Billets classés sous « Montréal »

Où est passé l’esprit du RCM?

lundi 15 décembre 2014 à 14 h 04 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

MCAuger

Il a fallu que Jean Doré, qui a été son seul maire, mène le combat de sa vie pour que ceux qui formaient l’administration municipale de Montréal entre 1986 et 1994 décident de remettre à l’avant-scène l’histoire du Rassemblement des citoyens de Montréal.

Il est vrai que les aléas de la politique municipale font en sorte que les partis politiques vont mourir dans les endroits les plus étranges. Ainsi, ce qu’il restait du Rassemblement des citoyens de Montréal est allé s’échouer, peu avant les élections de 2001, dans le parti de Gérald Tremblay.

Reste que l’administration de M. Doré et du RCM n’avait certes pas à rougir de son bilan. En huit ans, elle avait réussi à mettre fin au régime mis en place par Jean Drapeau, qui, en presque 30 ans de pouvoir, avait installé un système qui concentrait pratiquement tous les pouvoirs dans les mains du maire.

Quand Jean Doré a été assermenté, la ville de Montréal avait des institutions démocratiques dignes d’un village. Le conseil municipal n’avait que deux comités : le comité exécutif, qui était et est encore le véritable lieu de pouvoir, et le comité sur les noms de rues. La Ville n’avait même aucun plan général d’urbanisme.

La défunte Communauté urbaine de Montréal avait bien tenté d’apporter certaines réformes de nature démocratique, comme un comité sur la sécurité publique ou les transports en commun, mais ces réformes avaient été faites malgré l’administration Drapeau, qui essayait le plus souvent possible de les contourner.

Évidemment, Doré et son administration ont eu l’avantage de la nouveauté. Chaque décision, même banale, devenait une grande première historique. Les Montréalais se sont vite rendu compte que la Ville voulait les mettre dans le coup, comme la création de conseils de quartiers, précurseurs des actuels arrondissements.

Centralisation c. décentralisation

Cela est toujours d’ailleurs le grand fossé des débats publics à Montréal : la centralisation contre la décentralisation. Jean Drapeau, Pierre Bourque et, jusqu’à un certain point, Denis Coderre, étaient des centralisateurs. La réforme du financement des arrondissements de l’actuel maire n’est rien d’autre qu’une façon de redonner des pouvoirs au maire.

Dans l’histoire de Montréal, les centralisateurs ont eu le pouvoir pas mal plus longtemps que les autres. Ceux qui pensaient en fonction de grands projets ont presque toujours eu la main haute sur ceux qui privilégiaient la vie de quartier.

La grande exception à cette règle est l’administration de Jean Doré et du RCM, un parti qui avait fédéré les oppositions à Jean Drapeau pour justement donner une voix à ceux qui travaillaient dans les quartiers.

Quand il m’a accordé une entrevue, le mois dernier, j’ai posé la question directement à M. Doré : où est donc passé l’esprit du RCM? Visiblement, il ne s’attendait pas à la question. Il a vaguement parlé des groupes communautaires qui veulent améliorer la qualité de vie de leurs quartiers. Mais il est notable qu’il n’ait pas parlé de Projet Montréal, le parti qui forme actuellement l’opposition officielle à l’hôtel de ville de Montréal.

Jean Doré rappelait que le RCM avait pas moins de 17 000 membres à son apogée, du jamais vu pour un parti municipal. Et c’était avant les médias sociaux. « Il fallait les convaincre un par un », disait M. Doré.

La différence

En fait, la différence entre Projet Montréal et le RCM est là. Les deux partagent l’idée qu’une ville comme Montréal ne peut être dirigée par un petit groupe d’élus depuis la rue Notre-Dame. Ils partagent aussi une chose importante à Montréal : ils ont donné une belle place aux progressistes anglophones. On oublie trop facilement la contribution des Michael Fainstat, John Gardiner et autres à l’administration du RCM.

Mais il y a une grande différence : le RCM était implanté dans tous les quartiers, où il prenait ses idées et, plus tard, ses politiques. Projet Montréal n’est pas (pas encore?) arrivé là.

