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Résultats du PLQ : le verre à moitié vide

Jeudi 20 septembre 2012 à 16 h 57 | | Pour me joindre

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MCAuger

Les résultats du Parti libéral du Québec ont été tellement surprenants, le 4 septembre dernier, qu’un peu tout le monde a choisi de regarder sa défaite sous l’angle du verre à moitié plein : 50 députés, à peine 40 000 voix de moins que le PQ qui prenait le pouvoir. Le PLQ venait de prouver une fois de plus sa résilience et son enracinement dans le Québec francophone.

Un si beau résultat que des gens qui ne pensaient plus à la direction du Parti libéral se sont soudain remis à y penser, tant la perspective de revenir au pouvoir rapidement semblait soudainement plausible.

Mais tout verre à moitié plein est aussi à moitié vide, et il y a de nombreuses causes d’inquiétude pour le PLQ dans le résultat du 4 septembre.

D’abord, on notera que ce caucus de 50 députés est le résultat d’un peu de chance. Des 13 circonscriptions qui ont été décidées par moins de 1000 voix, le soir du 4 septembre, 9 ont été remportées par les libéraux, mais seulement 3 par le Parti québécois et 1 par la Coalition avenir Québec. Si la chance avait été du côté du PQ, il aurait donc pu obtenir un gouvernement majoritaire. La différence n’était que de quelques centaines de voix…

Plus important pour l’avenir des libéraux, on notera qu’avec 31,3 % des voix, le PLQ obtient – en termes de part du vote populaire – son pire score depuis la Confédération. C’est un triste résultat qui n’est pas amoindri par le fait que le PQ a pris le pouvoir avec seulement 40 000 voix de plus que le PLQ.

Ensuite, il y a un nombre qui est inquiétant, soit la stagnation du vote du PLQ exprimé en nombre de citoyens qui ont voté pour ses candidats.

Aux élections générales de 2007, 1,31 million de Québécois ont voté pour le PLQ. Il avait alors formé un gouvernement minoritaire.

Aux élections de 2008, 1,36 million de Québécois ont choisi les libéraux. Et il avait formé un gouvernement majoritaire.

Et en 2012, 1,36 million d’électeurs ont voté libéral. Il a été défait et s’est retrouvé dans l’opposition.

Trois élections, trois résultats différents, mais exactement le même nombre d’électeurs qui votaient pour le PLQ. La différence, c’est le taux de participation. Plus il est élevé, moins les libéraux ont de chances de gagner. Et plus il est bas, plus il obtient de députés à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas exactement bon signe pour un parti politique.

Trois fois de suite, 1,3 million d’électeurs. On peut y voir un signe de résilience, mais on peut aussi y déceler le signe qu’il s’agit d’un vieux parti qui a une capacité hors du commun de « sortir son vote », mais beaucoup de mal à attirer de nouveaux partisans.

Cela signifie tout particulièrement que le PLQ a beaucoup de mal à attirer le vote des jeunes francophones – ce qui est vrai depuis plusieurs années déjà et qui n’est pas uniquement lié à la crise étudiante du printemps dernier.

Enfin, le PLQ a réussi à faire élire plusieurs députés dans les régions du Québec, ce qui est le signe d’un profond enracinement.

Mais on notera aussi que les libéraux ont été balayés de plusieurs régions comme la Gaspésie, la Côte-Nord, le Saguenay-Lac-Saint-Jean et l’Abitibi.

Mais, surtout, il a été complètement balayé de Laurentides-Lanaudière, la région du Québec où la population croît le plus rapidement. À Montréal, sur la Rive-Sud, il ne remporte que les circonscriptions qui ont un nombre significatif d’électeurs non francophones.

Tout cela devrait inciter le Parti libéral à ne pas aller trop vite et à ne pas penser que son retour au pouvoir sera un chemin relativement facile, pourvu qu’il garde le cap et qu’il ne fasse pas trop de vagues.

 

 

 

 

 

 

 

 

Minoritaire? Non merci!

Mardi 28 août 2012 à 19 h 12 | | Pour me joindre

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MCAuger

N’importe quel parti politique ordinaire se trouverait très heureux d’obtenir le mandat de former un gouvernement minoritaire, mardi soir prochain. Après tout, ce n’était pas l’année pour une victoire glorieuse et une petite pluralité sera une victoire honorable dans les circonstances.

Mais voilà, le Parti québécois n’est pas un parti ordinaire.

Le Parti a une base militante qui attend de ses dirigeants qu’ils prennent des mesures concrètes pour faire avancer le Québec vers la souveraineté. S’ils acceptent — tout juste — qu’on ne fasse pas un troisième référendum à moins d’être certain de le gagner, les militants péquistes n’en exigent pas moins des gestes symboliques qui vont dans ce sens.

Le problème, c’est qu’avec un gouvernement minoritaire, le PQ ne pourrait faire ni l’un ni l’autre.

