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PKP et son « moment PQ »

dimanche 17 mai 2015 à 21 h 20 | | Pour me joindre

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MCAuger

Comme prévu, le Parti québécois a eu son « moment PKP ». Pierre Karl Péladeau a été élu au premier tour de scrutin avec tout près de 60 % des voix. Un mandat indiscutable. Mais bientôt ce sera au tour de Pierre Karl Péladeau de vivre son « moment PQ »; pas pour Parti québécois, mais pour « Province de Québec».

Il est facile de dire, pendant une course à la direction du PQ, que l’on « ne souhaite pas gouverner une province ». Dans une salle pleine de militants péquistes, ça donnera une ovation à tout coup. Mais ça n’aura pas du tout le même effet devant des travailleurs inquiets dans une usine de Bombardier ou devant des professeurs qui ont de plus en plus d’élèves en difficulté dans leurs classes.

Une course au leadership est une sorte de serre chaude. Il y a des discours et des déclarations qui peuvent y fleurir, mais qui ne survivront pas au-dehors. Si la prochaine élection était dans trois mois, le chef du PQ pourrait toujours jouer la carte de l’élection référendaire et ne parler que de souveraineté.

Sauf que la prochaine élection n’est que dans trois ans et M. Péladeau devra nécessairement s’intéresser aux affaires de la « Province de Québec » et faire des choix sur les positions du gouvernement Couillard. Après tout, chaque jour, à l’Assemblée nationale, le chef de l’opposition officielle a le devoir d’interroger le gouvernement sur la santé, l’éducation ou les finances publiques, des sujets sur lesquels M. Péladeau n’aura que surfé durant la course au leadership.

Ce qui a beaucoup séduit les péquistes dans la candidature de PKP, c’est la possibilité de mettre fin à l’ambiguïté du parti dont la mission essentielle est de réaliser la souveraineté, mais qui a dû, à chaque élection, proposer ce « bon gouvernement » qui allait attendre « les conditions gagnantes » ou quelque variante du même concept.

Depuis René Lévesque…

Les Québécois exigent autre chose que des discours sur la question nationale de qui veut devenir leur premier ministre. Depuis René Lévesque, le Parti québécois a toujours eu un programme très étoffé de gouvernement — provincial, évidemment — en plus de vouloir réaliser la souveraineté.

C’est d’ailleurs tout à la gloire du PQ d’avoir été le parti de la loi 101, du zonage agricole, de l’assurance-automobile, de l’assurance-médicaments et des garderies à 5 $. De la loi anti-briseurs de grève, aussi…

M. Péladeau a eu beau dire dans son discours de vendredi soir — son meilleur de la campagne, à n’en pas douter — que la souveraineté ne se fera « ni à gauche, ni à droite », il reste qu’être chef de l’opposition ou premier ministre oblige de faire des choix chaque jour, le plus souvent entre des politiques de gauche ou de droite.

Dès l’automne, le nouveau chef du PQ devra se prononcer sur les négociations du gouvernement avec ses employés qui, si le discours ne change pas de part et d’autre, pourraient bien se terminer par une loi spéciale. Il ne lui sera pas loisible de rester sur la clôture parce qu’il préfère parler de souveraineté.

S’ils veulent revenir au pouvoir, Pierre Karl Péladeau et le PQ n’auront pas d’autre choix que de se donner un programme de « bon gouvernement provincial », même si l’objectif ultime est de faire du Québec un pays.

Cette ambiguïté n’est sans doute pas intellectuellement attrayante. Mais elle est un passage obligé pour tout parti qui envisage de former le gouvernement de ce qui reste, jusqu’à nouvel ordre, la « Province de Québec ».

Il faut en savoir gré à Brian Mulroney, le président du conseil d’administration de Québecor, d’avoir remis les pendules à l’heure. Il n’était ni possible ni réaliste pour Québecor de couper tous ses liens avec Pierre Karl Péladeau, qui possède 73,53 % des actions avec droit de vote de la compagnie.

À l’assemblée générale de Québecor, la semaine dernière, M. Mulroney a été on ne peut plus clair : « Il faut consulter de temps à autre M. Péladeau, il est l’actionnaire de contrôle. Si le conseil d’administration décide de vendre TVA, de poser un geste dramatique, ce serait approprié qu’il soit consulté parce qu’il serait appelé à voter à l’assemblée annuelle sur la transaction. »

M. Péladeau n’a donc pas coupé ses liens avec Québecor. Selon l’ancien premier ministre du Canada, il « y a une formule qui nous permet de communiquer avec [M. Péladeau] sur des questions qui relèveraient d’un actionnaire de contrôle ».

Cela tombe sous le sens. Il y a des choses qui, pour le bien de la compagnie, de ses actionnaires et de ses employés, exigent que l’on consulte la personne qui détient près des trois quarts des droits de vote.

Mais on notera, parce que c’est important pour la suite, qu’à aucun moment M. Péladeau n’aura informé le public ou l’Assemblée nationale de l’existence d’un tel mécanisme de consultation.

M. Mulroney parlait de consulter M. Péladeau pour des situations comme la vente de TVA — ce qui n’est pas une proposition farfelue étant donné la situation de toutes les télévisions généralistes depuis quelques années.

