Billets classés sous « Justin Trudeau »

De Justin T. à PKP

Lundi 1 décembre 2014 à 15 h 26 | | Pour me joindre

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MCAuger

Sur la question nationale, ils n’ont vraiment rien en commun, mais il n’y a pas grand-chose qui ressemble plus à l’accueil que le Parti québécois fait à Pierre Karl Péladeau que celui que le Parti libéral du Canada a fait à Justin Trudeau.

Les deux partis sortent d’une défaite cruelle et historique. Au point où certains observateurs se sont demandé si le parti allait survivre. Ils avaient absolument besoin d’un nouveau chef qui allait susciter l’intérêt. Beaucoup d’intérêt.

Autant Justin Trudeau que Pierre Karl Péladeau étaient déjà des célébrités avant d’entrer en politique. Ils ont hérité d’une notoriété et d’une fortune plus qu’ils n’ont eu à les bâtir. Ils ont la capacité de générer du « buzz » et de faire parler d’eux. Et quand ce ne sera pas en page éditoriale des journaux, ce sera dans des magazines de vedettes, ce qui est tout aussi efficace, sinon plus.

En ce sens, ils ont tous les deux dominé des adversaires plus expérimentés en politique, mais dont on ne pouvait pas dire qu’ils faisaient partie du jet-set.

Dans les deux cas, l’organisation du candidat est un véritable rouleau compresseur. Avec la capacité autant de mobiliser les militants actuels que de faire signer de nouvelles cartes de membres. Au PQ comme au PLC, il ne serait pas surprenant que certains candidats se rendent compte que la partie est perdue d’avance, et qu’ils ne se rendent pas jusqu’au jour du scrutin.

Les deux hommes sont faits sur mesure pour jouer le rôle de sauveur d’un parti qui en a bien besoin. C’est pourquoi, même si les débats vont être pas mal plus musclés au PQ qu’ils ne l’ont été au PLC, M. Péladeau ne devrait pas trop être inquiété d’ici le vote du mois de mai.

Mais là s’arrêtent les comparaisons.

Justin Trudeau avait passé l’essentiel de sa campagne à la direction du PLC à ne pas trop se mouiller et à en dire le moins possible sur son programme et ses idées, préférant se garder les coudées franches pour la campagne électorale. Pierre Karl Péladeau a franchement et carrément mis le cap sur la souveraineté dès son premier discours, ce qui est sûr d’emporter l’adhésion des militants péquistes qui attendaient depuis longtemps un chef qui allait remettre la raison d’être du parti au premier plan.

Il y a d’autres problèmes potentiels avec le discours de M. Péladeau. Même s’il dit que la souveraineté est l’objectif, et le référendum, une simple modalité, il reste que, pour lui, le référendum doit être la façon dont les Québécois diront qu’ils veulent ou non accéder à l’indépendance. Donc, il y aura un référendum à un moment donné et les adversaires du PQ vont s’en donner à cœur joie de le rappeler.

Un problème encore plus sérieux est l’attitude de M. Péladeau, qui affirmait à mon collègue Jacques Beauchamp qu’il ne souhaitait pas gouverner une simple province canadienne. Voilà précisément le genre de déclaration qui peut facilement revenir hanter son auteur en campagne électorale.

Après tout, tous les chefs du PQ, Jacques Parizeau y compris, ont dû faire campagne en disant ce qu’ils feraient comme premiers ministres d’une province. Qu’il le veuille ou non, M. Péladeau ne pourra échapper à l’exercice.

Évidemment, on ne devient pas premier ministre avant de devenir chef de parti. Et, à ce moment-ci, c’est aux militants péquistes que s’adresse M. Péladeau. Encore faut-il ne pas donner trop de munitions à l’adversaire avant de l’affronter.

