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Le symbole Keystone XL

Mercredi 19 novembre 2014 à 15 h 11 | | Pour me joindre

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MCAuger

Le problème des symboles en politique, c’est qu’ils demeurent figés dans le temps, alors que la réalité, elle, évolue. C’est le cas du pipeline Keystone XL qui attend toujours son approbation finale par les autorités américaines depuis six ans.

Keystone est devenu un symbole autant pour le gouvernement conservateur canadien que pour le Parti républicain aux États-Unis. Pour le Canada, surtout pour un gouvernement dominé par l’Alberta, c’est une évidence. Keystone est LE moyen d’exporter le pétrole albertain, dont le prix n’atteint pas le prix mondial parce qu’il n’a pas vraiment de porte de sortie.

Tous les autres moyens, comme les pipelines Énergie Est ou Northern Gateway, sont plus compliqués et plus coûteux à réaliser. Et le transport par rail n’a plus la cote depuis la tragédie de Lac-Mégantic. C’est ce qui explique l’importance que donne le gouvernement canadien au projet Keystone et l’ampleur des démarches qu’il effectue aux États-Unis depuis six ans.

Aux États-Unis, pour les républicains, Keystone est le symbole du développement économique et des emplois compromis par l’entêtement écologique de l’administration Obama.

D’où l’empressement d’utiliser la nouvelle majorité (en fait, les nouveaux sénateurs n’entreront en fonction qu’en janvier) dans les deux chambres du Congrès pour faire passer un projet de loi donnant le feu vert à Keystone.

Il lui aura manqué une voix cette semaine, mais il ne fait aucun doute qu’il pourra être adopté en janvier.

Le problème, c’est qu’il n’est pas certain qu’une loi puisse donner le feu vert au projet de pipeline entre l’Alberta et le Nebraska. Il n’appartient pas au Congrès de lui donner le feu vert. Et si le projet est actuellement bloqué, c’est qu’il attend une approbation réglementaire du département d’État.

Comme le rappelait le sénateur indépendant Angus King, du Maine, pour justifier son vote contre Keystone cette semaine, « le travail du Congrès n’est pas et ne doit pas être l’approbation des projets de construction ».

Bref, même avec une majorité républicaine bien en place au Congrès, le projet Keystone risque de demeurer bloqué par l’administration Obama.

L’autre problème du symbole Keystone, c’est qu’il pourrait bien être tout à fait dépassé sur le plan économique.

D’abord, le prix du pétrole est en baisse et devrait rester bas dans un avenir prévisible. Les nouveaux projets d’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta  risquent de n’être plus rentables.

Surtout, le pétrole de schiste a fait en sorte que les États-Unis n’ont plus besoin du pétrole canadien. En 2017, ils devraient devenir le premier pays producteur de pétrole du monde, devant l’Arabie saoudite. Les États-Unis pourraient même abroger la loi leur interdisant d’exporter du pétrole, une loi qui date du premier choc pétrolier dans les années 1970.

Enfin, les États-Unis n’ont peut-être plus besoin de Keystone pour transporter leur propre pétrole du Dakota jusqu’aux raffineries du Sud, ce qui a toujours été un argument majeur pour que ce projet canadien soit considéré comme conforme aux intérêts supérieurs des États-Unis.

Comme la réalité n’attend pas les symboles qui restent bloqués, les producteurs de pétrole américains se sont tout simplement arrangés autrement, en partie grâce à d’autres pipelines et au transport par rail.

Cela a fait dire au président Obama que Keystone n’était plus qu’un moyen de transporter du pétrole canadien via les États-Unis, pour qu’il soit ensuite exporté.

Bref, il se pourrait bien que lorsqu’il obtiendra le feu vert, quelque part en 2015, le pipeline Keystone n’ait plus guère d’utilité pour les États-Unis et, surtout, qu’il n’ait plus de pertinence économique.

C’est le propre des symboles : ils demeurent figés dans le temps pendant que la réalité, elle, ne cesse d’évoluer.