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Le PQ à la croisée des chemins

Mercredi 27 août 2014 à 10 h 29 | | Pour me joindre

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MCAuger

La précipitation ou les ambitions sont telles au Parti québécois que tout indique qu’on voudra choisir le nouveau chef tout juste un an après la défaite historique d’avril dernier.

Pourtant, rien ne presse. Le gouvernement Couillard est majoritaire et, en vertu de la loi sur les élections à date fixe qu’a fait adopter le PQ, le prochain scrutin n’interviendrait qu’en octobre 2018.

Reste que la course à la direction est déjà commencée, au point où, selon les informations obtenues par ma collègue Martine Biron, la majorité des membres du caucus péquiste se seraient déjà joints au camp de Pierre Karl Péladeau. Si bien que les ex-ministres Véronique Hivon et Sylvain Gaudreault envisagent déjà une alliance pour barrer la route au député de Saint-Jérôme.

Derrière ces stratégies, se dessine très clairement un affrontement idéologique, une bonne vieille division gauche-droite, qui risque de déchirer le PQ bien davantage que ses traditionnelles chicanes sur l’article 1 de son programme.

C’est un secret de Polichinelle que M. Péladeau veut imprimer un virage à droite au PQ. Selon lui, le retour au pouvoir suppose nécessairement qu’il faudra « chasser sur les terres de la Coalition avenir Québec » et ramener au bercail péquiste les électeurs des jeunes familles, en particulier dans les couronnes de Montréal et de Québec.

Il y a trois grands risques pour le PQ s’il décide d’accomplir un tel virage.

D’abord, le PQ pourrait se retrouver très à l’étroit dans le coin droit de l’arène politique, qui est déjà fort bien occupé par le Parti libéral du Québec et la CAQ. Il n’y a peut-être pas beaucoup de place pour un troisième parti qui voudrait séduire le même segment de l’électorat.

Ensuite, le PQ se trouverait à renier son histoire. Depuis sa première élection en 1970, le PQ a, chaque fois, présenté l’offre la plus progressiste parmi les partis susceptibles de former le gouvernement.

Vrai, le PQ a toujours été une coalition. Sur la question de la souveraineté, il a été un grand rassemblement de gens de tous les horizons. Mais, depuis René Lévesque, comme parti et comme gouvernement, le PQ s’est toujours présenté comme progressiste. Ce qui n’exclut pas des différences parfois profondes avec des alliés comme les syndicats.

On a beaucoup parlé de Lucien Bouchard ces derniers temps. Il est aujourd’hui considéré comme le chef du PQ le plus conservateur de tous. Or, c’est sous la direction de M. Bouchard que le Québec a adopté les trois programmes sociaux qui le distinguent aujourd’hui du reste du Canada, soit les centres de la petite enfance, l’assurance médicaments et les congés parentaux. Le tout, en même temps qu’on en arrivait au déficit zéro. Pas un mauvais bilan social pour un « conservateur »…

Enfin, le PQ a déjà essayé d’aller « chasser sur les terres de la CAQ ». Pas plus tard qu’à la dernière élection. Le virage a été aussi subit qu’étonnant. Par exemple, 18 mois après s’être fait élire sous un programme qui voulait sortir le Québec du pétrole, le gouvernement de Mme Marois faisait campagne pour forer le sol de l’île d’Anticosti et acceptait des projets comme l’inversion du pipeline Enbridge. On connaît le résultat : le pire score électoral du PQ depuis 1970.

Reste que la course à la direction du PQ s’annonce de plus en plus comme un débat entre la gauche et la droite. Un débat qui se déroulera dans le pire des contextes, celui d’une course à la direction, où les allégeances personnelles sont souvent plus importantes que les idées.

Avec le résultat que les péquistes pourraient bien se retrouver, à la fin de l’exercice, non seulement avec un nouveau chef, mais avec un tout nouveau parti.