Évidemment, pas question pour les députés libéraux ou ceux de la Coalition avenir Québec de permettre à un éventuel gouvernement péquiste minoritaire de se lancer dans une campagne référendaire. Il est tout simplement inconcevable que l’Assemblée nationale accepte la tenue d’un référendum sur la souveraineté.

Or, quand le PQ ne peut pas faire la souveraineté, il veut, au moins, faire avancer sa cause par d’autres mesures. Cette année, on retrouve de telles mesures dans la plateforme péquiste. Des initiatives comme la création d’une citoyenneté québécoise, une nouvelle loi 101 et une Charte de la laïcité.

Or, dans une situation de minoritaire, un gouvernement péquiste devra négocier avec les partis d’opposition pour faire adopter l’une ou l’autre de ces mesures.

Il est certain que les libéraux ne pourraient voter pour de telles initiatives qui suscitent déjà de nombreuses objections auprès des électeurs non francophones qui constitueront, plus que jamais, la base électorale du PLQ.

La CAQ a déjà indiqué qu’elle ne voulait pas toucher à la loi 101. Et comme on sait déjà que ces lois contiendront des clauses qui pourront être attaquées devant les tribunaux en vertu de la Charte des droits, il est plus que douteux que la CAQ veuille suivre le PQ dans cette voie.

Reste la mince possibilité que Québec solidaire et/ou Option nationale détienne la balance du pouvoir. Même dans ce cas, il est loin d’être certain que les initiatives du PQ puissent avancer.

La coporte-parole de QS, Françoise David, a déjà exprimé très clairement son opposition à la Loi sur la laïcité. En gros, elle rejette l’idée de fermer les portes de la fonction publique à ceux et celles qui portent des signes religieux.

Le projet de citoyenneté québécoise risque fort de rester sur les tablettes s’il n’en tient qu’à QS, qui n’est pas particulièrement intéressé par ce genre d’initiatives essentiellement symboliques.

Une nouvelle loi 101 aurait une meilleure chance d’être acceptable à QS, mais comme c’est toujours le cas pour des gouvernements minoritaires, il faudra tout négocier avec le ou les partis qui auront la balance du pouvoir et on ne sait jamais ce qu’ils vont demander et ce qui sortira de telles négociations.

Mais un gouvernement péquiste minoritaire n’aurait guère le choix que de gérer le Québec comme province du Canada qui devra faire des choix déchirants en matière de finances publiques et, peut-être même, devoir subir les contrecoups de la nouvelle récession que voient venir bien des économistes.

Pour les militants péquistes, c’est avoir tous les inconvénients d’être au gouvernement sans aucun des avantages. Pas étonnant que le PQ essaie de tout faire pour faire comprendre à ceux qui sont tentés par QS ou ON qu’ils doivent « voter utile » et élire un gouvernement péquiste majoritaire, quitte à voter en se bouchant le nez.

Et si, mardi soir, mon collègue Patrice Roy devait annoncer l’élection d’un gouvernement péquiste minoritaire, il y a fort à parier qu’il y aura beaucoup de sourires forcés et quelques visages longs au quartier général du Parti québécois.

Hollande et le rétroviseur

Dimanche 26 août 2012 à 14 h 28 | | Pour me joindre

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MCAuger

« Pis, comment aimes-tu notre campagne à la Hollande? » Mon interlocuteur est un vieil organisateur péquiste, rencontré par hasard dans la rue.

Une campagne à la Hollande? Je n’y avais pas pensé à celle-là. Mais c’est vrai qu’il y a des ressemblances assez frappantes entre la campagne de Pauline Marois et celle de François Hollande pour la présidence française en mai dernier.

Face à un adversaire hyperactif qui allait essayer d’être partout en même temps pendant la campagne, les socialistes français avaient décidé d’une campagne calme avec un candidat qui aimait s’afficher comme un homme ordinaire qui deviendrait « un président normal ».

Au lieu de répondre à chaque attaque de son adversaire, Hollande avait décidé de ne pas dévier de son plan initial, de ne pas passer son temps à regarder dans le rétroviseur et de laisser les autres s’énerver.

Pauline Marois fait un peu la même chose : elle mène une campagne calme, qui refuse de répondre coup pour coup à ses adversaires et qui suit son plan de match contre vents et marées.

Les adversaires ne sont pas contents de l’absence de cadre financier? Qu’à cela ne tienne, le PQ le rendra public quand il l’a décidé et pas un jour plus tôt. Ils attaquent sa nouvelle loi 101? Elle ne se donne même pas la peine de leur répondre et continue de faire sa promotion auprès de l’électorat francophone.

Comme la chef est moins populaire que son parti, on lui a préparé une campagne plus discrète, où elle est moins visible que les autres chefs. Comme si le slogan non officiel de la campagne était « Petit train va loin ».

Avec le résultat que, selon les derniers sondages, Mme Marois se trouve toujours en position de former le prochain gouvernement, avec une avance encore confortable de sept points sur la Coalition avenir Québec auprès de l’électorat francophone.