Projet Montréal est encore trop vu comme un parti d’urbanistes, qui s’en servent pour faire passer leurs grandes idées pour Montréal. Pour reprendre une expression anglaise, c’est encore beaucoup trop un parti « top-down », plutôt que « bottom-up ». Un parti qui dit avoir découvert les solutions et les impose du haut vers le bas. On n’a qu’à se souvenir de l’insistance de Richard Bergeron à imposer le tramway…

Projet Montréal incarne plusieurs des grandes idées du RCM. Mais pas encore l’esprit. Et pour le trouver, il lui faudra chercher un peu plus fort. Et un peu plus près des citoyens.

Le maire qui réagit

dimanche 2 novembre 2014 à 20 h 35 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

MCAuger

La grande force de Denis Coderre pendant sa première année à la mairie de Montréal aura été la comparaison avec son prédécesseur Gérald Tremblay : au lieu d’avoir un maire qui subit, on aura eu le maire qui réagit.

On l’aura vu dès sa réaction aux résultats de l’élection. Gérald Tremblay avait été tétanisé par sa victoire avec 38 % des voix en 2009. Il l’a vécu comme une véritable défaite et n’a jamais repris le contrôle de l’appareil municipal ou de l’ordre du jour politique par la suite.

Denis Coderre aurait eu encore plus de raisons de se désoler. Au terme d’une campagne électorale médiocre, il terminait avec 32 % des voix et à peine 26 000 votes de plus qu’une toute jeune femme à sa toute première expérience politique. En plus, il devenait le premier maire de l’ère moderne à ne pas avoir une majorité au conseil municipal.

Le maire Coderre a réagi rapidement. Il a coopté au comité exécutif les meilleurs orphelins politiques et s’est mis à gouverner comme s’il avait une majorité. Il a même réussi à imposer en douce une ligne de parti à des gens qui n’avaient pas été élus sous sa bannière.

Un an plus tard, tous ceux qui l’avaient affronté à la mairie ne sont plus là. Richard Bergeron n’est plus chef de l’opposition, Mélanie Joly a amené ses ambitions ailleurs et Marcel Côté est malheureusement décédé, après avoir offert ses services pour conseiller le nouveau maire. Pour les oppositions à l’hôtel de ville, tout est déjà à reconstruire.

Incontesté et incontournable

En un an, Denis Coderre s’est installé comme le maire incontesté et incontournable de Montréal. C’est un succès politique remarquable quand on pense au piètre état de l’administration municipale dont il a hérité.

Puis, M. Coderre a utilisé son énergie considérable à être partout en même temps. Des scènes d’incendies, aux tapis rouges des premières et, bien entendu, en commentant le tout sur Twitter.

Mais, surtout, il aura été partout au Québec. À l’Union des municipalités. Même à la Fédération des municipalités — qui ne regroupe pourtant que les petites villes — et dans une série de discours où il a réussi à attirer la sympathie plutôt que la méfiance traditionnelle envers la métropole.

Ce serait déjà un remarquable bilan pour une première année. Mais pour l’hyperactif maire de Montréal, ce n’était pas assez. M. Coderre s’est donc aussi donné une longue liste de « priorités » qui ont, malheureusement, été remplacées par de nouvelles priorités chaque fois que les manchettes du jour le justifiaient.

On est donc passés pêle-mêle de l’élimination des salons de massage à une « politique du baseball » (non, pas faire revenir les Expos, mais préserver les terrains dans les parcs) en passant par l’ouverture des bars jusqu’au petit matin.

Le problème, bien entendu, c’est que lorsque tout est une priorité, rien ne l’est vraiment. On cherche encore un projet ou une politique qui serait une véritable signature de l’administration Coderre.

Transport et congestion

C’est particulièrement vrai dans un dossier que tous les Montréalais considèrent comme prioritaire, soit les transports et la congestion. Sur ce point, M. Coderre n’aura fait que démontrer qu’il est le maire de l’automobile individuelle. Ainsi, il aura mené une lutte — perdue d’avance — contre le péage sur le nouveau pont Champlain au lieu de l’utiliser comme point de départ d’une véritable politique du transport pour l’ensemble du Grand Montréal.

