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Le PQ et l’inéluctable démographie

dimanche 22 mars 2015 à 9 h 08 | | Pour me joindre

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MCAuger

Il fut une époque, il n’y a pas si longtemps, où le Parti québécois croyait que la démographie était son plus grand allié. Peu après le référendum de 1995, des gens aussi sérieux que l’ex-premier ministre Bernard Landry expliquaient que la victoire de l’option souverainiste était inévitable — et à relativement court terme — par le simple jeu de la démographie.

Les électeurs les plus âgés – et dont une très forte proportion avait voté Non en 1995 – seraient remplacés par des jeunes – dont une proportion presque aussi forte avait voté pour le Oui. Les Oui allaient tout simplement remplacer les Non, c’était tout simplement inéluctable.

La réalité a été tout autre. Au tournant du siècle, le vote péquiste s’est mis à décliner de façon notable et soutenue. Pas une simple baisse conjoncturelle d’une couple de points, mais un véritable changement d’ordre de grandeur.

Ainsi, entre 1976 et 1998, le PQ a toujours obtenu au moins 40 % des voix (la seule exception étant 39 % en 1985). Cela lui aura permis, au cours de cette période, de former quatre gouvernements majoritaires. Le PQ était alors, et de loin, le premier parti dans l’électorat francophone.

Depuis les élections de 2003, le PQ s’est maintenu dans une fourchette bien différente, entre 35 % (en 2008) et 25 % des voix (en 2014). La nette majorité de francophones sur laquelle il pouvait compter depuis un quart de siècle n’est plus là.

Que s’est-il donc passé? D’abord, le vote péquiste a diminué chez les francophones dans toutes les tranches d’âge, grugé à droite par l’ADQ puis la CAQ, et à gauche par Québec solidaire.

Encore plus significatif, ce sont les plus jeunes électeurs qui ont déserté le PQ. Ainsi, dans le dernier sondage Léger Marketing avant l’élection d’avril 2014, le PQ était au 4e rang chez les jeunes de 18 à 24 ans avec 19 % des voix. Il ne faisait guère mieux chez les 25 à 34 ans avec 22 %, au 3e rang, juste devant Québec solidaire.

Pas au rendez-vous

Clairement, ces jeunes électeurs dont l’arrivée sur les listes électorales devait donner à la souveraineté sa victoire inéluctable ne se sont pas sentis invités au grand rendez-vous.

On peut trouver toutes sortes de raisons pour cette désaffection. Il y a le fait que les péquistes ont la fâcheuse habitude de se parler de souveraineté entre eux, et on peut penser que toute une génération n’a pas été très exposée au message souverainiste.

Il y a aussi le virage identitaire du PQ, caractérisé par la charte des valeurs, qui a formidablement contribué à éloigner les jeunes, qui ne se reconnaissent pas dans une société frileuse et prompte à interdire. Mais, quelle que soit la raison, il reste que l’inéluctable démographie qui allait faire triompher le Oui ne s’est pas matérialisée.

Dans les circonstances, on peut passer le temps qu’on veut à disséquer le vote des immigrants et les raisons qui font qu’ils appuient peu l’idée de la souveraineté du Québec. Mais cela n’expliquera pas que le PQ ait obtenu pratiquement le même pourcentage d’appui lors de la dernière élection qu’à sa toute première campagne électorale en 1970.

Au lieu de blâmer les autres, et les immigrants en particulier, comme il l’a fait trop souvent, le PQ devrait plutôt se demander pourquoi et comment il a réussi à se couper aussi profondément de la jeunesse québécoise. Et à voir le nombre de têtes grises aux assemblées du PQ au cours de cette course à la direction, on comprend mal comment les candidats n’en font pas leur principale, sinon unique, priorité.