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Les gâchis des années 1970

vendredi 2 mai 2014 à 13 h 25 | | Pour me joindre

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MCAuger

L’annonce de la démolition de l’aérogare de Mirabel vient nous rappeler de façon très palpable combien les mauvaises décisions des gouvernants peuvent venir nous hanter pendant des décennies.

Tout le dossier de Mirabel est l’illustration lumineuse de ce qui arrive quand on choisit des politiques et des technologies au mauvais moment et pour de mauvaises raisons.

Quand l’aéroport a été planifié à la fin des années 1960, le monde de l’aviation attendait l’arrivée massive des avions supersoniques. Le Concorde volait déjà et le SST de Boeing était sur les planches à dessin, dont il n’est jamais sorti.

Jeune journaliste, j’avais couvert à Ottawa les audiences de la Cour fédérale dans la cause des expropriés de Mirabel qui voulaient ravoir leurs terres. L’argument du gouvernement fédéral pour avoir exproprié trois fois plus de terres que nécessaire tenait dans ce seul mot : le Concorde.

Étant donné le bruit — le fameux « boom » d’un avion qui franchit le mur du son — il fallait un aéroport qui soit situé loin de la ville qu’il devait desservir et avec beaucoup de terrain excédentaire pour incommoder le moins de monde possible.

Mais, le reste de l’histoire l’a prouvé, les Concordes ne sont jamais venus et Mirabel s’est retrouvé avec tous les problèmes et aucun des avantages. Il était loin de Montréal. Les gouvernements ne se sont jamais entendus pour un lien ferroviaire avec la ville ou même sur un simple prolongement d’autoroute. Or, tous les aéroports construits ces dernières années montrent que le lien avec le centre-ville est au moins aussi important que l’aéroport lui-même.

Et il y a la politique. À l’époque de sa construction, les pays n’avaient qu’une seule porte d’entrée pour le trafic aérien international et celle du Canada était Montréal. Sauf que pendant la construction même de Mirabel, le gouvernement canadien négociait la possibilité de mettre fin à cette situation, ce qui, dans le contexte, allait favoriser Toronto.

Inutile de lancer une chicane contre Ottawa sur ce point, tous les pays du monde faisaient la même chose au même moment. Mais on aurait quand même pu repenser la nécessité d’un aussi grand aéroport s’il ne devait plus être l’unique porte d’entrée au Canada.

On connaît le reste de l’histoire. Mirabel est devenu petit à petit un éléphant blanc. Si bien qu’en 1997, on ramenait les vols internationaux à Dorval. Pour la simple raison que Montréal était devenue une ville où il était devenu pratiquement impossible de faire le transit d’un vol international à un vol domestique ou nord-américain.

La démolition d’une aérogare, qui n’est plus aux normes de sécurité, de construction, de transport international, était devenue avec le temps aussi inévitable que triste. Depuis sa mise au rancart, il y a eu le 11 septembre 2001, qui obligeait à revoir l’ensemble des déplacements et des contrôles des voyageurs et des bagages. Sans parler du fait qu’elle soit pleine d’amiante.

On parle encore de beaux projets pour l’utiliser comme un centre de foires, mais aucun n’a vu le jour depuis plus de 15 ans. Et le bâtiment reste toujours un coûteux éléphant blanc dans le milieu d’un champ.

Et puisqu’on est sur le sujet des gâchis des années 1970, l’exemple de Mirabel ne devrait-il pas inspirer, au moins en partie, nos réflexions collectives sur l’avenir du Stade olympique?

Voici aussi un bâtiment des années 1970 qui n’a jamais rempli ses promesses et qui n’est plus au goût du jour. Son toit rétractable n’a jamais fonctionné, le condamnant à une utilisation presque inexistante pour la moitié de l’année. La technologie n’était manifestement pas au point.

Et les sports professionnels veulent désormais des stades où leurs partisans sont plus proches de l’action. Si les Expos devaient revenir, ce serait nécessairement dans un stade plus petit au centre-ville. Les Alouettes et l’Impact ont tous les deux leur propre stade beaucoup plus convivial.

On peut choisir de garder l’aérogare vide de Mirabel indéfiniment en attendant l’improbable projet qui va le relancer. Mais Aéroport de Montréal a décidé qu’il était temps de cesser de lancer de l’argent par les fenêtres. Ce n’est pas parce que ça a coûté cher qu’il faut continuer à dépenser pour rien. Stop throwing good money after bad, disent les anglophones.

Alors, avant de dépenser 200 ou 300 millions de dollars sur le toit du Stade olympique, ne devrait-on pas se poser les mêmes questions que pour l’autre grand gâchis des années 1970? C’est un débat dont on ne peut faire l’économie.