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Le maire qui réagit

dimanche 2 novembre 2014 à 20 h 35 | | Pour me joindre

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MCAuger

La grande force de Denis Coderre pendant sa première année à la mairie de Montréal aura été la comparaison avec son prédécesseur Gérald Tremblay : au lieu d’avoir un maire qui subit, on aura eu le maire qui réagit.

On l’aura vu dès sa réaction aux résultats de l’élection. Gérald Tremblay avait été tétanisé par sa victoire avec 38 % des voix en 2009. Il l’a vécu comme une véritable défaite et n’a jamais repris le contrôle de l’appareil municipal ou de l’ordre du jour politique par la suite.

Denis Coderre aurait eu encore plus de raisons de se désoler. Au terme d’une campagne électorale médiocre, il terminait avec 32 % des voix et à peine 26 000 votes de plus qu’une toute jeune femme à sa toute première expérience politique. En plus, il devenait le premier maire de l’ère moderne à ne pas avoir une majorité au conseil municipal.

Le maire Coderre a réagi rapidement. Il a coopté au comité exécutif les meilleurs orphelins politiques et s’est mis à gouverner comme s’il avait une majorité. Il a même réussi à imposer en douce une ligne de parti à des gens qui n’avaient pas été élus sous sa bannière.

Un an plus tard, tous ceux qui l’avaient affronté à la mairie ne sont plus là. Richard Bergeron n’est plus chef de l’opposition, Mélanie Joly a amené ses ambitions ailleurs et Marcel Côté est malheureusement décédé, après avoir offert ses services pour conseiller le nouveau maire. Pour les oppositions à l’hôtel de ville, tout est déjà à reconstruire.

Incontesté et incontournable

En un an, Denis Coderre s’est installé comme le maire incontesté et incontournable de Montréal. C’est un succès politique remarquable quand on pense au piètre état de l’administration municipale dont il a hérité.

Puis, M. Coderre a utilisé son énergie considérable à être partout en même temps. Des scènes d’incendies, aux tapis rouges des premières et, bien entendu, en commentant le tout sur Twitter.

Mais, surtout, il aura été partout au Québec. À l’Union des municipalités. Même à la Fédération des municipalités — qui ne regroupe pourtant que les petites villes — et dans une série de discours où il a réussi à attirer la sympathie plutôt que la méfiance traditionnelle envers la métropole.

Ce serait déjà un remarquable bilan pour une première année. Mais pour l’hyperactif maire de Montréal, ce n’était pas assez. M. Coderre s’est donc aussi donné une longue liste de « priorités » qui ont, malheureusement, été remplacées par de nouvelles priorités chaque fois que les manchettes du jour le justifiaient.

On est donc passés pêle-mêle de l’élimination des salons de massage à une « politique du baseball » (non, pas faire revenir les Expos, mais préserver les terrains dans les parcs) en passant par l’ouverture des bars jusqu’au petit matin.

Le problème, bien entendu, c’est que lorsque tout est une priorité, rien ne l’est vraiment. On cherche encore un projet ou une politique qui serait une véritable signature de l’administration Coderre.

Transport et congestion

C’est particulièrement vrai dans un dossier que tous les Montréalais considèrent comme prioritaire, soit les transports et la congestion. Sur ce point, M. Coderre n’aura fait que démontrer qu’il est le maire de l’automobile individuelle. Ainsi, il aura mené une lutte — perdue d’avance — contre le péage sur le nouveau pont Champlain au lieu de l’utiliser comme point de départ d’une véritable politique du transport pour l’ensemble du Grand Montréal.

Son amitié pour les chauffeurs de taxi est venue embrouiller le dossier des autos en partage, comme Car2Go, qui permettent pourtant de réduire le nombre d’automobiles individuelles en ville.

Pas de vision non plus en matière de transport en commun, qui reste encore le meilleur moyen de combattre la congestion. Ou même pour le Bixi, une invention montréalaise, appréciée des Montréalais, et que le maire semble plus pressé de fermer que de préserver.

De même, on cherche encore les initiatives du maire pour faire de « ville intelligente » autre chose qu’un slogan. Pourtant, dans une ville où on n’a encore du mal à synchroniser les feux de circulation, ce n’est pas le travail qui manque.

Exploiter les erreurs

Enfin, parfois, les remarquables instincts politiques du maire le servent mal. Ainsi, il a compris tout de suite qu’il pourrait exploiter à son avantage la grossière erreur des syndiqués de la Ville, quand ils ont envahi l’hôtel de ville en août dernier.

Mais en s’acharnant à frapper un adversaire qui était déjà à terre, M. Coderre a peut-être marqué des points à court terme dans l’opinion publique, mais il a réussi à se mettre à dos une bonne partie des employés de la Ville. Des gens dont il aura inévitablement besoin d’ici la fin de son mandat.