Sauf que, pour l’avenir, on peut facilement imaginer toutes sortes de situations similaires où les dirigeants de Québecor seraient pratiquement dans l’obligation de consulter leur actionnaire de contrôle. Si, par exemple, les pertes de TVA Sports continuaient de plomber les finances du groupe et qu’il fallait penser à une fermeture? Ou si une équipe de hockey devenait disponible, mais à un prix plus élevé que prévu, obligeant Québecor à s’endetter?

Le cas échéant, un simple fiduciaire pourrait-il prendre seul une telle décision, quand on sait que son mandat ne lui permettrait pas de vendre les actions de Québecor qui seraient sous sa garde? Le moins que l’on puisse dire c’est que cela ne sera ni évident, ni facile.

Des obligations réelles

Les obligations de M. Péladeau, même comme simple député, sont réelles. Comme l’indiquait le Commissaire à l’éthique dans son rapport annuel pour 2012-2013, « le député doit maintenir une frontière étanche entre son activité professionnelle et l’exercice de sa charge. L’exercice simultané de l’une ou de l’autre de ses fonctions ne doit pas permettre de soulever un doute relatif à la possibilité d’une situation de conflit d’intérêts réelle ou apparente ».

Mais à aucun moment depuis qu’il est en politique n’a-t-on vu M. Péladeau être proactif et indiquer qu’il est dans l’intérêt public de créer un pare-feu. Un mécanisme permettant de bien marquer la « frontière étanche » entre ses nouvelles fonctions publiques et son état d’actionnaire de contrôle de Québecor.

Pas plus qu’il ne semble vouloir accepter le principe qu’il doive se retirer des délibérations du Conseil des ministres lorsqu’on discutera de sujets comme le livre, la télévision ou les télécommunications, domaines où Québecor est active. Bien au contraire, M. Péladeau a dit en entrevue se considérer plutôt comme une « personne-ressource » dans ces domaines.

Certes, M. Péladeau a dit que, dès son élection comme chef du PQ, il s’imposerait les mêmes limites que celles qui lui seraient imposées comme premier ministre, soit de mettre ses actions dans une fiducie sans droit de regard.

Sauf qu’il ajoute que le fiduciaire aura comme instruction de ne pas vendre ses actions de Québecor quoiqu’il arrive. Ce qui, selon plusieurs experts, fait en sorte que la fiducie ne sera pas vraiment « sans droit de regard », puisque le fiduciaire ne pourra agir en toute liberté.

Le commissaire à l’éthique ne s’est pas encore prononcé sur cette vision de la fiducie sans droit de regard. Mais il est déjà évident que le Code d’éthique de l’Assemblée nationale n’a pas été conçu pour la possibilité que le propriétaire d’un conglomérat de l’importance de Québecor devienne député.

Dans les circonstances, la tenue d’une commission parlementaire sur la question peut difficilement être considérée comme un « tribunal politique » comme le prétendent les amis de M. Péladeau. Il s’agit plutôt d’un exercice nécessaire, même avec le risque, bien réel, de dérapages partisans.

D’autant qu’on n’a pas encore abordé l’éléphant dans la pièce, soit que la société que contrôle M. Péladeau n’est pas une agence de publicité ou une société de pavage, mais un conglomérat de médias. Une situation qui serait préoccupante dans n’importe quelle démocratie.

L'Assemblée nationale à Québec
L’Assemblée nationale à Québec

Dans le débat qui n’en finit plus sur la laïcité au Québec, on pourra remercier le juge Clément Gascon, de la Cour suprême du Canada, d’avoir fait deux distinctions importantes et qui vont nécessairement modeler la suite des choses.

La première touche la définition même de la laïcité. Ces dernières années, on a pu avoir l’impression que la laïcité était une sorte de droit de l’État d’interdire tout signe religieux dans l’espace public. Comme un droit d’imposer l’absence de religion.

La Cour suprême rappelle que la laïcité, c’est d’abord et avant tout un droit de la personne, celui de savoir que l’État ne prendra pas position pour une religion (on présume qu’il s’agirait de la religion majoritaire) contre toutes les autres, et aussi contre ceux qui ne croient pas et qui ont aussi des droits. L’État, quant à lui, doit demeurer neutre et « ne doit pas s’ingérer dans le domaine de la religion et des croyances », rappelle la Cour.

Or, la prière au conseil municipal était une prière clairement chrétienne, voire catholique, et elle ne répondait pas aux exigences de neutralité de l’État en matière religieuse.

Pour des raisons qui relèvent de la procédure, la Cour suprême ne se prononce pas sur les crucifix et autres articles religieux qui pourraient être présents dans les salles de conseil municipal ou ailleurs.

Son raisonnement est clair, et l’Assemblée nationale serait bien avisée de s’en inspirer pour décider du sort du crucifix qui est au-dessus du trône du président depuis le temps de Maurice Duplessis. L’argument historique et patrimonial a peu de chances d’y résister.

Neutralité de l’État, pas des individus

Distinction tout aussi importante apportée par la Cour suprême : l’obligation de neutralité religieuse s’applique à l’État et pas aux individus. On pense tout de suite au projet de charte des valeurs du Parti québécois, qui aurait interdit aux individus portant un signe religieux de travailler dans la fonction publique.

Il vaut la peine de citer le jugement au texte sur cette question : « En n’exprimant aucune préférence, l’État s’assure de préserver un espace public neutre et sans discrimination à l’intérieur duquel tous bénéficient également d’une véritable liberté de croire ou de ne pas croire, en ce que tous sont également valorisés. Je précise qu’un espace public neutre ne signifie pas l’homogénéisation des acteurs privés qui s’y trouvent. La neutralité est celle des institutions de l’État, non celle des individus. »

Voilà qui établit clairement, si besoin était, le principe qui veut que l’État ne puisse imposer des croyances ou l’absence de croyances à tous ses employés.