La Chambre des notables

Lundi 3 février 2014 à 10 h 43 | | Pour me joindre

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MCAuger

Le problème et le danger quand on touche aux institutions politiques d’un pays, c’est que l’air du temps et les modes à court terme peuvent cacher des enjeux autrement plus fondamentaux. C’est ce qu’est en train de faire le chef libéral Justin Trudeau en matière de réforme du Sénat.

M. Trudeau a, sans nul doute, frappé un grand coup dans l’opinion publique en congédiant sans autre forme de procès ses 32 sénateurs, qui ne peuvent plus, désormais, siéger au caucus libéral.

Pour ceux qui en ont marre des abus de privilèges de certains sénateurs, c’est sans doute suffisant et cela pourrait donner de beaux dividendes au Parti libéral aux prochaines élections. C’est sans doute brutal comme manière de faire de la politique autrement, mais force est de reconnaître que l’initiative marque l’imaginaire.

Clairement, M. Trudeau voulait régler un problème politique avec un rapport imminent du vérificateur général qui montrerait du doigt un certain nombre de sénateurs désormais connus sous le vocable de « libéraux indépendants ».

Mais le problème du Sénat canadien n’est pas un problème politique. C’est un problème démocratique. Et en ce sens, la proposition de M. Trudeau ne règle rien, et elle pourrait même empirer les choses.

Le Sénat, il faut le rappeler, a les mêmes droits, pouvoirs et privilèges que la Chambre des communes. Selon la Constitution, la Chambre non élue est égale à la Chambre qui a obtenu un mandat démocratique. C’est une situation héritée de notre histoire coloniale et qui ne tient plus tellement la route au 21e siècle.

À court terme, il peut sembler intéressant de voir des sénateurs moins partisans, plus indépendants et nommés pour leurs états de service à la nation plutôt qu’au parti au pouvoir.

Sauf qu’il faut penser à ce qui arrivera aux sénateurs plus indépendants et plus crédibles — qui auront été nommés selon une sorte de comité de sages et selon une méthode qui reste à déterminer — une fois qu’ils seront installés au Sénat.

La nouvelle indépendance de cette nouvelle Chambre des notables pourrait-elle, par exemple, les mener à refuser régulièrement les lois adoptées par la Chambre des communes? Même si c’était pour les meilleures raisons du monde, nous aurions alors des non-élus qui nieraient aux élus le droit d’adopter les lois.

Le Canada se trouverait alors dans une crise pas mal plus grave qu’une sordide affaire d’allocations de dépenses et de résidences secondaires.

Actuellement, le Sénat est régi par une convention non écrite — une sorte de Gentlemen’s Agreement — selon lequel les sénateurs peuvent retarder l’adoption d’un projet de loi, mais ne s’opposeront pas à la volonté de la Chambre élue démocratiquement.

Il y a, bien sûr, eu des exceptions, dont certaines ont été carrément loufoques. Comme lorsque les sénateurs libéraux ont empêché pendant plusieurs jours l’adoption de la taxe sur les produits et services en faisant tellement de chahut au Sénat, y compris avec des cloches à vache et des « gazous »!, que les débats étaient devenus impossibles.

Mais, en général, les sénateurs acceptent l’autorité implicite de leur chef de parti, ce qui inclut le pouvoir de faire appliquer la convention qui veut qu’ils ne s’opposent pas aux élus. S’ils devaient en déroger, c’est leur parti qui devrait payer les pots cassés au prochain scrutin.

Pour attrayante qu’elle soit, la proposition de M. Trudeau viendrait briser ce lien d’autorité et ce rare moyen de contrôle démocratique des sénateurs.

Veut-on vraiment des sénateurs plus crédibles et plus indépendants des partis tant que le problème démocratique que pose le Sénat actuel reste entier?

Parce que l’existence même de cette nouvelle Chambre des notables deviendrait rapidement une bombe à retardement qui pourrait, à tout moment, précipiter le Canada dans une véritable crise démocratique.

Et quand on voit combien il est difficile d’amender la Constitution — ce que nous rappellera sous peu la Cour suprême —, on comprend que la sortie de crise sera loin d’être évidente.

