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PKP et son « moment PQ »

Dimanche 17 mai 2015 à 21 h 20 | | Pour me joindre

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MCAuger

Comme prévu, le Parti québécois a eu son « moment PKP ». Pierre Karl Péladeau a été élu au premier tour de scrutin avec tout près de 60 % des voix. Un mandat indiscutable. Mais bientôt ce sera au tour de Pierre Karl Péladeau de vivre son « moment PQ »; pas pour Parti québécois, mais pour « Province de Québec».

Il est facile de dire, pendant une course à la direction du PQ, que l’on « ne souhaite pas gouverner une province ». Dans une salle pleine de militants péquistes, ça donnera une ovation à tout coup. Mais ça n’aura pas du tout le même effet devant des travailleurs inquiets dans une usine de Bombardier ou devant des professeurs qui ont de plus en plus d’élèves en difficulté dans leurs classes.

Une course au leadership est une sorte de serre chaude. Il y a des discours et des déclarations qui peuvent y fleurir, mais qui ne survivront pas au-dehors. Si la prochaine élection était dans trois mois, le chef du PQ pourrait toujours jouer la carte de l’élection référendaire et ne parler que de souveraineté.

Sauf que la prochaine élection n’est que dans trois ans et M. Péladeau devra nécessairement s’intéresser aux affaires de la « Province de Québec » et faire des choix sur les positions du gouvernement Couillard. Après tout, chaque jour, à l’Assemblée nationale, le chef de l’opposition officielle a le devoir d’interroger le gouvernement sur la santé, l’éducation ou les finances publiques, des sujets sur lesquels M. Péladeau n’aura que surfé durant la course au leadership.

Ce qui a beaucoup séduit les péquistes dans la candidature de PKP, c’est la possibilité de mettre fin à l’ambiguïté du parti dont la mission essentielle est de réaliser la souveraineté, mais qui a dû, à chaque élection, proposer ce « bon gouvernement » qui allait attendre « les conditions gagnantes » ou quelque variante du même concept.

Depuis René Lévesque…

Les Québécois exigent autre chose que des discours sur la question nationale de qui veut devenir leur premier ministre. Depuis René Lévesque, le Parti québécois a toujours eu un programme très étoffé de gouvernement — provincial, évidemment — en plus de vouloir réaliser la souveraineté.

C’est d’ailleurs tout à la gloire du PQ d’avoir été le parti de la loi 101, du zonage agricole, de l’assurance-automobile, de l’assurance-médicaments et des garderies à 5 $. De la loi anti-briseurs de grève, aussi…

M. Péladeau a eu beau dire dans son discours de vendredi soir — son meilleur de la campagne, à n’en pas douter — que la souveraineté ne se fera « ni à gauche, ni à droite », il reste qu’être chef de l’opposition ou premier ministre oblige de faire des choix chaque jour, le plus souvent entre des politiques de gauche ou de droite.

Dès l’automne, le nouveau chef du PQ devra se prononcer sur les négociations du gouvernement avec ses employés qui, si le discours ne change pas de part et d’autre, pourraient bien se terminer par une loi spéciale. Il ne lui sera pas loisible de rester sur la clôture parce qu’il préfère parler de souveraineté.

S’ils veulent revenir au pouvoir, Pierre Karl Péladeau et le PQ n’auront pas d’autre choix que de se donner un programme de « bon gouvernement provincial », même si l’objectif ultime est de faire du Québec un pays.

Cette ambiguïté n’est sans doute pas intellectuellement attrayante. Mais elle est un passage obligé pour tout parti qui envisage de former le gouvernement de ce qui reste, jusqu’à nouvel ordre, la « Province de Québec ».

Le PQ et l’inéluctable démographie

Dimanche 22 mars 2015 à 9 h 08 | | Pour me joindre

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MCAuger

Il fut une époque, il n’y a pas si longtemps, où le Parti québécois croyait que la démographie était son plus grand allié. Peu après le référendum de 1995, des gens aussi sérieux que l’ex-premier ministre Bernard Landry expliquaient que la victoire de l’option souverainiste était inévitable — et à relativement court terme — par le simple jeu de la démographie.

Les électeurs les plus âgés – et dont une très forte proportion avait voté Non en 1995 – seraient remplacés par des jeunes – dont une proportion presque aussi forte avait voté pour le Oui. Les Oui allaient tout simplement remplacer les Non, c’était tout simplement inéluctable.

La réalité a été tout autre. Au tournant du siècle, le vote péquiste s’est mis à décliner de façon notable et soutenue. Pas une simple baisse conjoncturelle d’une couple de points, mais un véritable changement d’ordre de grandeur.

Ainsi, entre 1976 et 1998, le PQ a toujours obtenu au moins 40 % des voix (la seule exception étant 39 % en 1985). Cela lui aura permis, au cours de cette période, de former quatre gouvernements majoritaires. Le PQ était alors, et de loin, le premier parti dans l’électorat francophone.

