Billets classés sous « PLQ »

Le premier ministre Philippe Couillard est de retour au Québec et son temps sera occupé pour l’essentiel, au cours des prochaines semaines, à gérer des crises.

La première est, évidemment, celle du CHUM où l’attitude de son ministre de la Santé a fini par provoquer une crise ouverte avec les médecins et les administrateurs du monde de la santé. Nettement, voici un accident qui se cherchait un moment pour arriver. C’est au CHUM, ça aurait pu être ailleurs.

Reste que le ministre Barrette a clairement franchi la mince ligne qui sépare l’attitude de celui qui sait ce qu’il veut et qui a suffisamment de front pour l’obtenir et de celui qui doit répondre à des accusations crédibles de « favoritisme, ingérence et abus de pouvoir ».

Ce ne sera pas facile de réparer les pots cassés au CHUM, mais il apparaît de plus en plus certain que c’est le premier ministre lui-même qui devra s’en charger, la crédibilité de son ministre auprès de ses collègues médecins étant maintenant sérieusement ébranlée.

Quand on y regarde de plus près, on peut voir que beaucoup de crises — d’importance variable — ayant marqué les derniers mois du gouvernement Couillard étaient évitables. Elles seront survenues parce que les ministres fonctionnent souvent comme des pigistes, sans ligne directrice claire. Avec un chef qui intervient en aval plutôt qu’en amont et seulement quand on a clairement dépassé les bornes.

Pas besoin de revenir sur le triste exemple d’Yves Bolduc qui a fini par s’en aller, mais beaucoup trop tard. Et non sans qu’il donne au premier ministre le coup de pied de l’âne en décidant de toucher quand même son indemnité de départ, sachant les réactions que cela allait susciter.

Mais on pourrait aussi parler du ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, et de sa guerre inutile contre les administrations municipales de Laval et de Longueuil, qui a laissé des traces dans l’ensemble du monde municipal et qui aurait pu et dû être tuée dans l’oeuf par le premier ministre.

Ou encore des improvisations du ministre des Transports Robert Poëti, qui est devenu expert dans l’invention de solutions douteuses depuis le jour de sa nomination. Au point où, sans consultations préalables, il propose maintenant un métro de surface (ou aérien!) qui irait de Saint-Michel au centre-ville de Montréal (en dénaturant au passage le service de bus rapide sur Pie-IX) pour ne pas donner le feu vert à un prolongement de six kilomètres du métro souterrain, parce que présenté par le gouvernement précédent.

Ce qui est plus grave dans son cas, c’est qu’il comprend tellement mal ses dossiers qu’il tue dans l’oeuf des avancées importantes pour le financement du transport collectif comme la captation de la valeur foncière. M. Poëti l’a présentée de façon on ne peut plus malhabile, comme une façon d’augmenter les taxes de ceux qui vivent proche d’une infrastructure de transport collectif. Et, bien entendu, son premier ministre allait le désavouer. Mais, encore une fois, quand le mal était fait.

Plus grave encore, le premier ministre semble avoir choisi de laisser des questions sur les libertés fondamentales être réglée par des instruments inappropriés comme des règlements de zonage, que ce soit à Montréal ou à Shawinigan. Pis encore, il laisse le PQ et, de plus en plus la CAQ, s’emparer du débat et en dicter les termes. Le résultat de ce silence du gouvernement fait que plus le temps passe, puis il sera difficile de recentrer le débat sur ses véritables enjeux.

En fait, la seule chose qui semble fonctionner de façon ordonnée au gouvernement Couillard est la mission d’atteinte du déficit zéro par le trio économique des Leitao, Coiteux et Daoust. On peut être d’accord ou pas avec leurs principes, et on verra les résultats dans le budget et les crédits, mais constatons que leur démarche se déroule de façon très systématique jusqu’à maintenant.

Comme aime le dire le maire Denis Coderre, « on doit pouvoir marcher et mâcher de la gomme en même temps ». Il est temps qu’on puisse constater que le premier ministre voit l’ensemble des fonctions gouvernementales et qu’il est bel et bien aux commandes de l’avion.

Résultats du PLQ : le verre à moitié vide

Jeudi 20 septembre 2012 à 16 h 57 | | Pour me joindre

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MCAuger

Les résultats du Parti libéral du Québec ont été tellement surprenants, le 4 septembre dernier, qu’un peu tout le monde a choisi de regarder sa défaite sous l’angle du verre à moitié plein : 50 députés, à peine 40 000 voix de moins que le PQ qui prenait le pouvoir. Le PLQ venait de prouver une fois de plus sa résilience et son enracinement dans le Québec francophone.

Un si beau résultat que des gens qui ne pensaient plus à la direction du Parti libéral se sont soudain remis à y penser, tant la perspective de revenir au pouvoir rapidement semblait soudainement plausible.

Mais tout verre à moitié plein est aussi à moitié vide, et il y a de nombreuses causes d’inquiétude pour le PLQ dans le résultat du 4 septembre.

D’abord, on notera que ce caucus de 50 députés est le résultat d’un peu de chance. Des 13 circonscriptions qui ont été décidées par moins de 1000 voix, le soir du 4 septembre, 9 ont été remportées par les libéraux, mais seulement 3 par le Parti québécois et 1 par la Coalition avenir Québec. Si la chance avait été du côté du PQ, il aurait donc pu obtenir un gouvernement majoritaire. La différence n’était que de quelques centaines de voix…

Plus important pour l’avenir des libéraux, on notera qu’avec 31,3 % des voix, le PLQ obtient – en termes de part du vote populaire – son pire score depuis la Confédération. C’est un triste résultat qui n’est pas amoindri par le fait que le PQ a pris le pouvoir avec seulement 40 000 voix de plus que le PLQ.

