qui ont eu vent de son histoire et qui nous ont alertés. Nous avons donc travaillé ensemble, notamment avec la journaliste Amanda Pfeffer, pour documenter les événements.

La première chose qui nous a frappés, c’est le fait que De Gaulle a derrière son comptoir une veste pare-balles au cas où des visiteurs voudraient s’en prendre à nouveau à lui. Il dit même avoir placé un mannequin dans son lit pendant des mois tellement il avait peur.

Pourquoi donc a-t-il accepté dans ce contexte, de parler à visage découvert?

Nous n’avons fait aucune pression sur lui pour qu’il nous raconte son histoire. Je l’ai rencontré et lui ai tout simplement proposé de faire une interview, et il a librement accepté.
S’il l’a fait, dit-il, c’est pour briser la loi du silence.

Il dit que dans son quartier, il y a d’autres commerçants qui doivent payer une taxe au crime organisé et qui se taisent.

De Gaulle pense qu’il est temps que les gens dénoncent cette pratique, comme l’ont fait de nombreux commerçants en Sicile qui ont lancé le mouvement « Pizzo Free! ».
Nous avons fait l’entrevue avec lui l’an dernier.

De Gaulle dit avoir alerté la police bien avant que nous le visitions, mais qu’on l’a pris plus ou moins au sérieux.

Mais une fois qu’il a dit aux policiers que nous nous intéressions à son histoire, les choses ont commencé à bouger. La police de Montréal réplique que son implication dans cette enquête n’a rien à voir avec notre présence.

Coïncidence ou pas, très rapidement, dans les semaines suivantes, cinq hommes ont été arrêtés concernant les menaces et les agressions dont il a été victime. Ils ont comparu en cour et leur cause est pendante.

L’histoire de De Gaulle n’a pas été facile à documenter. Il nous a fallu rencontrer de nombreuses personnes ayant vécu des problèmes similaires, sinon identiques, pour nous assurer de la véracité de ses propos.

Tous ont demandé à ce que nous ne divulguions pas leur identité de peur des représailles, ce que nous avons fait.

Seul De Gaulle a décidé de témoigner publiquement. Depuis qu’il a porté plainte à la police, plus personne ne lui a fait de menaces.

Son pari est de mettre sur la place publique son histoire, en espérant que cela le protégera.

En attendant, il continue de travailler du matin au soir, sept jours par semaine. Il est loin de mener une vie de millionnaire, étant criblé de dettes liées à son association avec la chaîne Pagel qui, depuis, a fait faillite.

Il est un des rares à avoir le courage de dénoncer publiquement l’atmosphère empoisonnée qui sévit dans certains secteurs commerciaux de Montréal ciblés par le crime organisé.
C’est tout à son honneur.

Les enfants les plus mal en point du Québec

Vendredi 17 février 2012 à 16 h 21 | | Pour me joindre

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Il y a plusieurs types d’enquêtes journalistiques. Souvent, celles que nous faisons ont un caractère dénonciateur. À partir de faits solidement documentés, nous enquêtons sur des situations qui sont déplorables.

C’est ce que notre équipe, formée de la journaliste Pasquale Turbide, de la réalisatrice Catherine Varga et du caméraman Pierre Mainville, avait commencé à faire en enquêtant sur le foyer de groupe Lafontaine, dans l’est de Montréal, au printemps dernier.

On y avait découvert un endroit où, clairement, les enfants n’étaient pas au centre des préoccupations des gestionnaires. Après plusieurs mois d’enquête, nous avons réussi à bien établir les faits, entre autres à partir du témoignage de plusieurs éducatrices courageuses qui ont accepté de témoigner à visage découvert.

Entre-temps, nous avons eu la bonne idée d’aller voir ailleurs s’il y avait des endroits où on s’occupait bien des très jeunes enfants maltraités ou négligés. Nous sommes tombés sur la Maison L’Escargot, sur la Rive-Sud (Montréal).  Notre équipe est sortie bouleversée de la brève rencontre avec les petits et de l’après-midi passé avec Denyse Leclerc et la psychoéducatrice Emmanuelle Courcy. Tout de suite, nous avons voulu parler du travail extraordinaire qui se faisait là.