Depuis les élections de 2003, le PQ s’est maintenu dans une fourchette bien différente, entre 35 % (en 2008) et 25 % des voix (en 2014). La nette majorité de francophones sur laquelle il pouvait compter depuis un quart de siècle n’est plus là.

Que s’est-il donc passé? D’abord, le vote péquiste a diminué chez les francophones dans toutes les tranches d’âge, grugé à droite par l’ADQ puis la CAQ, et à gauche par Québec solidaire.

Encore plus significatif, ce sont les plus jeunes électeurs qui ont déserté le PQ. Ainsi, dans le dernier sondage Léger Marketing avant l’élection d’avril 2014, le PQ était au 4e rang chez les jeunes de 18 à 24 ans avec 19 % des voix. Il ne faisait guère mieux chez les 25 à 34 ans avec 22 %, au 3e rang, juste devant Québec solidaire.

Pas au rendez-vous

Clairement, ces jeunes électeurs dont l’arrivée sur les listes électorales devait donner à la souveraineté sa victoire inéluctable ne se sont pas sentis invités au grand rendez-vous.

On peut trouver toutes sortes de raisons pour cette désaffection. Il y a le fait que les péquistes ont la fâcheuse habitude de se parler de souveraineté entre eux, et on peut penser que toute une génération n’a pas été très exposée au message souverainiste.

Il y a aussi le virage identitaire du PQ, caractérisé par la charte des valeurs, qui a formidablement contribué à éloigner les jeunes, qui ne se reconnaissent pas dans une société frileuse et prompte à interdire. Mais, quelle que soit la raison, il reste que l’inéluctable démographie qui allait faire triompher le Oui ne s’est pas matérialisée.

Dans les circonstances, on peut passer le temps qu’on veut à disséquer le vote des immigrants et les raisons qui font qu’ils appuient peu l’idée de la souveraineté du Québec. Mais cela n’expliquera pas que le PQ ait obtenu pratiquement le même pourcentage d’appui lors de la dernière élection qu’à sa toute première campagne électorale en 1970.

Au lieu de blâmer les autres, et les immigrants en particulier, comme il l’a fait trop souvent, le PQ devrait plutôt se demander pourquoi et comment il a réussi à se couper aussi profondément de la jeunesse québécoise. Et à voir le nombre de têtes grises aux assemblées du PQ au cours de cette course à la direction, on comprend mal comment les candidats n’en font pas leur principale, sinon unique, priorité.

De Justin T. à PKP

Lundi 1 décembre 2014 à 15 h 26 | | Pour me joindre

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MCAuger

Sur la question nationale, ils n’ont vraiment rien en commun, mais il n’y a pas grand-chose qui ressemble plus à l’accueil que le Parti québécois fait à Pierre Karl Péladeau que celui que le Parti libéral du Canada a fait à Justin Trudeau.

Les deux partis sortent d’une défaite cruelle et historique. Au point où certains observateurs se sont demandé si le parti allait survivre. Ils avaient absolument besoin d’un nouveau chef qui allait susciter l’intérêt. Beaucoup d’intérêt.

Autant Justin Trudeau que Pierre Karl Péladeau étaient déjà des célébrités avant d’entrer en politique. Ils ont hérité d’une notoriété et d’une fortune plus qu’ils n’ont eu à les bâtir. Ils ont la capacité de générer du « buzz » et de faire parler d’eux. Et quand ce ne sera pas en page éditoriale des journaux, ce sera dans des magazines de vedettes, ce qui est tout aussi efficace, sinon plus.

En ce sens, ils ont tous les deux dominé des adversaires plus expérimentés en politique, mais dont on ne pouvait pas dire qu’ils faisaient partie du jet-set.

Dans les deux cas, l’organisation du candidat est un véritable rouleau compresseur. Avec la capacité autant de mobiliser les militants actuels que de faire signer de nouvelles cartes de membres. Au PQ comme au PLC, il ne serait pas surprenant que certains candidats se rendent compte que la partie est perdue d’avance, et qu’ils ne se rendent pas jusqu’au jour du scrutin.

Les deux hommes sont faits sur mesure pour jouer le rôle de sauveur d’un parti qui en a bien besoin. C’est pourquoi, même si les débats vont être pas mal plus musclés au PQ qu’ils ne l’ont été au PLC, M. Péladeau ne devrait pas trop être inquiété d’ici le vote du mois de mai.

Mais là s’arrêtent les comparaisons.

Justin Trudeau avait passé l’essentiel de sa campagne à la direction du PLC à ne pas trop se mouiller et à en dire le moins possible sur son programme et ses idées, préférant se garder les coudées franches pour la campagne électorale. Pierre Karl Péladeau a franchement et carrément mis le cap sur la souveraineté dès son premier discours, ce qui est sûr d’emporter l’adhésion des militants péquistes qui attendaient depuis longtemps un chef qui allait remettre la raison d’être du parti au premier plan.