Justin Trudeau : le long chemin

Lundi 15 avril 2013 à 9 h 25 | | Pour me joindre

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MCAuger

Avec plus de 80 % des voix, la victoire de Justin Trudeau est si éclatante et tellement dépourvue d’équivoque qu’elle peut masquer une réalité qui n’est pas aussi encourageante qu’on pourrait le croire au Parti libéral du Canada.

Le principal intéressé est d’ailleurs le premier à le reconnaître. Il ne fait pas un discours sans parler du long chemin qu’il reste à parcourir pour que son parti reprenne la place qui était la sienne quand un autre Trudeau était son chef, il y a maintenant plus de trois décennies.

Le PLC ne peut plus, d’aucune façon, prétendre être le « parti naturel de gouvernement » du Canada. Il est désormais la troisième formation politique au Canada et il n’a plus que 8 députés au Québec et 11 en Ontario, deux provinces où il a déjà eu la presque totalité des sièges. Ces deux chiffres donnent, à eux seuls, une idée du chemin à parcourir.

Mais on a fait grand état, durant cette campagne, de l’antidote : du pouvoir d’attraction de Justin Trudeau sur les jeunes, sur la génération qui n’a jamais connu son père. Mais en regardant les chiffres de plus près, on peut voir que la réalité est parfois bien en deçà des attentes.

Les libéraux ont eu la bonne idée d’élire leur chef en ne se fiant pas qu’aux membres en règle du parti. Empruntant la technique du Parti socialiste français, ils ont permis à des sympathisants de voter, pourvu qu’ils prennent le temps de passer par un processus d’inscription en deux temps.

C’est là que la campagne Trudeau a connu des ennuis. Tout près de 300 000 membres et sympathisants s’étaient inscrits dans un premier temps pour participer au choix du chef du PLC. Mais seulement 127 000 ont pris le temps de s’inscrire en bonne et due forme sur les listes électorales.

On ne saura jamais exactement pourquoi les 170 000 autres se sont évanouis dans la nature. Et il est certain que l’avance insurmontable que Justin Trudeau semblait déjà avoir a pu jouer contre lui tant l’issue du scrutin semblait acquise.

Reste que moins de la moitié des sympathisants inscrits — la presque totalité provenant du camp Trudeau — ne se sont jamais rendus au bout du processus.

Des 127 000 qui restaient, selon les chiffres du PLC, environ 60 % avaient plus de 50 ans, et seulement 21 % avaient mois de 34 ans. Il faut donc tempérer un peu les grandes envolées sur l’enthousiasme des jeunes pour Justin Trudeau.

Surtout, il faut cesser de confondre un nombre important d’abonnés Twitter ou d’amis Facebook avec la capacité d’utiliser les réseaux sociaux pour mobiliser les électeurs et les attirer vers les urnes. Ce n’est pas en tweetant le nom du restaurant où on est allé manger ou le résultat du match du Canadien qu’on fait une utilisation utile et pertinente des médias sociaux à des fins électorales.

Personne n’est mieux placé pour le dire que les organisateurs de la campagne du président Obama qui, en 2012, ont réussi le tour de force d’augmenter le taux de participation chez les jeunes par rapport au record déjà enregistré quatre ans plus tôt, quand l’enthousiasme envers leur candidat était pas mal plus facile à canaliser.

Or, en fin de semaine dernière, les meilleurs spécialistes de la campagne Obama pour la sortie de vote et l’utilisation des médias sociaux — des gens comme Jeremy Bird, dont la réputation n’est plus à faire — étaient justement au Canada. Sauf qu’ils donnaient des ateliers de formation aux organisateurs présents au congrès du NPD et pas à celui du Parti libéral.

Le chemin du retour en grâce du PLC sera un long chemin, mais il le sera encore plus pour ceux qui seront tentés de confondre popularité et mobilisation.