Billets classés sous « Québec »

Il faut en savoir gré à Brian Mulroney, le président du conseil d’administration de Québecor, d’avoir remis les pendules à l’heure. Il n’était ni possible ni réaliste pour Québecor de couper tous ses liens avec Pierre Karl Péladeau, qui possède 73,53 % des actions avec droit de vote de la compagnie.

À l’assemblée générale de Québecor, la semaine dernière, M. Mulroney a été on ne peut plus clair : « Il faut consulter de temps à autre M. Péladeau, il est l’actionnaire de contrôle. Si le conseil d’administration décide de vendre TVA, de poser un geste dramatique, ce serait approprié qu’il soit consulté parce qu’il serait appelé à voter à l’assemblée annuelle sur la transaction. »

M. Péladeau n’a donc pas coupé ses liens avec Québecor. Selon l’ancien premier ministre du Canada, il « y a une formule qui nous permet de communiquer avec [M. Péladeau] sur des questions qui relèveraient d’un actionnaire de contrôle ».

Cela tombe sous le sens. Il y a des choses qui, pour le bien de la compagnie, de ses actionnaires et de ses employés, exigent que l’on consulte la personne qui détient près des trois quarts des droits de vote.

Mais on notera, parce que c’est important pour la suite, qu’à aucun moment M. Péladeau n’aura informé le public ou l’Assemblée nationale de l’existence d’un tel mécanisme de consultation.

M. Mulroney parlait de consulter M. Péladeau pour des situations comme la vente de TVA — ce qui n’est pas une proposition farfelue étant donné la situation de toutes les télévisions généralistes depuis quelques années.

Sauf que, pour l’avenir, on peut facilement imaginer toutes sortes de situations similaires où les dirigeants de Québecor seraient pratiquement dans l’obligation de consulter leur actionnaire de contrôle. Si, par exemple, les pertes de TVA Sports continuaient de plomber les finances du groupe et qu’il fallait penser à une fermeture? Ou si une équipe de hockey devenait disponible, mais à un prix plus élevé que prévu, obligeant Québecor à s’endetter?

Le cas échéant, un simple fiduciaire pourrait-il prendre seul une telle décision, quand on sait que son mandat ne lui permettrait pas de vendre les actions de Québecor qui seraient sous sa garde? Le moins que l’on puisse dire c’est que cela ne sera ni évident, ni facile.

Des obligations réelles

Les obligations de M. Péladeau, même comme simple député, sont réelles. Comme l’indiquait le Commissaire à l’éthique dans son rapport annuel pour 2012-2013, « le député doit maintenir une frontière étanche entre son activité professionnelle et l’exercice de sa charge. L’exercice simultané de l’une ou de l’autre de ses fonctions ne doit pas permettre de soulever un doute relatif à la possibilité d’une situation de conflit d’intérêts réelle ou apparente ».

Mais à aucun moment depuis qu’il est en politique n’a-t-on vu M. Péladeau être proactif et indiquer qu’il est dans l’intérêt public de créer un pare-feu. Un mécanisme permettant de bien marquer la « frontière étanche » entre ses nouvelles fonctions publiques et son état d’actionnaire de contrôle de Québecor.

Pas plus qu’il ne semble vouloir accepter le principe qu’il doive se retirer des délibérations du Conseil des ministres lorsqu’on discutera de sujets comme le livre, la télévision ou les télécommunications, domaines où Québecor est active. Bien au contraire, M. Péladeau a dit en entrevue se considérer plutôt comme une « personne-ressource » dans ces domaines.

Certes, M. Péladeau a dit que, dès son élection comme chef du PQ, il s’imposerait les mêmes limites que celles qui lui seraient imposées comme premier ministre, soit de mettre ses actions dans une fiducie sans droit de regard.