Il y a d’autres problèmes potentiels avec le discours de M. Péladeau. Même s’il dit que la souveraineté est l’objectif, et le référendum, une simple modalité, il reste que, pour lui, le référendum doit être la façon dont les Québécois diront qu’ils veulent ou non accéder à l’indépendance. Donc, il y aura un référendum à un moment donné et les adversaires du PQ vont s’en donner à cœur joie de le rappeler.

Un problème encore plus sérieux est l’attitude de M. Péladeau, qui affirmait à mon collègue Jacques Beauchamp qu’il ne souhaitait pas gouverner une simple province canadienne. Voilà précisément le genre de déclaration qui peut facilement revenir hanter son auteur en campagne électorale.

Après tout, tous les chefs du PQ, Jacques Parizeau y compris, ont dû faire campagne en disant ce qu’ils feraient comme premiers ministres d’une province. Qu’il le veuille ou non, M. Péladeau ne pourra échapper à l’exercice.

Évidemment, on ne devient pas premier ministre avant de devenir chef de parti. Et, à ce moment-ci, c’est aux militants péquistes que s’adresse M. Péladeau. Encore faut-il ne pas donner trop de munitions à l’adversaire avant de l’affronter.

La tempête parfaite

Lundi 20 octobre 2014 à 10 h 18 | | Pour me joindre

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MCAuger

Il n’y aura pas de course à la direction du Parti québécois. Il y aura sans doute des candidats qui rempliront un bulletin et qui feront quelques débats, mais l’issue du scrutin est déjà connue, et Pierre Karl Péladeau sera le prochain chef du PQ.

Le rouleau compresseur PKP est déjà passé sur le PQ, avant même que le député de Saint-Jérôme n’ait prononcé son premier discours à l’Assemblée nationale.

En fait, c’est une sorte de tempête parfaite qui propulsera l’actionnaire de contrôle de Québecor dans le siège de chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale.

D’abord, c’est bien connu, le PQ a une relation d’amour-haine assez complexe avec ses chefs. Autant c’est le parti qui peut dévorer ses chefs, autant il y règne un complexe du sauveur quand il s’agit d’en choisir un nouveau.

La situation actuelle n’est pas sans rappeler la campagne d’André Boisclair en 2005. À l’époque, on cherchait un sauveur pour prouver que le PQ n’était pas le parti d’une seule génération, et le jeune âge de M. Boisclair en faisait le chef idéal.

Aujourd’hui, un grand nombre de militants péquistes sont convaincus que tout ce qui leur manque, c’est l’appui du milieu des affaires. L’arrivée d’un homme d’affaires bien connu comme M. Péladeau serait donc l’ingrédient qui va reporter le PQ au pouvoir et le lancer dans un nouveau référendum sur l’indépendance.

Dans ces circonstances, même les questions légitimes et les potentielles « bombes à retardement » sont balayées sous le tapis. Que ce soit la consommation de cocaïne de M. Boisclair à l’époque, ou le fait que M. Péladeau veuille conserver toutes ses actions dans Québecor, aujourd’hui.

L’autre atout de PKP est qu’il fait partie du star système québécois. Julie Snyder et lui sont connus, populaires, et ils savent très bien comment faire parler d’eux dans les médias. Cette popularité se reflète déjà dans les sondages.

En passant, quand les adversaires de M. Péladeau pensent à des conflits d’intérêts qui pourraient avoir une utilité électorale, ils songent moins à la ligne éditoriale de TVA ou du Journal de Québec qu’aux reportages obligeants et aux photos de famille en une du Lundi ou d’une autre publication du même type.

Les adversaires potentiels de M. Péladeau ne le savent que trop bien. Et après le hara-kiri de Jean-François Lisée, ils ont déjà commencé à trouver des excuses à M. Péladeau plutôt que de l’attaquer.

Ce qui montre bien que les Bernard Drainville, Martine Ouellet et autres savent qu’ils n’ont pas vraiment de chances contre le rouleau compresseur PKP et qu’ils pensent déjà à préserver leur position dans le parti sous celui qui sera leur nouveau chef.

En fait, ils se sont fait une raison et se présentent surtout pour se faire connaître en vue de la prochaine fois. Une sage précaution, dans un parti qui mange ses chefs.

Mais, en même temps, une course à la direction qui n’en est pas une peut être la pire chose qui peut arriver au PQ. Parce qu’une vraie course permet au parti de voir comment son nouveau chef réagira en situation de crise. Comment il essaiera de rassembler. Comment il réagit sous la pression. Toutes choses qui seront épargnées à M. Péladeau.

La même chose était arrivée à M. Boisclair. Le PQ ne voulait pas entendre parler de ses faiblesses pendant la course à la direction, mais les libéraux l’attendaient au détour et ont eu tôt fait de lui fabriquer une image de chef sans jugement. On connaît la suite.

La question des conflits d’intérêts potentiels de M. Péladeau ne s’en ira pas, même s’il est facilement élu chef du PQ. Pas plus que la question délicate de ses retraits fréquents et nécessaires des discussions du gouvernement sur tous les sujets qui pourraient toucher ses entreprises.

