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À propos de Michel C. Auger

Michel C. Auger couvre l'actualité politique au Québec, au Canada et aux États-Unis depuis une trentaine d’années, de campagnes électorales en référendums, pour la presse écrite, la télévision et la radio. Après avoir animé Pas de midi sans info à la radio de Radio-Canada en 2012-2013, le voici maintenant à la barre de l’émission de retour à la maison 15-18, à ICI Radio-Canada Première. Et il blogue parce qu'il a peur de s'ennuyer de l'écriture...

PKP et son « moment PQ »

dimanche 17 mai 2015 à 21 h 20 | | Pour me joindre

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Comme prévu, le Parti québécois a eu son « moment PKP ». Pierre Karl Péladeau a été élu au premier tour de scrutin avec tout près de 60 % des voix. Un mandat indiscutable. Mais bientôt ce sera au tour de Pierre Karl Péladeau de vivre son « moment PQ »; pas pour Parti québécois, mais pour « Province de Québec».

Il est facile de dire, pendant une course à la direction du PQ, que l’on « ne souhaite pas gouverner une province ». Dans une salle pleine de militants péquistes, ça donnera une ovation à tout coup. Mais ça n’aura pas du tout le même effet devant des travailleurs inquiets dans une usine de Bombardier ou devant des professeurs qui ont de plus en plus d’élèves en difficulté dans leurs classes.

Une course au leadership est une sorte de serre chaude. Il y a des discours et des déclarations qui peuvent y fleurir, mais qui ne survivront pas au-dehors. Si la prochaine élection était dans trois mois, le chef du PQ pourrait toujours jouer la carte de l’élection référendaire et ne parler que de souveraineté.

Sauf que la prochaine élection n’est que dans trois ans et M. Péladeau devra nécessairement s’intéresser aux affaires de la « Province de Québec » et faire des choix sur les positions du gouvernement Couillard. Après tout, chaque jour, à l’Assemblée nationale, le chef de l’opposition officielle a le devoir d’interroger le gouvernement sur la santé, l’éducation ou les finances publiques, des sujets sur lesquels M. Péladeau n’aura que surfé durant la course au leadership.

Ce qui a beaucoup séduit les péquistes dans la candidature de PKP, c’est la possibilité de mettre fin à l’ambiguïté du parti dont la mission essentielle est de réaliser la souveraineté, mais qui a dû, à chaque élection, proposer ce « bon gouvernement » qui allait attendre « les conditions gagnantes » ou quelque variante du même concept.

Depuis René Lévesque…

Les Québécois exigent autre chose que des discours sur la question nationale de qui veut devenir leur premier ministre. Depuis René Lévesque, le Parti québécois a toujours eu un programme très étoffé de gouvernement — provincial, évidemment — en plus de vouloir réaliser la souveraineté.

C’est d’ailleurs tout à la gloire du PQ d’avoir été le parti de la loi 101, du zonage agricole, de l’assurance-automobile, de l’assurance-médicaments et des garderies à 5 $. De la loi anti-briseurs de grève, aussi…

M. Péladeau a eu beau dire dans son discours de vendredi soir — son meilleur de la campagne, à n’en pas douter — que la souveraineté ne se fera « ni à gauche, ni à droite », il reste qu’être chef de l’opposition ou premier ministre oblige de faire des choix chaque jour, le plus souvent entre des politiques de gauche ou de droite.

Dès l’automne, le nouveau chef du PQ devra se prononcer sur les négociations du gouvernement avec ses employés qui, si le discours ne change pas de part et d’autre, pourraient bien se terminer par une loi spéciale. Il ne lui sera pas loisible de rester sur la clôture parce qu’il préfère parler de souveraineté.

S’ils veulent revenir au pouvoir, Pierre Karl Péladeau et le PQ n’auront pas d’autre choix que de se donner un programme de « bon gouvernement provincial », même si l’objectif ultime est de faire du Québec un pays.

Cette ambiguïté n’est sans doute pas intellectuellement attrayante. Mais elle est un passage obligé pour tout parti qui envisage de former le gouvernement de ce qui reste, jusqu’à nouvel ordre, la « Province de Québec ».

