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Des tonnes de…joie de vivre!

Lundi 29 août 2011 à 20 h 43 | | Pour me joindre

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Livrer deux locomotives de 2000 forces chacune en bateau, voilà qui sort de l’ordinaire. Pourtant quand on apprend que la raison pour laquelle ce navire a d’abord été conçu, transporter des fusées Ariane, on comprend pourquoi l’« Aivik » de la compagnie de navigation NEAS (Nunavut Eastern Artic Shipping) s’acquitte si bien de sa tâche. C’est un des rares navires au pays, spécialisés dans le transport de charges lourdes. Très lourdes. C’est épatant, une locomotive pèse tout de même plus de 135 tonnes. Et c’est avec les grues du bord que l’opérateur a soulevé tout ça.

 

Mais ce qui épate encore plus, ce qui retient surtout l’attention, c’est la complicité évidente qui se dégage entre les membres de l’équipage lorsque vient le temps de se mettre au boulot. De la manipulation de poids lourds à l’appareillage, jusqu’au train-train quotidien lorsque le bateau est en route. Le bonheur et la satisfaction du travail bien fait sont palpables partout. C’est Alex qui m’a dit, une fois les « engins » bien sécurisés, alors que l’Aivik s’engageait dans la voie maritime devant le port de Bécancour :

 

« Moi c’est ça que j’aime le plus… partir. À chaque fois, c’est la même chose, j’aime partir! »

 

L’Aivik part ainsi trois fois par année pour effectuer la desserte maritime du Grand Nord canadien. Un long voyage qui s’étend de Valleyfield jusqu’au Nunavut et qui dure au moins six semaines chaque fois. Environ 5427 milles nautiques aller-retour. Quand le navire quitte son port de chargement, il est plein à craquer. Les soutes immenses débordent jusqu’à mi-grue où sont entassés apparemment pêle-mêle, mais soigneusement organisés et amarrés, conteneurs, grues mécaniques, camions, pelles, ambulances, denrées alimentaires, marchandises impatiemment attendues depuis des mois dans chacune des communautés où le navire fera escale. Il n’y a pas de quais dans le Grand Nord canadien. L’Aivik jettera donc l’ancre pour y déposer d’abord des barges qui seront ensuite poussées par un petit remorqueur jusqu’à la plage pour livrer le chargement… puis on remet ça au prochain arrêt. Un scénario qui se répétera au moins 24 fois, qu’il vente, neige, pleuve ou qu’il fasse tempête. Un travail colossal.

 

Chacun cumule au moins deux emplois à bord de l’Aivik. Timonier, capitaine de remorqueur, grutier, maître d’équipage, officier à la passerelle ou attitré aux manœuvres sur le pont, les responsabilités de chacun seront dictées selon que le navire est en route ou à l’ancre. Vous dire que le travail s’effectue toujours dans le plus grand des bonheurs serait, j’imagine, vous mentir. Les marins séjournent tout de même en mer pendant cinq mois consécutifs. Il y a l’ennui, les conjointes et les enfants laissés loin derrière. Les amis aussi. Mais ça fait partie d’un tout. Tous sont au courant. Les amoureuses savent attendre… les amoureux aussi. Mais puisque tous sont bien rémunérés et que le travail est exigeant, le temps passe vite. On sent à bord une fierté, une joie de vivre et un sentiment du devoir accompli. Il y a un respect d’autrui qui déteint sur le caractère de chacun. Parce que, lorsqu’on est perdu en mer, en pleine tempête, on sait que l’on peut toujours compter sur l’autre.

L’effet Titanic?

Mardi 23 août 2011 à 10 h 33 | | Pour me joindre

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Lorsque James Cameron a lancé le film Titanic en 1997, il était, je suppose, bien loin de se douter que les inscriptions à l’Institut maritime du Québec grimperaient en flèche cette année-là! Un nombre important de jeunes hommes et de jeunes femmes venaient de découvrir un monde qui leur était totalement inconnu… et plus encore, ils se voyaient tous œuvrer dans le monde maritime. Quinze ans plus tard, l’effet Titanic s’estompe, et le milieu maritime est inquiet. On est confronté à une pénurie de personnel. Les finissants de l’IMQ sont presque tous assurés de se trouver un emploi. Un taux de placement de 100 %. Les emplois sont extrêmement bien rémunérés, les nouvelles technologies sont omniprésentes, bref, tout pour plaire aux plus jeunes. Et pourtant… où sont-ils? Difficile à comprendre.