Mais le PQ a décidé de regarder ailleurs. On verra la suite. Mais pour l’instant, ça ressemble beaucoup à un scénario que le PQ a bien connu, mais qu’il a déjà oublié.

PKP : la question qui ne s’en ira pas

Lundi 6 octobre 2014 à 9 h 19 | | Pour me joindre

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MCAuger

La chose facile serait de considérer les propos de Jean-François Lisée sur le refus de Pierre Karl Péladeau de vendre ses actions de Québecor comme la première salve de la campagne à la direction du Parti québécois, ou pire comme une attaque personnelle déplacée.

Ce serait faire une lourde erreur parce que la question de la propriété du plus important groupe de médias au Québec par quelqu’un  qui ambitionne de devenir premier ministre ne s’en ira pas de sitôt.

Dans tous les pays démocratiques, la question de la propriété des médias est traitée de façon différente de la propriété d’autres entreprises. Pour l’influence que cela représente et à cause du fait que les ondes sont une propriété publique.

M. Péladeau s’est récemment dit prêt à mettre ses actions dans une fiducie sans droit de regard s’il devenait premier ministre, comme le prévoit le code d’éthique des membres de l’Assemblée nationale.

Mais dès l’annonce de la candidature de M. Péladeau aux dernières élections, plusieurs voix se sont élevées pour dire que dans le cas d’un empire médiatique comme Québecor, la fiducie sans droit de regard n’était sans doute pas suffisante.

L’un des premiers à émettre des réserves a d’ailleurs été le jurisconsulte de l’Assemblée nationale, le juge à la retraite Claude Bisson. « Quand vous êtes propriétaire d’une majorité d’actions, vous exercez toujours une certaine influence, ne serait-ce que morale », disait-il.

Comme une entreprise de communications n’est pas une société de fruits en conserve, disait le juge Bisson, le fait pour M. Péladeau de rester l’actionnaire de contrôle — avec près de 75 % des actions votantes — pose un problème encore plus important, puisqu’il continuerait inévitablement d’être une présence forte, qui planerait nécessairement au-dessus de toutes les décisions de sa compagnie.

« Même si les actions sont dans une fiducie sans droit de regard, la personne reste propriétaire de ses actions. Et tout le monde le sait », disait le juge Bisson.

Des personnes qui étudient ces questions, comme l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques, ont aussi expliqué combien la fiducie sans droit de regard est « insuffisante dans ce cas-ci ».  Elles ont émis des suggestions qui feraient en sorte que Pierre Karl Péladeau n’exerce plus le contrôle des activités médiatiques du groupe.

Enfin, il y a la loi elle-même. M. Péladeau a affirmé à mon collègue Gérald Fillion qu’il se conformerait au code d’éthique des députés et mettrait ses actifs dans une fiducie sans droit de regard s’il devenait premier ministre.

Sans doute. Mais la fiducie n’est que le moyen de réaliser les objectifs du code d’éthique, elle n’est pas une fin en soi. Pour se conformer à l’esprit du code d’éthique, il faut aussi répondre aux exigences de son article 15 : « Un député ne peut se placer dans une situation où son intérêt personnel peut influencer son indépendance de jugement dans l’exercice de sa charge. »

Les mots sont importants. Il suffit qu’on puisse croire que l’intérêt personnel du député puisse l’influencer. Au fond, ce que dit l’article 15, c’est que l’apparence de conflit, en ces matières, est aussi importante que le conflit d’intérêts lui-même.

Avoir l’actionnaire de contrôle d’un groupe aussi important et diversifié que Québecor comme chef de parti ou premier ministre ouvrirait nécessairement la porte à toutes sortes d’allégations de conflit d’intérêts, réels ou fabriqués, qui seraient de nature à miner la confiance du public dans les institutions.

Quand Jean-François Lisée soulève cette difficulté, il ne fait que mettre son parti en garde contre une question qui ne va pas s’en aller, quoi qu’on puisse en penser ces jours-ci au PQ.

Il n’y a pas meilleur exemple du caractère anecdotique et irréel qu’est en train de prendre le débat sur la Charte des valeurs que l’intervention de Janette Bertrand à un brunch de la laïcité, dimanche midi.

Pour comprendre, il vaut mieux citer Mme Bertrand au texte : « J’habite un building où il y a une piscine. Je vais me baigner une fois par semaine pour faire de l’aquagym. Et puis arrivent deux hommes, et ils sont déçus parce qu’il y a deux femmes – je suis avec mon amie. Ils s’en retournent. Bon, imaginons qu’ils partent, qu’ils vont voir le propriétaire, qui est très heureux d’avoir beaucoup d’étudiants de McGill riches qui sont là. Et puis ils demandent : bon, on veut avoir une journée. Et puis là, dans quelques mois, c’est eux qui ont la piscine tout le temps. C’est ça, le grugeage, c’est ça dont on a peur, et c’est ça qui va arriver si on n’a pas de charte. »

Le seul fait avéré dans tout cela, c’est que Mme Bertrand fait de l’aquagym dans la piscine de son immeuble. Après cela, tout est anecdotique et interprétation.