Son amitié pour les chauffeurs de taxi est venue embrouiller le dossier des autos en partage, comme Car2Go, qui permettent pourtant de réduire le nombre d’automobiles individuelles en ville.

Pas de vision non plus en matière de transport en commun, qui reste encore le meilleur moyen de combattre la congestion. Ou même pour le Bixi, une invention montréalaise, appréciée des Montréalais, et que le maire semble plus pressé de fermer que de préserver.

De même, on cherche encore les initiatives du maire pour faire de « ville intelligente » autre chose qu’un slogan. Pourtant, dans une ville où on n’a encore du mal à synchroniser les feux de circulation, ce n’est pas le travail qui manque.

Exploiter les erreurs

Enfin, parfois, les remarquables instincts politiques du maire le servent mal. Ainsi, il a compris tout de suite qu’il pourrait exploiter à son avantage la grossière erreur des syndiqués de la Ville, quand ils ont envahi l’hôtel de ville en août dernier.

Mais en s’acharnant à frapper un adversaire qui était déjà à terre, M. Coderre a peut-être marqué des points à court terme dans l’opinion publique, mais il a réussi à se mettre à dos une bonne partie des employés de la Ville. Des gens dont il aura inévitablement besoin d’ici la fin de son mandat.

Pour cette première année de son mandat, Denis Coderre s’est surtout contenté de réagir et, après tout ce que Montréal avait vécu au cours de la décennie précédente, c’était suffisant pour la plupart de ses concitoyens.

Mais comme toutes les lunes de miel, celle de M. Coderre va inévitablement prendre fin. Et ses concitoyens vont bientôt lui demander d’agir plutôt que de réagir et de gouverner plutôt que de se faire voir.

Les gâchis des années 1970

vendredi 2 mai 2014 à 13 h 25 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

MCAuger

L’annonce de la démolition de l’aérogare de Mirabel vient nous rappeler de façon très palpable combien les mauvaises décisions des gouvernants peuvent venir nous hanter pendant des décennies.

Tout le dossier de Mirabel est l’illustration lumineuse de ce qui arrive quand on choisit des politiques et des technologies au mauvais moment et pour de mauvaises raisons.

Quand l’aéroport a été planifié à la fin des années 1960, le monde de l’aviation attendait l’arrivée massive des avions supersoniques. Le Concorde volait déjà et le SST de Boeing était sur les planches à dessin, dont il n’est jamais sorti.

Jeune journaliste, j’avais couvert à Ottawa les audiences de la Cour fédérale dans la cause des expropriés de Mirabel qui voulaient ravoir leurs terres. L’argument du gouvernement fédéral pour avoir exproprié trois fois plus de terres que nécessaire tenait dans ce seul mot : le Concorde.

Étant donné le bruit — le fameux « boom » d’un avion qui franchit le mur du son — il fallait un aéroport qui soit situé loin de la ville qu’il devait desservir et avec beaucoup de terrain excédentaire pour incommoder le moins de monde possible.

Mais, le reste de l’histoire l’a prouvé, les Concordes ne sont jamais venus et Mirabel s’est retrouvé avec tous les problèmes et aucun des avantages. Il était loin de Montréal. Les gouvernements ne se sont jamais entendus pour un lien ferroviaire avec la ville ou même sur un simple prolongement d’autoroute. Or, tous les aéroports construits ces dernières années montrent que le lien avec le centre-ville est au moins aussi important que l’aéroport lui-même.

Et il y a la politique. À l’époque de sa construction, les pays n’avaient qu’une seule porte d’entrée pour le trafic aérien international et celle du Canada était Montréal. Sauf que pendant la construction même de Mirabel, le gouvernement canadien négociait la possibilité de mettre fin à cette situation, ce qui, dans le contexte, allait favoriser Toronto.

Inutile de lancer une chicane contre Ottawa sur ce point, tous les pays du monde faisaient la même chose au même moment. Mais on aurait quand même pu repenser la nécessité d’un aussi grand aéroport s’il ne devait plus être l’unique porte d’entrée au Canada.