Mais l’accès à une équipe de télévision dans ce type d’endroit est généralement impossible, surtout avec notre réputation de dénonciateur. Les dirigeants de la Maison L’Escargot étaient on ne peut plus méfiants. Ils craignaient même qu’on ne cache des caméras partout. Nous ne sommes quand même pas à ce point des vautours. Pour une fois, nous voulions faire une enquête positive! Finalement, après beaucoup de négociations, le centre jeunesse nous a fait confiance.

Les éducatrices ont mis quelques jours à s’habituer à notre présence; pas toujours évident d’avoir une caméra à ses côtés lors d’interventions délicates. Pour les enfants, le contact s’est fait plus rapidement, sauf peut-être pour Julie, qui a gardé ses distances pendant quelques semaines.  

En est ressortie une enquête journalistique touchante où on constate que dans la vie, on ne part pas tous égaux. L’autre chose qui ressort de ce reportage, c’est qu’il existe encore aujourd’hui de nombreux professionnels oeuvrant auprès des plus démunis, qui exercent leur métier comme une forme d’engagement.

Ça fait du bien de le constater, en cette période où on a l’impression que tout ne tourne pas rond au Québec.

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Depuis hier, lorsque je parle au téléphone, je prends soin d’être poli avec tout le monde, et de saluer tous ceux qui sont potentiellement à l’écoute.

Pas seulement l’interlocuteur connu à qui je parle, mais aussi ceux qui peut-être m’espionnent.

Jusqu’à tout récemment, il m’arrivait, dans mes pires craintes, d’imaginer que des gens du crime organisé peu scrupuleux avaient les moyens d’épier mes conversations pour tenter de découvrir quelles sont mes sources.

Mais depuis la déclaration du ministre Robert Dutil et du chef de la police de Montréal, Marc Parent, comme quoi des enquêtes auront lieu pour connaître le nom des sources journalistiques dans l’affaire Davidson, j’ai l’impression qu’on est plusieurs en ligne lorsque je parle au téléphone.

Pour un journaliste qui cultive ses sources depuis de nombreuses années et qui tisse avec elles un lien de confiance durable, c’est un horrible sentiment de se savoir potentiellement espionné.

Pourquoi cette enquête, et pourquoi viser les journalistes et leurs sources?

Je n’ai pas à commenter ni à juger le travail des mes collègues oeuvrant pour d’autres médias et qui ont travaillé sur l’affaire Davidson.

Mais ici, à Radio-Canada, tout a été fait dans les normes pour ne pas mettre en danger la vie de quiconque.

Reportons-nous au jour de la diffusion de notre premier reportage sur l’affaire Davidson.

Nous sommes le 16 janvier 2012 à 17 h. J’entre en ondes avec cette véritable bombe éclaboussant la police de Montréal.

Je donne le plus de détails possible au sujet des informations sur lesquelles nous travaillons depuis plusieurs semaines. Et je fais une entrevue avec un des grands patrons du service des enquêtes criminelles du SPVM, Didier Deramond, qui confirme en tout point mes informations.

Si cette personne a accepté de confirmer et de commenter mes informations, c’est qu’elle a jugé que la divulgation de cette histoire ne mettait personne en danger.

J’avais au préalable été en contact avec un responsable du corps policier qui m’avait indiqué que les informateurs les plus vulnérables étaient bel et bien en sécurité.

Nous connaissions cette journée-là le nom d’Ian Davidson de même que le nom de l’avocat qui aurait contacté la police pour l’aviser qu’un ancien policier offrait à des membres de la mafia la fameuse liste d’informateurs. Nous avons décidé de ne pas rendre publique cette information.

Tout ça pour vous dire que la police se trompe de cible lorsqu’elle veut enquêter sur les sources des journalistes et peut-être même sur les journalistes.

Mais les dangers d’une enquête de ce type peuvent être extrêmement graves et nuire à toutes nos enquêtes journalistiques.

