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Mairie de Montréal : la grosse caisse

Lundi 26 août 2013 à 9 h 43 | | Pour me joindre

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MCAuger

À écouter les candidats à la mairie de Montréal, les citoyens n’ont pas trop à craindre d’augmentations des comptes de taxes, et ils trouveront facilement les sous qu’il faut pour réaliser leurs promesses électorales.

C’est comme s’il existait, sans doute dans un recoin du sous-sol de l’hôtel de ville, une grosse caisse pleine d’argent qui ne demande qu’à être dépensé comme le voudra la prochaine administration.

La grosse caisse, c’est celle de l’argent sale. Ce qui a été perdu en corruption et en collusion au cours des 10 dernières années. Une estimation sommaire permet de dire que Montréal a perdu environ 100 millions de dollars par année, soit un milliard en tout.

Une belle somme qui permet à chacun d’avoir un programme qui ne tient pas vraiment compte de la réalité des finances de la Ville.

Ce que ferait Richard Bergeron

Richard Bergeron, le chef de Projet Montréal, dépenserait le plus clair de cette somme sur un tramway, sans même attendre la contribution des gouvernements supérieurs. « Montréal a absolument la capacité de le faire seule», m’affirmait-il en entrevue au 15-18, la semaine dernière.

Le financement viendrait tout droit « de l’argent qu’on s’est fait voler ». Un milliard de dollars qu’on retrouverait donc facilement. Un projet qui se financerait tout seul et sans hausser les taxes. Il suffisait d’y penser.

Les plans de Denis Coderre

Denis Coderre a d’autres plans pour la grosse caisse. Il ne veut pas hausser les taxes, pas plus qu’il ne veut de péages sur les ponts ou quelque autre contribution des gens qui viennent travailler à Montréal et repartent ensuite vers la banlieue. Mais comme il est conscient des besoins dans le transport en commun, il dit qu’on n’a qu’à bien surveiller les opérations courantes de la Ville pour trouver tout l’argent nécessaire.

Le fait que la corruption s’est installée pendant une décennie et sans doute plus en faisant fi de tous les mécanismes de contrôle des opérations à la Ville de Montréal ne semble pas peser très lourd pour M. Coderre. Il suffira, semble-t-il, qu’il soit à la barre pour surveiller lui-même.

L’amnistie de Mélanie Joly

Mélanie Joly va encore plus loin. Elle croit qu’on va permettre aux entreprises qui ont trempé dans la collusion et la corruption d’acheter une « amnistie » en rendant aux Montréalais l’argent payé en trop dans les projets d’infrastructure.

Outre l’étrange éthique que constitue le fait de pouvoir payer pour qu’on passe l’éponge sur un comportement criminel, il faut ne pas avoir suivi l’actualité ces dernières années pour penser qu’on peut ainsi récupérer un quelconque montant d’argent que ce soit.

Le flou artistique de Marcel Côté

Marcel Côté va un peu dans le même sens, mais, au moins, il pense à des amendes pour les fautifs et pas à la récupération des sommes perdues par la corruption.

Sauf qu’il se contente d’un flou artistique sur la question plus large du financement du transport en commun. S’il ne fait pas allusion directement à une quelconque grosse caisse, il croit qu’on peut se permettre d’attendre l’ouverture du nouveau pont Champlain, dans six, sept ou huit ans, avant d’instaurer un véritable système de péage des automobilistes qui entrent sur l’île et financer le transport en commun.

Il suffira de convaincre Québec d’augmenter la taxe sur l’essence. Dans une situation minoritaire, disons que ce ne sera pas exactement le premier réflexe du gouvernement.

La réalité des finances publiques de Montréal et la modernisation urgente de son réseau de transport en commun exigent qu’on ne fasse pas croire aux Montréalais que l’élimination de la collusion et de la corruption fera en sorte qu’on trouvera facilement tout l’argent dont on a besoin.

Ainsi, toute l’expérience de la commission Gomery montre que l’argent de la corruption ne se récupère pas. On ne peut pas s’attendre à un recouvrement, même en échange d’une amnistie. Et on ne saura même jamais quelles sommes pourraient être en jeu, à moins de vouloir faire travailler des générations d’avocats et de juricomptables.

La réalité, c’est qu’il n’y a pas de grosse caisse constituée de l’argent de la corruption qui traînerait quelque part. Cet argent-là a été volé aux Montréalais, soit, mais il est bien difficile de voir comment il pourra être récupéré.

Aussi bien le dire tout de suite et parler de la réalité des finances publiques de Montréal et non d’un quelconque fantasme budgétaire. Ça permettrait de présenter aux Montréalais un programme qui tient compte de la réalité et non de les convier à une longue chasse au trésor pour retrouver une évanescente et, au final, toute petite caisse.