Sauf qu’il ajoute que le fiduciaire aura comme instruction de ne pas vendre ses actions de Québecor quoiqu’il arrive. Ce qui, selon plusieurs experts, fait en sorte que la fiducie ne sera pas vraiment « sans droit de regard », puisque le fiduciaire ne pourra agir en toute liberté.

Le commissaire à l’éthique ne s’est pas encore prononcé sur cette vision de la fiducie sans droit de regard. Mais il est déjà évident que le Code d’éthique de l’Assemblée nationale n’a pas été conçu pour la possibilité que le propriétaire d’un conglomérat de l’importance de Québecor devienne député.

Dans les circonstances, la tenue d’une commission parlementaire sur la question peut difficilement être considérée comme un « tribunal politique » comme le prétendent les amis de M. Péladeau. Il s’agit plutôt d’un exercice nécessaire, même avec le risque, bien réel, de dérapages partisans.

D’autant qu’on n’a pas encore abordé l’éléphant dans la pièce, soit que la société que contrôle M. Péladeau n’est pas une agence de publicité ou une société de pavage, mais un conglomérat de médias. Une situation qui serait préoccupante dans n’importe quelle démocratie.

Le premier ministre Philippe Couillard est de retour au Québec et son temps sera occupé pour l’essentiel, au cours des prochaines semaines, à gérer des crises.

La première est, évidemment, celle du CHUM où l’attitude de son ministre de la Santé a fini par provoquer une crise ouverte avec les médecins et les administrateurs du monde de la santé. Nettement, voici un accident qui se cherchait un moment pour arriver. C’est au CHUM, ça aurait pu être ailleurs.

Reste que le ministre Barrette a clairement franchi la mince ligne qui sépare l’attitude de celui qui sait ce qu’il veut et qui a suffisamment de front pour l’obtenir et de celui qui doit répondre à des accusations crédibles de « favoritisme, ingérence et abus de pouvoir ».

Ce ne sera pas facile de réparer les pots cassés au CHUM, mais il apparaît de plus en plus certain que c’est le premier ministre lui-même qui devra s’en charger, la crédibilité de son ministre auprès de ses collègues médecins étant maintenant sérieusement ébranlée.

Quand on y regarde de plus près, on peut voir que beaucoup de crises — d’importance variable — ayant marqué les derniers mois du gouvernement Couillard étaient évitables. Elles seront survenues parce que les ministres fonctionnent souvent comme des pigistes, sans ligne directrice claire. Avec un chef qui intervient en aval plutôt qu’en amont et seulement quand on a clairement dépassé les bornes.

Pas besoin de revenir sur le triste exemple d’Yves Bolduc qui a fini par s’en aller, mais beaucoup trop tard. Et non sans qu’il donne au premier ministre le coup de pied de l’âne en décidant de toucher quand même son indemnité de départ, sachant les réactions que cela allait susciter.

Mais on pourrait aussi parler du ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, et de sa guerre inutile contre les administrations municipales de Laval et de Longueuil, qui a laissé des traces dans l’ensemble du monde municipal et qui aurait pu et dû être tuée dans l’oeuf par le premier ministre.

Ou encore des improvisations du ministre des Transports Robert Poëti, qui est devenu expert dans l’invention de solutions douteuses depuis le jour de sa nomination. Au point où, sans consultations préalables, il propose maintenant un métro de surface (ou aérien!) qui irait de Saint-Michel au centre-ville de Montréal (en dénaturant au passage le service de bus rapide sur Pie-IX) pour ne pas donner le feu vert à un prolongement de six kilomètres du métro souterrain, parce que présenté par le gouvernement précédent.

Ce qui est plus grave dans son cas, c’est qu’il comprend tellement mal ses dossiers qu’il tue dans l’oeuf des avancées importantes pour le financement du transport collectif comme la captation de la valeur foncière. M. Poëti l’a présentée de façon on ne peut plus malhabile, comme une façon d’augmenter les taxes de ceux qui vivent proche d’une infrastructure de transport collectif. Et, bien entendu, son premier ministre allait le désavouer. Mais, encore une fois, quand le mal était fait.

