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Les vieux généraux

Lundi 22 septembre 2014 à 12 h 46 | | Pour me joindre

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MCAuger

Les vieux généraux, dit le proverbe, ne sont bons qu’à refaire les vieilles batailles des guerres passées. Quand on regarde les réactions de ce côté-ci de l’Atlantique au référendum en Écosse, on se rend compte qu’on a beaucoup de vieux généraux.

La plupart des observateurs ont noté combien le référendum écossais avait été un exercice ouvert, inclusif, clair et démocratique. Est-ce que cela change le discours des vieux généraux canadiens? Pas vraiment!

L’ex-premier ministre Jean Chrétien a sorti la même histoire qu’en 1995 pour dire qu’on ne pouvait — contrairement au référendum écossais — accepter une majorité de 50 % plus 1. « On ne détruit pas un pays parce que quelqu’un a oublié ses lunettes », de dire M. Chrétien.

Plusieurs, parmi les politiciens comme dans les médias, ont voulu expliquer que 50 % plus 1, c’était bon pour la Grande-Bretagne, mais pas pour le Canada.

L’ennui, c’est que 50 % plus 1, c’est aussi une norme canadienne. Le référendum sur l’accord de Charlottetown, qui aurait abouti à une réforme constitutionnelle, avait été tenu sous cette règle. Or, la Cour suprême du Canada a statué que la sécession du Québec devrait être légalisée sous la forme d’un amendement constitutionnel.

On préfère s’attacher à la loi sur la clarté, qui prévoyait que le Parlement fédéral pourrait décider, après le fait, si la majorité au référendum était suffisante pour entamer des négociations. Avec pour effet de prolonger la période d’incertitude et d’avoir une procédure qui sera tout sauf claire.

Ce qui est tout aussi remarquable, c’est de voir de grands journaux nationaux suggérer au gouvernement britannique d’oublier ses promesses de réforme constitutionnelle faites avant le référendum.

Mais pas un mot, évidemment, sur le fait qu’autant en 1980 qu’en 1995, le camp du non avait fait des promesses solennelles de réforme qui n’ont pas été tenues et qui font qu’encore aujourd’hui, aucun gouvernement québécois de quelque parti que ce soit n’a voulu reconnaître la légitimité de la Loi constitutionnelle de 1982.

Dans le camp des indépendantistes, les vieux généraux sont aussi montés au front. Le plus vieux débat de l’histoire du Parti québécois, celui entre les souverainistes pressés et les « étapistes », mobilise les débats internes.

Les péquistes qui sont allés faire du tourisme politique en Écosse sont revenus emballés par l’exercice écossais. En particulier, par la clarté de la question et le caractère inclusif du camp du oui, où on retrouvait beaucoup de membres des communautés immigrantes.

Mais on n’a pas encore entendu un ténor péquiste accepter l’un des principes de base de l’accord d’Édimbourg, qui veut que la question soit rédigée d’un commun accord par les deux parties qui devraient ensuite négocier.

On dit tout haut qu’il faut faire plus de place aux minorités dans le camp du oui, comme en Écosse, mais on n’a pas encore de véritable débat sur la pertinence de la charte des valeurs, qui a si fortement contribué à éloigner ces mêmes minorités du PQ.

En ce sens, le PQ est encore bien loin du camp du oui en Écosse qui, au soir du référendum, avait envoyé comme porte-parole à la soirée référendaire de la BBC un sikh portant fièrement son turban et un chandail aux couleurs de l’Écosse.