Mais là s’arrêtent les comparaisons. En cette fin de campagne, les stratèges péquistes feraient bien de lire la petite phrase que l’on retrouve sur certains rétroviseurs : ceux qui vous suivent peuvent être plus proches qu’ils n’en ont l’air.

La campagne péquiste a connu quelques ratées au cours des derniers jours qui ont forcé d’embarrassantes clarifications de la part de Mme Marois, d’abord sur une éventuelle citoyenneté québécoise, puis sur les référendums d’initiative populaire.

Pas le genre d’incidents qu’on souhaite en fin de parcours.

Mais surtout, la lente progression de la Coalition avenir Québec ne semble pas en voie d’être stoppée, sauf que, de plus en plus, elle va se faire aux dépens du PQ.

Les circonscriptions les plus chaudement disputées au cours des 10 derniers jours se trouvent essentiellement dans la grande banlieue de Montréal – le 450, qui compte plus que sa part de députés péquistes. (Les députés libéraux, pour la plupart, se retrouvent dans des châteaux forts comme Saint-Lambert ou Vaudreuil).

Presque tous les gains de la CAQ se feront donc aux dépens du PQ. Là où ça compte, c’est à dire en terme de sièges, ça pourrait empêcher le PQ de former un gouvernement majoritaire. Ça pourrait même reléguer les libéraux au troisième rang en termes de sièges, même si nous n’en sommes pas encore là.

Pour les 10 derniers jours de sa campagne, Mme Marois ne peut plus se payer le luxe d’ignorer la CAQ et François Legault. Surtout que, chez les francophones, les libéraux ne sont pratiquement plus dans la course.

Même si elle s’en passerait bien, Mme Marois n’a pas tellement le choix : elle doit commencer à surveiller son rétroviseur.

Où est Pauline?

Jeudi 9 août 2012 à 16 h 27 | | Pour me joindre

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MCAuger

C’est la question que tous les observateurs se posent, y compris des gens qui aiment Pauline Marois et ne comprennent pas ce qui lui arrive depuis le début de la campagne électorale. Où est Pauline? Comment se fait-il qu’elle n’imprime pas plus sa marque sur cette campagne électorale?

Bien sûr, la campagne du Parti québécois ne pouvait tout prévoir. Surtout pas que l’arrivée de Jacques Duchesneau à la Coalition avenir Québec lui enlèverait ce qui devait être son principal cheval de bataille : la lutte contre la corruption.

Le PQ pouvait espérer être, par défaut, l’option de ceux qui ne voulaient pas réélire un gouvernement qu’ils jugeaient corrompu. Avec l’arrivée de M. Duchesneau à la CAQ, ce n’est plus le cas.

Reste qu’on sent que ce revirement de fortune a fait plus que simplement obliger le PQ à changer de stratégie. Ça semble plutôt avoir complètement coupé son inspiration.

Depuis le début de la semaine, les deux autres partis font des annonces qui ne sont pas toujours spectaculaires, mais qui ont le mérite de frapper l’imaginaire : une baisse d’impôts, les soins dentaires pour les enfants ou l’école secondaire de 9 à 5.

Pendant ce temps, la chef du PQ promettait un Fonds stratégique d’investissement dans l’économie québécoise, à ne pas confondre avec la Banque de développement économique du Québec qu’elle promet également.

Des solutions qui sont intéressantes, mais qui ont le défaut d’être technocratiques et loin des gens. Et de ne pas faire parler de soi quand il y a toutes sortes d’autres sujets plus aguichants dans l’air.

Avec le résultat que Mme Marois a eu, depuis le début de la campagne, moins de visibilité que ce qui est normalement dévolu au chef de l’opposition officielle et de ce qui doit être, dans nos institutions, le gouvernement en attente.

Mais le PQ a un autre problème, qui vient des crises qu’il a connues depuis quelques mois. Le PQ ne peut pas seulement présenter un programme pour gouverner le Québec comme province du Canada. Pour contenter ses propres troupes, il doit aussi parler de ce qu’il fera pour permettre la tenue d’un référendum sur la souveraineté.

La position officielle du PQ est de ne pas promettre la tenue d’un référendum dans un prochain mandat, mais de ne pas l’exclure non plus.

Depuis le début de la campagne, toutes sortes d’interprétations du programme ont cours. Ainsi, les candidats Bernard Drainville et Jean-François Lisée ont donné des entrevues au Globe and Mail (et pas à des journaux québécois, soit dit en passant) pour expliquer comment un gouvernement péquiste nous conduira au Grand Soir. Des articles abondamment commentés par les candidats libéraux, M. Charest en tête, pour dire que la seule véritable priorité du PQ serait de tenir un référendum.

En plus, Gilles Duceppe s’est permis une attaque frontale contre le seul député de Québec solidaire, accréditant l’idée que le PQ a peur de perdre des voix sur sa gauche.

Dans toute cette confusion, on a perdu le message de Mme Marois. Et une semaine de perdue dans une campagne qui n’en compte que quatre, c’est énorme.