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Maria Mourani : le message et le mauvais messager

vendredi 20 décembre 2013 à 14 h 32 | | Pour me joindre

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Il arrive que les mauvais messagers envoient, parfois, les bons messages. C’est ce qui arrive à la députée indépendante Maria Mourani.

Un texte de Michel C. Auger

Dès la publication de sa lettre expliquant que la Charte canadienne des droits et libertés pourrait mieux garantir les droits des minorités au Québec que la Charte québécoise, les communications ont tout de suite commencé : elle ne pouvait pas être une « vraie » souverainiste; elle avait donc rejoint le camp où elle avait, au fond, toujours été.

Mme Mourani — tous ses collègues, et surtout ses anciens chefs, pourront en témoigner — n’est pas toujours facile à gérer, et elle n’aura été ni la députée la plus populaire du caucus ni une très bonne joueuse d’équipe. Mais ça ne veut pas dire qu’elle ne puisse envoyer, à l’occasion, de très importants messages.

On peut ne retenir de sa récente lettre que le fait qu’elle renonce à l’option souverainiste. Mais il serait bien dangereux pour les souverainistes d’oublier la raison pour laquelle elle affirme le faire, soit que la charte des valeurs pourrait avoir l’effet pervers de convaincre les minorités que c’est le gouvernement fédéral, et lui seul, qui est le gardien de leurs droits et libertés fondamentales.

Ce faisant, Mme Mourani ne fait que reprendre une des craintes qu’ont déjà exprimées des gens comme Jacques Parizeau et, avant lui, Jean Dorion.

Pour bien des gens dans les communautés minoritaires, la charte des valeurs est vue comme un moyen de justifier une forme insidieuse de discrimination. Il y a, sous des couverts de neutralité religieuse, des éléments qui ciblent les minorités religieuses. Ainsi, une femme portant un foulard sera suspectée de prosélytisme, sans qu’aucune plainte n’ait été formulée contre son travail, alors qu’une chrétienne fondamentaliste pourrait faire du prosélytisme sans être inquiétée.

Quand des membres de communautés minoritaires voient un gouvernement tolérer et même encourager de façon législative une telle discrimination, ils peuvent facilement avoir un mouvement de recul envers ce gouvernement et le mouvement politique qu’il incarne.

Ce que Mme Mourani exprime aussi, c’est un malaise qu’ont beaucoup de Québécois en voyant la Charte québécoise des droits et libertés devenir un instrument politique au service du gouvernement du moment. Un malaise qui ne touche pas seulement les minorités culturelles, religieuses ou issues de l’immigration, soit dit en passant, mais toutes les minorités.

Ainsi, la charte des valeurs aurait pour effet d’inscrire une quatrième fois l’égalité homme femme dans la Charte québécoise des droits et libertés sans expliquer de quelque façon pourquoi les trois autres mentions ne seraient pas suffisantes.

La Charte québécoise des droits et libertés devrait être tout sauf un ballon politique. Savoir qu’un gouvernement peut la modifier à sa guise avec une simple majorité de députés est de nature à causer un malaise pour tous les Québécois qui sont sincèrement attachés à ses principes.

Il y a d’ailleurs plus de 10 ans que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse recommande qu’on ne puisse modifier la Charte québécoise des droits et libertés qu’avec une majorité des deux tiers de l’Assemblée nationale.

Si le gouvernement voulait désamorcer quelque peu les messages qu’envoie Mme Mourani, il pourrait commencer par inclure un amendement en ce sens dans le projet de loi 60. Ce serait toujours ça de pris.