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Charte des valeurs : forcer la note

lundi 23 septembre 2013 à 11 h 31 | | Pour me joindre

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MCAuger

La politique a ceci en commun avec le commerce : le vendeur qui essaie de trop forcer la note rendra son acheteur (ou son électeur) sceptique quant à son produit. C’est ce qui est en train d’arriver avec la Charte des valeurs québécoises.

Incapables de montrer qu’il existe un véritable problème sur la question de la neutralité religieuse de l’État, les principaux porte-parole du gouvernement Marois essaient maintenant d’établir que la Charte serait plutôt l’aboutissement naturel de l’histoire du Québec des 50 dernières années.

Ainsi, pour justifier l’interdiction du port de signes religieux par les employés de l’État, le ministre Bernard Drainville a soutenu à maintes reprises que c’était la continuité de la Révolution tranquille, quand le Québec a voulu que son État soit neutre sur le plan religieux et qu’il aurait demandé aux prêtres et religieuses d’abandonner leurs soutanes et leurs cornettes.

En fait, plusieurs historiens rappellent que l’abandon des signes religieux a plutôt été le fait de décisions de l’Église catholique elle-même et du concile Vatican II, qui a permis aux religieux de se vêtir comme des laïques. Mais, comme le souligne l’historienne Lucia Ferretti, « les religieux qui désiraient continuer à porter leurs costumes religieux n’ont jamais été empêchés de le faire ».

Des soutanes et des cornettes, il en restait dans les institutions publiques jusque dans les années 1970. Et, surtout, il n’y a jamais eu d’intervention de l’État pour faire abandonner ces costumes religieux, contrairement à ce que laisse entendre le gouvernement.

Commissions scolaires linguistiques

Le ministre Jean-François Lisée a poussé le bouchon un peu plus loin en disant sur plusieurs tribunes que la Charte est la suite logique de la création de Commissions scolaires linguistiques quand les Québécois, toujours pour avancer vers la neutralité religieuse de l’État, ont mis fin au cours de religion et de catéchèse dans les écoles.

En fait, la création des commissions scolaires linguistiques ne visait aucunement à mettre fin à l’éducation religieuse dans les écoles publiques, c’était une réforme administrative pour éliminer des structures encombrantes, mais protégées par la Constitution.

Aux yeux du gouvernement, il n’était même pas question de faire sortir les cours de religion des écoles, comme le disait la ministre de l’Éducation de l’époque – oui, c’était Pauline Marois – le 26 mars 1997 dans le débat final sur la création de commissions scolaires linguistiques. « Comme nos écoles sont des écoles communes qui doivent accueillir et accepter tous les Québécois peu importent leurs convictions, il y aura libre choix, pour le parent, que son enfant suive des cours de religion catholique, suive des cours de religion de foi protestante ou suive des cours de morale. Pour moi, c’est fondamental. »

Ce qui était « fondamental » pour Mme Marois, ce n’était donc pas la neutralité religieuse de l’État, c’était le droit d’avoir un enseignement religieux à l’école publique.

L’abolition des cours de catéchèse, n’en déplaise à M. Lisée, n’est survenue qu’une décennie plus tard, sous le gouvernement de Jean Charest, avec l’instauration du cours d’éthique et de culture religieuse.

Un « modèle européen »?

Le même genre de raccourci avec les faits peut se trouver dans l’affirmation du ministre Lisée voulant qu’il existe deux modèles quant au port des signes religieux dans la fonction publique. Un modèle américain (aucun État en Amérique du Nord ne fait de telles interdictions) et un modèle européen qui considère plutôt que c’est la meilleure manière d’agir.

Sauf qu’on peut compter sur les doigts d’une seule main les pays européens qui ont décrété l’interdiction des signes religieux dans leur fonction publique. Il n’y a guère que la France, la Belgique et certains länder allemands qui ont des interdictions comparables à celles que voudrait instaurer la Charte des valeurs québécoises. Parler de « modèle européen », dans les circonstances, est plutôt exagéré.

