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SLR sur Champlain : un nouveau CHUM?

vendredi 23 mai 2014 à 10 h 18 | | Pour me joindre

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MCAuger

Il n’y a guère de manie québécoise plus détestable que celle de voir les nouveaux ministres reprendre les dossiers qui leur ont été laissés depuis le début, sans tenir compte des travaux, des études et des décisions qui ont été prises avant leur arrivée au gouvernement.

C’est ainsi qu’on a vu le site du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) être trimbalé d’un quartier à l’autre de la ville, ce qui a signifié des retards d’une décennie dans sa construction.

On est en train de revivre la même saga avec le système léger sur rail (SLR) sur le nouveau pont Champlain. Une part considérable des énergies du gouvernement Marois, pendant les 18 mois qu’il a été au pouvoir, aura été consacrée au SLR-Champlain. Avec pour résultat ce projet, qui fait consensus autant sur la Rive-Sud qu’à Montréal, ce qui est un événement notable en soi.

Mais depuis qu’il a été nommé, le nouveau ministre des Transports Robert Poëti semble être déterminé à reprendre le dossier depuis le début et, ce qui est plus grave, sous le seul angle des coûts.

Il est vrai qu’on peut débattre longtemps du meilleur moyen d’utiliser le nouveau pont sur le Saint-Laurent aux fins du transport en commun. Le SLR comporte son lot d’avantages, mais aussi d’inconvénients. Parmi ceux-ci, le fait que les citoyens qui partiront de villes comme Chambly ou Saint-Jean-sur-Richelieu ne pourront plus faire le trajet vers Montréal sans devoir changer de mode de transport, alors qu’aujourd’hui on ne parle que de prendre un seul et même autobus.

On ne peut toutefois ignorer les réalités incontournables des autobus qui vont arriver et partir de Montréal aux heures de pointe. Pas moins de 900 autobus chaque matin, un bus aux 12 secondes qui vont arriver sur l’île et pour lesquels il n’y a pas de terminus, puisque celui du 1000 de La Gauchetière est déjà saturé.

Évidemment, si on ne voit le dossier que par le prisme des coûts — M. Poëti utilise les expressions anglaises « Need to have » vs « Nice to have » —, on va opter pour les autobus, quitte à s’arranger plus tard avec la congestion et l’intendance. On pourra dire, comme le prétendait déjà M. Poëti, au micro du 15-18 jeudi dernier, que les coûts de fonctionnement du SLR seraient deux fois plus élevés que ceux des simples autobus.

L’ennui, en matière de transports comme dans tant d’autres choses, c’est que les coûts de fonctionnement ne sont pas les seuls que l’on doit considérer. Et que la facture à court terme pour le gouvernement peut entraîner des coûts beaucoup plus considérables pour la collectivité en général.

Surtout, il faut se départir de cette manie qu’ont les nouveaux ministres — les libéraux ne sont pas les seuls à le faire, dans le temps, les ministres péquistes le faisaient après un simple remaniement ministériel — de tout reprendre dès qu’ils arrivent aux affaires.

Le gouvernement de Philippe Couillard montre, en ce sens, de bien tristes dispositions. On le voit pour le SLR-Champlain, pour la reconstruction de Lac-Mégantic, dans le dossier des minicentrales électriques, etc.

Le Québec n’est pas à ce point riche qu’il puisse se payer le luxe de tout recommencer après chaque élection. Ce n’est pas comme cela qu’un État moderne fonctionne, ce n’est pas pour cela qu’on a une fonction publique indépendante. Et surtout, c’est une forme de gaspillage dont on peut facilement faire l’économie.