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Il n’y a pas meilleur exemple du caractère anecdotique et irréel qu’est en train de prendre le débat sur la Charte des valeurs que l’intervention de Janette Bertrand à un brunch de la laïcité, dimanche midi.

Pour comprendre, il vaut mieux citer Mme Bertrand au texte : « J’habite un building où il y a une piscine. Je vais me baigner une fois par semaine pour faire de l’aquagym. Et puis arrivent deux hommes, et ils sont déçus parce qu’il y a deux femmes – je suis avec mon amie. Ils s’en retournent. Bon, imaginons qu’ils partent, qu’ils vont voir le propriétaire, qui est très heureux d’avoir beaucoup d’étudiants de McGill riches qui sont là. Et puis ils demandent : bon, on veut avoir une journée. Et puis là, dans quelques mois, c’est eux qui ont la piscine tout le temps. C’est ça, le grugeage, c’est ça dont on a peur, et c’est ça qui va arriver si on n’a pas de charte. »

Le seul fait avéré dans tout cela, c’est que Mme Bertrand fait de l’aquagym dans la piscine de son immeuble. Après cela, tout est anecdotique et interprétation.

Arrivent deux hommes qui sont déçus parce qu’il y a deux femmes dans la piscine, dit-elle. On ne sait pas qui ils sont, s’ils sont musulmans ou catholiques ou quoi que ce soit d’autre. Mme Bertrand ne leur a pas parlé, alors elle ne sait pas pourquoi ils ont l’air déçus, mais elle affirme néanmoins que c’est parce qu’il y a deux femmes dans la piscine.

Ensuite, on tombe carrément dans la fiction, de l’aveu même de Mme Bertrand. « Imaginons », dit-elle, qu’ils partent, vont voir le propriétaire et demandent d’avoir une journée de piscine pour les hommes seulement. Rien de tout cela n’est un fait, c’est une imagination de Mme Bertrand qui est présentée comme un fait.

Le proprio est « heureux d’avoir des étudiants de McGill riches » chez lui — Mme Bertrand sait qu’ils sont anglophones, mais on croit deviner qu’ils seraient aussi musulmans, riches et inscrits à McGill.

Alors, toujours selon Mme Bertrand, le proprio accepte donc de donner une journée de piscine pour les hommes seulement. Encore une fois, rien de tout cela ne s’est produit. On est dans l’imaginaire de Mme Bertrand. Puis, on arrive à la conclusion : « dans quelques mois, c’est eux qui ont la piscine tout le temps. » Pas un seul fait dans la démonstration, mais la piscine appartient désormais aux hommes musulmans.

C’est la théorie du « grugeage ». Élaborée, rappelons-le, à partir d’un seul fait avéré : soit que Mme Bertrand fait de l’aquagym. Notons aussi que, de toute façon, la Charte des valeurs ne serait aucunement applicable à ce qui se passe dans la piscine d’un édifice privé, puisqu’elle ne s’applique qu’aux institutions de l’État.

Normalement, une telle intervention ne vaudrait même pas la peine d’être relevée. Mais on ne peut faire autrement quand elle se déroule dans un événement partisan, la dernière semaine de la campagne électorale, sur la même estrade que la première ministre et le parrain de la Charte des valeurs, le ministre Bernard Drainville, qui applaudissent.

Passerait encore si c’était un événement isolé. Mais c’est aussi la manière dont a été menée la Commission parlementaire sur la Charte. Un exemple parmi d’autres : Mme Michelle Blanc a témoigné en faveur de la Charte et utilisé un exemple qu’elle a elle-même qualifié de fictif. Un jeune homosexuel, rejeté de sa famille pour des raisons religieuses, comment se sentirait-il s’il demandait de l’aide à un professionnel de la santé qui porte un signe religieux de la même communauté qui l’a rejeté?

M. Drainville a tellement aimé l’exemple, qu’il l’a resservi à plusieurs personnes venues témoigner devant la commission parlementaire. Un exemple fictif était traité comme un fait avéré.