Plus grave encore, le premier ministre semble avoir choisi de laisser des questions sur les libertés fondamentales être réglée par des instruments inappropriés comme des règlements de zonage, que ce soit à Montréal ou à Shawinigan. Pis encore, il laisse le PQ et, de plus en plus la CAQ, s’emparer du débat et en dicter les termes. Le résultat de ce silence du gouvernement fait que plus le temps passe, puis il sera difficile de recentrer le débat sur ses véritables enjeux.

En fait, la seule chose qui semble fonctionner de façon ordonnée au gouvernement Couillard est la mission d’atteinte du déficit zéro par le trio économique des Leitao, Coiteux et Daoust. On peut être d’accord ou pas avec leurs principes, et on verra les résultats dans le budget et les crédits, mais constatons que leur démarche se déroule de façon très systématique jusqu’à maintenant.

Comme aime le dire le maire Denis Coderre, « on doit pouvoir marcher et mâcher de la gomme en même temps ». Il est temps qu’on puisse constater que le premier ministre voit l’ensemble des fonctions gouvernementales et qu’il est bel et bien aux commandes de l’avion.

CDPQ : la bonne nouvelle… et les mauvaises

Jeudi 15 janvier 2015 à 12 h 54 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

MCAuger

À première vue, c’est une très bonne nouvelle, au point où l’on peut se demander pourquoi on n’y avait pas pensé avant. La Caisse de dépôt et placement se servira de l’énorme bas de laine qu’elle gère au nom des Québécois pour construire des infrastructures qui serviront aux Québécois.

Après tout, ce qui est bon pour Londres ou Vancouver, ce devrait l’être pour Montréal. Et Montréal a rudement besoin d’investissements majeurs dans de nouvelles infrastructures de transports en commun.

Mais avant de se réjouir, il faudra quand même être rassuré sur certains points. D’abord, la Caisse va jouer un rôle qu’elle n’a jamais voulu assumer avant, soit celui d’opérateur dans un de ses investissements majeurs. Même si la Caisse a une histoire de succès et qu’elle apprend vite, on ne connaît pas ses talents dans les opérations quotidiennes des chemins de fer.

Prendre une participation dans un train à Vancouver est facile pour la Caisse. Ce qu’on achète, on peut toujours le vendre, à perte, au besoin. Ce n’est pas du tout la même chose pour une ligne de train qu’on a non seulement financée, mais fait construire et dont on est l’opérateur.

Si l’investissement devait mal tourner, qui va vouloir acheter un train si la Caisse qui l’a financé, fait construire ou l’a exploité pendant quelques années n’en veut plus? Poser la question c’est, hélas, y répondre…

L’autre problème est celui de l’indépendance de la Caisse. On a beau dire qu’il y aura un mur de feu qui empêchera le gouvernement d’imposer des projets à la Caisse, il restera toujours que c’est le gouvernement qui nomme le président de la Caisse. Si celui-ci veut un renouvellement de mandat, par exemple, il aura toujours intérêt à ne pas contredire son patron.

Enfin, ces investissements vont obliger la Caisse à faire de délicats arbitrages avec ceux qui deviendront ses clients.

D’abord, il y aura les retraités (et futurs retraités) qui voudront que la Caisse fasse toujours de meilleurs rendements, puisque leur rente dépendra directement de ce rendement. D’autre part, il y aura les usagers de ces infrastructures qui se demanderont toujours si leur tarif sert à payer leur passage dans le train ou les besoins de la Caisse en rentabilité.

La Caisse sera toujours tiraillée entre ces deux missions. Michael Sabia est aussi bien de s’habituer tout de suite aux usagers du transport en commun qui iront manifester aux assemblées annuelles de la Caisse.