En prenant ce genre de raccourcis avec les faits, le gouvernement Marois ne convainc pas les Québécois du bien-fondé de son projet. Il contribue plutôt à créer une atmosphère de vente sous pression. Et quand on ne croit plus le vendeur, c’est rare qu’on achète le produit.

Maintenant que les résultats de l’élection présidentielle américaine sont connus et commencent à faire l’objet d’une analyse plus approfondie, il est difficile de ne pas en tirer quelques leçons pour les partis politiques québécois qui devront, selon toute évidence, retourner aux urnes d’ici deux ans.

La victoire de Barack Obama, compte tenu des difficultés économiques encore importantes aux États-Unis, va rester dans les annales comme le triomphe d’une machine électorale extrêmement performante et bien adaptée aux circonstances.

Concrètement, on peut dire qu’Obama a réussi à maintenir sa coalition de 2008 pendant que Mitt Romney et les républicains n’ont réussi à gagner de façon décisive qu’un seul groupe démographique, soit les hommes de race blanche.

Cela signifie que la victoire est allée à celui qui a le mieux réussi à faire passer son message auprès de toutes les clientèles. En particulier, Obama l’a emporté en tenant compte de la nouvelle démographie des États-Unis, en sachant combien les nouveaux électeurs étaient devenus déterminants.

C’est exactement le contraire de ce que font les partis politiques québécois qui, on l’a bien vu lors de la dernière campagne, ont essentiellement essayé de sortir leurs propres partisans — « sortir le vote », comme le dit l’expression consacrée — plutôt que d’essayer d’aller convaincre de nouveaux électeurs.

Or, la campagne de Mitt Romney vient de le prouver, on ne peut pas, ou plutôt on ne peut plus, gagner en se contentant de ne mobiliser que les clientèles qui nous sont déjà acquises.

Selon les sondages de sortie des bureaux de vote, Romney a gagné le vote des hommes blancs par 59 % contre 39 % à Obama, ce qui est, objectivement, une performance remarquable. Sauf que ce n’était pas suffisant pour le faire gagner.

L’évolution démographique ne s’accélère peut-être pas au même rythme au Québec qu’aux États-Unis. Mais il est clair que dans les deux cas, les partis dont les assemblées sont dominées par des électeurs blancs aux têtes grises ne pourront plus gagner à l’avenir à moins de s’ouvrir à de nouveaux électeurs.

Or, les trois grands partis politiques québécois sont un peu dans cette situation. Le PQ a passé la dernière campagne électorale sur la défensive à essayer juste de maintenir une trop faible avance dans le vote francophone. Résultat, au soir de l’élection, il s’est retrouvé avec un gouvernement minoritaire et une opposition officielle avec seulement quatre sièges de moins que lui.

Les libéraux sont, traditionnellement, plus ouverts aux nouveaux arrivants. Mais ils ont réussi ces dernières années à perdre les jeunes électeurs — et pas seulement les francophones — et sont devenus, un peu comme les républicains américains, le parti des hommes blancs les plus conservateurs.

Quant à la CAQ, elle ne pourra grandir que si elle cesse d’être autre chose que le parti des jeunes familles francophones des banlieues. La CAQ ne peut rester presque totalement absente de l’île de Montréal et des régions-ressources.

L’expérience de Barack Obama prouve une autre chose que les partis politiques québécois auraient intérêt à écouter : quand on réussit à créer un mouvement d’électeurs qui, auparavant, ne s’intéressaient que peu à la politique, il faut savoir qu’ils ne vont pas vous laisser tomber à la première occasion.

Les chiffres préliminaires du taux de participation aux États-Unis montrent qu’il a été probablement plus élevé en 2012 qu’en 2008, au moment où Barack Obama était le candidat du changement qui semblait capable de marcher sur les eaux. Les jeunes, en particulier, ont été encore plus nombreux à voter qu’en 2008.