Qui peut garantir que la SQ et le SPVM ne tenteront pas d’élargir leur enquête à d’autres dossiers? Que les policiers n’iront pas à la pêche pour tenter de découvrir nos sources dans d’autres dossiers, par exemple dans celui de la construction?

Ce serait d’autant plus dangereux que nous savons que de l’information sensible passe parfois de la police au gouvernement.

Qui peut garantir dans ce contexte que le gouvernement ne tentera pas avec cette partie de pêche de protéger ses intérêts en nuisant au travail professionnel des journalistes.

Il faut savoir qu’il est très rare qu’autant de sources fiables parlent aux journalistes. C’est pourtant ce qui arrive depuis quelques années, soit depuis les divers scandales qui éclaboussent nos gouvernements.

Si tel est le cas, c’est probablement parce que nos institutions ne fonctionnent pas comme elles le devraient.

Et ça, ce n’est sûrement pas la faute des journalistes!

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Que dire de plus sur l’affaire Shafia? Rien, sauf chercher à comprendre davantage pour que jamais une histoire comme celle-là ne se reproduise.

C’est pourquoi mes collègues Madeleine Roy et Martyne Bourdeau ont patiemment recueilli les observations de parents et amis de la famille Shafia pour tisser le fil des événements présentés à Enquête cette semaine.

Bien avant le procès et le verdict condamnant les Shafia à la prison à vie, Madeleine et Martyne ont commencé leur travail d’enquête.

Elles ont recueilli des témoignages montrant que pendant des semaines, avant de noyer ses filles et sa première épouse, Mohammad Shafia avait confié ses intentions à plusieurs membres de sa famille.

Ce reportage nous fait vivre de l’intérieur l’enfer que les enfants Shafia ont vécu. Il nous amène aussi des années en arrière pour découvrir qui est vraiment Mohammad.

Quel parcours l’a mené d’Afghanistan au Canada, où il a été admis comme immigrant-investisseur? Comment sa famille s’est-elle constituée? Comment a-t-il pu contourner les lois canadiennes qui interdisent la bigamie?

Des extraits du journal de Rona, sa première femme, nous aident à mesurer le calvaire qu’elle a vécu ici.

Pourquoi, malgré le fait que chacune des quatre victimes ait lancé des appels à l’aide, ont-elles quand même été assassinées? Pourquoi n’ont-elles pas été entendues?

Grâce aux témoignages de ceux et celles qui ont observé de près la famille, Enquête a démonté cet engrenage fatal sur fond de malentendu culturel.

Cela étant dit, que faire pour retenir la leçon?

Déjà, la DPJ a fait son mea culpa et a annoncé qu’elle avait corrigé le tir pour une meilleure coordination dans ses interventions.

Mais au-delà de toutes les mesures préventives à prendre, une chose ressort de toute cette histoire.

L’importance de comprendre que le concept de crime d’honneur existe bel et bien au Canada et qu’il faut tout faire pour le réprimer.

La mort des trois jeunes Shafia et de Rona aura au moins tristement servi à éveiller les consciences sur le fait qu’ici même, il subsiste encore des traditions appartenant à une autre époque et qui portent en elles le germe des plus grands dangers.

Avant de tourner la page sur cette horrible histoire, essayons de garder en tête la photo des victimes et de leurs sourires ressemblant à celui de nos filles, adolescentes ou jeunes adultes, qui ne cherchent qu’à s’épanouir! Elles avaient soif de liberté, cette valeur universelle qui transcende les cultures et les époques, ici comme ailleurs.

« Morte cuite! »

Jeudi 26 janvier 2012 à 16 h 19 | | Pour me joindre

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Vous l’avez vue comme moi dans notre enquête de cette semaine, cette femme de 35 ans, Chantal Lavigne, morte en raison d’une activité de « sudation par enveloppement » à Durham-Sud l’été dernier.

Vous avez surtout entendu la chef du groupe de développement personnel, Gabrielle Fréchette,  qui dirigeait cette séance intitulée « Mourir en conscience », crier à son intention et à celle des huit autres participants que « la mort est la liberté… la vérité! ».

