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Dans toute l’agitation entourant l’arrivée de Pierre Karl Péladeau au Parti québécois, on aura peut-être sous-estimé les difficultés que pourrait soulever la décision de ce dernier de garder le contrôle de son empire médiatique — même si c’est par l’entremise d’une fiducie sans droit de regard.

Tout comme on aura sous-estimé l’ampleur des conflits d’intérêts potentiels que M. Péladeau devra maintenant gérer, autant selon les lois en vigueur que selon les règles sévères que le PQ lui-même a édictées depuis son arrivée au pouvoir.

Beaucoup de gens comprennent qu’il ne suffirait pas pour M. Péladeau, s’il devenait ministre, de placer ses actions dans une fiducie sans droit de regard. Il ne s’agit pas ici d’un portefeuille d’actions ordinaires, mais des trois quarts des actions avec droit de vote du plus grand groupe médiatique au Québec.

Un groupe dont les ramifications vont nécessairement dans le monde de la culture, des communications, de l’édition, des librairies, etc. Sans oublier que le principal actionnaire de Québecor, à part la famille Péladeau, est la Caisse de dépôt et placement.

La loi et les pratiques sur les conflits d’intérêts, réels ou potentiels, dans un Conseil des ministres sont claires : le ministre en question doit s’abstenir d’intervenir de quelque façon et immédiatement quitter la réunion. Le niveau de tolérance sur cette question est très bas.

C’est au point où l’actuel ministre de la Culture Maka Kotto quitte la pièce dès qu’il est question de la Ville de Longueuil, dont sa conjointe est la mairesse. Au fédéral, dans des circonstances similaires,  les Paul Martin et Belinda Stronach quittaient la salle quand on parlait de transports ou de l’industrie automobile. Un simple député est soumis aux mêmes règles et doit quitter toute réunion de l’Assemblée nationale ou d’un comité où il pourrait être placé en conflit d’intérêts.

Quand on voit les domaines d’activités dans lesquels Québecor est un joueur majeur, c’est à se demander si M. Péladeau ne va pas passer autant de temps dans le corridor que dans la salle du Conseil des ministres. S’il suit les règles sur les conflits d’intérêts, c’est l’efficacité de M. Péladeau comme ministre qui pourrait être en cause.

Mais le principal intéressé ne voit pas du tout les choses de la même façon. En entrevue lundi à l’émission Le 15-18 que j’anime à ICI Radio-Canada Première, M. Péladeau affirmait sans nuances qu’il ne verrait aucune raison de se retirer des discussions du Conseil des ministres sur une politique — relativement mineure — comme le prix unique du livre. Et ce, même si les sociétés qu’il contrôle sont, et de loin, les principaux éditeurs au Québec et qu’il est aussi l’un des principaux libraires au Québec par sa filiale Archambault.

Cliquez ici pour écouter l’entrevue avec M. Péladeau

Bien au contraire, affirme-t-il, son expérience dans le domaine en ferait une « personne-ressource » pour le gouvernement. De toute évidence, la notion de conflit d’intérêts de M. Péladeau est assez différente de celle de nos lois et pratiques en matière d’éthique.

Si M. Péladeau ne voit pas de conflit d’intérêts dans une situation relativement simple comme celle-là, il n’en voit pas davantage dans le fait de rester l’actionnaire de contrôle du plus grand groupe de médias au Québec.

Comme l’affirmait la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, les journalistes de Québecor ne sauront que trop bien que M. Péladeau reste l’actionnaire de contrôle et que, du jour au lendemain, il pourrait donc redevenir leur patron.

Dans les circonstances, le simple recours à une fiducie sans droit de regard peut difficilement être considéré comme suffisant, comme le croient aussi le jurisconsulte de l’Assemblée nationale et le commissaire à l’éthique. Il n’y a pas, disent-ils, de jurisprudence qui peut s’appliquer au cas de M. Péladeau. Mais il reste que le risque de conflit d’intérêts est flagrant.