Billets classés sous « sondage »

Un nouveau sondage, produit par CROP pour Radio-Canada, vient confirmer le précédent. Dans la course à la mairie de Montréal, il y a Denis Coderre et les autres candidats.

Avec près de 40 % des voix, Denis Coderre mène largement et, à moins de « s’auto-pelure-de-bananiser », selon la belle expression de Jacques Parizeau, la mairie devrait être à lui dans quelques semaines.

Il y a du mouvement dans le classement des candidats avec Mme Mélanie Joly, qui occupe maintenant la deuxième place. Mais, dans les faits, rien de tout ça ne devrait inquiéter M. Coderre. Le vote pour ce dernier est stable, alors que les trois autres grands candidats s’échangent des votes entre eux.

Avec les chiffres actuels, il est donc difficile de voir qui pourrait l’emporter contre Denis Coderre. Par exemple, si Mme Joly devait consolider sa deuxième place au prochain sondage – ce qui n’est pas acquis – il faudrait qu’elle soit capable, d’ici le jour du scrutin, de pratiquement doubler l’appui qu’elle détient dans les sondages actuels. D’autant que son équipe n’a de candidats que dans la moitié des districts de la ville. Sur le plan de l’organisation, cela ne permet pas de convaincre les électeurs d’aller voter de façon très importante.

Malheureusement pour Mme Joly, il n’y a pas de trophée pour la deuxième place dans une course à la mairie. Sauf celui de recrue de l’année, qui, en politique, signifie tout de même un passage de quatre ans dans l’opposition. Si on a une ambition qui est capable d’attendre aussi longtemps…

En fait, il est encore probable que ce soit Richard Bergeron qui deviendra le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, son équipe étant la seule à avoir des candidats dans chacun des districts. Même s’il finit troisième dans la course à la mairie, au conseil municipal, il n’y a que le nombre de sièges qui compte.

Quant à Marcel Côté, une performance ordinaire au débat combinée à la controverse des appels automatisés, l’aura mis hors jeu. La greffe n’a pas pris et on ne fera pas un politicien capable de se faire comprendre de ce consultant extraordinaire.

Reste un grand problème pour Montréal dans tout ça. Si les sondages restent à leur niveau actuel, M. Coderre l’emporterait avec un peu moins de 40 % des voix. De quoi s’installer confortablement dans le fauteuil du maire, mais pas de lui permettre de parler d’une voix forte quand viendra le temps de négocier avec les gouvernements supérieurs.

Et, qu’on le veuille ou non, les négociations avec Québec ou Ottawa détermineront le succès ou l’échec du prochain maire de Montréal.

Denis Coderre aime dire qu’il sera capable de « mettre son poing sur la table » quand viendra le temps de défendre Montréal. Sans doute. Mais ses partenaires de négociations ne se laisseront pas impressionner par le bruit.

La seule chose qui compte quand on est maire de Montréal, c’est le poids politique qu’on apporte à la table. C’est précisément ce qui a manqué à Gérald Tremblay au cours de son dernier mandat. Élu avec 38 % des voix dans une élection où moins de 4 électeurs sur 10 sont venus voter, M. Tremblay ne représentait même pas 160 000 Montréalais sur 1,1 million d’électeurs inscrits.

Or, c’est aujourd’hui à peu près le niveau d’appui qu’obtient M. Coderre dans les sondages. Il sera élu, pour l’essentiel, avec les voix de ceux qui votaient pour Gérald Tremblay et qui rééliront pour plusieurs des membres de l’équipe de M. Tremblay.

La notoriété de M. Coderre se trouve ici à avoir un aspect pervers : ceux qui l’aiment vont voter pour lui, mais ceux qui le connaissent et ne l’aimaient pas d’avance ont peu de chance de lui trouver de bons côtés d’ici quelques jours.

Le grand danger, c’est donc que M. Coderre devienne maire avec un mandat provenant de moins de 3 électeurs sur 20. Il aura beau mettre son poing sur la table, ce n’est pas certain qu’on va l’écouter.

Certainement pas plus que Gérald Tremblay, qui avait l’avantage de négocier avec un gouvernement libéral,  issu de sa famille politique. M. Coderre devra, si les choses ne changent pas, négocier avec un gouvernement péquiste qui ne le tient pas nécessairement en haute estime…