Il faut en savoir gré à Brian Mulroney, le président du conseil d’administration de Québecor, d’avoir remis les pendules à l’heure. Il n’était ni possible ni réaliste pour Québecor de couper tous ses liens avec Pierre Karl Péladeau, qui possède 73,53 % des actions avec droit de vote de la compagnie.

À l’assemblée générale de Québecor, la semaine dernière, M. Mulroney a été on ne peut plus clair : « Il faut consulter de temps à autre M. Péladeau, il est l’actionnaire de contrôle. Si le conseil d’administration décide de vendre TVA, de poser un geste dramatique, ce serait approprié qu’il soit consulté parce qu’il serait appelé à voter à l’assemblée annuelle sur la transaction. »

M. Péladeau n’a donc pas coupé ses liens avec Québecor. Selon l’ancien premier ministre du Canada, il « y a une formule qui nous permet de communiquer avec [M. Péladeau] sur des questions qui relèveraient d’un actionnaire de contrôle ».

Cela tombe sous le sens. Il y a des choses qui, pour le bien de la compagnie, de ses actionnaires et de ses employés, exigent que l’on consulte la personne qui détient près des trois quarts des droits de vote.

Mais on notera, parce que c’est important pour la suite, qu’à aucun moment M. Péladeau n’aura informé le public ou l’Assemblée nationale de l’existence d’un tel mécanisme de consultation.

M. Mulroney parlait de consulter M. Péladeau pour des situations comme la vente de TVA — ce qui n’est pas une proposition farfelue étant donné la situation de toutes les télévisions généralistes depuis quelques années.

Sauf que, pour l’avenir, on peut facilement imaginer toutes sortes de situations similaires où les dirigeants de Québecor seraient pratiquement dans l’obligation de consulter leur actionnaire de contrôle. Si, par exemple, les pertes de TVA Sports continuaient de plomber les finances du groupe et qu’il fallait penser à une fermeture? Ou si une équipe de hockey devenait disponible, mais à un prix plus élevé que prévu, obligeant Québecor à s’endetter?

Le cas échéant, un simple fiduciaire pourrait-il prendre seul une telle décision, quand on sait que son mandat ne lui permettrait pas de vendre les actions de Québecor qui seraient sous sa garde? Le moins que l’on puisse dire c’est que cela ne sera ni évident, ni facile.

Des obligations réelles

Les obligations de M. Péladeau, même comme simple député, sont réelles. Comme l’indiquait le Commissaire à l’éthique dans son rapport annuel pour 2012-2013, « le député doit maintenir une frontière étanche entre son activité professionnelle et l’exercice de sa charge. L’exercice simultané de l’une ou de l’autre de ses fonctions ne doit pas permettre de soulever un doute relatif à la possibilité d’une situation de conflit d’intérêts réelle ou apparente ».

Mais à aucun moment depuis qu’il est en politique n’a-t-on vu M. Péladeau être proactif et indiquer qu’il est dans l’intérêt public de créer un pare-feu. Un mécanisme permettant de bien marquer la « frontière étanche » entre ses nouvelles fonctions publiques et son état d’actionnaire de contrôle de Québecor.

Pas plus qu’il ne semble vouloir accepter le principe qu’il doive se retirer des délibérations du Conseil des ministres lorsqu’on discutera de sujets comme le livre, la télévision ou les télécommunications, domaines où Québecor est active. Bien au contraire, M. Péladeau a dit en entrevue se considérer plutôt comme une « personne-ressource » dans ces domaines.

Certes, M. Péladeau a dit que, dès son élection comme chef du PQ, il s’imposerait les mêmes limites que celles qui lui seraient imposées comme premier ministre, soit de mettre ses actions dans une fiducie sans droit de regard.

Sauf qu’il ajoute que le fiduciaire aura comme instruction de ne pas vendre ses actions de Québecor quoiqu’il arrive. Ce qui, selon plusieurs experts, fait en sorte que la fiducie ne sera pas vraiment « sans droit de regard », puisque le fiduciaire ne pourra agir en toute liberté.

Le commissaire à l’éthique ne s’est pas encore prononcé sur cette vision de la fiducie sans droit de regard. Mais il est déjà évident que le Code d’éthique de l’Assemblée nationale n’a pas été conçu pour la possibilité que le propriétaire d’un conglomérat de l’importance de Québecor devienne député.