On connaît le reste de l’histoire. Mirabel est devenu petit à petit un éléphant blanc. Si bien qu’en 1997, on ramenait les vols internationaux à Dorval. Pour la simple raison que Montréal était devenue une ville où il était devenu pratiquement impossible de faire le transit d’un vol international à un vol domestique ou nord-américain.

La démolition d’une aérogare, qui n’est plus aux normes de sécurité, de construction, de transport international, était devenue avec le temps aussi inévitable que triste. Depuis sa mise au rancart, il y a eu le 11 septembre 2001, qui obligeait à revoir l’ensemble des déplacements et des contrôles des voyageurs et des bagages. Sans parler du fait qu’elle soit pleine d’amiante.

On parle encore de beaux projets pour l’utiliser comme un centre de foires, mais aucun n’a vu le jour depuis plus de 15 ans. Et le bâtiment reste toujours un coûteux éléphant blanc dans le milieu d’un champ.

Et puisqu’on est sur le sujet des gâchis des années 1970, l’exemple de Mirabel ne devrait-il pas inspirer, au moins en partie, nos réflexions collectives sur l’avenir du Stade olympique?

Voici aussi un bâtiment des années 1970 qui n’a jamais rempli ses promesses et qui n’est plus au goût du jour. Son toit rétractable n’a jamais fonctionné, le condamnant à une utilisation presque inexistante pour la moitié de l’année. La technologie n’était manifestement pas au point.

Et les sports professionnels veulent désormais des stades où leurs partisans sont plus proches de l’action. Si les Expos devaient revenir, ce serait nécessairement dans un stade plus petit au centre-ville. Les Alouettes et l’Impact ont tous les deux leur propre stade beaucoup plus convivial.

On peut choisir de garder l’aérogare vide de Mirabel indéfiniment en attendant l’improbable projet qui va le relancer. Mais Aéroport de Montréal a décidé qu’il était temps de cesser de lancer de l’argent par les fenêtres. Ce n’est pas parce que ça a coûté cher qu’il faut continuer à dépenser pour rien. Stop throwing good money after bad, disent les anglophones.

Alors, avant de dépenser 200 ou 300 millions de dollars sur le toit du Stade olympique, ne devrait-on pas se poser les mêmes questions que pour l’autre grand gâchis des années 1970? C’est un débat dont on ne peut faire l’économie.

Un État de droit à géométrie variable

mercredi 15 janvier 2014 à 13 h 11 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

MCAuger

Le gouvernement du Québec s’apprête à dire non au nouveau maire de Montréal qui voulait créer un poste d’inspecteur général avec de larges pouvoirs pour lutter contre la corruption. Pourquoi? Parce que les pouvoirs attribués à l’inspecteur sont trop étendus, qu’ils le situeraient en dehors du processus juridique normal.

Un texte de Michel C. AugerTwitterCourriel

Bref, l’État de droit fait en sorte qu’on a toutes les chances de diluer grandement, sinon d’abandonner, la principale promesse du maire Denis Coderre pour lutter contre la corruption. Un dossier urgent et bien réel, qui a totalement discrédité l’administration précédente.

Même pour un objectif noble et dont personne ne remet en cause l’importance ou l’urgence, il n’est pas question d’agir en dehors des cadres de l’État de droit. M. Coderre pourra créer son poste d’inspecteur général, mais ses pouvoirs seront sérieusement limités.

Le ministre des Affaires municipales et le ministre de la Justice ne font que leur travail. Un gouvernement ne peut pas accepter de faire adopter une loi quand il sait d’avance qu’elle risque d’être invalidée par les tribunaux. C’est ce qui arrive dans un État de droit.

Regardons maintenant ce que fait le même gouvernement dans le cas de la charte des valeurs. Un très grand nombre de groupes et d’organismes de la société civile ont déjà indiqué qu’ils allaient contester la charte devant les tribunaux, car ils estiment qu’elle est contraire aux chartes québécoise et canadienne des droits et libertés.

L’organisme chargé de conseiller le gouvernement sur l’application de la charte québécoise, la Commission des droits de la personne, l’a averti que la charte des valeurs était très certainement inconstitutionnelle. Est-ce que cela dérange le gouvernement?