Cela équivaudrait à faire porter l’exigence de neutralité religieuse de l’État sur les épaules de certains individus (par exemple, ceux qui portent des signes religieux), ce qui n’est évidemment pas le but visé par la notion de laïcité.

On dira que la Cour suprême a fait un détour pour parler du projet de charte des valeurs du précédent gouvernement péquiste, alors qu’elle aurait pu s’en tenir strictement à la question de la prière au conseil municipal de Saguenay.

Mais la distinction est importante et fort utile pour la suite du débat au Québec, pendant qu’on attend toujours le projet de loi du gouvernement Couillard sur ces questions, si tant est qu’il finisse par trouver la volonté de la rédiger.

Populiste et irréaliste

mercredi 18 mars 2015 à 15 h 38 | | Pour me joindre

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MCAuger

La proposition de la Coalition avenir Québec sur l’immigration, ce que la CAQ voudrait être un virage identitaire, est à la fois une solution populiste et irréaliste. Populiste parce qu’elle conforte les préjugés. Irréaliste parce qu’elle ne peut avoir les effets souhaités.

Le principal préjugé que perpétue la proposition de la CAQ est que si le taux de chômage est plus élevé chez les immigrants que chez les Québécois de souche, c’est qu’ils ne recherchent pas vraiment à occuper un emploi.

Évidemment, cela ne tient aucun compte du fait qu’il y a bel et bien de la discrimination à l’emploi de la part de la société d’accueil, comme le montrent plusieurs études.

Faire porter aux seuls immigrants la responsabilité d’un taux de chômage plus élevé ne passe tout simplement pas l’épreuve des faits. On notera toutefois que la CAQ reconnaît, et il est plus que temps de le faire, que le Québec a joyeusement sabré dans ses programmes de francisation ces dernières années et qu’il est nécessaire de réinvestir dans ce domaine, ne serait-ce que pour favoriser l’employabilité.

Par contre, le fait de faire passer des tests de « valeurs québécoises » aux immigrants pourrait rassurer certains électeurs qui craignent que des imams fondamentalistes viennent prêcher le djihad dans des centres communautaires islamiques.

L’ennui, évidemment, c’est que si le but recherché par un immigrant est de venir prêcher de tristes valeurs, il n’y aura pas beaucoup de difficultés à attendre trois ans puis à répondre ce que le gouvernement veut entendre lors de l’examen. Une fois citoyen canadien, il pourra dire ce qu’il veut, y compris son opposition à l’égalité entre les hommes et les femmes ou autre « valeur québécoise ».

Voilà pour « l’efficacité » des mesures populistes que voudrait instaurer la CAQ. Mais sa politique sur l’immigration aurait des effets beaucoup plus pernicieux sur le Québec tout entier.

En concurrence pour les meilleurs

Le Québec est en concurrence avec le reste des sociétés occidentales pour obtenir les meilleurs et les mieux formés des immigrants. Ceux qui sont capables d’occuper les nombreux emplois spécialisés actuellement vacants, un peu partout au Québec et pas seulement dans la région de Montréal.

Quelle va être la réputation du Québec à l’étranger? On ne fera pas dans la nuance. Le mot va vite se passer que « le Québec, c’est l’endroit où ils peuvent te mettre dehors après trois ou quatre ans ».

Et, en effet, qui va émigrer, avec tout ce que cela signifie de déracinement et de risques, en particulier de risque économique, s’il peut être renvoyé parce qu’il a échoué à d’obscurs tests gouvernementaux au bout de trois ou quatre ans? Si on a les diplômes et les qualifications que tous les pays recherchent, on va tout simplement aller ailleurs.

Avec le résultat, très prévisible, que le Québec va se retrouver avec moins d’immigrants et, surtout, moins de ces travailleurs spécialisés que tous les pays s’arrachent. Pendant que le filtrage des immigrants jugés indésirables par la CAQ n’a que peu de chances de fonctionner.

Tous les gouvernements du Québec de quelque couleur que ce soit ont toujours affirmé haut et fort qu’il fallait plus d’immigrants au Québec, pas moins. Ne serait-ce que pour maintenir le poids démographique au sein du Canada et prévenir des pénuries de main-d’oeuvre à haute valeur spécialisée.

On ne peut conclure sans noter que la CAQ propose le pire moment pour débattre d’une question aussi délicate. Dans ces temps de peur du terrorisme, on voit aussi poindre une peur de tout ce qui est étranger, en particulier, une stigmatisation des musulmans.

Bien qu’il s’en défende, François Legault n’est pas sans savoir qu’en politique, le timing de la présentation est souvent plus révélateur que le contenu des politiques.

Le premier ministre Philippe Couillard est de retour au Québec et son temps sera occupé pour l’essentiel, au cours des prochaines semaines, à gérer des crises.

La première est, évidemment, celle du CHUM où l’attitude de son ministre de la Santé a fini par provoquer une crise ouverte avec les médecins et les administrateurs du monde de la santé. Nettement, voici un accident qui se cherchait un moment pour arriver. C’est au CHUM, ça aurait pu être ailleurs.