Dans les circonstances, la tenue d’une commission parlementaire sur la question peut difficilement être considérée comme un « tribunal politique » comme le prétendent les amis de M. Péladeau. Il s’agit plutôt d’un exercice nécessaire, même avec le risque, bien réel, de dérapages partisans.

D’autant qu’on n’a pas encore abordé l’éléphant dans la pièce, soit que la société que contrôle M. Péladeau n’est pas une agence de publicité ou une société de pavage, mais un conglomérat de médias. Une situation qui serait préoccupante dans n’importe quelle démocratie.

L'Assemblée nationale à Québec
L’Assemblée nationale à Québec

Dans le débat qui n’en finit plus sur la laïcité au Québec, on pourra remercier le juge Clément Gascon, de la Cour suprême du Canada, d’avoir fait deux distinctions importantes et qui vont nécessairement modeler la suite des choses.

La première touche la définition même de la laïcité. Ces dernières années, on a pu avoir l’impression que la laïcité était une sorte de droit de l’État d’interdire tout signe religieux dans l’espace public. Comme un droit d’imposer l’absence de religion.

La Cour suprême rappelle que la laïcité, c’est d’abord et avant tout un droit de la personne, celui de savoir que l’État ne prendra pas position pour une religion (on présume qu’il s’agirait de la religion majoritaire) contre toutes les autres, et aussi contre ceux qui ne croient pas et qui ont aussi des droits. L’État, quant à lui, doit demeurer neutre et « ne doit pas s’ingérer dans le domaine de la religion et des croyances », rappelle la Cour.

Or, la prière au conseil municipal était une prière clairement chrétienne, voire catholique, et elle ne répondait pas aux exigences de neutralité de l’État en matière religieuse.

Pour des raisons qui relèvent de la procédure, la Cour suprême ne se prononce pas sur les crucifix et autres articles religieux qui pourraient être présents dans les salles de conseil municipal ou ailleurs.

Son raisonnement est clair, et l’Assemblée nationale serait bien avisée de s’en inspirer pour décider du sort du crucifix qui est au-dessus du trône du président depuis le temps de Maurice Duplessis. L’argument historique et patrimonial a peu de chances d’y résister.

Neutralité de l’État, pas des individus

Distinction tout aussi importante apportée par la Cour suprême : l’obligation de neutralité religieuse s’applique à l’État et pas aux individus. On pense tout de suite au projet de charte des valeurs du Parti québécois, qui aurait interdit aux individus portant un signe religieux de travailler dans la fonction publique.

Il vaut la peine de citer le jugement au texte sur cette question : « En n’exprimant aucune préférence, l’État s’assure de préserver un espace public neutre et sans discrimination à l’intérieur duquel tous bénéficient également d’une véritable liberté de croire ou de ne pas croire, en ce que tous sont également valorisés. Je précise qu’un espace public neutre ne signifie pas l’homogénéisation des acteurs privés qui s’y trouvent. La neutralité est celle des institutions de l’État, non celle des individus. »

Voilà qui établit clairement, si besoin était, le principe qui veut que l’État ne puisse imposer des croyances ou l’absence de croyances à tous ses employés.

Cela équivaudrait à faire porter l’exigence de neutralité religieuse de l’État sur les épaules de certains individus (par exemple, ceux qui portent des signes religieux), ce qui n’est évidemment pas le but visé par la notion de laïcité.

On dira que la Cour suprême a fait un détour pour parler du projet de charte des valeurs du précédent gouvernement péquiste, alors qu’elle aurait pu s’en tenir strictement à la question de la prière au conseil municipal de Saguenay.

Mais la distinction est importante et fort utile pour la suite du débat au Québec, pendant qu’on attend toujours le projet de loi du gouvernement Couillard sur ces questions, si tant est qu’il finisse par trouver la volonté de la rédiger.

Le PQ et l’inéluctable démographie

dimanche 22 mars 2015 à 9 h 08 | | Pour me joindre

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Il fut une époque, il n’y a pas si longtemps, où le Parti québécois croyait que la démographie était son plus grand allié. Peu après le référendum de 1995, des gens aussi sérieux que l’ex-premier ministre Bernard Landry expliquaient que la victoire de l’option souverainiste était inévitable — et à relativement court terme — par le simple jeu de la démographie.

