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La surdité verte du gouvernement Couillard

lundi 29 septembre 2014 à 11 h 02 | | Pour me joindre

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MCAuger

Le gouvernement Couillard a un problème de surdité. Quand il est question d’environnement, il semble incapable d’entendre ce que disent ses concitoyens. Aux États-Unis, on dirait qu’il est « tone deaf ». En France, on dirait plutôt qu’il « n’entend pas le buzz »…

L’exemple le plus éloquent au cours des derniers jours a été sa réponse à une injonction ordonnant de faire cesser les travaux préliminaires à la construction d’un port pétrolier à Cacouna. Le problème étant que cette partie du fleuve est une véritable pouponnière de bélugas et que le ministère de l’Environnement a autorisé des forages en pleine période de gestation.

L’injonction de la juge Claudine Roy de la Cour supérieure est sévère contre le gouvernement. Elle raconte une histoire de cafouillages administratifs et d’une décision d’autorisation qui semble avoir été donnée sans raison.

« Si le Ministre ne trouvait pas de réponse à ses questions, il devait continuer son processus ou à tout le moins expliquer pourquoi il décide soudainement de recommander l’autorisation sur la base de documents qu’il détient depuis plusieurs semaines et qui ne répondaient pas antérieurement à ses préoccupations », écrit la juge Roy.

Le ministre de l’Environnement David Heurtel a répliqué en blâmant ses fonctionnaires, ce qui est, au mieux, la triste excuse d’un politicien sans expérience, et, au pire, un refus d’accepter le principe de la responsabilité ministérielle.

La réponse du premier ministre n’était guère plus rassurante. Il était même pressé de dire que les travaux sont essentiels et pourront reprendre le 15 octobre, quand l’injonction prendra fin. « Il ne faut pas opposer environnement et développement économique », a dit M. Couillard.

Même surdité sur la cimenterie de Port-Daniel qui, a-t-on appris, devra brûler chaque année quelque 175 000 tonnes de coke de pétrole, un sous-produit des sables bitumineux de l’Alberta qui est plus polluant que le charbon. Le projet ne sera pas soumis à des audiences du BAPE, une décision du gouvernement Marois qui n’a pas été révisée par celui de Philippe Couillard.

Rattrapé, belle ironie, à la conférence des Nations unies sur le climat, à New York, le premier ministre a répété son mantra : « Il ne faut pas mettre en opposition la lutte aux changements climatiques et le développement économique. »

Autre exemple de surdité sélective : l’arrivée de gros pétroliers sur le Saint-Laurent pour exporter du pétrole en provenance des sables bitumineux.

Il est vrai qu’il est facile de faire de la démagogie sur la question. Le Québec importe son pétrole de la mer du Nord et de l’Afrique du Nord depuis des décennies, et il est toujours arrivé par bateau sans que personne trouve à redire. Il n’y a pas plus de risques d’accident quand les pétroliers voyagent dans le sens du courant plutôt que de remonter le Saint-Laurent.

Mais il reste que les Québécois n’ont pas nécessairement envie de voir le Saint-Laurent devenir l’autoroute de l’exportation du pétrole albertain quand ils voient que d’autres Canadiens s’opposent aussi à voir leur province devenir la voie de passage du pétrole lourd.

Ainsi, au printemps, les citoyens de Kitimat, en Colombie-Britannique, ont voté pour refuser de devenir le terminal ouest du pipeline Northern Gateway, même si on leur faisait miroiter des retombées économiques importantes de ce mégaprojet de huit milliards de dollars.

La première ministre Christy Clark refuse de voir sa province devenir le lieu de passage du pétrole lourd de l’Alberta à moins qu’on mette en place un système doté des plus récentes technologies de prévention et de nettoyage de possibles déversements. Elle veut aussi une juste compensation financière pour les risques environnementaux encourus par sa province.

Si les citoyens de la Colombie-Britannique ont le droit de dire non, ou, au moins, de poser leurs conditions, pourquoi ceux du Québec ne seraient-ils pas justifiés de demander la même chose?

Pour un gouvernement qui semble sourd aux préoccupations environnementales, la cause est entendue et on ne demandera rien du tout. On ne se posera même pas de questions.

Sous Jean Charest, le gouvernement libéral avait développé une sensibilité aux questions d’environnement qui était fort appréciée des Québécois. On peut, certes, prétendre que ces vertes préoccupations se sont plus souvent manifestées par de grands discours que par des gestes concrets. Mais, au moins, les Québécois savaient que leur gouvernement n’était pas sourd.