Il faut le noter, l’avis de la Commission reste, à ce jour, la seule véritable opinion juridique sur le projet de charte des valeurs qui a été rendue publique.

Le gouvernement se fait fort de l’appui des anciennes juges Claire L’Heureux-Dubé et Huguette St-Louis. Mais ces grandes juristes n’ont fait que signer une pétition appuyant la charte, et elles n’ont jamais voulu accorder d’entrevues (et ce n’est pas parce que les médias n’ont pas essayé!) pour expliquer leur position.

L’ancien sous-ministre fédéral de la Justice Roger Tassé a indiqué dans une entrevue à Radio-Canada que la contrainte d’enlever un signe religieux pour les employés de la fonction publique n’était peut-être pas excessive. Opinion nuancée dont on doit, certes, tenir compte, mais qui ne saurait tenir lieu d’opinion juridique formelle.

Quant aux avis juridiques reçus par le gouvernement de la part de ses propres juristes, il est une tradition bien établie qu’on ne les rend pas publics. Mais des fuites ont indiqué que les propres juristes du gouvernement l’ont mis en garde contre l’inconstitutionnalité du projet de charte des valeurs. Est-ce que cela dérange le gouvernement?

Si la charte des valeurs devait être contestée devant les tribunaux, le gouvernement devra justifier :
1) qu’elle répond à un objectif réel et urgent;
2) que ses mesures contestées sont rationnellement liées à l’objectif poursuivi;
3) que les moyens utilisés sont proportionnels à cet objectif;
4) que les effets bénéfiques l’emportent sur les effets néfastes.

Comment fait-on pour passer ce test prévu par la jurisprudence? On produit des études, de nature sociologique, le plus souvent, qui ont précédé l’adoption de la loi et sur lesquelles le gouvernement s’est basé pour prendre la décision de légiférer.

Or, non seulement le gouvernement n’a pas commandé de telles études, il a empêché les organismes gouvernementaux qui voulaient en produire de le faire.

Avec le résultat que si la charte des valeurs était attaquée devant les tribunaux, les avocats du gouvernement ne pourraient se fonder sur des études pour la défendre. On les enverrait au front sans fusils! Est-ce que cela dérange le gouvernement?

Tout cela pour dire que ce gouvernement a une étrange vision de l’État de droit. Intransigeant — et à bon droit — quand il s’agit de créer un simple poste d’inspecteur général à Montréal et se contentant du flou quand il s’agit de la charte des valeurs.

Ce doit être ce qu’on appelle un État de droit à géométrie variable.

Un nouveau sondage, produit par CROP pour Radio-Canada, vient confirmer le précédent. Dans la course à la mairie de Montréal, il y a Denis Coderre et les autres candidats.

Avec près de 40 % des voix, Denis Coderre mène largement et, à moins de « s’auto-pelure-de-bananiser », selon la belle expression de Jacques Parizeau, la mairie devrait être à lui dans quelques semaines.

Il y a du mouvement dans le classement des candidats avec Mme Mélanie Joly, qui occupe maintenant la deuxième place. Mais, dans les faits, rien de tout ça ne devrait inquiéter M. Coderre. Le vote pour ce dernier est stable, alors que les trois autres grands candidats s’échangent des votes entre eux.

Avec les chiffres actuels, il est donc difficile de voir qui pourrait l’emporter contre Denis Coderre. Par exemple, si Mme Joly devait consolider sa deuxième place au prochain sondage – ce qui n’est pas acquis – il faudrait qu’elle soit capable, d’ici le jour du scrutin, de pratiquement doubler l’appui qu’elle détient dans les sondages actuels. D’autant que son équipe n’a de candidats que dans la moitié des districts de la ville. Sur le plan de l’organisation, cela ne permet pas de convaincre les électeurs d’aller voter de façon très importante.