Jadis, on devenait capitaine de père en fils. Aujourd’hui, on le devient à l’école. Un élève officier pourra très rapidement effectuer un premier stage en mer puis revenir parfaire ses connaissances pour éventuellement, après l’obtention de ses brevets, occuper un poste prestigieux à la passerelle d’un navire qui lui donnera l’occasion de voyager partout dans le monde, de gérer un navire et des marchandises valant plusieurs dizaines de millions de dollars et pouvant dépasser 120 000 $ par année. Si la mécanique vous intéresse, un chef mécano sur un navire marchand gagne à peu près le même salaire. Un mécano-apprenti dans la salle des machines d’un cargo commence dans le métier à un salaire d’environ 80 000 $. C’est pas mal plus qu’au garage du coin. Avec les primes d’éloignement, un matelot, gagne facilement plus de 60 000 $ par année. Bien sûr, un navire n’arrête jamais. On travaille comme dans un hôpital avec des quarts de travail, mais puisque la maison est loin, très loin même, on préfère habituellement accumuler des heures additionnelles, et le porte-feuille ne s’en portera que mieux. Mais, on manque cruellement de personnel. Le salaire n’est donc pas si important qu’on pourrait le croire?

Pas assez technique? Certainement pas, le tableau de bord d’un navire prend aujourd’hui des allures de navette spatiale. La roue a cédé sa place à un joystick. À bord d’un navire, on fait son eau, son électricité, il y a deux ou trois moteurs. Pas assez stimulant alors? Pas de défis? La logistique dans le monde des transports prend une ampleur telle qu’on arrive à livrer un conteneur d’Asie et que l’on sait exactement où le retrouver sur les quais de Montréal et quand il sera livré au magasin… Donc, pas ça non plus!

Quoi d’autre? Pas de boissons alcoolisées? La bouffe? On ne boit plus à bord des navires, certes, mais on mange bien, on engage des chefs dans les cuisines, des vrais! Alors, pourquoi cette pénurie? L’incapacité de vivre loin de nos proches (!) pendant de longues périodes constitue certainement une raison valable, mais ceux qui sont à bord d’un navire au moment où vous lisez ces quelques lignes s’y font. Très bien même. L’accommodement raisonnable existe dans ce domaine depuis longtemps.

J’ai tendance à évacuer tout de suite la dernière thèse voulant que le travail soit trop exigeant. Le travail, quel qu’il soit, est toujours exigeant. L’idée, justement, c’est de le rendre agréable, motivant, stimulant et gratifiant.

À moins que… avons-nous tout simplement besoin d’un autre film pour nous rappeler que la vie maritime existe ? À l’époque du « Love Boat » une série très populaire à la télé américaine, on n’avait aucun mal à recruter. Sans blague.

Sur les traces de l’agent secret

Mardi 16 août 2011 à 13 h 08 | | Pour me joindre

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Si la vie vous gâte suffisamment, un jour, pour vous permettre de participer à une croisière ou si vous en êtes encore à l’étape du rêve en voyant une de ces immenses cathédrales des mers en approche finale au terminal de croisière de Québec, dites-vous qu’il y a une personne, dont vous ne soupçonnez pas l’existence, qui veille au grain. Si tout se passe bien, c’est grâce à elle. Si votre croisière, et celle des 2000 ou 3000 personnes qui vous entourent est agréable, simple, facile, cette personne y est pour quelque chose. Bien sûr, le capitaine est responsable de votre sécurité à bord. Le directeur de bord fera en sorte que vous en aurez plein les yeux. L’entretien ménager de votre cabine relèvera du directeur de l’hôtel. Les officiers de navigation à la passerelle vous assureront la route en mer la plus confortable possible pour éviter le mal de mer, bref, la compagnie de navigation fera tout en son pouvoir pour vous convaincre de revenir une autre fois, pour une autre croisière de rêve. Mais ultimement, l’agent secret aura, lui aussi, contribué au succès de vos vacances. Il assure le lien entre la terre et l’eau.

En fait, il sait depuis deux ans que votre navire mouillera le port. C’est lui qui vous a trouvé un espace à quai pour que votre capitaine puisse amarrer son vaisseau. D’ailleurs, s’il y avait des gens à l’heure prévue pour attraper les amarres, c’est aussi grâce à lui. Il sera le premier à monter à bord dès votre arrivée au port après avoir fait installer les rampes d’embarquement. Si les douaniers sont là promptement afin de vous permettre de descendre rapidement pour visiter votre nouvelle escale, hé oui, c’est encore une fois grâce à lui.

Et puis, il y a toutes ces demandes, comment dire, surréalistes! Si votre animal de compagnie refuse obstinément de faire ses besoins sur le tapis en plastique vert prévu à cet effet, c’est l’agent secret qui trouvera le morceau de tourbe permettant à votre chien de poche de s’exécuter. Si votre serveur souffre d’une rage de dents, il trouvera un dentiste. Si un des passagers a rendu l’âme, discrètement, on viendra chercher le corps du défunt et on s’occupera de la famille. Si un de vos proches a été victime d’un grave accident et que vous devez revenir à la maison en vitesse, il y aura quelqu’un pour vous rendre la vie plus facile, et c’est l’agent secret. C’est aussi vers lui que l’équipage se tournera pour trouver une pièce de rechange introuvable afin de réparer un radar ou pour organiser l’approvisionnement en eau douce, l’élimination des ordures ou la livraison de fruits et des légumes frais pour la prochaine portion du voyage.

