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Charte : assurer ses arrières

lundi 16 septembre 2013 à 10 h 55 | | Pour me joindre

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MCAuger

« Si une maison est divisée contre elle-même, cette maison-là ne peut subsister » – Marc 3:25

Si le projet de charte des valeurs québécoises finit par mourir, l’acte de décès indiquera qu’il a succombé à un feu ami, c’est-à-dire celui de membres de la famille souverainiste, plutôt qu’à celui de ses adversaires.

La grande erreur du gouvernement Marois dans un dossier aussi sensible aura été de ne pas assurer ses arrières au sein même de la coalition souverainiste. C’est une règle fondamentale de la politique de ne pas présenter un projet dont on sait qu’il va susciter des résistances sans avoir l’appui solide de sa base.

Or, il n’était pas si difficile de prévoir que, malgré certains sondages favorables, ce projet n’allait pas passer comme une lettre à la poste, même chez les souverainistes.

Depuis la commission Bouchard-Taylor, on savait, par exemple, que le Bloc québécois refusait l’idée de demander à tous les employés de l’État de ne porter aucun signe religieux. Mme Maria Mourani n’aura donc fait que défendre la position traditionnelle de son parti, avec les effets que l’on sait.

On pouvait aussi se douter qu’il y aurait beaucoup de souverainistes réfractaires à toute tentative de limiter les droits reconnus dans la Charte québécoise des droits et libertés. Il fut un temps où la notion de droits fondamentaux était automatiquement associée à Pierre Trudeau et à la « Constitution que le Québec n’a pas signée ». Mais 30 ans après, c’est un épouvantail qui ne fait plus recette.

On n’avait pas, non plus, besoin de chercher très loin pour savoir qu’à Montréal, même des souverainistes on ne peut plus convaincus, comme Mme Louise Harel, ne pourraient s’y reconnaître. Sans compter tous ceux qui ont déployé temps et efforts pour convaincre les membres des communautés culturelles de rejoindre la coalition souverainiste et qui voient leurs efforts mis en péril par le projet de charte des valeurs québécoises.

Surtout qu’un peu tout le monde, dans le mouvement souverainiste comme ailleurs, est en droit de se demander où est la crise.

L’égalité hommes-femmes ne peut guère être mieux affirmée dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne qui en fait à la fois un droit fondamental et une clause interprétative.

De même, personne dans la société québécoise – du moins avant que le gouvernement ne propose son projet – n’a soutenu sérieusement que l’État québécois n’était pas déjà rigoureusement neutre en matière religieuse. Pourquoi, alors, cette nécessité soudaine de réparer quelque chose qui n’est pas brisé?

Surtout si c’est pour créer une sorte de délit d’opinion du simple fait de porter un signe religieux, sans qu’il y ait quelque indication que ce soit que cela nuise au travail d’un employé de l’État.

Comme le disait la Commission québécoise des droits de la personne en 2010 : « Le seul fait qu’une employée porte le hidjab ne peut permettre de conclure que le service qu’elle doit rendre sera d’une quelconque façon affecté par ses croyances religieuses […] ou de conclure que la neutralité de l’institution publique est remise en cause puisque le service offert demeure neutre. »

Le gouvernement affirme pourtant le contraire. La première ministre Marois, dans une entrevue au Devoir, a même soutenu que le seul fait de porter un foulard était de nature à créer une présomption de prosélytisme religieux. Comme si une éducatrice chrétienne et ne portant donc aucun signe ostentatoire ne pouvait le faire…

Ce genre de raccourci aussi indispose bien des souverainistes. Sans doute parce qu’ils avaient été habitués à pas mal plus de rigueur de la part de leurs dirigeants.