Chantal Lavigne et une autre femme ont dû être hospitalisées après cette séance qui a duré neuf heures. Chantal Lavigne est morte le lendemain.

Le coroner qui est aussi médecin a déclaré à mes collègues Claire Frémont et Allan Johnson, qui ont réalisé le reportage, qu’elle est morte cuite après avoir été enrobée de boue et enveloppée d’une bâche de plastique et de couvertures, la tête recouverte d’une boîte de carton.

Un reportage qui glace le sang tellement son dénouement est dramatique.

Zones d’ombre

Comment expliquer qu’un pareil événement puisse se produire dans une société comme la nôtre au 21e siècle?

Surtout que Gabrielle Fréchette poursuit ses activités avec son groupe de croissance, sans être inquiétée par qui que ce soit.

La police a complété son enquête et, à ce jour, aucune accusation n’a été portée. Le dossier pourrait être déposé dans quelques jours à un procureur.

Gabrielle Fréchette, qui a refusé de nous accorder une entrevue à la caméra, nous a dit au téléphone n’avoir aucune responsabilité quant à la mort de Chantal Lavigne. Elle dit avoir fait son devoir en appelant le 911.

Bien sûr, nous ne sommes pas là pour la juger. Mais au-delà de l’enquête en cours, plusieurs questions demeurent.

Comment expliquer que rien n’encadre au Québec les activités de ce genre de groupes qui, selon une spécialiste entendue dans notre enquête, peuvent avoir beaucoup de pouvoir sur leurs adeptes? Que n’importe qui peut se livrer à n’importe quelle activité de ce type et empocher d’importantes sommes d’argent, sans encadrement et sans permis?

Chantal Lavigne a tout abandonné pour suivre les formations de Gabrielle Fréchette. Elle s’était engagée à débourser près de 19 000 $ en trois ans pour y participer.  L’a-t-elle fait en toute conscience? Avait-elle tout le discernement voulu pour prendre une décision éclairée en suivant cette formation, qui se terminait par la séance de sudation qui lui a été fatale?

Quelqu’un pourrait répondre à ces questions avant qu’un autre événement aussi triste et dramatique ne survienne.

Réplique à Michel Arsenault

Vendredi 9 décembre 2011 à 16 h 05 | | Pour me joindre

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Loin de moi l’idée d’entrer dans une guerre ouverte avec le président de la FTQ et du conseil d’administration du Fonds de solidarité, Michel Arsenault, et ses spécialistes en communication, qui s’acharnent depuis près de trois ans à  dénigrer notre travail.

Il a beau nous traiter de tous les noms, ça ne change rien aux faits.

Je veux cependant apporter une précision.

Contrairement à ce qu’affirme la FTQ, l’entrevue de Ken Pereira que vous avez vue hier contient des éléments tout à fait nouveaux justifiant sur le plan éditorial sa mise en ondes.

Elle s’ajoutait aux informations publiées le matin même par le quotidien La Presse concernant une tentative de corruption dont M. Arsenault aurait été la cible.

C’était la première fois que M. Pereira s’exprimait publiquement à la caméra sur cette histoire. Il y avait bel et bien une « nouvelle  », contrairement à ce que dit la FTQ dans un communiqué qu’elle vient de publier.

C’est vrai que l’entrevue a été réalisée il y a un an. Nous l’avons d’ailleurs indiqué au relationniste de la FTQ dans notre demande d’entrevue à M. Arsenault, qui a choisi de l’ignorer.

Entre-temps, nous avons continué notre travail pour documenter cette histoire, comme nous le faisons toujours.

Pour nous, cette entrevue est intemporelle, puisqu’elle est liée à un événement toujours d’actualité, qui n’a pas encore été éclairci.

Jamais nous n’avons voulu faire croire qu’il s’agissait d’une entrevue faite la journée même, à part une maladresse commise de ma part lors d’une intervention en direct ce matin à RDI, où je parlais « de déclarations que nous a faites hier Ken Pereira ». J’aurais dû parler de « déclarations de Ken Pereira que nous avons diffusées hier ».