Montréal – Il y a des débats entre candidats qui montrent les qualités des différents protagonistes. Le premier de la campagne électorale municipale de Montréal, vendredi dernier, à l’invitation de l’Institut du Nouveau Monde, aura surtout montré leurs faiblesses.

L’équipe de Coderre

Le favori dans cette course, du moins si on ne tient compte que de la notoriété, est Denis Coderre. Un Coderre nouveau, qui se voudrait moins partisan et plus rassembleur. L’ennui, c’est qu’en politique, on juge un candidat, entre autres, à la qualité de son équipe.

Il était donc inévitable que M. Coderre soit interrogé sur le fait que presque la moitié de son équipe actuelle ait été recrutée directement dans Union Montréal, le parti de Gérald Tremblay. Le problème étant que même si — comme Gérald Tremblay lui-même — ils ne sont accusés d’aucune malversation, il reste qu’ils étaient dans l’équipe dirigeante de la ville et qu’ils ont soit ignoré, soit préféré ne pas voir, la corruption qui y régnait.

Questionné plusieurs fois sur le sujet pendant la soirée, M. Coderre n’a toujours pas su expliquer pourquoi les Montréalais devraient faire confiance une fois de plus à ceux qui n’ont rien vu ou qui n’ont rien voulu voir. Dans cette année où Montréal aura eu trois maires, c’est un argument qui risque de peser lourd dans l’isoloir.

Denis Coderre voudrait aussi adoucir son image de politicien très partisan qu’il a pourtant cultivée pendant des années. Ainsi, son parti n’en est pas un, il serait plutôt « une bannière », ce qui lui permet, en fait, de diriger un parti en bonne et due forme et reconnu par le directeur général des élections, tout en disant que les partis n’ont pas leur place dans une administration municipale.

Mais l’ancien Coderre n’est jamais loin du nouveau. Comme lorsqu’il lance un agressif « Bienvenue en politique, mon chum » au candidat qui n’avait pu placer un mot, tant Denis Coderre avait monopolisé le temps de parole…

L’image de Richard Bergeron

Richard Bergeron était le seul sur scène à avoir siégé au conseil municipal et cela se reflétait par sa connaissance des dossiers. Son problème, c’est qu’il a encore toutes les misères du monde à se défaire de l’image de l’idéologue rigide que ses adversaires ont réussi à lui accoler.

Il est vrai que M. Bergeron a du mal à adapter le discours qu’il tient depuis une dizaine d’années déjà. Ainsi, alors que l’idée du tramway comme solution aux problèmes du transport collectif à Montréal semble faire de moins en moins consensus, il y tient toujours mordicus.

Et si son projet d’aménagement des rives du fleuve peut faire rêver, beaucoup de gens se demandent encore pourquoi il faut l’assortir d’un téléphérique vers Longueuil, un projet plus spectaculaire que structurant.

Reste que ce débat a aussi montré qu’il serait bien risqué pour ses adversaires de sous-estimer M. Bergeron. On peut l’aimer ou pas, on peut remettre en question ses solutions, mais il est difficile de le confondre sur les faits.

La coalition de Marcel Côté

Marcel Côté est un néophyte en politique, ce que ses conseillers répétaient à tout le monde pour faire baisser les attentes avant le débat. Il est vrai qu’il a encore beaucoup de difficultés à faire passer ses messages clairement.

Le principal problème de M. Côté est le caractère bancal de sa coalition composée du parti Vision Montréal dans l’est de l’île et de candidats indépendants dans l’ouest. M. Côté dit qu’il faut unifier francophones et anglophones, mais pour l’instant c’est plus un voeu qu’autre chose.

Marcel Côté aime à se présenter comme un homme de solutions, mais son programme reste assez peu étoffé et se résume à une simple promesse de bonne gouvernance. Il en faudra pas mal plus pour séduire les Montréalais de part et d’autre du boulevard Saint-Laurent.

Mélany Joly et sa place dans la campagne

Mélanie Joly voulait surtout utiliser ce débat pour prouver la pertinence de sa candidature indépendante. Elle a répété aussi souvent que possible combien le changement passe nécessairement par la jeunesse, mais sans réussir à convaincre.

En politique, le changement passe d’abord et avant tout par un programme et une équipe capable de le mettre en application, deux choses que Mme Joly promet encore pour plus tard dans la campagne.

En attendant, ce n’est pas en répétant inlassablement les mots « changement, nouvelles façons de faire et 2.0 » qu’on réussit à prouver qu’on a sa place dans cette campagne. Pas plus qu’en utilisant ad nauseam son premier engagement électoral : un réseau rapide d’autobus, qui a été présenté comme la solution à tous les problèmes, y compris l’intégration des immigrants!

Un débat sans gagnant, donc, avec des candidats qui en sortent tous avec des faiblesses évidentes. Heureusement que la campagne est encore jeune.