Ensuite, il y a un nombre qui est inquiétant, soit la stagnation du vote du PLQ exprimé en nombre de citoyens qui ont voté pour ses candidats.

Aux élections générales de 2007, 1,31 million de Québécois ont voté pour le PLQ. Il avait alors formé un gouvernement minoritaire.

Aux élections de 2008, 1,36 million de Québécois ont choisi les libéraux. Et il avait formé un gouvernement majoritaire.

Et en 2012, 1,36 million d’électeurs ont voté libéral. Il a été défait et s’est retrouvé dans l’opposition.

Trois élections, trois résultats différents, mais exactement le même nombre d’électeurs qui votaient pour le PLQ. La différence, c’est le taux de participation. Plus il est élevé, moins les libéraux ont de chances de gagner. Et plus il est bas, plus il obtient de députés à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas exactement bon signe pour un parti politique.

Trois fois de suite, 1,3 million d’électeurs. On peut y voir un signe de résilience, mais on peut aussi y déceler le signe qu’il s’agit d’un vieux parti qui a une capacité hors du commun de « sortir son vote », mais beaucoup de mal à attirer de nouveaux partisans.

Cela signifie tout particulièrement que le PLQ a beaucoup de mal à attirer le vote des jeunes francophones – ce qui est vrai depuis plusieurs années déjà et qui n’est pas uniquement lié à la crise étudiante du printemps dernier.

Enfin, le PLQ a réussi à faire élire plusieurs députés dans les régions du Québec, ce qui est le signe d’un profond enracinement.

Mais on notera aussi que les libéraux ont été balayés de plusieurs régions comme la Gaspésie, la Côte-Nord, le Saguenay-Lac-Saint-Jean et l’Abitibi.

Mais, surtout, il a été complètement balayé de Laurentides-Lanaudière, la région du Québec où la population croît le plus rapidement. À Montréal, sur la Rive-Sud, il ne remporte que les circonscriptions qui ont un nombre significatif d’électeurs non francophones.

Tout cela devrait inciter le Parti libéral à ne pas aller trop vite et à ne pas penser que son retour au pouvoir sera un chemin relativement facile, pourvu qu’il garde le cap et qu’il ne fasse pas trop de vagues.

 

 

 

 

 

 

 

 

À combien gagne-t-on?

Jeudi 16 août 2012 à 22 h 21 | | Pour me joindre

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MCAuger

La question qui se pose dans les états-majors de campagne cette semaine, c’est : « à combien gagne-t-on? » Quel pourcentage de voix sera suffisant pour chacun des partis pour s’assurer la victoire?

Dans une course à trois, c’est une question simple qui a non pas une, mais DES réponses compliquées.

D’abord, parce que dans une course à trois, un tout petit écart de voix peut signifier de très grands écarts en nombre de sièges. Ainsi, en 1990 en Ontario, le NPD de Bob Rae avait surpris tout le monde en enlevant un gouvernement majoritaire avec seulement 37 % des voix. Et au Québec, Jean Charest s’était maintenu au pouvoir en 2007 avec 33 %. C’était pourtant le pire résultat des libéraux depuis la Confédération.

En fait, la concentration des voix et les différences régionales prennent une importance démesurée quand il y a trois partis en lice.

Ainsi, en 2007 au Québec, c’est la concentration des voix des libéraux chez les non-francophones qui a fait gagner les libéraux. Alors que l’ADQ (avec 31 % des voix) payait très cher son incapacité de gagner des voix sur l’île de Montréal et finissait avec sept sièges de moins que le PLQ.

Normalement, cette concentration du vote libéral nuit au PLQ. Ainsi, en 1998, le PQ avait gagné un plus grand nombre de sièges, mais avec moins de voix que les libéraux. On estime généralement qu’il faut que les libéraux aient quatre ou cinq points d’avance pour obtenir plus de sièges que les péquistes.

Cette année, dans une lutte à trois, le gagnant de l’élection pourrait bien n’avoir besoin que d’un pourcentage de voix relativement peu élevé pour obtenir une majorité de sièges.

Ainsi, certains stratèges péquistes estiment que le PQ pourrait former un gouvernement majoritaire avec aussi peu que 34,5 ou 35 % des voix. Selon eux, la Coalition avenir Québec vient essentiellement chercher du vote libéral et cette division pourrait même leur donner une dizaine de sièges. Des sièges que le PQ ne pouvait espérer gagner en début de course.

Évidemment, il est beaucoup trop tôt pour faire ce genre de prédiction. Les débats n’ont pas encore eu lieu et rien ne montre que la CAQ a terminé sa montée.

Juste pour mémoire, à ce moment-ci de la campagne fédérale de l’an dernier, personne n’aurait osé prédire la montée du NPD et la débandade du Bloc québécois.

Reste qu’un parti politique peut penser qu’il pourrait obtenir un mandat majoritaire et gouverner quand, dans les faits, presque les deux tiers des Québécois auraient voté contre lui.

Ironiquement, cela survient quand, pour la première fois depuis sa fondation, le programme du PQ ne s’engage plus à instaurer un élément de scrutin proportionnel au Québec, préférant une vague promesse d’une réforme indéterminée du mode de scrutin.

Encore une fois, il est bien trop tôt pour faire ce genre de prédiction. Mais si un parti politique devait former un gouvernement majoritaire avec les voix d’un Québécois sur trois, les demandes de réforme du mode de scrutin vont devenir plus pressantes.

C’est un débat qui n’intéresserait plus seulement les experts, mais qui pourrait se transporter « dans la rue ».