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Charte des valeurs : le prix à payer

Mardi 3 septembre 2013 à 9 h 56 | | Pour me joindre

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MCAuger

Les sondages sont intéressants, mais quand on y regarde de plus près, le Parti québécois pourrait avoir un prix très lourd à payer s’il continue sur ce ton dans le dossier de la Charte des valeurs québécoises.

À terme, cela pourrait être le genre de décision qui éloignera — et sans doute pour longtemps — certaines clientèles qui ont toujours été essentielles à la coalition péquiste.

Chez les péquistes

On a toujours dit que le PQ était un « parti de professeurs », d’intellectuels. Or, plusieurs de ceux qui se manifestent dans le présent débat sont des intellectuels souverainistes qui ne peuvent accepter le discours et le ton actuellement en vogue au gouvernement Marois.

On pense ici à des gens comme Jean Dorion, ex-député du Bloc québécois et ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste, ou Michel Seymour, ancien président des Intellectuels pour la souveraineté. Ceux-ci et beaucoup d’autres ont utilisé les pages des journaux ces derniers temps pour dire au gouvernement qu’il faisait fausse route.

Les droits fondamentaux ont parfois mauvaise réputation au PQ, surtout quand on essaie de les réduire à la charte canadienne, celle de Pierre Trudeau, celle que « le Québec n’a jamais signée ».

Reste que le Québec a sa propre charte des droits et libertés, adoptée avant la charte canadienne, et qui garantit, pour l’essentiel, les mêmes principes et droits fondamentaux. Faire de la politique sur le dos des droits fondamentaux n’est pas au goût de tous les péquistes.

À Montréal

Il y aura aussi un prix à payer à Montréal.

Ce n’est pas un hasard si un conseil municipal unanime a appelé le gouvernement à la plus grande prudence sur ces matières. Évidemment, personne n’a condamné un projet de loi qu’on n’a pas encore vu, mais tout le monde a compris le message.

De même, aucun des trois principaux candidats à la mairie de Montréal n’est favorable à l’idée d’une charte des valeurs québécoises. Ils ne savent que trop bien que ce sera d’abord à Montréal qu’on vivra les problèmes liés à son application.

Dans les institutions

Les dirigeants de grandes institutions sont aussi loin d’être convaincus. L’idée, qui n’est pour l’instant qu’un ballon d’essai, de permettre aux hôpitaux, institutions d’enseignement et autres de se soustraire à la charte les effraie particulièrement. Cette solution équivaut à pelleter la décision dans leur cour plutôt que dans celle de l’Assemblée nationale, qui dit pourtant vouloir donner des « règles claires » à tout le monde.

De plus, il est intéressant de constater que les institutions qui ont le plus souvent à traiter avec des questions d’accommodements religieux ne croient pas qu’on ait besoin d’une charte. Elles proposent plutôt de simples amendements aux lois ordinaires.

Ainsi, les commissions scolaires — qui sont les institutions qui ont à traiter quotidiennement avec la question des congés religieux — croient qu’on doit modestement modifier la Loi sur les normes du travail. C’est moins grandiose qu’une charte des valeurs, mais c’est sans doute plus efficace au quotidien.

Chez les jeunes

Puis, il y a les jeunes. L’une des plus grandes réalisations du Parti québécois est d’avoir réussi à franciser toute une génération de nouveaux arrivants à l’école. Ce sont ceux qu’on appelle « les enfants de la loi 101 », qui viennent de tous les pays du monde et qui, ayant passé par l’école française, ont adopté le français comme langue commune.

Tout naturellement, les « enfants de la loi 101 » ont aussi eu un effet sur les jeunes francophones de souche. À force de partager les bancs d’école avec d’autres jeunes venant de tous les horizons, ils n’ont plus tellement peur d’un voile ou d’un turban. Ils comprendront encore moins qu’on puisse exclure leurs amis ou les parents de leurs amis de la fonction publique sur la base du port d’un hijab ou d’une kippa.

Enfin, il y a la population en général, à qui le gouvernement promet des règles claires susceptibles de régler, une fois pour toutes, la question des accommodements religieux. Le seul ennui étant que la plupart de ces accommodements surviennent dans la sphère privée, là où l’État n’a rien à voir. Comme cette « crise » des turbans au soccer survenue au printemps, qui illustre les discours ministériels, mais qui n’a rien à voir avec le caractère neutre de l’État.

Avec le résultat qu’ayant promis des règles claires, le gouvernement Marois a toutes les chances de créer plus de problèmes que de solutions, provoquant ainsi une désillusion qui pourrait bien, à terme, se retourner contre lui.