Reste que le ministre Barrette a clairement franchi la mince ligne qui sépare l’attitude de celui qui sait ce qu’il veut et qui a suffisamment de front pour l’obtenir et de celui qui doit répondre à des accusations crédibles de « favoritisme, ingérence et abus de pouvoir ».

Ce ne sera pas facile de réparer les pots cassés au CHUM, mais il apparaît de plus en plus certain que c’est le premier ministre lui-même qui devra s’en charger, la crédibilité de son ministre auprès de ses collègues médecins étant maintenant sérieusement ébranlée.

Quand on y regarde de plus près, on peut voir que beaucoup de crises — d’importance variable — ayant marqué les derniers mois du gouvernement Couillard étaient évitables. Elles seront survenues parce que les ministres fonctionnent souvent comme des pigistes, sans ligne directrice claire. Avec un chef qui intervient en aval plutôt qu’en amont et seulement quand on a clairement dépassé les bornes.

Pas besoin de revenir sur le triste exemple d’Yves Bolduc qui a fini par s’en aller, mais beaucoup trop tard. Et non sans qu’il donne au premier ministre le coup de pied de l’âne en décidant de toucher quand même son indemnité de départ, sachant les réactions que cela allait susciter.

Mais on pourrait aussi parler du ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, et de sa guerre inutile contre les administrations municipales de Laval et de Longueuil, qui a laissé des traces dans l’ensemble du monde municipal et qui aurait pu et dû être tuée dans l’oeuf par le premier ministre.

Ou encore des improvisations du ministre des Transports Robert Poëti, qui est devenu expert dans l’invention de solutions douteuses depuis le jour de sa nomination. Au point où, sans consultations préalables, il propose maintenant un métro de surface (ou aérien!) qui irait de Saint-Michel au centre-ville de Montréal (en dénaturant au passage le service de bus rapide sur Pie-IX) pour ne pas donner le feu vert à un prolongement de six kilomètres du métro souterrain, parce que présenté par le gouvernement précédent.

Ce qui est plus grave dans son cas, c’est qu’il comprend tellement mal ses dossiers qu’il tue dans l’oeuf des avancées importantes pour le financement du transport collectif comme la captation de la valeur foncière. M. Poëti l’a présentée de façon on ne peut plus malhabile, comme une façon d’augmenter les taxes de ceux qui vivent proche d’une infrastructure de transport collectif. Et, bien entendu, son premier ministre allait le désavouer. Mais, encore une fois, quand le mal était fait.

Plus grave encore, le premier ministre semble avoir choisi de laisser des questions sur les libertés fondamentales être réglée par des instruments inappropriés comme des règlements de zonage, que ce soit à Montréal ou à Shawinigan. Pis encore, il laisse le PQ et, de plus en plus la CAQ, s’emparer du débat et en dicter les termes. Le résultat de ce silence du gouvernement fait que plus le temps passe, puis il sera difficile de recentrer le débat sur ses véritables enjeux.

En fait, la seule chose qui semble fonctionner de façon ordonnée au gouvernement Couillard est la mission d’atteinte du déficit zéro par le trio économique des Leitao, Coiteux et Daoust. On peut être d’accord ou pas avec leurs principes, et on verra les résultats dans le budget et les crédits, mais constatons que leur démarche se déroule de façon très systématique jusqu’à maintenant.

Comme aime le dire le maire Denis Coderre, « on doit pouvoir marcher et mâcher de la gomme en même temps ». Il est temps qu’on puisse constater que le premier ministre voit l’ensemble des fonctions gouvernementales et qu’il est bel et bien aux commandes de l’avion.

Où est passé l’esprit du RCM?

lundi 15 décembre 2014 à 14 h 04 | | Pour me joindre

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MCAuger

Il a fallu que Jean Doré, qui a été son seul maire, mène le combat de sa vie pour que ceux qui formaient l’administration municipale de Montréal entre 1986 et 1994 décident de remettre à l’avant-scène l’histoire du Rassemblement des citoyens de Montréal.

Il est vrai que les aléas de la politique municipale font en sorte que les partis politiques vont mourir dans les endroits les plus étranges. Ainsi, ce qu’il restait du Rassemblement des citoyens de Montréal est allé s’échouer, peu avant les élections de 2001, dans le parti de Gérald Tremblay.

Reste que l’administration de M. Doré et du RCM n’avait certes pas à rougir de son bilan. En huit ans, elle avait réussi à mettre fin au régime mis en place par Jean Drapeau, qui, en presque 30 ans de pouvoir, avait installé un système qui concentrait pratiquement tous les pouvoirs dans les mains du maire.

Quand Jean Doré a été assermenté, la ville de Montréal avait des institutions démocratiques dignes d’un village. Le conseil municipal n’avait que deux comités : le comité exécutif, qui était et est encore le véritable lieu de pouvoir, et le comité sur les noms de rues. La Ville n’avait même aucun plan général d’urbanisme.

La défunte Communauté urbaine de Montréal avait bien tenté d’apporter certaines réformes de nature démocratique, comme un comité sur la sécurité publique ou les transports en commun, mais ces réformes avaient été faites malgré l’administration Drapeau, qui essayait le plus souvent possible de les contourner.

Évidemment, Doré et son administration ont eu l’avantage de la nouveauté. Chaque décision, même banale, devenait une grande première historique. Les Montréalais se sont vite rendu compte que la Ville voulait les mettre dans le coup, comme la création de conseils de quartiers, précurseurs des actuels arrondissements.

