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PKP et son « moment PQ »

Dimanche 17 mai 2015 à 21 h 20 | | Pour me joindre

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Comme prévu, le Parti québécois a eu son « moment PKP ». Pierre Karl Péladeau a été élu au premier tour de scrutin avec tout près de 60 % des voix. Un mandat indiscutable. Mais bientôt ce sera au tour de Pierre Karl Péladeau de vivre son « moment PQ »; pas pour Parti québécois, mais pour « Province de Québec».

Il est facile de dire, pendant une course à la direction du PQ, que l’on « ne souhaite pas gouverner une province ». Dans une salle pleine de militants péquistes, ça donnera une ovation à tout coup. Mais ça n’aura pas du tout le même effet devant des travailleurs inquiets dans une usine de Bombardier ou devant des professeurs qui ont de plus en plus d’élèves en difficulté dans leurs classes.

Une course au leadership est une sorte de serre chaude. Il y a des discours et des déclarations qui peuvent y fleurir, mais qui ne survivront pas au-dehors. Si la prochaine élection était dans trois mois, le chef du PQ pourrait toujours jouer la carte de l’élection référendaire et ne parler que de souveraineté.

Sauf que la prochaine élection n’est que dans trois ans et M. Péladeau devra nécessairement s’intéresser aux affaires de la « Province de Québec » et faire des choix sur les positions du gouvernement Couillard. Après tout, chaque jour, à l’Assemblée nationale, le chef de l’opposition officielle a le devoir d’interroger le gouvernement sur la santé, l’éducation ou les finances publiques, des sujets sur lesquels M. Péladeau n’aura que surfé durant la course au leadership.

Ce qui a beaucoup séduit les péquistes dans la candidature de PKP, c’est la possibilité de mettre fin à l’ambiguïté du parti dont la mission essentielle est de réaliser la souveraineté, mais qui a dû, à chaque élection, proposer ce « bon gouvernement » qui allait attendre « les conditions gagnantes » ou quelque variante du même concept.

Depuis René Lévesque…

Les Québécois exigent autre chose que des discours sur la question nationale de qui veut devenir leur premier ministre. Depuis René Lévesque, le Parti québécois a toujours eu un programme très étoffé de gouvernement — provincial, évidemment — en plus de vouloir réaliser la souveraineté.

C’est d’ailleurs tout à la gloire du PQ d’avoir été le parti de la loi 101, du zonage agricole, de l’assurance-automobile, de l’assurance-médicaments et des garderies à 5 $. De la loi anti-briseurs de grève, aussi…

M. Péladeau a eu beau dire dans son discours de vendredi soir — son meilleur de la campagne, à n’en pas douter — que la souveraineté ne se fera « ni à gauche, ni à droite », il reste qu’être chef de l’opposition ou premier ministre oblige de faire des choix chaque jour, le plus souvent entre des politiques de gauche ou de droite.

Dès l’automne, le nouveau chef du PQ devra se prononcer sur les négociations du gouvernement avec ses employés qui, si le discours ne change pas de part et d’autre, pourraient bien se terminer par une loi spéciale. Il ne lui sera pas loisible de rester sur la clôture parce qu’il préfère parler de souveraineté.

S’ils veulent revenir au pouvoir, Pierre Karl Péladeau et le PQ n’auront pas d’autre choix que de se donner un programme de « bon gouvernement provincial », même si l’objectif ultime est de faire du Québec un pays.

Cette ambiguïté n’est sans doute pas intellectuellement attrayante. Mais elle est un passage obligé pour tout parti qui envisage de former le gouvernement de ce qui reste, jusqu’à nouvel ordre, la « Province de Québec ».

De Justin T. à PKP

Lundi 1 décembre 2014 à 15 h 26 | | Pour me joindre

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MCAuger

Sur la question nationale, ils n’ont vraiment rien en commun, mais il n’y a pas grand-chose qui ressemble plus à l’accueil que le Parti québécois fait à Pierre Karl Péladeau que celui que le Parti libéral du Canada a fait à Justin Trudeau.

Les deux partis sortent d’une défaite cruelle et historique. Au point où certains observateurs se sont demandé si le parti allait survivre. Ils avaient absolument besoin d’un nouveau chef qui allait susciter l’intérêt. Beaucoup d’intérêt.

Autant Justin Trudeau que Pierre Karl Péladeau étaient déjà des célébrités avant d’entrer en politique. Ils ont hérité d’une notoriété et d’une fortune plus qu’ils n’ont eu à les bâtir. Ils ont la capacité de générer du « buzz » et de faire parler d’eux. Et quand ce ne sera pas en page éditoriale des journaux, ce sera dans des magazines de vedettes, ce qui est tout aussi efficace, sinon plus.

En ce sens, ils ont tous les deux dominé des adversaires plus expérimentés en politique, mais dont on ne pouvait pas dire qu’ils faisaient partie du jet-set.

Dans les deux cas, l’organisation du candidat est un véritable rouleau compresseur. Avec la capacité autant de mobiliser les militants actuels que de faire signer de nouvelles cartes de membres. Au PQ comme au PLC, il ne serait pas surprenant que certains candidats se rendent compte que la partie est perdue d’avance, et qu’ils ne se rendent pas jusqu’au jour du scrutin.

Les deux hommes sont faits sur mesure pour jouer le rôle de sauveur d’un parti qui en a bien besoin. C’est pourquoi, même si les débats vont être pas mal plus musclés au PQ qu’ils ne l’ont été au PLC, M. Péladeau ne devrait pas trop être inquiété d’ici le vote du mois de mai.

Mais là s’arrêtent les comparaisons.