Les électeurs les plus âgés – et dont une très forte proportion avait voté Non en 1995 – seraient remplacés par des jeunes – dont une proportion presque aussi forte avait voté pour le Oui. Les Oui allaient tout simplement remplacer les Non, c’était tout simplement inéluctable.

La réalité a été tout autre. Au tournant du siècle, le vote péquiste s’est mis à décliner de façon notable et soutenue. Pas une simple baisse conjoncturelle d’une couple de points, mais un véritable changement d’ordre de grandeur.

Ainsi, entre 1976 et 1998, le PQ a toujours obtenu au moins 40 % des voix (la seule exception étant 39 % en 1985). Cela lui aura permis, au cours de cette période, de former quatre gouvernements majoritaires. Le PQ était alors, et de loin, le premier parti dans l’électorat francophone.

Depuis les élections de 2003, le PQ s’est maintenu dans une fourchette bien différente, entre 35 % (en 2008) et 25 % des voix (en 2014). La nette majorité de francophones sur laquelle il pouvait compter depuis un quart de siècle n’est plus là.

Que s’est-il donc passé? D’abord, le vote péquiste a diminué chez les francophones dans toutes les tranches d’âge, grugé à droite par l’ADQ puis la CAQ, et à gauche par Québec solidaire.

Encore plus significatif, ce sont les plus jeunes électeurs qui ont déserté le PQ. Ainsi, dans le dernier sondage Léger Marketing avant l’élection d’avril 2014, le PQ était au 4e rang chez les jeunes de 18 à 24 ans avec 19 % des voix. Il ne faisait guère mieux chez les 25 à 34 ans avec 22 %, au 3e rang, juste devant Québec solidaire.

Pas au rendez-vous

Clairement, ces jeunes électeurs dont l’arrivée sur les listes électorales devait donner à la souveraineté sa victoire inéluctable ne se sont pas sentis invités au grand rendez-vous.

On peut trouver toutes sortes de raisons pour cette désaffection. Il y a le fait que les péquistes ont la fâcheuse habitude de se parler de souveraineté entre eux, et on peut penser que toute une génération n’a pas été très exposée au message souverainiste.

Il y a aussi le virage identitaire du PQ, caractérisé par la charte des valeurs, qui a formidablement contribué à éloigner les jeunes, qui ne se reconnaissent pas dans une société frileuse et prompte à interdire. Mais, quelle que soit la raison, il reste que l’inéluctable démographie qui allait faire triompher le Oui ne s’est pas matérialisée.

Dans les circonstances, on peut passer le temps qu’on veut à disséquer le vote des immigrants et les raisons qui font qu’ils appuient peu l’idée de la souveraineté du Québec. Mais cela n’expliquera pas que le PQ ait obtenu pratiquement le même pourcentage d’appui lors de la dernière élection qu’à sa toute première campagne électorale en 1970.

Au lieu de blâmer les autres, et les immigrants en particulier, comme il l’a fait trop souvent, le PQ devrait plutôt se demander pourquoi et comment il a réussi à se couper aussi profondément de la jeunesse québécoise. Et à voir le nombre de têtes grises aux assemblées du PQ au cours de cette course à la direction, on comprend mal comment les candidats n’en font pas leur principale, sinon unique, priorité.

Populiste et irréaliste

mercredi 18 mars 2015 à 15 h 38 | | Pour me joindre

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MCAuger

La proposition de la Coalition avenir Québec sur l’immigration, ce que la CAQ voudrait être un virage identitaire, est à la fois une solution populiste et irréaliste. Populiste parce qu’elle conforte les préjugés. Irréaliste parce qu’elle ne peut avoir les effets souhaités.

Le principal préjugé que perpétue la proposition de la CAQ est que si le taux de chômage est plus élevé chez les immigrants que chez les Québécois de souche, c’est qu’ils ne recherchent pas vraiment à occuper un emploi.

Évidemment, cela ne tient aucun compte du fait qu’il y a bel et bien de la discrimination à l’emploi de la part de la société d’accueil, comme le montrent plusieurs études.

Faire porter aux seuls immigrants la responsabilité d’un taux de chômage plus élevé ne passe tout simplement pas l’épreuve des faits. On notera toutefois que la CAQ reconnaît, et il est plus que temps de le faire, que le Québec a joyeusement sabré dans ses programmes de francisation ces dernières années et qu’il est nécessaire de réinvestir dans ce domaine, ne serait-ce que pour favoriser l’employabilité.

