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Populiste et irréaliste

mercredi 18 mars 2015 à 15 h 38 | | Pour me joindre

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MCAuger

La proposition de la Coalition avenir Québec sur l’immigration, ce que la CAQ voudrait être un virage identitaire, est à la fois une solution populiste et irréaliste. Populiste parce qu’elle conforte les préjugés. Irréaliste parce qu’elle ne peut avoir les effets souhaités.

Le principal préjugé que perpétue la proposition de la CAQ est que si le taux de chômage est plus élevé chez les immigrants que chez les Québécois de souche, c’est qu’ils ne recherchent pas vraiment à occuper un emploi.

Évidemment, cela ne tient aucun compte du fait qu’il y a bel et bien de la discrimination à l’emploi de la part de la société d’accueil, comme le montrent plusieurs études.

Faire porter aux seuls immigrants la responsabilité d’un taux de chômage plus élevé ne passe tout simplement pas l’épreuve des faits. On notera toutefois que la CAQ reconnaît, et il est plus que temps de le faire, que le Québec a joyeusement sabré dans ses programmes de francisation ces dernières années et qu’il est nécessaire de réinvestir dans ce domaine, ne serait-ce que pour favoriser l’employabilité.

Par contre, le fait de faire passer des tests de « valeurs québécoises » aux immigrants pourrait rassurer certains électeurs qui craignent que des imams fondamentalistes viennent prêcher le djihad dans des centres communautaires islamiques.

L’ennui, évidemment, c’est que si le but recherché par un immigrant est de venir prêcher de tristes valeurs, il n’y aura pas beaucoup de difficultés à attendre trois ans puis à répondre ce que le gouvernement veut entendre lors de l’examen. Une fois citoyen canadien, il pourra dire ce qu’il veut, y compris son opposition à l’égalité entre les hommes et les femmes ou autre « valeur québécoise ».

Voilà pour « l’efficacité » des mesures populistes que voudrait instaurer la CAQ. Mais sa politique sur l’immigration aurait des effets beaucoup plus pernicieux sur le Québec tout entier.

En concurrence pour les meilleurs

Le Québec est en concurrence avec le reste des sociétés occidentales pour obtenir les meilleurs et les mieux formés des immigrants. Ceux qui sont capables d’occuper les nombreux emplois spécialisés actuellement vacants, un peu partout au Québec et pas seulement dans la région de Montréal.

Quelle va être la réputation du Québec à l’étranger? On ne fera pas dans la nuance. Le mot va vite se passer que « le Québec, c’est l’endroit où ils peuvent te mettre dehors après trois ou quatre ans ».

Et, en effet, qui va émigrer, avec tout ce que cela signifie de déracinement et de risques, en particulier de risque économique, s’il peut être renvoyé parce qu’il a échoué à d’obscurs tests gouvernementaux au bout de trois ou quatre ans? Si on a les diplômes et les qualifications que tous les pays recherchent, on va tout simplement aller ailleurs.

Avec le résultat, très prévisible, que le Québec va se retrouver avec moins d’immigrants et, surtout, moins de ces travailleurs spécialisés que tous les pays s’arrachent. Pendant que le filtrage des immigrants jugés indésirables par la CAQ n’a que peu de chances de fonctionner.

Tous les gouvernements du Québec de quelque couleur que ce soit ont toujours affirmé haut et fort qu’il fallait plus d’immigrants au Québec, pas moins. Ne serait-ce que pour maintenir le poids démographique au sein du Canada et prévenir des pénuries de main-d’oeuvre à haute valeur spécialisée.

On ne peut conclure sans noter que la CAQ propose le pire moment pour débattre d’une question aussi délicate. Dans ces temps de peur du terrorisme, on voit aussi poindre une peur de tout ce qui est étranger, en particulier, une stigmatisation des musulmans.

Bien qu’il s’en défende, François Legault n’est pas sans savoir qu’en politique, le timing de la présentation est souvent plus révélateur que le contenu des politiques.

À combien gagne-t-on?

jeudi 16 août 2012 à 22 h 21 | | Pour me joindre

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MCAuger

La question qui se pose dans les états-majors de campagne cette semaine, c’est : « à combien gagne-t-on? » Quel pourcentage de voix sera suffisant pour chacun des partis pour s’assurer la victoire?

Dans une course à trois, c’est une question simple qui a non pas une, mais DES réponses compliquées.

D’abord, parce que dans une course à trois, un tout petit écart de voix peut signifier de très grands écarts en nombre de sièges. Ainsi, en 1990 en Ontario, le NPD de Bob Rae avait surpris tout le monde en enlevant un gouvernement majoritaire avec seulement 37 % des voix. Et au Québec, Jean Charest s’était maintenu au pouvoir en 2007 avec 33 %. C’était pourtant le pire résultat des libéraux depuis la Confédération.

En fait, la concentration des voix et les différences régionales prennent une importance démesurée quand il y a trois partis en lice.

Ainsi, en 2007 au Québec, c’est la concentration des voix des libéraux chez les non-francophones qui a fait gagner les libéraux. Alors que l’ADQ (avec 31 % des voix) payait très cher son incapacité de gagner des voix sur l’île de Montréal et finissait avec sept sièges de moins que le PLQ.