Enfin, qu’on le veuille ou non, la Caisse deviendra un joueur de plus dans la forêt déjà dense des intervenants dans le transport collectif dans la région de Montréal. Aux STM, AMT et autres RTL, il faudra désormais ajouter la CDPQ.

Ça fait beaucoup de questions sans réponses pour ce qui devrait être une bonne nouvelle!

Quoi qu’il advienne : merci l’Écosse!

Lundi 8 septembre 2014 à 10 h 09 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

MCAuger

Quel que soit le résultat du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, les Québécois et tous les Canadiens devront dire merci aux Écossais. Parce que leur exemple fera en sorte que les choses vont nécessairement changer s’il doit y avoir un troisième référendum au Québec.

Les gouvernements du Québec et du Canada devront cesser de s’ignorer mutuellement comme s’ils vivaient sur des planètes différentes. Et renoncer à certaines choses que, chacun de leur côté, ils tenaient pour sacrées.

Pour le Québec, ça voudra dire renoncer au prétendu droit sacré de l’Assemblée nationale de consulter les Québécois quand elle le désire, avec la question qu’elle formule et en voulant contrôler toutes les modalités du référendum, comme si le Canada n’avait rien à dire sur toutes ces questions.

Pour le Canada, ça voudra dire renoncer à des pans entiers de la Loi sur la clarté, en particulier ceux qui disent que la Chambre des communes peut décréter après le fait si la question était suffisamment claire, et quelle majorité aurait été requise.

Comme le montre fort bien le récent livre de mes collègues Chantal Hébert et Jean Lapierre, personne n’était pleinement préparé aux conséquences d’un oui. Il n’existait ni mécanisme de négociations, ni même un moyen de reconnaître le résultat.

Bien plus, les partisans du oui ne s’entendaient pas sur le sens du oui, pas plus que le camp du non ne savait quelle suite donner à un vote favorable des Québécois. Dire que le Canada et le Québec se seraient retrouvés dans un climat d’incertitude politique extrême serait un euphémisme.

Les Britanniques et les Écossais ont reconnu d’emblée que le référendum écossais aurait nécessairement un effet sur les deux parties du Royaume-Uni, et qu’il était donc avantageux pour tout le monde de s’entendre à l’avance sur les modalités.

Londres a accepté que ce soit une loi du Parlement écossais qui régisse le référendum. Mais l’accord d’Édimbourg signé entre les deux gouvernements prévoyait aussi que le référendum aurait une question qui serait soumise à un organisme indépendant, la Commission électorale britannique, l’équivalent du directeur général des élections. Elle a d’ailleurs fait modifier la question initiale. Avec le résultat que le référendum donnera un résultat qui sera incontestable.

Quant à la majorité, elle est celle qui prévaut normalement pour toute consultation populaire, soit 50 % plus un.

Ça tombe sous le sens, mais c’est à des années-lumière de ce qui s’est passé au Canada et au Québec en 1980 et 1995. Lors du premier référendum, le premier ministre canadien, Pierre Trudeau, avait même déclaré qu’il n’était pas plus obligé de négocier avec le Québec advenant un oui que si « Haïti ou Cuba votaient pour s’associer au Canada ».

C’est une belle illustration de cette tendance à considérer que le référendum se déroulait sur une autre planète et que le Canada aurait beau jeu d’ignorer tout simplement le résultat.

Le jugement de la Cour suprême du Canada sur la sécession a changé les règles en notant l’obligation pour les parties de négocier après un référendum. La Cour a aussi spécifié l’obligation d’avoir une majorité claire à une question claire.

En fait, plus la question est claire, surtout si elle est reconnue autant par le gouvernement du Québec que par celui du Canada, moins la majorité devient un sujet de discorde.

En réponse à une question comme celle de l’Écosse — « L’Écosse devrait-elle être un pays indépendant? » —, il est facile de penser qu’on adoptera la norme la plus reconnue, soit 50 % plus un.