Par contre, le fait de faire passer des tests de « valeurs québécoises » aux immigrants pourrait rassurer certains électeurs qui craignent que des imams fondamentalistes viennent prêcher le djihad dans des centres communautaires islamiques.

L’ennui, évidemment, c’est que si le but recherché par un immigrant est de venir prêcher de tristes valeurs, il n’y aura pas beaucoup de difficultés à attendre trois ans puis à répondre ce que le gouvernement veut entendre lors de l’examen. Une fois citoyen canadien, il pourra dire ce qu’il veut, y compris son opposition à l’égalité entre les hommes et les femmes ou autre « valeur québécoise ».

Voilà pour « l’efficacité » des mesures populistes que voudrait instaurer la CAQ. Mais sa politique sur l’immigration aurait des effets beaucoup plus pernicieux sur le Québec tout entier.

En concurrence pour les meilleurs

Le Québec est en concurrence avec le reste des sociétés occidentales pour obtenir les meilleurs et les mieux formés des immigrants. Ceux qui sont capables d’occuper les nombreux emplois spécialisés actuellement vacants, un peu partout au Québec et pas seulement dans la région de Montréal.

Quelle va être la réputation du Québec à l’étranger? On ne fera pas dans la nuance. Le mot va vite se passer que « le Québec, c’est l’endroit où ils peuvent te mettre dehors après trois ou quatre ans ».

Et, en effet, qui va émigrer, avec tout ce que cela signifie de déracinement et de risques, en particulier de risque économique, s’il peut être renvoyé parce qu’il a échoué à d’obscurs tests gouvernementaux au bout de trois ou quatre ans? Si on a les diplômes et les qualifications que tous les pays recherchent, on va tout simplement aller ailleurs.

Avec le résultat, très prévisible, que le Québec va se retrouver avec moins d’immigrants et, surtout, moins de ces travailleurs spécialisés que tous les pays s’arrachent. Pendant que le filtrage des immigrants jugés indésirables par la CAQ n’a que peu de chances de fonctionner.

Tous les gouvernements du Québec de quelque couleur que ce soit ont toujours affirmé haut et fort qu’il fallait plus d’immigrants au Québec, pas moins. Ne serait-ce que pour maintenir le poids démographique au sein du Canada et prévenir des pénuries de main-d’oeuvre à haute valeur spécialisée.

On ne peut conclure sans noter que la CAQ propose le pire moment pour débattre d’une question aussi délicate. Dans ces temps de peur du terrorisme, on voit aussi poindre une peur de tout ce qui est étranger, en particulier, une stigmatisation des musulmans.

Bien qu’il s’en défende, François Legault n’est pas sans savoir qu’en politique, le timing de la présentation est souvent plus révélateur que le contenu des politiques.

Le premier ministre Philippe Couillard est de retour au Québec et son temps sera occupé pour l’essentiel, au cours des prochaines semaines, à gérer des crises.

La première est, évidemment, celle du CHUM où l’attitude de son ministre de la Santé a fini par provoquer une crise ouverte avec les médecins et les administrateurs du monde de la santé. Nettement, voici un accident qui se cherchait un moment pour arriver. C’est au CHUM, ça aurait pu être ailleurs.

Reste que le ministre Barrette a clairement franchi la mince ligne qui sépare l’attitude de celui qui sait ce qu’il veut et qui a suffisamment de front pour l’obtenir et de celui qui doit répondre à des accusations crédibles de « favoritisme, ingérence et abus de pouvoir ».

Ce ne sera pas facile de réparer les pots cassés au CHUM, mais il apparaît de plus en plus certain que c’est le premier ministre lui-même qui devra s’en charger, la crédibilité de son ministre auprès de ses collègues médecins étant maintenant sérieusement ébranlée.

Quand on y regarde de plus près, on peut voir que beaucoup de crises — d’importance variable — ayant marqué les derniers mois du gouvernement Couillard étaient évitables. Elles seront survenues parce que les ministres fonctionnent souvent comme des pigistes, sans ligne directrice claire. Avec un chef qui intervient en aval plutôt qu’en amont et seulement quand on a clairement dépassé les bornes.

