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Interdire

jeudi 23 août 2012 à 0 h 17 | | Pour me joindre

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MCAuger

Depuis le début de la campagne, le Parti québécois est devenu le parti qui interdit. Celui qui croit que le chemin du renforcement de la nation québécoise passe nécessairement par une série d’interdictions.

Interdit pour les jeunes adultes de fréquenter le cégep dans la langue de leur choix, même après 12 années à l’école française. Interdit à ceux qui ne passeront pas un test linguistique de se présenter aux élections qui sont sous la juridiction de l’Assemblée nationale. Interdit à ceux qui portent un signe religieux distinctif de joindre la fonction publique ou parapublique.

De toutes ces interdictions, la loi créant une citoyenneté québécoise est la plus intrigante. Même avec les affirmations originales et les clarifications du PQ, il est difficile de comprendre pourquoi on tient tant à emprunter une route qui risque de créer autant de divisions.

D’abord parce que ce serait une loi qui ne répond pas à un besoin. La citoyenneté canadienne donne actuellement tous les droits nécessaires pour participer à la vie citoyenne. À moins d’être allergique au fait qu’elle soit conférée par le pouvoir fédéral, le Québec peut tout à fait s’en accommoder – tant qu’il n’est pas un pays souverain.

Si le PQ se croit obligé de créer une citoyenneté québécoise – sujette à des tests linguistiques et à la décision d’un fonctionnaire – ce sera, dans les faits, pour exclure certaines personnes de cette citoyenneté québécoise. Au lieu d’être un symbole d’inclusion des nouveaux arrivants, ce sera une embûche de plus qui aura nécessairement pour effet d’exclure certaines personnes.

L’interdiction de fréquenter un cégep en langue anglaise qui serait faite aux jeunes adultes, qu’ils soient francophones de souche ou issus de l’immigration, est un cas évident d’interdiction pour le plaisir d’interdire.

On aura beau chercher, il n’y a aucune étude sérieuse qui établisse un rapport de cause à effet entre l’interdiction de fréquenter le cégep en anglais pour des adultes qui ont passé 12 ans dans le système d’éducation francophone et l’objectif de francisation poursuivi par la loi 101.

En fait, c’est un cas typique d’essayer de réparer ce qui n’est pas brisé.

La plus belle réussite de nos lois linguistiques est ce qu’on appelle « les enfants de la loi 101 ». Ces jeunes qui viennent de partout dans le monde et qui ont adopté le Québec et le français de façon enthousiaste.

On n’a aucune raison de croire – sauf si on croit les discours de certains candidats péquistes – que tout cela serait compromis par un désir, bien légitime, de maîtriser aussi la langue anglaise.

Mais au PQ, on préfère interdire. On obligera donc des jeunes devenus adultes de ne pas fréquenter le cégep de leur choix.

Puis, arrive la charte de la laïcité qui, elle aussi, devient un instrument d’interdiction. Celle de porter tout signe religieux qui est considéré comme « ostentatoire » comme un voile, une kippa ou un turban. Pendant que les signes tout aussi ostentatoires de la religion majoritaire sont protégés comme faisant partie du « patrimoine québécois ».

Le résultat est d’interdire l’accès à la fonction publique et aux secteurs parapublics comme l’école ou l’hôpital à ceux dont la religion n’est pas celle de la majorité.

Ce n’est pas la laïcité, c’est, en fait, tout le contraire. La laïcité n’est pas le droit du gouvernement d’interdire l’expression des croyances religieuses des citoyens. C’est le droit des citoyens de vivre en sachant que l’État ne prendra pas parti pour une religion contre toutes les autres.

Or, la charte de la laïcité se trouve, dans les faits, à faire précisément cela. On va, en pratique, interdire aux membres de certaines minorités religieuses d’occuper des emplois dans la fonction publique et parapublique.

Le Québec ne peut-il progresser qu’en adoptant autant d’interdictions et autant d’exclusions? Ça vaut certainement la peine de se poser la question.