Arrivent deux hommes qui sont déçus parce qu’il y a deux femmes dans la piscine, dit-elle. On ne sait pas qui ils sont, s’ils sont musulmans ou catholiques ou quoi que ce soit d’autre. Mme Bertrand ne leur a pas parlé, alors elle ne sait pas pourquoi ils ont l’air déçus, mais elle affirme néanmoins que c’est parce qu’il y a deux femmes dans la piscine.

Ensuite, on tombe carrément dans la fiction, de l’aveu même de Mme Bertrand. « Imaginons », dit-elle, qu’ils partent, vont voir le propriétaire et demandent d’avoir une journée de piscine pour les hommes seulement. Rien de tout cela n’est un fait, c’est une imagination de Mme Bertrand qui est présentée comme un fait.

Le proprio est « heureux d’avoir des étudiants de McGill riches » chez lui — Mme Bertrand sait qu’ils sont anglophones, mais on croit deviner qu’ils seraient aussi musulmans, riches et inscrits à McGill.

Alors, toujours selon Mme Bertrand, le proprio accepte donc de donner une journée de piscine pour les hommes seulement. Encore une fois, rien de tout cela ne s’est produit. On est dans l’imaginaire de Mme Bertrand. Puis, on arrive à la conclusion : « dans quelques mois, c’est eux qui ont la piscine tout le temps. » Pas un seul fait dans la démonstration, mais la piscine appartient désormais aux hommes musulmans.

C’est la théorie du « grugeage ». Élaborée, rappelons-le, à partir d’un seul fait avéré : soit que Mme Bertrand fait de l’aquagym. Notons aussi que, de toute façon, la Charte des valeurs ne serait aucunement applicable à ce qui se passe dans la piscine d’un édifice privé, puisqu’elle ne s’applique qu’aux institutions de l’État.

Normalement, une telle intervention ne vaudrait même pas la peine d’être relevée. Mais on ne peut faire autrement quand elle se déroule dans un événement partisan, la dernière semaine de la campagne électorale, sur la même estrade que la première ministre et le parrain de la Charte des valeurs, le ministre Bernard Drainville, qui applaudissent.

Passerait encore si c’était un événement isolé. Mais c’est aussi la manière dont a été menée la Commission parlementaire sur la Charte. Un exemple parmi d’autres : Mme Michelle Blanc a témoigné en faveur de la Charte et utilisé un exemple qu’elle a elle-même qualifié de fictif. Un jeune homosexuel, rejeté de sa famille pour des raisons religieuses, comment se sentirait-il s’il demandait de l’aide à un professionnel de la santé qui porte un signe religieux de la même communauté qui l’a rejeté?

M. Drainville a tellement aimé l’exemple, qu’il l’a resservi à plusieurs personnes venues témoigner devant la commission parlementaire. Un exemple fictif était traité comme un fait avéré.

Évidemment, il est difficile d’avoir des faits quand le gouvernement a refusé systématiquement d’en rechercher, affirmant, selon le ministre Drainville, qu’on n’avait nul besoin d’études puisque la Charte est avant tout une question de principe.

Mais le résultat, en fin de compte, c’est qu’on est en train de gruger les faits, pour avoir un débat basé pour l’essentiel sur des anecdotes, des exemples fictifs, quand ce n’est pas carrément des imaginations.

S’il faut combattre le « grugeage », il faudrait surtout s’en prendre à ce qui semble vouloir marquer la fin de cette campagne : le « grugeage » des faits.

Dans toute l’agitation entourant l’arrivée de Pierre Karl Péladeau au Parti québécois, on aura peut-être sous-estimé les difficultés que pourrait soulever la décision de ce dernier de garder le contrôle de son empire médiatique — même si c’est par l’entremise d’une fiducie sans droit de regard.

Tout comme on aura sous-estimé l’ampleur des conflits d’intérêts potentiels que M. Péladeau devra maintenant gérer, autant selon les lois en vigueur que selon les règles sévères que le PQ lui-même a édictées depuis son arrivée au pouvoir.

Beaucoup de gens comprennent qu’il ne suffirait pas pour M. Péladeau, s’il devenait ministre, de placer ses actions dans une fiducie sans droit de regard. Il ne s’agit pas ici d’un portefeuille d’actions ordinaires, mais des trois quarts des actions avec droit de vote du plus grand groupe médiatique au Québec.

Un groupe dont les ramifications vont nécessairement dans le monde de la culture, des communications, de l’édition, des librairies, etc. Sans oublier que le principal actionnaire de Québecor, à part la famille Péladeau, est la Caisse de dépôt et placement.

La loi et les pratiques sur les conflits d’intérêts, réels ou potentiels, dans un Conseil des ministres sont claires : le ministre en question doit s’abstenir d’intervenir de quelque façon et immédiatement quitter la réunion. Le niveau de tolérance sur cette question est très bas.