Quand on s’y arrête un peu, le monde maritime recèle d’individus qui œuvrent dans l’ombre et qui font en sorte que tout flotte rondement! L’agent maritime est l’un de ceux-là. C’est connu, l’univers des croisières est souvent un monde de démesures, d’extravagances, de « surconsommation » et de rêves. Mais, pour que cette perception reste intacte, il faut compter sur le sang-froid, l’aplomb et la compétence de quelqu’un qui garde toujours les deux pieds bien terre-à-terre… intéressant non?

Notre Calypso!

Lundi 8 août 2011 à 21 h 23 | | Pour me joindre

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En visitant le Centre d’interprétation des mammifères marins à Tadoussac en compagnie de Patrice Corbeil du GREMM (Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins) l’année dernière, j’ai été, moi aussi, happé par le sentiment de l’urgence d’agir individuellement pour venir en aide aux mammifères marins menacés de disparition, en raison de l’activité humaine. À bord de l’Alliance, le bateau de recherche de Parcs Canada, la scientifique des écosystèmes Nadia Ménard m’avait presque rassuré en me montrant sur l’écran de son sondeur, l’abondance de nourriture découlant des conditions océanographiques particulières que les biologistes appellent le upwelling. C’est pour cette raison que les baleines viennent chez nous, tant qu’il y aura de la nourriture… Nadia Ménard était rassurante parce que sa présence, à elle seule, témoignait de l’importance que l’on accorde à ses recherches. Même chose pour Patrice Corbeil et les biologistes du GREMM. Ces travaux sont essentiels et sont sanctionnés par les gouvernements et des institutions réputées telles que l’Université de Rimouski, McGill ou l’Université Laval pour ne nommer que celles-là.

Non seulement ces recherches sont-elles importantes pour comprendre et expliquer des phénomènes jusqu’alors inconnus, mais elles ont aussi un pouvoir économique. Pensons à la disparition et au moratoire imposé dans le dossier de la pêche à la morue. Pensons au désastre engendré par la présence des algues bleues dans certaines localités. Lorsqu’on a demandé au chercheur Claude Rouleau de l’Institut Maurice-Lamontagne d’expliquer la présence de cadmium dans des pétoncles de la Côte-Nord, c’est parce que nos exportations européennes étaient menacées. Changement climatique, impact des contaminants sur les écosystèmes, acoustique marine, aquaculture, biologie marine, cartographie, la liste des priorités scientifiques est longue. Si on réussissait à reproduire chez l’humain la capacité qu’ont les échinodermes, les étoiles de mer, à se régénérer si on coupe un de leurs bras… imaginez le nombre d’applications possibles!

Le Coriolis II est un ancien navire de recherche et de sauvetage de la garde côtière canadienne. Aujourd’hui, c’est le navire de recherche océanographique de L’ISMER, l’Institut des sciences de la mer de Rimouski. Dans ce navire à la fine pointe de la technologie, des chercheurs se succèdent dans le but de chercher (!), de comprendre, d’expliquer, d’expérimenter. Cinq missions d’importance ont déjà eu lieu cet été. On attend le retour des étudiants à l’université dans quelques jours pour larguer les amarres une autre fois. Il est important de permettre aux scientifiques en devenir d’aller sur le terrain. Leur terrain de jeu est immense, et d’une extrême fragilité comme l’avait déjà constaté le commandant Cousteau : « les gens protègent et respectent ce qu’ils aiment, et pour leur faire aimer la mer, il faut les émerveiller autant que les informer ».

L’économie à flot

Mardi 2 août 2011 à 15 h 26 | | Pour me joindre

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Jacques Corriveau devant une montagne de conteneurs

Avez-vous une idée de l’importance du port de Montréal? En fait, il suffit d’y être pour prendre la pleine mesure de son ampleur. Plus d’un million de conteneurs y transitent annuellement. Quelque 2500 camions circulent chaque jour sur le territoire du port. L’équivalent de 10 kilomètres de trains fait quotidiennement la navette entre le port et les principales agglomérations nord-américaines. Le port couvre une superficie de 17 kilomètres en bordure du fleuve Saint-Laurent où s’entrecroisent sucre, pièces automobiles, huiles végétales, minerai de cuivre et de fer, sel, céréales, vêtements, boissons alcooliques, produits alimentaires. Toutes les marchandises conteneurisées ne vont séjourner que quelques heures sur les quais; cette efficacité dans la chaîne logistique des transports s’appelle justement le « modèle Montréal ». Des administrateurs de ports dans le monde entier s’intéressent à la fluidité dont on fait preuve chez nous dans la manutention de ces tonnes de cargaisons. Grâce à un nouveau portail, les camionneurs savent exactement où aller pour « cueillir » leur conteneur. Dans ce dédale de boîtes empilées les unes par-dessus les autres, pour le commun des mortels, c’est un exploit!

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