Malheureusement pour Mme Joly, il n’y a pas de trophée pour la deuxième place dans une course à la mairie. Sauf celui de recrue de l’année, qui, en politique, signifie tout de même un passage de quatre ans dans l’opposition. Si on a une ambition qui est capable d’attendre aussi longtemps…

En fait, il est encore probable que ce soit Richard Bergeron qui deviendra le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, son équipe étant la seule à avoir des candidats dans chacun des districts. Même s’il finit troisième dans la course à la mairie, au conseil municipal, il n’y a que le nombre de sièges qui compte.

Quant à Marcel Côté, une performance ordinaire au débat combinée à la controverse des appels automatisés, l’aura mis hors jeu. La greffe n’a pas pris et on ne fera pas un politicien capable de se faire comprendre de ce consultant extraordinaire.

Reste un grand problème pour Montréal dans tout ça. Si les sondages restent à leur niveau actuel, M. Coderre l’emporterait avec un peu moins de 40 % des voix. De quoi s’installer confortablement dans le fauteuil du maire, mais pas de lui permettre de parler d’une voix forte quand viendra le temps de négocier avec les gouvernements supérieurs.

Et, qu’on le veuille ou non, les négociations avec Québec ou Ottawa détermineront le succès ou l’échec du prochain maire de Montréal.

Denis Coderre aime dire qu’il sera capable de « mettre son poing sur la table » quand viendra le temps de défendre Montréal. Sans doute. Mais ses partenaires de négociations ne se laisseront pas impressionner par le bruit.

La seule chose qui compte quand on est maire de Montréal, c’est le poids politique qu’on apporte à la table. C’est précisément ce qui a manqué à Gérald Tremblay au cours de son dernier mandat. Élu avec 38 % des voix dans une élection où moins de 4 électeurs sur 10 sont venus voter, M. Tremblay ne représentait même pas 160 000 Montréalais sur 1,1 million d’électeurs inscrits.

Or, c’est aujourd’hui à peu près le niveau d’appui qu’obtient M. Coderre dans les sondages. Il sera élu, pour l’essentiel, avec les voix de ceux qui votaient pour Gérald Tremblay et qui rééliront pour plusieurs des membres de l’équipe de M. Tremblay.

La notoriété de M. Coderre se trouve ici à avoir un aspect pervers : ceux qui l’aiment vont voter pour lui, mais ceux qui le connaissent et ne l’aimaient pas d’avance ont peu de chance de lui trouver de bons côtés d’ici quelques jours.

Le grand danger, c’est donc que M. Coderre devienne maire avec un mandat provenant de moins de 3 électeurs sur 20. Il aura beau mettre son poing sur la table, ce n’est pas certain qu’on va l’écouter.

Certainement pas plus que Gérald Tremblay, qui avait l’avantage de négocier avec un gouvernement libéral,  issu de sa famille politique. M. Coderre devra, si les choses ne changent pas, négocier avec un gouvernement péquiste qui ne le tient pas nécessairement en haute estime…

Mairie de Montréal : la grosse caisse

lundi 26 août 2013 à 9 h 43 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

MCAuger

À écouter les candidats à la mairie de Montréal, les citoyens n’ont pas trop à craindre d’augmentations des comptes de taxes, et ils trouveront facilement les sous qu’il faut pour réaliser leurs promesses électorales.

C’est comme s’il existait, sans doute dans un recoin du sous-sol de l’hôtel de ville, une grosse caisse pleine d’argent qui ne demande qu’à être dépensé comme le voudra la prochaine administration.

La grosse caisse, c’est celle de l’argent sale. Ce qui a été perdu en corruption et en collusion au cours des 10 dernières années. Une estimation sommaire permet de dire que Montréal a perdu environ 100 millions de dollars par année, soit un milliard en tout.

Une belle somme qui permet à chacun d’avoir un programme qui ne tient pas vraiment compte de la réalité des finances de la Ville.

Ce que ferait Richard Bergeron

Richard Bergeron, le chef de Projet Montréal, dépenserait le plus clair de cette somme sur un tramway, sans même attendre la contribution des gouvernements supérieurs. « Montréal a absolument la capacité de le faire seule», m’affirmait-il en entrevue au 15-18, la semaine dernière.

Le financement viendrait tout droit « de l’argent qu’on s’est fait voler ». Un milliard de dollars qu’on retrouverait donc facilement. Un projet qui se financerait tout seul et sans hausser les taxes. Il suffisait d’y penser.

