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La fin de la lune de miel

Mardi 2 septembre 2014 à 14 h 15 | | Pour me joindre

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MCAuger

« L’amour dure trois ans », dit le titre d’un film à succès. En politique, hélas, c’est beaucoup plus court. Et à peine 10 mois après son élection à la mairie de Montréal, Denis Coderre va bientôt devoir commencer à gouverner en sachant que sa lune de miel avec l’électorat montréalais va se terminer.

Il faut le dire, la première année de Denis Coderre comme maire a surtout été marquée par des succès et de bonnes surprises. Ainsi, on se pince encore de voir celui qui a incarné le mot « partisanerie » quand il était à Ottawa être capable de travailler avec l’opposition et avoir mis fin au climat empoisonné qui régnait à l’hôtel de ville depuis le dernier mandat de Gérald Tremblay.

Il aurait été impensable, autant au temps de Jean Drapeau que de Jean Doré ou de Pierre Bourque, de confier au chef de l’opposition un mandat sur un projet important au nom de l’administration. Il faudra attendre pour voir si le moule est définitivement cassé, mais c’est plus qu’un bon début de ce côté.

Toutefois, il n’y a pas que le conseil municipal. La seconde année du mandat de M. Coderre s’annonce comme celle des négociations, un art que ne semble pas maîtriser d’emblée le maire de Montréal.

La première de ces négociations s’effectuera, bien entendu, avec les syndicats de la Ville sur la question des régimes de retraite. Une négociation qui est loin d’être gagnée d’avance, même si le projet de loi 3 aurait pour effet de mettre presque toutes les cartes dans les mains de la Ville.

M. Coderre ne pourra certainement plus compter sur des gaffes stratégiques comme de voir les syndicats perturber une réunion du conseil municipal — une bavure que le maire a déjà exploitée au maximum et qui ne se reproduira pas.

Mais négocier avec les policiers et les pompiers est une chose difficile à Montréal. Il s’agit de syndicats forts, bien organisés, qui n’ont pas toujours eu besoin de moyens de pression très lourds pour faire plier l’administration municipale.

D’autant plus que les syndiqués de la Ville n’ont pas une si mauvaise cause que cela devant l’opinion publique, comme le montrent les sondages. Un contrat signé, c’est un contrat, un argument que tout le monde comprend. Et on ne peut certainement pas dire que tous les employés municipaux sont des « gras durs » quand on pense que la retraite d’un col bleu de Montréal est de moins de 30 000 $ par an.

Bref, si l’issue de la négociation est pas mal certaine à cause du projet de loi 3, il n’est pas sûr que l’administration va nécessairement gagner la bataille de l’opinion publique, pour peu que les syndicats abandonnent des tactiques qui appartiennent à un autre âge.

L’autre grand chantier de négociations de l’administration Coderre est encore plus risqué : celui de la réforme du financement des arrondissements.

Le dossier, lancé en juillet quand beaucoup de monde avait les yeux ailleurs, est mal ficelé et a déjà réussi à relancer la chicane des défusions municipales, même s’il est certain que jamais le gouvernement du Québec n’acceptera de rouvrir ce dossier.

Pour une économie absolument insignifiante pour les contribuables, le maire veut mettre sens dessus dessous le financement des arrondissements. Avec, en prime, des suggestions d’économies qui n’ont absolument aucun sens.

Comme le faisait remarquer le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, il faut tout un culot pour que la ville-centre demande à son arrondissement de couper dans les budgets de la voirie et du déneigement!

Quand les maires d’arrondissement mécontents veulent discuter de la situation avec le maire, celui-ci fait la sourde oreille et les renvoie à son président du comité exécutif. Cela crée une atmosphère de confrontation — et de confrontation souvent partisane de surcroît, puisque les arrondissements qui ressortent gagnants de l’exercice sont trop souvent ceux qui avaient voté pour le parti de M. Coderre.

Voilà des dossiers qu’on ne peut régler qu’après une longue et patiente négociation. Ils n’avanceront pas avec un bon « clip » à la télé ou un tweet bien envoyé. Mais c’est du succès de ces négociations que dépendra beaucoup celui du mandat du maire Coderre.