L’exemple de l’Écosse plaide non seulement pour la clarté de la question, mais surtout pour que les deux parties s’accordent à l’avance pour définir les règles du référendum. Y compris les limites de dépenses pour les deux camps, ce que le gouvernement fédéral a toujours refusé.

Si on devait en venir à un troisième référendum au Québec, l’exemple écossais pèserait nécessairement très lourd, et on peut d’avance remercier les Écossais d’avoir montré le chemin.

Un État de droit à géométrie variable

Mercredi 15 janvier 2014 à 13 h 11 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

MCAuger

Le gouvernement du Québec s’apprête à dire non au nouveau maire de Montréal qui voulait créer un poste d’inspecteur général avec de larges pouvoirs pour lutter contre la corruption. Pourquoi? Parce que les pouvoirs attribués à l’inspecteur sont trop étendus, qu’ils le situeraient en dehors du processus juridique normal.

Un texte de Michel C. AugerTwitterCourriel

Bref, l’État de droit fait en sorte qu’on a toutes les chances de diluer grandement, sinon d’abandonner, la principale promesse du maire Denis Coderre pour lutter contre la corruption. Un dossier urgent et bien réel, qui a totalement discrédité l’administration précédente.

Même pour un objectif noble et dont personne ne remet en cause l’importance ou l’urgence, il n’est pas question d’agir en dehors des cadres de l’État de droit. M. Coderre pourra créer son poste d’inspecteur général, mais ses pouvoirs seront sérieusement limités.

Le ministre des Affaires municipales et le ministre de la Justice ne font que leur travail. Un gouvernement ne peut pas accepter de faire adopter une loi quand il sait d’avance qu’elle risque d’être invalidée par les tribunaux. C’est ce qui arrive dans un État de droit.

Regardons maintenant ce que fait le même gouvernement dans le cas de la charte des valeurs. Un très grand nombre de groupes et d’organismes de la société civile ont déjà indiqué qu’ils allaient contester la charte devant les tribunaux, car ils estiment qu’elle est contraire aux chartes québécoise et canadienne des droits et libertés.

L’organisme chargé de conseiller le gouvernement sur l’application de la charte québécoise, la Commission des droits de la personne, l’a averti que la charte des valeurs était très certainement inconstitutionnelle. Est-ce que cela dérange le gouvernement?

Il faut le noter, l’avis de la Commission reste, à ce jour, la seule véritable opinion juridique sur le projet de charte des valeurs qui a été rendue publique.

Le gouvernement se fait fort de l’appui des anciennes juges Claire L’Heureux-Dubé et Huguette St-Louis. Mais ces grandes juristes n’ont fait que signer une pétition appuyant la charte, et elles n’ont jamais voulu accorder d’entrevues (et ce n’est pas parce que les médias n’ont pas essayé!) pour expliquer leur position.

L’ancien sous-ministre fédéral de la Justice Roger Tassé a indiqué dans une entrevue à Radio-Canada que la contrainte d’enlever un signe religieux pour les employés de la fonction publique n’était peut-être pas excessive. Opinion nuancée dont on doit, certes, tenir compte, mais qui ne saurait tenir lieu d’opinion juridique formelle.

Quant aux avis juridiques reçus par le gouvernement de la part de ses propres juristes, il est une tradition bien établie qu’on ne les rend pas publics. Mais des fuites ont indiqué que les propres juristes du gouvernement l’ont mis en garde contre l’inconstitutionnalité du projet de charte des valeurs. Est-ce que cela dérange le gouvernement?

Si la charte des valeurs devait être contestée devant les tribunaux, le gouvernement devra justifier :
1) qu’elle répond à un objectif réel et urgent;
2) que ses mesures contestées sont rationnellement liées à l’objectif poursuivi;
3) que les moyens utilisés sont proportionnels à cet objectif;
4) que les effets bénéfiques l’emportent sur les effets néfastes.