Normalement, cette concentration du vote libéral nuit au PLQ. Ainsi, en 1998, le PQ avait gagné un plus grand nombre de sièges, mais avec moins de voix que les libéraux. On estime généralement qu’il faut que les libéraux aient quatre ou cinq points d’avance pour obtenir plus de sièges que les péquistes.

Cette année, dans une lutte à trois, le gagnant de l’élection pourrait bien n’avoir besoin que d’un pourcentage de voix relativement peu élevé pour obtenir une majorité de sièges.

Ainsi, certains stratèges péquistes estiment que le PQ pourrait former un gouvernement majoritaire avec aussi peu que 34,5 ou 35 % des voix. Selon eux, la Coalition avenir Québec vient essentiellement chercher du vote libéral et cette division pourrait même leur donner une dizaine de sièges. Des sièges que le PQ ne pouvait espérer gagner en début de course.

Évidemment, il est beaucoup trop tôt pour faire ce genre de prédiction. Les débats n’ont pas encore eu lieu et rien ne montre que la CAQ a terminé sa montée.

Juste pour mémoire, à ce moment-ci de la campagne fédérale de l’an dernier, personne n’aurait osé prédire la montée du NPD et la débandade du Bloc québécois.

Reste qu’un parti politique peut penser qu’il pourrait obtenir un mandat majoritaire et gouverner quand, dans les faits, presque les deux tiers des Québécois auraient voté contre lui.

Ironiquement, cela survient quand, pour la première fois depuis sa fondation, le programme du PQ ne s’engage plus à instaurer un élément de scrutin proportionnel au Québec, préférant une vague promesse d’une réforme indéterminée du mode de scrutin.

Encore une fois, il est bien trop tôt pour faire ce genre de prédiction. Mais si un parti politique devait former un gouvernement majoritaire avec les voix d’un Québécois sur trois, les demandes de réforme du mode de scrutin vont devenir plus pressantes.

C’est un débat qui n’intéresserait plus seulement les experts, mais qui pourrait se transporter « dans la rue ».

Une recette qu’on connaît trop bien

mercredi 8 août 2012 à 12 h 01 | | Pour me joindre

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MCAuger

« Bien que la réduction des impôts des particuliers, notamment ceux des familles de la classe moyenne, demeure un objectif important, la Coalition avenir Québec croit donc qu’un gouvernement responsable se doit, dans des circonstances comme les nôtres, de privilégier le remboursement de la dette. » – Programme de la Coalition avenir Québec
 
Quand on lit le programme de la CAQ, on voit qu’elle reconnaît que la dette du Québec est un problème important d’équité intergénérationnelle.
 
Cette dette, dit le programme de la CAQ, condamne les jeunes générations « à devoir contribuer une part disproportionnée de leurs revenus à payer des services dont ils n’auront jamais pu bénéficier et les privant de la liberté de choix qui devrait être la leur, et ce, dans un contexte o* des défis importants – particulièrement celui du vieillissement de la population – ne feront qu’accentuer le fardeau qu’ils auraient de toute manière à supporter. »
 
C’est vrai. En plus de constituer le troisième poste budgétaire de l’État et de coûter 1100 $ par contribuable chaque année, la dette fait en sorte que l’État québécois – le plus endetté au Canada – n’a, aujourd’hui, pratiquement plus de marge de manoeuvre.
 
Aujourd’hui, le Québec finance sa dette à des taux d’intérêt qui sont proches d’un plancher historique. Mais on peut facilement envisager que, dans un avenir pas si lointain, une hausse des taux fera augmenter le coût du service de la dette de façon importante, forçant ainsi soit des augmentations d’impôt importantes, soit des compressions de services tout aussi draconiens.
 
C’est ce qui explique que le programme de la CAQ faisait du remboursement de la dette une priorité qui devait passer avant les baisses d’impôt.
 
Arrive la campagne électorale et voici que la CAQ propose une baisse d’impôts qui atteindra 1000 $ pour les familles de classe moyenne et qui coûtera 1,8 milliard de dollars au Trésor québécois.
 
Bien sûr, il arrive qu’en période de récession, on prenne le pari d’augmenter la dette pour stimuler l’économie. Et l’un des meilleurs moyens est encore de retourner de l’argent dans les poches des contribuables.
 
Mais la CAQ parle d’une baisse permanente d’impôt, et dont les coûts seront totalement absorbés par une promesse pas vraiment chiffrée d’économies éventuelles à Hydro-Québec, dans la fonction publique et par l’abolition des Commissions scolaires.
 
Comme le diable est toujours dans les détails, il serait important de savoir d’avance combien ces compressions pourraient rapporter. Mais, sur ce point, on devra se contenter des promesses de la CAQ plutôt que de chiffres.
 
C’est, malheureusement, une recette que l’on connaît trop bien. De Ronald Reagan à George W. Bush, les républicains américains nous ont habitués aux baisses d’impôt tout de suite et aux compressions budgétaires plus tard, ou pas du tout.
 
Avec le résultat que, lorsque les présidents Reagan et Bush ont quitté la Maison-Blanche, ils ont tous les deux laissé des déficits record. Pour la simple raison qu’il est beaucoup plus facile de décréter de populaires baisses d’impôts que d’effectuer de difficiles compressions budgétaires.
 
On connaît tellement bien la recette, qu’il est bien étonnant de voir la CAQ tomber dans le même piège.