Évidemment, il est difficile d’avoir des faits quand le gouvernement a refusé systématiquement d’en rechercher, affirmant, selon le ministre Drainville, qu’on n’avait nul besoin d’études puisque la Charte est avant tout une question de principe.

Mais le résultat, en fin de compte, c’est qu’on est en train de gruger les faits, pour avoir un débat basé pour l’essentiel sur des anecdotes, des exemples fictifs, quand ce n’est pas carrément des imaginations.

S’il faut combattre le « grugeage », il faudrait surtout s’en prendre à ce qui semble vouloir marquer la fin de cette campagne : le « grugeage » des faits.

Une recette qu’on connaît trop bien

Mercredi 8 août 2012 à 12 h 01 | | Pour me joindre

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MCAuger

« Bien que la réduction des impôts des particuliers, notamment ceux des familles de la classe moyenne, demeure un objectif important, la Coalition avenir Québec croit donc qu’un gouvernement responsable se doit, dans des circonstances comme les nôtres, de privilégier le remboursement de la dette. » – Programme de la Coalition avenir Québec
 
Quand on lit le programme de la CAQ, on voit qu’elle reconnaît que la dette du Québec est un problème important d’équité intergénérationnelle.
 
Cette dette, dit le programme de la CAQ, condamne les jeunes générations « à devoir contribuer une part disproportionnée de leurs revenus à payer des services dont ils n’auront jamais pu bénéficier et les privant de la liberté de choix qui devrait être la leur, et ce, dans un contexte o* des défis importants – particulièrement celui du vieillissement de la population – ne feront qu’accentuer le fardeau qu’ils auraient de toute manière à supporter. »
 
C’est vrai. En plus de constituer le troisième poste budgétaire de l’État et de coûter 1100 $ par contribuable chaque année, la dette fait en sorte que l’État québécois – le plus endetté au Canada – n’a, aujourd’hui, pratiquement plus de marge de manoeuvre.
 
Aujourd’hui, le Québec finance sa dette à des taux d’intérêt qui sont proches d’un plancher historique. Mais on peut facilement envisager que, dans un avenir pas si lointain, une hausse des taux fera augmenter le coût du service de la dette de façon importante, forçant ainsi soit des augmentations d’impôt importantes, soit des compressions de services tout aussi draconiens.
 
C’est ce qui explique que le programme de la CAQ faisait du remboursement de la dette une priorité qui devait passer avant les baisses d’impôt.
 
Arrive la campagne électorale et voici que la CAQ propose une baisse d’impôts qui atteindra 1000 $ pour les familles de classe moyenne et qui coûtera 1,8 milliard de dollars au Trésor québécois.
 
Bien sûr, il arrive qu’en période de récession, on prenne le pari d’augmenter la dette pour stimuler l’économie. Et l’un des meilleurs moyens est encore de retourner de l’argent dans les poches des contribuables.
 
Mais la CAQ parle d’une baisse permanente d’impôt, et dont les coûts seront totalement absorbés par une promesse pas vraiment chiffrée d’économies éventuelles à Hydro-Québec, dans la fonction publique et par l’abolition des Commissions scolaires.
 
Comme le diable est toujours dans les détails, il serait important de savoir d’avance combien ces compressions pourraient rapporter. Mais, sur ce point, on devra se contenter des promesses de la CAQ plutôt que de chiffres.
 
C’est, malheureusement, une recette que l’on connaît trop bien. De Ronald Reagan à George W. Bush, les républicains américains nous ont habitués aux baisses d’impôt tout de suite et aux compressions budgétaires plus tard, ou pas du tout.
 
Avec le résultat que, lorsque les présidents Reagan et Bush ont quitté la Maison-Blanche, ils ont tous les deux laissé des déficits record. Pour la simple raison qu’il est beaucoup plus facile de décréter de populaires baisses d’impôts que d’effectuer de difficiles compressions budgétaires.
 
On connaît tellement bien la recette, qu’il est bien étonnant de voir la CAQ tomber dans le même piège.