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La tempête parfaite

Lundi 20 octobre 2014 à 10 h 18 | | Pour me joindre

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MCAuger

Il n’y aura pas de course à la direction du Parti québécois. Il y aura sans doute des candidats qui rempliront un bulletin et qui feront quelques débats, mais l’issue du scrutin est déjà connue, et Pierre Karl Péladeau sera le prochain chef du PQ.

Le rouleau compresseur PKP est déjà passé sur le PQ, avant même que le député de Saint-Jérôme n’ait prononcé son premier discours à l’Assemblée nationale.

En fait, c’est une sorte de tempête parfaite qui propulsera l’actionnaire de contrôle de Québecor dans le siège de chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale.

D’abord, c’est bien connu, le PQ a une relation d’amour-haine assez complexe avec ses chefs. Autant c’est le parti qui peut dévorer ses chefs, autant il y règne un complexe du sauveur quand il s’agit d’en choisir un nouveau.

La situation actuelle n’est pas sans rappeler la campagne d’André Boisclair en 2005. À l’époque, on cherchait un sauveur pour prouver que le PQ n’était pas le parti d’une seule génération, et le jeune âge de M. Boisclair en faisait le chef idéal.

Aujourd’hui, un grand nombre de militants péquistes sont convaincus que tout ce qui leur manque, c’est l’appui du milieu des affaires. L’arrivée d’un homme d’affaires bien connu comme M. Péladeau serait donc l’ingrédient qui va reporter le PQ au pouvoir et le lancer dans un nouveau référendum sur l’indépendance.

Dans ces circonstances, même les questions légitimes et les potentielles « bombes à retardement » sont balayées sous le tapis. Que ce soit la consommation de cocaïne de M. Boisclair à l’époque, ou le fait que M. Péladeau veuille conserver toutes ses actions dans Québecor, aujourd’hui.

L’autre atout de PKP est qu’il fait partie du star système québécois. Julie Snyder et lui sont connus, populaires, et ils savent très bien comment faire parler d’eux dans les médias. Cette popularité se reflète déjà dans les sondages.

En passant, quand les adversaires de M. Péladeau pensent à des conflits d’intérêts qui pourraient avoir une utilité électorale, ils songent moins à la ligne éditoriale de TVA ou du Journal de Québec qu’aux reportages obligeants et aux photos de famille en une du Lundi ou d’une autre publication du même type.

Les adversaires potentiels de M. Péladeau ne le savent que trop bien. Et après le hara-kiri de Jean-François Lisée, ils ont déjà commencé à trouver des excuses à M. Péladeau plutôt que de l’attaquer.

Ce qui montre bien que les Bernard Drainville, Martine Ouellet et autres savent qu’ils n’ont pas vraiment de chances contre le rouleau compresseur PKP et qu’ils pensent déjà à préserver leur position dans le parti sous celui qui sera leur nouveau chef.

En fait, ils se sont fait une raison et se présentent surtout pour se faire connaître en vue de la prochaine fois. Une sage précaution, dans un parti qui mange ses chefs.

Mais, en même temps, une course à la direction qui n’en est pas une peut être la pire chose qui peut arriver au PQ. Parce qu’une vraie course permet au parti de voir comment son nouveau chef réagira en situation de crise. Comment il essaiera de rassembler. Comment il réagit sous la pression. Toutes choses qui seront épargnées à M. Péladeau.

La même chose était arrivée à M. Boisclair. Le PQ ne voulait pas entendre parler de ses faiblesses pendant la course à la direction, mais les libéraux l’attendaient au détour et ont eu tôt fait de lui fabriquer une image de chef sans jugement. On connaît la suite.

La question des conflits d’intérêts potentiels de M. Péladeau ne s’en ira pas, même s’il est facilement élu chef du PQ. Pas plus que la question délicate de ses retraits fréquents et nécessaires des discussions du gouvernement sur tous les sujets qui pourraient toucher ses entreprises.