C’est au point où l’actuel ministre de la Culture Maka Kotto quitte la pièce dès qu’il est question de la Ville de Longueuil, dont sa conjointe est la mairesse. Au fédéral, dans des circonstances similaires,  les Paul Martin et Belinda Stronach quittaient la salle quand on parlait de transports ou de l’industrie automobile. Un simple député est soumis aux mêmes règles et doit quitter toute réunion de l’Assemblée nationale ou d’un comité où il pourrait être placé en conflit d’intérêts.

Quand on voit les domaines d’activités dans lesquels Québecor est un joueur majeur, c’est à se demander si M. Péladeau ne va pas passer autant de temps dans le corridor que dans la salle du Conseil des ministres. S’il suit les règles sur les conflits d’intérêts, c’est l’efficacité de M. Péladeau comme ministre qui pourrait être en cause.

Mais le principal intéressé ne voit pas du tout les choses de la même façon. En entrevue lundi à l’émission Le 15-18 que j’anime à ICI Radio-Canada Première, M. Péladeau affirmait sans nuances qu’il ne verrait aucune raison de se retirer des discussions du Conseil des ministres sur une politique — relativement mineure — comme le prix unique du livre. Et ce, même si les sociétés qu’il contrôle sont, et de loin, les principaux éditeurs au Québec et qu’il est aussi l’un des principaux libraires au Québec par sa filiale Archambault.

Cliquez ici pour écouter l’entrevue avec M. Péladeau

Bien au contraire, affirme-t-il, son expérience dans le domaine en ferait une « personne-ressource » pour le gouvernement. De toute évidence, la notion de conflit d’intérêts de M. Péladeau est assez différente de celle de nos lois et pratiques en matière d’éthique.

Si M. Péladeau ne voit pas de conflit d’intérêts dans une situation relativement simple comme celle-là, il n’en voit pas davantage dans le fait de rester l’actionnaire de contrôle du plus grand groupe de médias au Québec.

Comme l’affirmait la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, les journalistes de Québecor ne sauront que trop bien que M. Péladeau reste l’actionnaire de contrôle et que, du jour au lendemain, il pourrait donc redevenir leur patron.

Dans les circonstances, le simple recours à une fiducie sans droit de regard peut difficilement être considéré comme suffisant, comme le croient aussi le jurisconsulte de l’Assemblée nationale et le commissaire à l’éthique. Il n’y a pas, disent-ils, de jurisprudence qui peut s’appliquer au cas de M. Péladeau. Mais il reste que le risque de conflit d’intérêts est flagrant.

Charte des valeurs : le prix à payer

Mardi 3 septembre 2013 à 9 h 56 | | Pour me joindre

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MCAuger

Les sondages sont intéressants, mais quand on y regarde de plus près, le Parti québécois pourrait avoir un prix très lourd à payer s’il continue sur ce ton dans le dossier de la Charte des valeurs québécoises.

À terme, cela pourrait être le genre de décision qui éloignera — et sans doute pour longtemps — certaines clientèles qui ont toujours été essentielles à la coalition péquiste.

Chez les péquistes

On a toujours dit que le PQ était un « parti de professeurs », d’intellectuels. Or, plusieurs de ceux qui se manifestent dans le présent débat sont des intellectuels souverainistes qui ne peuvent accepter le discours et le ton actuellement en vogue au gouvernement Marois.

On pense ici à des gens comme Jean Dorion, ex-député du Bloc québécois et ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste, ou Michel Seymour, ancien président des Intellectuels pour la souveraineté. Ceux-ci et beaucoup d’autres ont utilisé les pages des journaux ces derniers temps pour dire au gouvernement qu’il faisait fausse route.

Les droits fondamentaux ont parfois mauvaise réputation au PQ, surtout quand on essaie de les réduire à la charte canadienne, celle de Pierre Trudeau, celle que « le Québec n’a jamais signée ».

Reste que le Québec a sa propre charte des droits et libertés, adoptée avant la charte canadienne, et qui garantit, pour l’essentiel, les mêmes principes et droits fondamentaux. Faire de la politique sur le dos des droits fondamentaux n’est pas au goût de tous les péquistes.

À Montréal

Il y aura aussi un prix à payer à Montréal.

Ce n’est pas un hasard si un conseil municipal unanime a appelé le gouvernement à la plus grande prudence sur ces matières. Évidemment, personne n’a condamné un projet de loi qu’on n’a pas encore vu, mais tout le monde a compris le message.

De même, aucun des trois principaux candidats à la mairie de Montréal n’est favorable à l’idée d’une charte des valeurs québécoises. Ils ne savent que trop bien que ce sera d’abord à Montréal qu’on vivra les problèmes liés à son application.

Dans les institutions

Les dirigeants de grandes institutions sont aussi loin d’être convaincus. L’idée, qui n’est pour l’instant qu’un ballon d’essai, de permettre aux hôpitaux, institutions d’enseignement et autres de se soustraire à la charte les effraie particulièrement. Cette solution équivaut à pelleter la décision dans leur cour plutôt que dans celle de l’Assemblée nationale, qui dit pourtant vouloir donner des « règles claires » à tout le monde.