Centralisation c. décentralisation

Cela est toujours d’ailleurs le grand fossé des débats publics à Montréal : la centralisation contre la décentralisation. Jean Drapeau, Pierre Bourque et, jusqu’à un certain point, Denis Coderre, étaient des centralisateurs. La réforme du financement des arrondissements de l’actuel maire n’est rien d’autre qu’une façon de redonner des pouvoirs au maire.

Dans l’histoire de Montréal, les centralisateurs ont eu le pouvoir pas mal plus longtemps que les autres. Ceux qui pensaient en fonction de grands projets ont presque toujours eu la main haute sur ceux qui privilégiaient la vie de quartier.

La grande exception à cette règle est l’administration de Jean Doré et du RCM, un parti qui avait fédéré les oppositions à Jean Drapeau pour justement donner une voix à ceux qui travaillaient dans les quartiers.

Quand il m’a accordé une entrevue, le mois dernier, j’ai posé la question directement à M. Doré : où est donc passé l’esprit du RCM? Visiblement, il ne s’attendait pas à la question. Il a vaguement parlé des groupes communautaires qui veulent améliorer la qualité de vie de leurs quartiers. Mais il est notable qu’il n’ait pas parlé de Projet Montréal, le parti qui forme actuellement l’opposition officielle à l’hôtel de ville de Montréal.

Jean Doré rappelait que le RCM avait pas moins de 17 000 membres à son apogée, du jamais vu pour un parti municipal. Et c’était avant les médias sociaux. « Il fallait les convaincre un par un », disait M. Doré.

La différence

En fait, la différence entre Projet Montréal et le RCM est là. Les deux partagent l’idée qu’une ville comme Montréal ne peut être dirigée par un petit groupe d’élus depuis la rue Notre-Dame. Ils partagent aussi une chose importante à Montréal : ils ont donné une belle place aux progressistes anglophones. On oublie trop facilement la contribution des Michael Fainstat, John Gardiner et autres à l’administration du RCM.

Mais il y a une grande différence : le RCM était implanté dans tous les quartiers, où il prenait ses idées et, plus tard, ses politiques. Projet Montréal n’est pas (pas encore?) arrivé là.

Projet Montréal est encore trop vu comme un parti d’urbanistes, qui s’en servent pour faire passer leurs grandes idées pour Montréal. Pour reprendre une expression anglaise, c’est encore beaucoup trop un parti « top-down », plutôt que « bottom-up ». Un parti qui dit avoir découvert les solutions et les impose du haut vers le bas. On n’a qu’à se souvenir de l’insistance de Richard Bergeron à imposer le tramway…

Projet Montréal incarne plusieurs des grandes idées du RCM. Mais pas encore l’esprit. Et pour le trouver, il lui faudra chercher un peu plus fort. Et un peu plus près des citoyens.

Le maire qui réagit

dimanche 2 novembre 2014 à 20 h 35 | | Pour me joindre

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MCAuger

La grande force de Denis Coderre pendant sa première année à la mairie de Montréal aura été la comparaison avec son prédécesseur Gérald Tremblay : au lieu d’avoir un maire qui subit, on aura eu le maire qui réagit.

On l’aura vu dès sa réaction aux résultats de l’élection. Gérald Tremblay avait été tétanisé par sa victoire avec 38 % des voix en 2009. Il l’a vécu comme une véritable défaite et n’a jamais repris le contrôle de l’appareil municipal ou de l’ordre du jour politique par la suite.

Denis Coderre aurait eu encore plus de raisons de se désoler. Au terme d’une campagne électorale médiocre, il terminait avec 32 % des voix et à peine 26 000 votes de plus qu’une toute jeune femme à sa toute première expérience politique. En plus, il devenait le premier maire de l’ère moderne à ne pas avoir une majorité au conseil municipal.

Le maire Coderre a réagi rapidement. Il a coopté au comité exécutif les meilleurs orphelins politiques et s’est mis à gouverner comme s’il avait une majorité. Il a même réussi à imposer en douce une ligne de parti à des gens qui n’avaient pas été élus sous sa bannière.

Un an plus tard, tous ceux qui l’avaient affronté à la mairie ne sont plus là. Richard Bergeron n’est plus chef de l’opposition, Mélanie Joly a amené ses ambitions ailleurs et Marcel Côté est malheureusement décédé, après avoir offert ses services pour conseiller le nouveau maire. Pour les oppositions à l’hôtel de ville, tout est déjà à reconstruire.

Incontesté et incontournable

En un an, Denis Coderre s’est installé comme le maire incontesté et incontournable de Montréal. C’est un succès politique remarquable quand on pense au piètre état de l’administration municipale dont il a hérité.

Puis, M. Coderre a utilisé son énergie considérable à être partout en même temps. Des scènes d’incendies, aux tapis rouges des premières et, bien entendu, en commentant le tout sur Twitter.

Mais, surtout, il aura été partout au Québec. À l’Union des municipalités. Même à la Fédération des municipalités — qui ne regroupe pourtant que les petites villes — et dans une série de discours où il a réussi à attirer la sympathie plutôt que la méfiance traditionnelle envers la métropole.

Ce serait déjà un remarquable bilan pour une première année. Mais pour l’hyperactif maire de Montréal, ce n’était pas assez. M. Coderre s’est donc aussi donné une longue liste de « priorités » qui ont, malheureusement, été remplacées par de nouvelles priorités chaque fois que les manchettes du jour le justifiaient.