Pour cette première année de son mandat, Denis Coderre s’est surtout contenté de réagir et, après tout ce que Montréal avait vécu au cours de la décennie précédente, c’était suffisant pour la plupart de ses concitoyens.

Mais comme toutes les lunes de miel, celle de M. Coderre va inévitablement prendre fin. Et ses concitoyens vont bientôt lui demander d’agir plutôt que de réagir et de gouverner plutôt que de se faire voir.

Un nouveau sondage, produit par CROP pour Radio-Canada, vient confirmer le précédent. Dans la course à la mairie de Montréal, il y a Denis Coderre et les autres candidats.

Avec près de 40 % des voix, Denis Coderre mène largement et, à moins de « s’auto-pelure-de-bananiser », selon la belle expression de Jacques Parizeau, la mairie devrait être à lui dans quelques semaines.

Il y a du mouvement dans le classement des candidats avec Mme Mélanie Joly, qui occupe maintenant la deuxième place. Mais, dans les faits, rien de tout ça ne devrait inquiéter M. Coderre. Le vote pour ce dernier est stable, alors que les trois autres grands candidats s’échangent des votes entre eux.

Avec les chiffres actuels, il est donc difficile de voir qui pourrait l’emporter contre Denis Coderre. Par exemple, si Mme Joly devait consolider sa deuxième place au prochain sondage – ce qui n’est pas acquis – il faudrait qu’elle soit capable, d’ici le jour du scrutin, de pratiquement doubler l’appui qu’elle détient dans les sondages actuels. D’autant que son équipe n’a de candidats que dans la moitié des districts de la ville. Sur le plan de l’organisation, cela ne permet pas de convaincre les électeurs d’aller voter de façon très importante.

Malheureusement pour Mme Joly, il n’y a pas de trophée pour la deuxième place dans une course à la mairie. Sauf celui de recrue de l’année, qui, en politique, signifie tout de même un passage de quatre ans dans l’opposition. Si on a une ambition qui est capable d’attendre aussi longtemps…

En fait, il est encore probable que ce soit Richard Bergeron qui deviendra le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, son équipe étant la seule à avoir des candidats dans chacun des districts. Même s’il finit troisième dans la course à la mairie, au conseil municipal, il n’y a que le nombre de sièges qui compte.

Quant à Marcel Côté, une performance ordinaire au débat combinée à la controverse des appels automatisés, l’aura mis hors jeu. La greffe n’a pas pris et on ne fera pas un politicien capable de se faire comprendre de ce consultant extraordinaire.

Reste un grand problème pour Montréal dans tout ça. Si les sondages restent à leur niveau actuel, M. Coderre l’emporterait avec un peu moins de 40 % des voix. De quoi s’installer confortablement dans le fauteuil du maire, mais pas de lui permettre de parler d’une voix forte quand viendra le temps de négocier avec les gouvernements supérieurs.

Et, qu’on le veuille ou non, les négociations avec Québec ou Ottawa détermineront le succès ou l’échec du prochain maire de Montréal.

Denis Coderre aime dire qu’il sera capable de « mettre son poing sur la table » quand viendra le temps de défendre Montréal. Sans doute. Mais ses partenaires de négociations ne se laisseront pas impressionner par le bruit.

La seule chose qui compte quand on est maire de Montréal, c’est le poids politique qu’on apporte à la table. C’est précisément ce qui a manqué à Gérald Tremblay au cours de son dernier mandat. Élu avec 38 % des voix dans une élection où moins de 4 électeurs sur 10 sont venus voter, M. Tremblay ne représentait même pas 160 000 Montréalais sur 1,1 million d’électeurs inscrits.

Or, c’est aujourd’hui à peu près le niveau d’appui qu’obtient M. Coderre dans les sondages. Il sera élu, pour l’essentiel, avec les voix de ceux qui votaient pour Gérald Tremblay et qui rééliront pour plusieurs des membres de l’équipe de M. Tremblay.

La notoriété de M. Coderre se trouve ici à avoir un aspect pervers : ceux qui l’aiment vont voter pour lui, mais ceux qui le connaissent et ne l’aimaient pas d’avance ont peu de chance de lui trouver de bons côtés d’ici quelques jours.

Le grand danger, c’est donc que M. Coderre devienne maire avec un mandat provenant de moins de 3 électeurs sur 20. Il aura beau mettre son poing sur la table, ce n’est pas certain qu’on va l’écouter.

Certainement pas plus que Gérald Tremblay, qui avait l’avantage de négocier avec un gouvernement libéral,  issu de sa famille politique. M. Coderre devra, si les choses ne changent pas, négocier avec un gouvernement péquiste qui ne le tient pas nécessairement en haute estime…