Les plans de Denis Coderre

Denis Coderre a d’autres plans pour la grosse caisse. Il ne veut pas hausser les taxes, pas plus qu’il ne veut de péages sur les ponts ou quelque autre contribution des gens qui viennent travailler à Montréal et repartent ensuite vers la banlieue. Mais comme il est conscient des besoins dans le transport en commun, il dit qu’on n’a qu’à bien surveiller les opérations courantes de la Ville pour trouver tout l’argent nécessaire.

Le fait que la corruption s’est installée pendant une décennie et sans doute plus en faisant fi de tous les mécanismes de contrôle des opérations à la Ville de Montréal ne semble pas peser très lourd pour M. Coderre. Il suffira, semble-t-il, qu’il soit à la barre pour surveiller lui-même.

L’amnistie de Mélanie Joly

Mélanie Joly va encore plus loin. Elle croit qu’on va permettre aux entreprises qui ont trempé dans la collusion et la corruption d’acheter une « amnistie » en rendant aux Montréalais l’argent payé en trop dans les projets d’infrastructure.

Outre l’étrange éthique que constitue le fait de pouvoir payer pour qu’on passe l’éponge sur un comportement criminel, il faut ne pas avoir suivi l’actualité ces dernières années pour penser qu’on peut ainsi récupérer un quelconque montant d’argent que ce soit.

Le flou artistique de Marcel Côté

Marcel Côté va un peu dans le même sens, mais, au moins, il pense à des amendes pour les fautifs et pas à la récupération des sommes perdues par la corruption.

Sauf qu’il se contente d’un flou artistique sur la question plus large du financement du transport en commun. S’il ne fait pas allusion directement à une quelconque grosse caisse, il croit qu’on peut se permettre d’attendre l’ouverture du nouveau pont Champlain, dans six, sept ou huit ans, avant d’instaurer un véritable système de péage des automobilistes qui entrent sur l’île et financer le transport en commun.

Il suffira de convaincre Québec d’augmenter la taxe sur l’essence. Dans une situation minoritaire, disons que ce ne sera pas exactement le premier réflexe du gouvernement.

La réalité des finances publiques de Montréal et la modernisation urgente de son réseau de transport en commun exigent qu’on ne fasse pas croire aux Montréalais que l’élimination de la collusion et de la corruption fera en sorte qu’on trouvera facilement tout l’argent dont on a besoin.

Ainsi, toute l’expérience de la commission Gomery montre que l’argent de la corruption ne se récupère pas. On ne peut pas s’attendre à un recouvrement, même en échange d’une amnistie. Et on ne saura même jamais quelles sommes pourraient être en jeu, à moins de vouloir faire travailler des générations d’avocats et de juricomptables.

La réalité, c’est qu’il n’y a pas de grosse caisse constituée de l’argent de la corruption qui traînerait quelque part. Cet argent-là a été volé aux Montréalais, soit, mais il est bien difficile de voir comment il pourra être récupéré.

Aussi bien le dire tout de suite et parler de la réalité des finances publiques de Montréal et non d’un quelconque fantasme budgétaire. Ça permettrait de présenter aux Montréalais un programme qui tient compte de la réalité et non de les convier à une longue chasse au trésor pour retrouver une évanescente et, au final, toute petite caisse.

Montréal – Il y a des débats entre candidats qui montrent les qualités des différents protagonistes. Le premier de la campagne électorale municipale de Montréal, vendredi dernier, à l’invitation de l’Institut du Nouveau Monde, aura surtout montré leurs faiblesses.

L’équipe de Coderre

Le favori dans cette course, du moins si on ne tient compte que de la notoriété, est Denis Coderre. Un Coderre nouveau, qui se voudrait moins partisan et plus rassembleur. L’ennui, c’est qu’en politique, on juge un candidat, entre autres, à la qualité de son équipe.

