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Montréal – Il y a des débats entre candidats qui montrent les qualités des différents protagonistes. Le premier de la campagne électorale municipale de Montréal, vendredi dernier, à l’invitation de l’Institut du Nouveau Monde, aura surtout montré leurs faiblesses.

L’équipe de Coderre

Le favori dans cette course, du moins si on ne tient compte que de la notoriété, est Denis Coderre. Un Coderre nouveau, qui se voudrait moins partisan et plus rassembleur. L’ennui, c’est qu’en politique, on juge un candidat, entre autres, à la qualité de son équipe.

Il était donc inévitable que M. Coderre soit interrogé sur le fait que presque la moitié de son équipe actuelle ait été recrutée directement dans Union Montréal, le parti de Gérald Tremblay. Le problème étant que même si — comme Gérald Tremblay lui-même — ils ne sont accusés d’aucune malversation, il reste qu’ils étaient dans l’équipe dirigeante de la ville et qu’ils ont soit ignoré, soit préféré ne pas voir, la corruption qui y régnait.

Questionné plusieurs fois sur le sujet pendant la soirée, M. Coderre n’a toujours pas su expliquer pourquoi les Montréalais devraient faire confiance une fois de plus à ceux qui n’ont rien vu ou qui n’ont rien voulu voir. Dans cette année où Montréal aura eu trois maires, c’est un argument qui risque de peser lourd dans l’isoloir.

Denis Coderre voudrait aussi adoucir son image de politicien très partisan qu’il a pourtant cultivée pendant des années. Ainsi, son parti n’en est pas un, il serait plutôt « une bannière », ce qui lui permet, en fait, de diriger un parti en bonne et due forme et reconnu par le directeur général des élections, tout en disant que les partis n’ont pas leur place dans une administration municipale.

Mais l’ancien Coderre n’est jamais loin du nouveau. Comme lorsqu’il lance un agressif « Bienvenue en politique, mon chum » au candidat qui n’avait pu placer un mot, tant Denis Coderre avait monopolisé le temps de parole…

L’image de Richard Bergeron

Richard Bergeron était le seul sur scène à avoir siégé au conseil municipal et cela se reflétait par sa connaissance des dossiers. Son problème, c’est qu’il a encore toutes les misères du monde à se défaire de l’image de l’idéologue rigide que ses adversaires ont réussi à lui accoler.

Il est vrai que M. Bergeron a du mal à adapter le discours qu’il tient depuis une dizaine d’années déjà. Ainsi, alors que l’idée du tramway comme solution aux problèmes du transport collectif à Montréal semble faire de moins en moins consensus, il y tient toujours mordicus.

Et si son projet d’aménagement des rives du fleuve peut faire rêver, beaucoup de gens se demandent encore pourquoi il faut l’assortir d’un téléphérique vers Longueuil, un projet plus spectaculaire que structurant.

Reste que ce débat a aussi montré qu’il serait bien risqué pour ses adversaires de sous-estimer M. Bergeron. On peut l’aimer ou pas, on peut remettre en question ses solutions, mais il est difficile de le confondre sur les faits.

La coalition de Marcel Côté

Marcel Côté est un néophyte en politique, ce que ses conseillers répétaient à tout le monde pour faire baisser les attentes avant le débat. Il est vrai qu’il a encore beaucoup de difficultés à faire passer ses messages clairement.

Le principal problème de M. Côté est le caractère bancal de sa coalition composée du parti Vision Montréal dans l’est de l’île et de candidats indépendants dans l’ouest. M. Côté dit qu’il faut unifier francophones et anglophones, mais pour l’instant c’est plus un voeu qu’autre chose.

Marcel Côté aime à se présenter comme un homme de solutions, mais son programme reste assez peu étoffé et se résume à une simple promesse de bonne gouvernance. Il en faudra pas mal plus pour séduire les Montréalais de part et d’autre du boulevard Saint-Laurent.

Mélany Joly et sa place dans la campagne

Mélanie Joly voulait surtout utiliser ce débat pour prouver la pertinence de sa candidature indépendante. Elle a répété aussi souvent que possible combien le changement passe nécessairement par la jeunesse, mais sans réussir à convaincre.

En politique, le changement passe d’abord et avant tout par un programme et une équipe capable de le mettre en application, deux choses que Mme Joly promet encore pour plus tard dans la campagne.

En attendant, ce n’est pas en répétant inlassablement les mots « changement, nouvelles façons de faire et 2.0 » qu’on réussit à prouver qu’on a sa place dans cette campagne. Pas plus qu’en utilisant ad nauseam son premier engagement électoral : un réseau rapide d’autobus, qui a été présenté comme la solution à tous les problèmes, y compris l’intégration des immigrants!

Un débat sans gagnant, donc, avec des candidats qui en sortent tous avec des faiblesses évidentes. Heureusement que la campagne est encore jeune.