De plus, il est intéressant de constater que les institutions qui ont le plus souvent à traiter avec des questions d’accommodements religieux ne croient pas qu’on ait besoin d’une charte. Elles proposent plutôt de simples amendements aux lois ordinaires.

Ainsi, les commissions scolaires — qui sont les institutions qui ont à traiter quotidiennement avec la question des congés religieux — croient qu’on doit modestement modifier la Loi sur les normes du travail. C’est moins grandiose qu’une charte des valeurs, mais c’est sans doute plus efficace au quotidien.

Chez les jeunes

Puis, il y a les jeunes. L’une des plus grandes réalisations du Parti québécois est d’avoir réussi à franciser toute une génération de nouveaux arrivants à l’école. Ce sont ceux qu’on appelle « les enfants de la loi 101 », qui viennent de tous les pays du monde et qui, ayant passé par l’école française, ont adopté le français comme langue commune.

Tout naturellement, les « enfants de la loi 101 » ont aussi eu un effet sur les jeunes francophones de souche. À force de partager les bancs d’école avec d’autres jeunes venant de tous les horizons, ils n’ont plus tellement peur d’un voile ou d’un turban. Ils comprendront encore moins qu’on puisse exclure leurs amis ou les parents de leurs amis de la fonction publique sur la base du port d’un hijab ou d’une kippa.

Enfin, il y a la population en général, à qui le gouvernement promet des règles claires susceptibles de régler, une fois pour toutes, la question des accommodements religieux. Le seul ennui étant que la plupart de ces accommodements surviennent dans la sphère privée, là où l’État n’a rien à voir. Comme cette « crise » des turbans au soccer survenue au printemps, qui illustre les discours ministériels, mais qui n’a rien à voir avec le caractère neutre de l’État.

Avec le résultat qu’ayant promis des règles claires, le gouvernement Marois a toutes les chances de créer plus de problèmes que de solutions, provoquant ainsi une désillusion qui pourrait bien, à terme, se retourner contre lui.

Angoisses péquistes à la ligne de départ

Vendredi 3 août 2012 à 12 h 26 | | Pour me joindre

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Celui de Jean Charest ou de Pauline Marois qui perdra l’élection du 4 septembre devra quitter ses fonctions. Ce n’est rien de très surprenant, c’est la règle de la vie politique. On va parfois donner une deuxième chance à un chef qui se fait battre, mais pratiquement jamais une troisième.

Au Parti québécois, à la ligne de départ de cette campagne électorale, le danger est encore plus grand que de devoir changer encore de chef. C’est l’avenir même du PQ qui pourrait être en cause après une quatrième défaite électorale de suite.

La dernière fois que le PQ a gagné une élection, c’était… au siècle dernier. En 1998, il y a trois chefs de cela. Dans le temps de Lucien Bouchard, un homme que le PQ n’inviterait plus à ses congrès, si tant est qu’il ait encore le goût de s’y rendre.

Les trois défaites du PQ depuis ce temps l’on été aux mains du premier ministre le plus fédéraliste de l’histoire récente du Québec, et qui a toujours su transformer, de quelque façon, ses campagnes électorales en croisades pour le Canada.

Ce n’est pas seulement parce que c’est ce que croit profondément Jean Charest, c’est aussi parce que les sondages internes du PLQ – qui ne vérifient pas seulement des intentions de vote, mais aussi des valeurs et les grandes tendances, lui ont montré que la possibilité d’un nouveau référendum sur la souveraineté faisait fuir les électeurs.

Pas étonnant que la base électorale du PQ soit passée d’autour de 45 % des voix pendant les années 1990 à 35 % lors de la dernière élection, un résultat qui ressemble à ce que disent les sondages aujourd’hui.

Le chef libéral ne le sait que trop bien, et ce n’est pas pour rien qu’il essaie de faire un amalgame – plutôt tiré par les cheveux, avouons-le – entre « la rue et le référendum », les deux plaies qui guetteraient le Québec en cas de victoire de Pauline Marois.

Il reste qu’un quatrième rejet consécutif de l’option souverainiste dans une élection, même si la souveraineté est loin d’être au coeur de la campagne du PQ, aurait nécessairement un effet sur l’option elle-même.

Il y a déjà d’anciens souverainistes, comme François Legault, qui affirment ouvertement qu’ils n’y croient plus et que ce ne doit pas être la priorité des Québécois.

Historiquement, cela est significatif parce que, lorsque de nouveaux partis se sont créés au Québec, c’était toujours par des dissidents qui quittaient le Parti libéral. De l’Action libérale nationale qui allait fusionner pour devenir l’Union nationale, au Parti québécois de René Lévesque, à l’ADQ de Jean Allaire et de Mario Dumont.