Il était donc inévitable que M. Coderre soit interrogé sur le fait que presque la moitié de son équipe actuelle ait été recrutée directement dans Union Montréal, le parti de Gérald Tremblay. Le problème étant que même si — comme Gérald Tremblay lui-même — ils ne sont accusés d’aucune malversation, il reste qu’ils étaient dans l’équipe dirigeante de la ville et qu’ils ont soit ignoré, soit préféré ne pas voir, la corruption qui y régnait.

Questionné plusieurs fois sur le sujet pendant la soirée, M. Coderre n’a toujours pas su expliquer pourquoi les Montréalais devraient faire confiance une fois de plus à ceux qui n’ont rien vu ou qui n’ont rien voulu voir. Dans cette année où Montréal aura eu trois maires, c’est un argument qui risque de peser lourd dans l’isoloir.

Denis Coderre voudrait aussi adoucir son image de politicien très partisan qu’il a pourtant cultivée pendant des années. Ainsi, son parti n’en est pas un, il serait plutôt « une bannière », ce qui lui permet, en fait, de diriger un parti en bonne et due forme et reconnu par le directeur général des élections, tout en disant que les partis n’ont pas leur place dans une administration municipale.

Mais l’ancien Coderre n’est jamais loin du nouveau. Comme lorsqu’il lance un agressif « Bienvenue en politique, mon chum » au candidat qui n’avait pu placer un mot, tant Denis Coderre avait monopolisé le temps de parole…

L’image de Richard Bergeron

Richard Bergeron était le seul sur scène à avoir siégé au conseil municipal et cela se reflétait par sa connaissance des dossiers. Son problème, c’est qu’il a encore toutes les misères du monde à se défaire de l’image de l’idéologue rigide que ses adversaires ont réussi à lui accoler.

Il est vrai que M. Bergeron a du mal à adapter le discours qu’il tient depuis une dizaine d’années déjà. Ainsi, alors que l’idée du tramway comme solution aux problèmes du transport collectif à Montréal semble faire de moins en moins consensus, il y tient toujours mordicus.

Et si son projet d’aménagement des rives du fleuve peut faire rêver, beaucoup de gens se demandent encore pourquoi il faut l’assortir d’un téléphérique vers Longueuil, un projet plus spectaculaire que structurant.

Reste que ce débat a aussi montré qu’il serait bien risqué pour ses adversaires de sous-estimer M. Bergeron. On peut l’aimer ou pas, on peut remettre en question ses solutions, mais il est difficile de le confondre sur les faits.

La coalition de Marcel Côté

Marcel Côté est un néophyte en politique, ce que ses conseillers répétaient à tout le monde pour faire baisser les attentes avant le débat. Il est vrai qu’il a encore beaucoup de difficultés à faire passer ses messages clairement.

Le principal problème de M. Côté est le caractère bancal de sa coalition composée du parti Vision Montréal dans l’est de l’île et de candidats indépendants dans l’ouest. M. Côté dit qu’il faut unifier francophones et anglophones, mais pour l’instant c’est plus un voeu qu’autre chose.

Marcel Côté aime à se présenter comme un homme de solutions, mais son programme reste assez peu étoffé et se résume à une simple promesse de bonne gouvernance. Il en faudra pas mal plus pour séduire les Montréalais de part et d’autre du boulevard Saint-Laurent.

Mélany Joly et sa place dans la campagne

Mélanie Joly voulait surtout utiliser ce débat pour prouver la pertinence de sa candidature indépendante. Elle a répété aussi souvent que possible combien le changement passe nécessairement par la jeunesse, mais sans réussir à convaincre.

En politique, le changement passe d’abord et avant tout par un programme et une équipe capable de le mettre en application, deux choses que Mme Joly promet encore pour plus tard dans la campagne.

En attendant, ce n’est pas en répétant inlassablement les mots « changement, nouvelles façons de faire et 2.0 » qu’on réussit à prouver qu’on a sa place dans cette campagne. Pas plus qu’en utilisant ad nauseam son premier engagement électoral : un réseau rapide d’autobus, qui a été présenté comme la solution à tous les problèmes, y compris l’intégration des immigrants!

Un débat sans gagnant, donc, avec des candidats qui en sortent tous avec des faiblesses évidentes. Heureusement que la campagne est encore jeune.