Comment fait-on pour passer ce test prévu par la jurisprudence? On produit des études, de nature sociologique, le plus souvent, qui ont précédé l’adoption de la loi et sur lesquelles le gouvernement s’est basé pour prendre la décision de légiférer.

Or, non seulement le gouvernement n’a pas commandé de telles études, il a empêché les organismes gouvernementaux qui voulaient en produire de le faire.

Avec le résultat que si la charte des valeurs était attaquée devant les tribunaux, les avocats du gouvernement ne pourraient se fonder sur des études pour la défendre. On les enverrait au front sans fusils! Est-ce que cela dérange le gouvernement?

Tout cela pour dire que ce gouvernement a une étrange vision de l’État de droit. Intransigeant — et à bon droit — quand il s’agit de créer un simple poste d’inspecteur général à Montréal et se contentant du flou quand il s’agit de la charte des valeurs.

Ce doit être ce qu’on appelle un État de droit à géométrie variable.

Maintenant que les résultats de l’élection présidentielle américaine sont connus et commencent à faire l’objet d’une analyse plus approfondie, il est difficile de ne pas en tirer quelques leçons pour les partis politiques québécois qui devront, selon toute évidence, retourner aux urnes d’ici deux ans.

La victoire de Barack Obama, compte tenu des difficultés économiques encore importantes aux États-Unis, va rester dans les annales comme le triomphe d’une machine électorale extrêmement performante et bien adaptée aux circonstances.

Concrètement, on peut dire qu’Obama a réussi à maintenir sa coalition de 2008 pendant que Mitt Romney et les républicains n’ont réussi à gagner de façon décisive qu’un seul groupe démographique, soit les hommes de race blanche.

Cela signifie que la victoire est allée à celui qui a le mieux réussi à faire passer son message auprès de toutes les clientèles. En particulier, Obama l’a emporté en tenant compte de la nouvelle démographie des États-Unis, en sachant combien les nouveaux électeurs étaient devenus déterminants.

C’est exactement le contraire de ce que font les partis politiques québécois qui, on l’a bien vu lors de la dernière campagne, ont essentiellement essayé de sortir leurs propres partisans — « sortir le vote », comme le dit l’expression consacrée — plutôt que d’essayer d’aller convaincre de nouveaux électeurs.

Or, la campagne de Mitt Romney vient de le prouver, on ne peut pas, ou plutôt on ne peut plus, gagner en se contentant de ne mobiliser que les clientèles qui nous sont déjà acquises.

Selon les sondages de sortie des bureaux de vote, Romney a gagné le vote des hommes blancs par 59 % contre 39 % à Obama, ce qui est, objectivement, une performance remarquable. Sauf que ce n’était pas suffisant pour le faire gagner.

L’évolution démographique ne s’accélère peut-être pas au même rythme au Québec qu’aux États-Unis. Mais il est clair que dans les deux cas, les partis dont les assemblées sont dominées par des électeurs blancs aux têtes grises ne pourront plus gagner à l’avenir à moins de s’ouvrir à de nouveaux électeurs.

Or, les trois grands partis politiques québécois sont un peu dans cette situation. Le PQ a passé la dernière campagne électorale sur la défensive à essayer juste de maintenir une trop faible avance dans le vote francophone. Résultat, au soir de l’élection, il s’est retrouvé avec un gouvernement minoritaire et une opposition officielle avec seulement quatre sièges de moins que lui.

Les libéraux sont, traditionnellement, plus ouverts aux nouveaux arrivants. Mais ils ont réussi ces dernières années à perdre les jeunes électeurs — et pas seulement les francophones — et sont devenus, un peu comme les républicains américains, le parti des hommes blancs les plus conservateurs.

Quant à la CAQ, elle ne pourra grandir que si elle cesse d’être autre chose que le parti des jeunes familles francophones des banlieues. La CAQ ne peut rester presque totalement absente de l’île de Montréal et des régions-ressources.