On est donc passés pêle-mêle de l’élimination des salons de massage à une « politique du baseball » (non, pas faire revenir les Expos, mais préserver les terrains dans les parcs) en passant par l’ouverture des bars jusqu’au petit matin.

Le problème, bien entendu, c’est que lorsque tout est une priorité, rien ne l’est vraiment. On cherche encore un projet ou une politique qui serait une véritable signature de l’administration Coderre.

Transport et congestion

C’est particulièrement vrai dans un dossier que tous les Montréalais considèrent comme prioritaire, soit les transports et la congestion. Sur ce point, M. Coderre n’aura fait que démontrer qu’il est le maire de l’automobile individuelle. Ainsi, il aura mené une lutte — perdue d’avance — contre le péage sur le nouveau pont Champlain au lieu de l’utiliser comme point de départ d’une véritable politique du transport pour l’ensemble du Grand Montréal.

Son amitié pour les chauffeurs de taxi est venue embrouiller le dossier des autos en partage, comme Car2Go, qui permettent pourtant de réduire le nombre d’automobiles individuelles en ville.

Pas de vision non plus en matière de transport en commun, qui reste encore le meilleur moyen de combattre la congestion. Ou même pour le Bixi, une invention montréalaise, appréciée des Montréalais, et que le maire semble plus pressé de fermer que de préserver.

De même, on cherche encore les initiatives du maire pour faire de « ville intelligente » autre chose qu’un slogan. Pourtant, dans une ville où on n’a encore du mal à synchroniser les feux de circulation, ce n’est pas le travail qui manque.

Exploiter les erreurs

Enfin, parfois, les remarquables instincts politiques du maire le servent mal. Ainsi, il a compris tout de suite qu’il pourrait exploiter à son avantage la grossière erreur des syndiqués de la Ville, quand ils ont envahi l’hôtel de ville en août dernier.

Mais en s’acharnant à frapper un adversaire qui était déjà à terre, M. Coderre a peut-être marqué des points à court terme dans l’opinion publique, mais il a réussi à se mettre à dos une bonne partie des employés de la Ville. Des gens dont il aura inévitablement besoin d’ici la fin de son mandat.

Pour cette première année de son mandat, Denis Coderre s’est surtout contenté de réagir et, après tout ce que Montréal avait vécu au cours de la décennie précédente, c’était suffisant pour la plupart de ses concitoyens.

Mais comme toutes les lunes de miel, celle de M. Coderre va inévitablement prendre fin. Et ses concitoyens vont bientôt lui demander d’agir plutôt que de réagir et de gouverner plutôt que de se faire voir.

La police voudra toujours plus de pouvoirs…

jeudi 30 octobre 2014 à 11 h 44 | | Pour me joindre

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MCAuger

Si on veut savoir d’avance comment les forces policières vont réagir à toute crise impliquant le terrorisme, on aura intérêt à retourner lire le rapport de la commission Keable, publié il y a plus de 30 ans.

La commission devait enquêter sur les activités illégales des forces policières dans les années qui ont suivi la crise d’Octobre 1970. On y avait appris, entre autres, que les forces policières, surtout la police de Montréal et la Gendarmerie royale du Canada (GRC), avaient publié de faux communiqués attribués au Front de libération du Québec (FLQ).

Au point où un des policiers qui a témoigné à la commission a fini par avouer qu’en « 1972 ou 1973, le FLQ c’était nous autres » (les forces policières).

Pourquoi? Pour maintenir bien vivante la menace du terrorisme qui, à son tour, se traduit par des budgets supplémentaires pour les forces de l’ordre. Et, souvent, de nouvelles lois pour rendre leur travail plus facile.

Au cours des années, la menace a pris plusieurs formes. Parfois ça a été les « séparatistes » québécois. Au début des années 1970, les forces policières ne surveillaient pas que les membres du FLQ, mais carrément le Parti québécois, dont la GRC avait volé la liste des membres.

La menace, c’était aussi les groupes radicaux, d’inspiration marxiste, très actifs dans les années 1970, le mouvement contre la guerre du Vietnam, et, de façon plus large, tout ce qui n’était pas sagement au centre ou à droite de l’échiquier politique.

Mais il y a eu une constante : chaque fois qu’il y a eu une menace, réelle ou appréhendée, les forces policières ont essayé de l’utiliser pour obtenir plus de budgets et plus de pouvoirs.

Parfois, les forces policières n’ont même pas eu à demander ces nouveaux atouts, le pouvoir politique les a donnés avant la demande. C’est ainsi qu’après le 11 septembre 2001, le Canada s’est dépêché de faire adopter une loi antiterroriste, beaucoup sous la pression des États-Unis qui laissaient entendre de manière peu subtile que le maintien d’une frontière ouverte entre les deux pays était à ce prix.

Reste qu’aujourd’hui, les forces policières canadiennes ont des pouvoirs étendus en matière de lutte contre le terrorisme, des pouvoirs qui n’ont été que très rarement utilisés.

Attendre avant d’agir

À la suite des attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d’Ottawa, le premier réflexe de la GRC a été… de demander davantage de pouvoirs.

Devant un comité du Sénat cette semaine, le commissaire de la GRC, Bob Paulson, demandait d’abaisser encore davantage le niveau de preuve requis en matière de terrorisme.