Contrairement à eux, la Coalition avenir Québec est le premier parti majeur à avoir été créé surtout par des gens qui ont quitté le PQ. Quand on ajoute cela aux crises qui ont secoué le PQ ces derniers mois et à la fondation d’Option nationale, de l’autre côté du spectre politique, on voit que l’avenir ne s’annonce pas radieux au PQ en cas de défaite le 4 septembre.

Au-delà d’un nouveau rejet de l’option souverainiste que constituerait une quatrième défaite de suite pour le PQ, il y a aussi la perte de l’expertise du pouvoir que cela constituerait.

Si le prochain mandat du gouvernement allait jusqu’à son terme, le PQ aurait été dans l’opposition pendant 15 ans, ce qui est une génération en politique. Il ne resterait pratiquement plus de gens qui auraient eu l’expérience de siéger au conseil des ministres ou même d’avoir été dans un cabinet ministériel.

Déjà, aujourd’hui, le PQ ne compte plus que quatre députés qui ont une expérience ministérielle. En plus de Mme Marois, dont l’expérience n’est plus à prouver ayant exercé presque toutes les fonctions ministérielles importantes, il n’y a plus que Mme Nicole Léger et M. François Gendron qui ont déjà été ministres pendant une longue période. Mme Marie Malavoy l’avait été pour un mois en 1994, avant d’être obligée de démissionner.

Déjà, le bassin d’expérience ministérielle est assez limité. Dans quatre ans, il est probable qu’il serait pratiquement à sec. Ce n’est pas le seul critère qui compte, bien sûr, mais il reste important. Et pour le Parti québécois, il devient donc urgent de mettre fin à sa traversée du désert. C’est peut-être devenu une question de survie.

Deux référendums

Mercredi 1 août 2012 à 16 h 05 | | Pour me joindre

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Si l’on en croit le premier ministre et la chef de l’opposition, les Québécois seront appelés non pas à une élection, mais à un référendum, le 4 septembre prochain. Mais, bien évidemment, la question serait différente selon qu’on écoute Jean Charest ou Pauline Marois.

Dans son discours d’ouverture de la campagne, M. Charest a choisi de dramatiser le conflit étudiant du printemps dernier en opposant « l’intimidation, la violence et la banalisation du non-respect des lois » au « progrès économique et à la démocratie ».

Pour Mme Marois, cette élection est plutôt un référendum sur la corruption et le bilan des neuf années au pouvoir de Jean Charest et du Parti libéral.

Il est bien normal, en ce début de campagne, que les deux chefs déterminent les enjeux du débat électoral et tentent d’écrire la « question de l’isoloir », celle à laquelle les électeurs répondront lorsqu’ils iront voter.

Mais on aura rarement vu une élection où celui qui réussira à imposer cette « question de l’isoloir » aura toutes les chances de l’emporter au soir du 4 septembre.

Si les libéraux réussissent à transformer l’élection en référendum sur la crise étudiante, ils auront de très bonnes chances de former le prochain gouvernement, même s’il pourrait être minoritaire.

Au PLQ, on affirme que les manifestations du printemps ont créé un fort mouvement de ressac, surtout à l’extérieur de Montréal, et que cela pourrait faire en sorte que les électeurs aient le pardon plus facile pour un gouvernement qui promet de rétablir l’ordre.

En ce sens, l’avertissement lancé par M. Charest voulant que rien ne doive venir empêcher l’ouverture des salles de cours à la rentrée du mois d’août avait presque l’air d’un souhait. Plus il y aura de manifestations à la rentrée, plus les libéraux auront de chances d’imposer leur thème de campagne.

Il reste que la stratégie est risquée. Il est bien difficile de penser qu’une campagne électorale de cinq semaines va se résumer à un seul sujet, et que le premier ministre aura la voie libre pour le répéter sans relâche pendant plus d’un mois. Les élections ne se déroulent jamais en suivant un scénario aussi simple.

De l’autre côté, Mme Marois sait qu’elle a peu de chances de gagner un tel débat, et veut plutôt transformer l’élection en référendum sur Jean Charest et ses neuf ans au pouvoir. Avec une insatisfaction envers le gouvernement qui n’est pas tombé sous les 60 % au cours de la dernière année, on comprend facilement la stratégie des péquistes.

Mme Marois a quelques avantages pour imposer sa propre question de l’isoloir. D’abord, parce que M. Charest est le premier chef de gouvernement québécois depuis Maurice Duplessis à solliciter un quatrième mandat. Dans les circonstances, la tentation de faire un bilan devient presque irrépressible.

Ensuite, les autres partis d’opposition voudront aussi parler du bilan du gouvernement, ce qui viendra amplifier plutôt que diminuer le message du PQ.

Enfin, Mme Marois aura beau jeu de répéter que ce scrutin estival ne vise qu’à avoir une élection avant plutôt qu’après la reprise des travaux de la Commission Charbonneau, le 17 septembre prochain.

À chacun son référendum, donc, et les électeurs décideront de l’enjeu qui est le plus important pour eux, et à quelle question ils auront envie de répondre le 4 septembre en se rendant aux urnes.