Quatre ans et une très dure récession plus tard, sa coalition était encore là pour le soutenir, même si l’épreuve du pouvoir avait ramené leur candidat à des dimensions plus ordinaires.

Comme quoi, la voie du succès électoral à long terme est de faire l’effort de ratisser ailleurs que dans sa clientèle traditionnelle et d’éveiller et d’intéresser de nouveaux électeurs. Ce à quoi les partis politiques québécois semblent avoir presque renoncé.

Une recette qu’on connaît trop bien

mercredi 8 août 2012 à 12 h 01 | | Pour me joindre

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MCAuger

« Bien que la réduction des impôts des particuliers, notamment ceux des familles de la classe moyenne, demeure un objectif important, la Coalition avenir Québec croit donc qu’un gouvernement responsable se doit, dans des circonstances comme les nôtres, de privilégier le remboursement de la dette. » – Programme de la Coalition avenir Québec
 
Quand on lit le programme de la CAQ, on voit qu’elle reconnaît que la dette du Québec est un problème important d’équité intergénérationnelle.
 
Cette dette, dit le programme de la CAQ, condamne les jeunes générations « à devoir contribuer une part disproportionnée de leurs revenus à payer des services dont ils n’auront jamais pu bénéficier et les privant de la liberté de choix qui devrait être la leur, et ce, dans un contexte o* des défis importants – particulièrement celui du vieillissement de la population – ne feront qu’accentuer le fardeau qu’ils auraient de toute manière à supporter. »
 
C’est vrai. En plus de constituer le troisième poste budgétaire de l’État et de coûter 1100 $ par contribuable chaque année, la dette fait en sorte que l’État québécois – le plus endetté au Canada – n’a, aujourd’hui, pratiquement plus de marge de manoeuvre.
 
Aujourd’hui, le Québec finance sa dette à des taux d’intérêt qui sont proches d’un plancher historique. Mais on peut facilement envisager que, dans un avenir pas si lointain, une hausse des taux fera augmenter le coût du service de la dette de façon importante, forçant ainsi soit des augmentations d’impôt importantes, soit des compressions de services tout aussi draconiens.
 
C’est ce qui explique que le programme de la CAQ faisait du remboursement de la dette une priorité qui devait passer avant les baisses d’impôt.
 
Arrive la campagne électorale et voici que la CAQ propose une baisse d’impôts qui atteindra 1000 $ pour les familles de classe moyenne et qui coûtera 1,8 milliard de dollars au Trésor québécois.
 
Bien sûr, il arrive qu’en période de récession, on prenne le pari d’augmenter la dette pour stimuler l’économie. Et l’un des meilleurs moyens est encore de retourner de l’argent dans les poches des contribuables.
 
Mais la CAQ parle d’une baisse permanente d’impôt, et dont les coûts seront totalement absorbés par une promesse pas vraiment chiffrée d’économies éventuelles à Hydro-Québec, dans la fonction publique et par l’abolition des Commissions scolaires.
 
Comme le diable est toujours dans les détails, il serait important de savoir d’avance combien ces compressions pourraient rapporter. Mais, sur ce point, on devra se contenter des promesses de la CAQ plutôt que de chiffres.
 
C’est, malheureusement, une recette que l’on connaît trop bien. De Ronald Reagan à George W. Bush, les républicains américains nous ont habitués aux baisses d’impôt tout de suite et aux compressions budgétaires plus tard, ou pas du tout.
 
Avec le résultat que, lorsque les présidents Reagan et Bush ont quitté la Maison-Blanche, ils ont tous les deux laissé des déficits record. Pour la simple raison qu’il est beaucoup plus facile de décréter de populaires baisses d’impôts que d’effectuer de difficiles compressions budgétaires.
 
On connaît tellement bien la recette, qu’il est bien étonnant de voir la CAQ tomber dans le même piège.