« Je suis d’avis que nous devons abaisser le seuil, voire retrancher des étapes, par exemple l’obtention de l’autorisation du procureur général, lorsqu’il s’agit d’obtenir des engagements à ne pas troubler l’ordre public contre des cibles d’enquête de sécurité nationale », a fait valoir le commissaire. À son avis, ce seuil pourrait passer de « motif raisonnable de croire » à « motif raisonnable de soupçonner ». 

Le tout, avant même que les enquêtes ne soient terminées sur les attentats de Saint-Jean et d’Ottawa. Même que, dans ce dernier cas, la GRC a rapidement voulu dissiper toute possibilité que l’on puisse croire qu’il s’agissait d’abord de l’oeuvre d’un déséquilibré en citant une vidéo qu’elle refuse toujours de rendre publique.

Avant d’accorder aux forces policières les nouveaux pouvoirs qu’elles réclament ou avant de créer des délits d’opinion, on aurait tout intérêt à attendre un peu.

Parce qu’il n’y a rien de plus prévisible que de voir la police se servir d’une crise pour demander de nouveaux pouvoirs, et rien de plus difficile que de rétablir l’équilibre entre les droits individuels et la sécurité une fois qu’on l’a altéré.

La tempête parfaite

lundi 20 octobre 2014 à 10 h 18 | | Pour me joindre

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Il n’y aura pas de course à la direction du Parti québécois. Il y aura sans doute des candidats qui rempliront un bulletin et qui feront quelques débats, mais l’issue du scrutin est déjà connue, et Pierre Karl Péladeau sera le prochain chef du PQ.

Le rouleau compresseur PKP est déjà passé sur le PQ, avant même que le député de Saint-Jérôme n’ait prononcé son premier discours à l’Assemblée nationale.

En fait, c’est une sorte de tempête parfaite qui propulsera l’actionnaire de contrôle de Québecor dans le siège de chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale.

D’abord, c’est bien connu, le PQ a une relation d’amour-haine assez complexe avec ses chefs. Autant c’est le parti qui peut dévorer ses chefs, autant il y règne un complexe du sauveur quand il s’agit d’en choisir un nouveau.

La situation actuelle n’est pas sans rappeler la campagne d’André Boisclair en 2005. À l’époque, on cherchait un sauveur pour prouver que le PQ n’était pas le parti d’une seule génération, et le jeune âge de M. Boisclair en faisait le chef idéal.

Aujourd’hui, un grand nombre de militants péquistes sont convaincus que tout ce qui leur manque, c’est l’appui du milieu des affaires. L’arrivée d’un homme d’affaires bien connu comme M. Péladeau serait donc l’ingrédient qui va reporter le PQ au pouvoir et le lancer dans un nouveau référendum sur l’indépendance.

Dans ces circonstances, même les questions légitimes et les potentielles « bombes à retardement » sont balayées sous le tapis. Que ce soit la consommation de cocaïne de M. Boisclair à l’époque, ou le fait que M. Péladeau veuille conserver toutes ses actions dans Québecor, aujourd’hui.

L’autre atout de PKP est qu’il fait partie du star système québécois. Julie Snyder et lui sont connus, populaires, et ils savent très bien comment faire parler d’eux dans les médias. Cette popularité se reflète déjà dans les sondages.

En passant, quand les adversaires de M. Péladeau pensent à des conflits d’intérêts qui pourraient avoir une utilité électorale, ils songent moins à la ligne éditoriale de TVA ou du Journal de Québec qu’aux reportages obligeants et aux photos de famille en une du Lundi ou d’une autre publication du même type.

Les adversaires potentiels de M. Péladeau ne le savent que trop bien. Et après le hara-kiri de Jean-François Lisée, ils ont déjà commencé à trouver des excuses à M. Péladeau plutôt que de l’attaquer.

Ce qui montre bien que les Bernard Drainville, Martine Ouellet et autres savent qu’ils n’ont pas vraiment de chances contre le rouleau compresseur PKP et qu’ils pensent déjà à préserver leur position dans le parti sous celui qui sera leur nouveau chef.

En fait, ils se sont fait une raison et se présentent surtout pour se faire connaître en vue de la prochaine fois. Une sage précaution, dans un parti qui mange ses chefs.

Mais, en même temps, une course à la direction qui n’en est pas une peut être la pire chose qui peut arriver au PQ. Parce qu’une vraie course permet au parti de voir comment son nouveau chef réagira en situation de crise. Comment il essaiera de rassembler. Comment il réagit sous la pression. Toutes choses qui seront épargnées à M. Péladeau.

La même chose était arrivée à M. Boisclair. Le PQ ne voulait pas entendre parler de ses faiblesses pendant la course à la direction, mais les libéraux l’attendaient au détour et ont eu tôt fait de lui fabriquer une image de chef sans jugement. On connaît la suite.

La question des conflits d’intérêts potentiels de M. Péladeau ne s’en ira pas, même s’il est facilement élu chef du PQ. Pas plus que la question délicate de ses retraits fréquents et nécessaires des discussions du gouvernement sur tous les sujets qui pourraient toucher ses entreprises.

Mais le PQ a décidé de regarder ailleurs. On verra la suite. Mais pour l’instant, ça ressemble beaucoup à un scénario que le PQ a bien connu, mais qu’il a déjà oublié.