Mais le PQ a décidé de regarder ailleurs. On verra la suite. Mais pour l’instant, ça ressemble beaucoup à un scénario que le PQ a bien connu, mais qu’il a déjà oublié.

Le PQ à la croisée des chemins

Mercredi 27 août 2014 à 10 h 29 | | Pour me joindre

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MCAuger

La précipitation ou les ambitions sont telles au Parti québécois que tout indique qu’on voudra choisir le nouveau chef tout juste un an après la défaite historique d’avril dernier.

Pourtant, rien ne presse. Le gouvernement Couillard est majoritaire et, en vertu de la loi sur les élections à date fixe qu’a fait adopter le PQ, le prochain scrutin n’interviendrait qu’en octobre 2018.

Reste que la course à la direction est déjà commencée, au point où, selon les informations obtenues par ma collègue Martine Biron, la majorité des membres du caucus péquiste se seraient déjà joints au camp de Pierre Karl Péladeau. Si bien que les ex-ministres Véronique Hivon et Sylvain Gaudreault envisagent déjà une alliance pour barrer la route au député de Saint-Jérôme.

Derrière ces stratégies, se dessine très clairement un affrontement idéologique, une bonne vieille division gauche-droite, qui risque de déchirer le PQ bien davantage que ses traditionnelles chicanes sur l’article 1 de son programme.

C’est un secret de Polichinelle que M. Péladeau veut imprimer un virage à droite au PQ. Selon lui, le retour au pouvoir suppose nécessairement qu’il faudra « chasser sur les terres de la Coalition avenir Québec » et ramener au bercail péquiste les électeurs des jeunes familles, en particulier dans les couronnes de Montréal et de Québec.

Il y a trois grands risques pour le PQ s’il décide d’accomplir un tel virage.

D’abord, le PQ pourrait se retrouver très à l’étroit dans le coin droit de l’arène politique, qui est déjà fort bien occupé par le Parti libéral du Québec et la CAQ. Il n’y a peut-être pas beaucoup de place pour un troisième parti qui voudrait séduire le même segment de l’électorat.

Ensuite, le PQ se trouverait à renier son histoire. Depuis sa première élection en 1970, le PQ a, chaque fois, présenté l’offre la plus progressiste parmi les partis susceptibles de former le gouvernement.

Vrai, le PQ a toujours été une coalition. Sur la question de la souveraineté, il a été un grand rassemblement de gens de tous les horizons. Mais, depuis René Lévesque, comme parti et comme gouvernement, le PQ s’est toujours présenté comme progressiste. Ce qui n’exclut pas des différences parfois profondes avec des alliés comme les syndicats.

On a beaucoup parlé de Lucien Bouchard ces derniers temps. Il est aujourd’hui considéré comme le chef du PQ le plus conservateur de tous. Or, c’est sous la direction de M. Bouchard que le Québec a adopté les trois programmes sociaux qui le distinguent aujourd’hui du reste du Canada, soit les centres de la petite enfance, l’assurance médicaments et les congés parentaux. Le tout, en même temps qu’on en arrivait au déficit zéro. Pas un mauvais bilan social pour un « conservateur »…

Enfin, le PQ a déjà essayé d’aller « chasser sur les terres de la CAQ ». Pas plus tard qu’à la dernière élection. Le virage a été aussi subit qu’étonnant. Par exemple, 18 mois après s’être fait élire sous un programme qui voulait sortir le Québec du pétrole, le gouvernement de Mme Marois faisait campagne pour forer le sol de l’île d’Anticosti et acceptait des projets comme l’inversion du pipeline Enbridge. On connaît le résultat : le pire score électoral du PQ depuis 1970.

Reste que la course à la direction du PQ s’annonce de plus en plus comme un débat entre la gauche et la droite. Un débat qui se déroulera dans le pire des contextes, celui d’une course à la direction, où les allégeances personnelles sont souvent plus importantes que les idées.

Avec le résultat que les péquistes pourraient bien se retrouver, à la fin de l’exercice, non seulement avec un nouveau chef, mais avec un tout nouveau parti.