Pas besoin de revenir sur le triste exemple d’Yves Bolduc qui a fini par s’en aller, mais beaucoup trop tard. Et non sans qu’il donne au premier ministre le coup de pied de l’âne en décidant de toucher quand même son indemnité de départ, sachant les réactions que cela allait susciter.

Mais on pourrait aussi parler du ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, et de sa guerre inutile contre les administrations municipales de Laval et de Longueuil, qui a laissé des traces dans l’ensemble du monde municipal et qui aurait pu et dû être tuée dans l’oeuf par le premier ministre.

Ou encore des improvisations du ministre des Transports Robert Poëti, qui est devenu expert dans l’invention de solutions douteuses depuis le jour de sa nomination. Au point où, sans consultations préalables, il propose maintenant un métro de surface (ou aérien!) qui irait de Saint-Michel au centre-ville de Montréal (en dénaturant au passage le service de bus rapide sur Pie-IX) pour ne pas donner le feu vert à un prolongement de six kilomètres du métro souterrain, parce que présenté par le gouvernement précédent.

Ce qui est plus grave dans son cas, c’est qu’il comprend tellement mal ses dossiers qu’il tue dans l’oeuf des avancées importantes pour le financement du transport collectif comme la captation de la valeur foncière. M. Poëti l’a présentée de façon on ne peut plus malhabile, comme une façon d’augmenter les taxes de ceux qui vivent proche d’une infrastructure de transport collectif. Et, bien entendu, son premier ministre allait le désavouer. Mais, encore une fois, quand le mal était fait.

Plus grave encore, le premier ministre semble avoir choisi de laisser des questions sur les libertés fondamentales être réglée par des instruments inappropriés comme des règlements de zonage, que ce soit à Montréal ou à Shawinigan. Pis encore, il laisse le PQ et, de plus en plus la CAQ, s’emparer du débat et en dicter les termes. Le résultat de ce silence du gouvernement fait que plus le temps passe, puis il sera difficile de recentrer le débat sur ses véritables enjeux.

En fait, la seule chose qui semble fonctionner de façon ordonnée au gouvernement Couillard est la mission d’atteinte du déficit zéro par le trio économique des Leitao, Coiteux et Daoust. On peut être d’accord ou pas avec leurs principes, et on verra les résultats dans le budget et les crédits, mais constatons que leur démarche se déroule de façon très systématique jusqu’à maintenant.

Comme aime le dire le maire Denis Coderre, « on doit pouvoir marcher et mâcher de la gomme en même temps ». Il est temps qu’on puisse constater que le premier ministre voit l’ensemble des fonctions gouvernementales et qu’il est bel et bien aux commandes de l’avion.

CDPQ : la bonne nouvelle… et les mauvaises

jeudi 15 janvier 2015 à 12 h 54 | | Pour me joindre

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MCAuger

À première vue, c’est une très bonne nouvelle, au point où l’on peut se demander pourquoi on n’y avait pas pensé avant. La Caisse de dépôt et placement se servira de l’énorme bas de laine qu’elle gère au nom des Québécois pour construire des infrastructures qui serviront aux Québécois.

Après tout, ce qui est bon pour Londres ou Vancouver, ce devrait l’être pour Montréal. Et Montréal a rudement besoin d’investissements majeurs dans de nouvelles infrastructures de transports en commun.

Mais avant de se réjouir, il faudra quand même être rassuré sur certains points. D’abord, la Caisse va jouer un rôle qu’elle n’a jamais voulu assumer avant, soit celui d’opérateur dans un de ses investissements majeurs. Même si la Caisse a une histoire de succès et qu’elle apprend vite, on ne connaît pas ses talents dans les opérations quotidiennes des chemins de fer.

Prendre une participation dans un train à Vancouver est facile pour la Caisse. Ce qu’on achète, on peut toujours le vendre, à perte, au besoin. Ce n’est pas du tout la même chose pour une ligne de train qu’on a non seulement financée, mais fait construire et dont on est l’opérateur.

Si l’investissement devait mal tourner, qui va vouloir acheter un train si la Caisse qui l’a financé, fait construire ou l’a exploité pendant quelques années n’en veut plus? Poser la question c’est, hélas, y répondre…

L’autre problème est celui de l’indépendance de la Caisse. On a beau dire qu’il y aura un mur de feu qui empêchera le gouvernement d’imposer des projets à la Caisse, il restera toujours que c’est le gouvernement qui nomme le président de la Caisse. Si celui-ci veut un renouvellement de mandat, par exemple, il aura toujours intérêt à ne pas contredire son patron.