L’expérience de Barack Obama prouve une autre chose que les partis politiques québécois auraient intérêt à écouter : quand on réussit à créer un mouvement d’électeurs qui, auparavant, ne s’intéressaient que peu à la politique, il faut savoir qu’ils ne vont pas vous laisser tomber à la première occasion.

Les chiffres préliminaires du taux de participation aux États-Unis montrent qu’il a été probablement plus élevé en 2012 qu’en 2008, au moment où Barack Obama était le candidat du changement qui semblait capable de marcher sur les eaux. Les jeunes, en particulier, ont été encore plus nombreux à voter qu’en 2008.

Quatre ans et une très dure récession plus tard, sa coalition était encore là pour le soutenir, même si l’épreuve du pouvoir avait ramené leur candidat à des dimensions plus ordinaires.

Comme quoi, la voie du succès électoral à long terme est de faire l’effort de ratisser ailleurs que dans sa clientèle traditionnelle et d’éveiller et d’intéresser de nouveaux électeurs. Ce à quoi les partis politiques québécois semblent avoir presque renoncé.

Une recette qu’on connaît trop bien

Mercredi 8 août 2012 à 12 h 01 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

MCAuger

« Bien que la réduction des impôts des particuliers, notamment ceux des familles de la classe moyenne, demeure un objectif important, la Coalition avenir Québec croit donc qu’un gouvernement responsable se doit, dans des circonstances comme les nôtres, de privilégier le remboursement de la dette. » – Programme de la Coalition avenir Québec
 
Quand on lit le programme de la CAQ, on voit qu’elle reconnaît que la dette du Québec est un problème important d’équité intergénérationnelle.
 
Cette dette, dit le programme de la CAQ, condamne les jeunes générations « à devoir contribuer une part disproportionnée de leurs revenus à payer des services dont ils n’auront jamais pu bénéficier et les privant de la liberté de choix qui devrait être la leur, et ce, dans un contexte o* des défis importants – particulièrement celui du vieillissement de la population – ne feront qu’accentuer le fardeau qu’ils auraient de toute manière à supporter. »
 
C’est vrai. En plus de constituer le troisième poste budgétaire de l’État et de coûter 1100 $ par contribuable chaque année, la dette fait en sorte que l’État québécois – le plus endetté au Canada – n’a, aujourd’hui, pratiquement plus de marge de manoeuvre.
 
Aujourd’hui, le Québec finance sa dette à des taux d’intérêt qui sont proches d’un plancher historique. Mais on peut facilement envisager que, dans un avenir pas si lointain, une hausse des taux fera augmenter le coût du service de la dette de façon importante, forçant ainsi soit des augmentations d’impôt importantes, soit des compressions de services tout aussi draconiens.
 
C’est ce qui explique que le programme de la CAQ faisait du remboursement de la dette une priorité qui devait passer avant les baisses d’impôt.
 
Arrive la campagne électorale et voici que la CAQ propose une baisse d’impôts qui atteindra 1000 $ pour les familles de classe moyenne et qui coûtera 1,8 milliard de dollars au Trésor québécois.
 
Bien sûr, il arrive qu’en période de récession, on prenne le pari d’augmenter la dette pour stimuler l’économie. Et l’un des meilleurs moyens est encore de retourner de l’argent dans les poches des contribuables.
 
Mais la CAQ parle d’une baisse permanente d’impôt, et dont les coûts seront totalement absorbés par une promesse pas vraiment chiffrée d’économies éventuelles à Hydro-Québec, dans la fonction publique et par l’abolition des Commissions scolaires.
 
Comme le diable est toujours dans les détails, il serait important de savoir d’avance combien ces compressions pourraient rapporter. Mais, sur ce point, on devra se contenter des promesses de la CAQ plutôt que de chiffres.
 
C’est, malheureusement, une recette que l’on connaît trop bien. De Ronald Reagan à George W. Bush, les républicains américains nous ont habitués aux baisses d’impôt tout de suite et aux compressions budgétaires plus tard, ou pas du tout.
 