Et si PKP s’aidait un peu?

vendredi 10 octobre 2014 à 9 h 48 | | Pour me joindre

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C’est une question hypothétique, mais posons-la quand même : et si Pierre Karl Péladeau s’aidait un peu? Au lieu d’exiger que l’Assemblée nationale s’adapte à lui, pourrait-il faire un petit effort pour montrer qu’il est prêt à s’adapter aux règles de la politique au Québec?

Encore jeudi, alors que l’Assemblée nationale venait tout juste de voter une motion exprimant des réserves quant à l’idée qu’un de ses membres soit l’actionnaire de contrôle d’un empire médiatique, M. Péladeau répétait ce qu’il a dit depuis le jour où sa candidature a été annoncée. « J’ai dit ce que j’avais à dire. Je l’ai dit clairement, de façon limpide. Et je n’ai pas l’intention de faire évoluer ma réflexion », mentionnait M. Péladeau.

On notera ses mots : « Je n’ai pas l’intention de faire évoluer ma réflexion », ce qui signifie qu’il n’a pas l’intention de vendre ses actions dans Québecor, ou même de se départir de ses actifs médiatiques qui ne constituent plus qu’une toute petite partie de ses avoirs.

Le problème c’est que sa réflexion n’a pas vraiment évolué depuis le jour où il a annoncé sa candidature aux dernières élections. Et depuis, il a toujours essayé de se situer un peu en marge des règles qui régissent l’éthique des membres de l’Assemblée nationale.

Dès l’annonce de sa candidature, en mars dernier, il affirmait qu’il conserverait ses actions de Québecor même si le Commissaire à l’éthique exigeait qu’il s’en départisse.

Il n’y a pas que la question de la propriété des actions de Québecor où M. Péladeau voudrait se situer en marge des règles établies, il y a aussi ce que peut faire un ministre ou un premier ministre qui tient à conserver ses actions, fussent-elles dans une fiducie sans droit de regard.

Par exemple, il y a l’article 49 du code d’éthique de l’Assemblée nationale qui exige qu’un ministre se retire de toutes les discussions qui peuvent toucher ses intérêts.

Ces dispositions ont connu une application très stricte dans la courte histoire du code d’éthique des députés. Ainsi, sous le gouvernement précédent, aucun dossier touchant la Ville de Longueuil ne pouvait être présenté au ministre de la Culture Maka Kotto, qui est le conjoint de fait de la mairesse de Longueuil. Il devait quitter la salle du Conseil des ministres dès qu’il était question des affaires de cette ville.

Non seulement M. Péladeau ne se sent pas lié par cette forme d’éthique, on apprend maintenant qu’il a fait la promotion des intérêts de Québecor depuis le plancher du Salon Bleu, dans le cas de la vente des Studios Mel’s.

Dans les circonstances, cette bavure prend des allures de pièce à conviction. Ce n’est pas tant l’erreur d’un politicien débutant que la signature de quelqu’un qui pense que les règles ne s’appliquent pas à lui.

M. Péladeau s’en est expliqué sur sa page Facebook, mais il reste que son intervention favorisait sa société, qui était l’une des deux à avoir fait une offre d’achat.

C’est important de rappeler toutes ces dispositions parce qu’elles faisaient partie des règles du jeu parlementaire au moment où M. Péladeau a pris la décision de se lancer en politique. On ne peut donc nullement laisser entendre que le député de Saint-Jérôme est victime d’une attaque personnelle de députés des autres partis qui craindraient de le voir devenir chef du PQ.

Le malaise sur cette question n’est donc pas récent. Mais dès l’annonce de sa candidature, il se comportait comme si cette disposition ne s’appliquait pas vraiment à lui. Dans une entrevue qu’il m’avait accordée au lendemain de l’annonce de sa candidature, il affirmait que, bien au contraire, il serait une « personne-ressource très intéressante pour participer au débat » si on parlait de matières dans lesquelles il aurait des intérêts.

Mais les règles demeurent. Et Québecor est une société qui a des ramifications partout : des librairies à l’édition, de la production télévisuelle à la câblodistribution, en passant par la gestion du nouvel amphithéâtre de la Ville de Québec. La Caisse de dépôt et placement est aussi l’un de ses investisseurs importants.

Si M. Péladeau devait se retirer des discussions de l’Assemblée nationale et du Conseil des ministres chaque fois qu’il pourrait être en situation de conflit d’intérêts, il est à se demander si le véritable lieu de pouvoir au Québec ne deviendra pas le corridor.

Il faut conclure en rappelant que le contrôle d’un empire médiatique n’est aucunement comparable à celui d’une autre entreprise. Ce que rappelait encore cette semaine le jurisconsulte de l’Assemblée nationale, comme il l’avait déjà fait dès l’annonce de la candidature de M. Péladeau.

Le commissaire à l’éthique a d’ailleurs le pouvoir d’exiger davantage que ce que prévoit la lettre du code. Et il est bien possible que, comme le jurisconsulte, il estime qu’un empire médiatique n’exige pas les mêmes garanties qu’une compagnie d’asphalte.

Il serait d’ailleurs opportun que le commissaire mette fin aux spéculations et fasse connaître dans les plus brefs délais son analyse de la situation particulière de M. Péladeau.

On verra alors si cela a quelque influence sur le député de Saint-Jérôme, qui affirme toujours, comme au premier jour de son engagement politique, qu’il n’a « pas l’intention de faire évoluer sa réflexion ».