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Les sautes d’humeur du « maire » Moreau

jeudi 11 décembre 2014 à 12 h 00 | | Pour me joindre

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MCAuger

Le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau est beaucoup trop malin pour commettre une sorte de suicide politique. On pourrait pourtant penser que c’est ce qu’il vient de faire en décidant d’aller microgérer les troisième et cinquième villes du Québec.

En voulant forcer la main des maires de Laval et de Longueuil, Marc Demers et Caroline St-Hilaire, et en disant qu’il va rembourser les contribuables de ces municipalités si elles n’obtempèrent pas à son ultimatum, M. Moreau sait bien qu’il risque de ne plus être un interlocuteur crédible pour le mode municipal.

De façon on ne peut plus prévisible, d’ailleurs, le premier réflexe du monde municipal a été de demander un rendez-vous, non pas à M. Moreau, mais à son patron, le premier ministre Couillard.

Après tout, l’intervention directe de Québec dans les affaires d’une administration municipale légitimement élue est extrêmement rare et ne survient, normalement, que lorsque tous les autres recours ont été épuisés.

On a vu avec combien de prudence et de parcimonie le gouvernement du Québec a fini par intervenir à Laval, à Mascouche et dans quelques autres villes prises avec les scandales de corruption des dernières années. C’est parce que l’intervention de Québec — surtout quand il faut faire le geste ultime de mettre la ville en tutelle — est comme la bombe atomique. On ne l’utilise qu’une fois et après, on passe des années à ramasser les dégâts.

M. Moreau n’a sans doute pas tort de dire que le surplus est exagéré dans le cas de Laval avec 117 millions de dollars. Mais il y a des raisons historiques pour cela. C’est certainement le seul « cadeau » que Gilles Vaillancourt a laissé à sa ville et, à l’époque, on n’a pas entendu les ministres des Affaires municipales s’en plaindre. Bien au contraire, on vantait sa gestion rigoureuse.

Dans le cas de toutes les autres villes, dont Longueuil, les surplus sont modestes et ne sont que saine prudence. Une tempête de neige de trop, une bibliothèque qui subit un gros dégât d’eau ou un incendie dans une patinoire intérieure auront tôt fait de les effacer.

Quand une ville réussit à régler un tel problème sans hausser les taxes grâce à sa petite réserve, elle reçoit d’habitude les félicitations du ministre pour sa saine gestion des fonds publics.

Alors pourquoi donc le ministre Moreau s’est-il permis une telle saute d’humeur?

D’abord à cause du climat qui règne dans son gouvernement. Pour atteindre le déficit zéro, tout est permis, même mettre la main sur les surplus des autres. Si c’est bon pour les garderies, ça doit l’être aussi pour les municipalités.

Ensuite, parce que c’est l’attitude du gouvernement du Québec depuis longtemps — quel que soit le parti politique au pouvoir — envers les villes. On laisse un semblant d’autonomie municipale, mais au quotidien on contrôle beaucoup de choses. Des heures d’ouverture à la limite de vitesse dans les zones scolaires, les municipalités québécoises doivent constamment se référer à Québec.

Les maires Coderre et Labeaume devraient d’ailleurs prendre note s’ils obtiennent le statut de métropole et de capitale qu’ils désirent. Ils feront bien de lire les petits caractères pour voir ce qu’ils pourront vraiment faire de façon autonome et sans consulter un fonctionnaire à Québec.

Alors pourquoi un homme aussi avisé que le ministre Moreau a-t-il lancé un tel pavé dans la mare? Surtout en employant un ton de bulldozer qu’on ne lui connaissait pas, lui qui est toujours de la plus grande courtoisie?

Et si c’était la façon pour M. Moreau de signifier à son patron qu’il a envie de relever des défis plus importants que celui des Affaires municipales? Après tout, sa véritable mission, qui était de faire adopter la loi 3 sur les régimes de pension, est maintenant achevée.

M. Moreau est trop fin politicien pour ne pas savoir qu’à court ou à moyen terme, il y aura un gros remaniement ministériel et que de beaux, de très beaux portefeuilles seront alors disponibles.

Dans notre système politique, le meilleur moyen d’avoir une promotion est de NE PAS se rendre indispensable dans un ministère au point où le premier ministre n’osera plus nous déplacer. Philippe Couillard en sait quelque chose, lui qui, sous Jean Charest, a fait des mois supplémentaires à la Santé, alors qu’il se voyait aux Affaires internationales.

La suite dans un remaniement ministériel près de chez vous!