Justin Trudeau avait passé l’essentiel de sa campagne à la direction du PLC à ne pas trop se mouiller et à en dire le moins possible sur son programme et ses idées, préférant se garder les coudées franches pour la campagne électorale. Pierre Karl Péladeau a franchement et carrément mis le cap sur la souveraineté dès son premier discours, ce qui est sûr d’emporter l’adhésion des militants péquistes qui attendaient depuis longtemps un chef qui allait remettre la raison d’être du parti au premier plan.

Il y a d’autres problèmes potentiels avec le discours de M. Péladeau. Même s’il dit que la souveraineté est l’objectif, et le référendum, une simple modalité, il reste que, pour lui, le référendum doit être la façon dont les Québécois diront qu’ils veulent ou non accéder à l’indépendance. Donc, il y aura un référendum à un moment donné et les adversaires du PQ vont s’en donner à cœur joie de le rappeler.

Un problème encore plus sérieux est l’attitude de M. Péladeau, qui affirmait à mon collègue Jacques Beauchamp qu’il ne souhaitait pas gouverner une simple province canadienne. Voilà précisément le genre de déclaration qui peut facilement revenir hanter son auteur en campagne électorale.

Après tout, tous les chefs du PQ, Jacques Parizeau y compris, ont dû faire campagne en disant ce qu’ils feraient comme premiers ministres d’une province. Qu’il le veuille ou non, M. Péladeau ne pourra échapper à l’exercice.

Évidemment, on ne devient pas premier ministre avant de devenir chef de parti. Et, à ce moment-ci, c’est aux militants péquistes que s’adresse M. Péladeau. Encore faut-il ne pas donner trop de munitions à l’adversaire avant de l’affronter.

Dans toute l’agitation entourant l’arrivée de Pierre Karl Péladeau au Parti québécois, on aura peut-être sous-estimé les difficultés que pourrait soulever la décision de ce dernier de garder le contrôle de son empire médiatique — même si c’est par l’entremise d’une fiducie sans droit de regard.

Tout comme on aura sous-estimé l’ampleur des conflits d’intérêts potentiels que M. Péladeau devra maintenant gérer, autant selon les lois en vigueur que selon les règles sévères que le PQ lui-même a édictées depuis son arrivée au pouvoir.

Beaucoup de gens comprennent qu’il ne suffirait pas pour M. Péladeau, s’il devenait ministre, de placer ses actions dans une fiducie sans droit de regard. Il ne s’agit pas ici d’un portefeuille d’actions ordinaires, mais des trois quarts des actions avec droit de vote du plus grand groupe médiatique au Québec.

Un groupe dont les ramifications vont nécessairement dans le monde de la culture, des communications, de l’édition, des librairies, etc. Sans oublier que le principal actionnaire de Québecor, à part la famille Péladeau, est la Caisse de dépôt et placement.

La loi et les pratiques sur les conflits d’intérêts, réels ou potentiels, dans un Conseil des ministres sont claires : le ministre en question doit s’abstenir d’intervenir de quelque façon et immédiatement quitter la réunion. Le niveau de tolérance sur cette question est très bas.

C’est au point où l’actuel ministre de la Culture Maka Kotto quitte la pièce dès qu’il est question de la Ville de Longueuil, dont sa conjointe est la mairesse. Au fédéral, dans des circonstances similaires,  les Paul Martin et Belinda Stronach quittaient la salle quand on parlait de transports ou de l’industrie automobile. Un simple député est soumis aux mêmes règles et doit quitter toute réunion de l’Assemblée nationale ou d’un comité où il pourrait être placé en conflit d’intérêts.

Quand on voit les domaines d’activités dans lesquels Québecor est un joueur majeur, c’est à se demander si M. Péladeau ne va pas passer autant de temps dans le corridor que dans la salle du Conseil des ministres. S’il suit les règles sur les conflits d’intérêts, c’est l’efficacité de M. Péladeau comme ministre qui pourrait être en cause.

Mais le principal intéressé ne voit pas du tout les choses de la même façon. En entrevue lundi à l’émission Le 15-18 que j’anime à ICI Radio-Canada Première, M. Péladeau affirmait sans nuances qu’il ne verrait aucune raison de se retirer des discussions du Conseil des ministres sur une politique — relativement mineure — comme le prix unique du livre. Et ce, même si les sociétés qu’il contrôle sont, et de loin, les principaux éditeurs au Québec et qu’il est aussi l’un des principaux libraires au Québec par sa filiale Archambault.

Cliquez ici pour écouter l’entrevue avec M. Péladeau

Bien au contraire, affirme-t-il, son expérience dans le domaine en ferait une « personne-ressource » pour le gouvernement. De toute évidence, la notion de conflit d’intérêts de M. Péladeau est assez différente de celle de nos lois et pratiques en matière d’éthique.

Si M. Péladeau ne voit pas de conflit d’intérêts dans une situation relativement simple comme celle-là, il n’en voit pas davantage dans le fait de rester l’actionnaire de contrôle du plus grand groupe de médias au Québec.

Comme l’affirmait la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, les journalistes de Québecor ne sauront que trop bien que M. Péladeau reste l’actionnaire de contrôle et que, du jour au lendemain, il pourrait donc redevenir leur patron.

Dans les circonstances, le simple recours à une fiducie sans droit de regard peut difficilement être considéré comme suffisant, comme le croient aussi le jurisconsulte de l’Assemblée nationale et le commissaire à l’éthique. Il n’y a pas, disent-ils, de jurisprudence qui peut s’appliquer au cas de M. Péladeau. Mais il reste que le risque de conflit d’intérêts est flagrant.