Billets classés sous « identité »

La plus grande ironie du résultat de l’élection du 7 avril est que le résultat du PQ de Pauline Marois (25,38 %) est inférieur à celui du PQ d’André Boisclair, (28,35 %) sept ans plus tôt. Or, c’est justement le résultat dévastateur de 2007 qui avait convaincu Mme Marois de faire un grand virage identitaire.

L’élection de 2007 s’était déroulée alors que la « crise » des accommodements raisonnables était fraîche dans l’esprit des électeurs et que la Commission Bouchard-Taylor n’avait pas encore remis son rapport.

Le chef du Parti québécois, André Boisclair, était résolument partisan du nationalisme dit civique : on est Québécois quand on vit au Québec et qu’on y paie ses impôts, un point, c’est tout. C’était largement la réponse du PQ à Jacques Parizeau, au soir du référendum, qui avait fait porter la défaite du Oui sur « l’argent et le vote ethnique ».

Au cours des années qui ont suivi, le mouvement souverainiste — le PQ et son cousin fédéral, le Bloc québécois — avait tout fait pour faire oublier les paroles de M. Parizeau. L’aboutissement a été la campagne électorale de 2007, tenue dans le climat de malaise causé par une décision de la Cour suprême du Canada autorisant un jeune sikh à porter à l’école un kirpan (le couteau traditionnel de sa religion), même si peu de gens se souvenaient qu’il devait être cousu à l’intérieur de ses vêtements et donc, en pratique, inutilisable.

M. Boisclair avait refusé de suivre Mario Dumont, le chef de l’Action démocratique du Québec, pour faire campagne sur la question des accommodements raisonnables et de recourir à un vocabulaire qu’on allait beaucoup entendre sept ans plus tard, comme la nécessité de « mettre ses culottes »…

À l’époque, la défaite, et le fait que le PQ avait été relégué au 3e rang à l’Assemblée nationale, avait été largement été attribué au fait que le PQ avait perdu le débat identitaire.

À peine désignée comme chef du PQ après la démission de M. Boisclair, Mme Marois annonce le grand retour du « Nous » et un virage identitaire. Il a été confirmé par le dépôt du projet de loi 197 qui créait une citoyenneté québécoise.

La citoyenneté canadienne garantissant le droit de vote aux élections fédérales et provinciales, on voulait donc rendre la candidature et le droit de vote aux élections municipales et scolaires conditionnelles — les seules qui soient entièrement de juridiction provinciale — à la connaissance du français.

Le projet de loi avait largement été critiqué à l’époque. Comme pour la Charte des valeurs, on avait réclamé en vain des études sur sa constitutionnalité, mais il constituait le début du virage identitaire du PQ. Il était, en quelque sorte, le précurseur de la Charte des valeurs.

La suite du virage allait s’effectuer une fois le PQ installé au pouvoir après les élections de septembre 2012. Parmi les engagements du PQ : des renforcements à la loi 101 et la Charte des valeurs.

Le résultat, on le voit aujourd’hui, est un score pour le PQ de trois points inférieur à celui d’André Boisclair et à son nationalisme civique. Tout ça pour ça!

On dira que la récente défaite du PQ est largement due à la question référendaire. C’est vrai, mais il ne faudrait pas oublier que M. Boisclair avait été plombé par un programme beaucoup plus contraignant que celui du PQ sous Mme Marois. M. Boisclair devait déclencher un référendum « le plus tôt possible, au cours du premier mandat » de son gouvernement. Un engagement qu’il n’a jamais abandonné — même le dernier week-end de la campagne — alors qu’il était devenu certain que le prochain gouvernement allait être minoritaire, quelle qu’en soit la couleur. M. Marois avait beaucoup plus de marge de manoeuvre.

Le résultat net du virage identitaire est donc de trois points de moins au final. Mais il montre surtout la nécessité pour le PQ de rétablir des ponts avec la jeunesse québécoise, qui n’a visiblement jamais digéré la Charte des valeurs, et avec les communautés culturelles, pour qui la Charte était vue comme une véritable trahison.

Ce qui fera encore plus mal, c’est d’être obligé d’expliquer aux militants et sympathisants péquistes qu’on devra faire une autre volte-face sur la question identitaire. Avec la perte de crédibilité qui arrive chaque fois.