Avec le résultat que, lorsque les présidents Reagan et Bush ont quitté la Maison-Blanche, ils ont tous les deux laissé des déficits record. Pour la simple raison qu’il est beaucoup plus facile de décréter de populaires baisses d’impôts que d’effectuer de difficiles compressions budgétaires.
 
On connaît tellement bien la recette, qu’il est bien étonnant de voir la CAQ tomber dans le même piège.

Deux référendums

Mercredi 1 août 2012 à 16 h 05 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

MCAuger

Si l’on en croit le premier ministre et la chef de l’opposition, les Québécois seront appelés non pas à une élection, mais à un référendum, le 4 septembre prochain. Mais, bien évidemment, la question serait différente selon qu’on écoute Jean Charest ou Pauline Marois.

Dans son discours d’ouverture de la campagne, M. Charest a choisi de dramatiser le conflit étudiant du printemps dernier en opposant « l’intimidation, la violence et la banalisation du non-respect des lois » au « progrès économique et à la démocratie ».

Pour Mme Marois, cette élection est plutôt un référendum sur la corruption et le bilan des neuf années au pouvoir de Jean Charest et du Parti libéral.

Il est bien normal, en ce début de campagne, que les deux chefs déterminent les enjeux du débat électoral et tentent d’écrire la « question de l’isoloir », celle à laquelle les électeurs répondront lorsqu’ils iront voter.

Mais on aura rarement vu une élection où celui qui réussira à imposer cette « question de l’isoloir » aura toutes les chances de l’emporter au soir du 4 septembre.

Si les libéraux réussissent à transformer l’élection en référendum sur la crise étudiante, ils auront de très bonnes chances de former le prochain gouvernement, même s’il pourrait être minoritaire.

Au PLQ, on affirme que les manifestations du printemps ont créé un fort mouvement de ressac, surtout à l’extérieur de Montréal, et que cela pourrait faire en sorte que les électeurs aient le pardon plus facile pour un gouvernement qui promet de rétablir l’ordre.

En ce sens, l’avertissement lancé par M. Charest voulant que rien ne doive venir empêcher l’ouverture des salles de cours à la rentrée du mois d’août avait presque l’air d’un souhait. Plus il y aura de manifestations à la rentrée, plus les libéraux auront de chances d’imposer leur thème de campagne.

Il reste que la stratégie est risquée. Il est bien difficile de penser qu’une campagne électorale de cinq semaines va se résumer à un seul sujet, et que le premier ministre aura la voie libre pour le répéter sans relâche pendant plus d’un mois. Les élections ne se déroulent jamais en suivant un scénario aussi simple.

De l’autre côté, Mme Marois sait qu’elle a peu de chances de gagner un tel débat, et veut plutôt transformer l’élection en référendum sur Jean Charest et ses neuf ans au pouvoir. Avec une insatisfaction envers le gouvernement qui n’est pas tombé sous les 60 % au cours de la dernière année, on comprend facilement la stratégie des péquistes.

Mme Marois a quelques avantages pour imposer sa propre question de l’isoloir. D’abord, parce que M. Charest est le premier chef de gouvernement québécois depuis Maurice Duplessis à solliciter un quatrième mandat. Dans les circonstances, la tentation de faire un bilan devient presque irrépressible.

Ensuite, les autres partis d’opposition voudront aussi parler du bilan du gouvernement, ce qui viendra amplifier plutôt que diminuer le message du PQ.

Enfin, Mme Marois aura beau jeu de répéter que ce scrutin estival ne vise qu’à avoir une élection avant plutôt qu’après la reprise des travaux de la Commission Charbonneau, le 17 septembre prochain.

À chacun son référendum, donc, et les électeurs décideront de l’enjeu qui est le plus important pour eux, et à quelle question ils auront envie de répondre le 4 septembre en se rendant aux urnes.