Enfin, ces investissements vont obliger la Caisse à faire de délicats arbitrages avec ceux qui deviendront ses clients.

D’abord, il y aura les retraités (et futurs retraités) qui voudront que la Caisse fasse toujours de meilleurs rendements, puisque leur rente dépendra directement de ce rendement. D’autre part, il y aura les usagers de ces infrastructures qui se demanderont toujours si leur tarif sert à payer leur passage dans le train ou les besoins de la Caisse en rentabilité.

La Caisse sera toujours tiraillée entre ces deux missions. Michael Sabia est aussi bien de s’habituer tout de suite aux usagers du transport en commun qui iront manifester aux assemblées annuelles de la Caisse.

Enfin, qu’on le veuille ou non, la Caisse deviendra un joueur de plus dans la forêt déjà dense des intervenants dans le transport collectif dans la région de Montréal. Aux STM, AMT et autres RTL, il faudra désormais ajouter la CDPQ.

Ça fait beaucoup de questions sans réponses pour ce qui devrait être une bonne nouvelle!

Où est passé l’esprit du RCM?

lundi 15 décembre 2014 à 14 h 04 | | Pour me joindre

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Il a fallu que Jean Doré, qui a été son seul maire, mène le combat de sa vie pour que ceux qui formaient l’administration municipale de Montréal entre 1986 et 1994 décident de remettre à l’avant-scène l’histoire du Rassemblement des citoyens de Montréal.

Il est vrai que les aléas de la politique municipale font en sorte que les partis politiques vont mourir dans les endroits les plus étranges. Ainsi, ce qu’il restait du Rassemblement des citoyens de Montréal est allé s’échouer, peu avant les élections de 2001, dans le parti de Gérald Tremblay.

Reste que l’administration de M. Doré et du RCM n’avait certes pas à rougir de son bilan. En huit ans, elle avait réussi à mettre fin au régime mis en place par Jean Drapeau, qui, en presque 30 ans de pouvoir, avait installé un système qui concentrait pratiquement tous les pouvoirs dans les mains du maire.

Quand Jean Doré a été assermenté, la ville de Montréal avait des institutions démocratiques dignes d’un village. Le conseil municipal n’avait que deux comités : le comité exécutif, qui était et est encore le véritable lieu de pouvoir, et le comité sur les noms de rues. La Ville n’avait même aucun plan général d’urbanisme.

La défunte Communauté urbaine de Montréal avait bien tenté d’apporter certaines réformes de nature démocratique, comme un comité sur la sécurité publique ou les transports en commun, mais ces réformes avaient été faites malgré l’administration Drapeau, qui essayait le plus souvent possible de les contourner.

Évidemment, Doré et son administration ont eu l’avantage de la nouveauté. Chaque décision, même banale, devenait une grande première historique. Les Montréalais se sont vite rendu compte que la Ville voulait les mettre dans le coup, comme la création de conseils de quartiers, précurseurs des actuels arrondissements.

Centralisation c. décentralisation

Cela est toujours d’ailleurs le grand fossé des débats publics à Montréal : la centralisation contre la décentralisation. Jean Drapeau, Pierre Bourque et, jusqu’à un certain point, Denis Coderre, étaient des centralisateurs. La réforme du financement des arrondissements de l’actuel maire n’est rien d’autre qu’une façon de redonner des pouvoirs au maire.

Dans l’histoire de Montréal, les centralisateurs ont eu le pouvoir pas mal plus longtemps que les autres. Ceux qui pensaient en fonction de grands projets ont presque toujours eu la main haute sur ceux qui privilégiaient la vie de quartier.

La grande exception à cette règle est l’administration de Jean Doré et du RCM, un parti qui avait fédéré les oppositions à Jean Drapeau pour justement donner une voix à ceux qui travaillaient dans les quartiers.

Quand il m’a accordé une entrevue, le mois dernier, j’ai posé la question directement à M. Doré : où est donc passé l’esprit du RCM? Visiblement, il ne s’attendait pas à la question. Il a vaguement parlé des groupes communautaires qui veulent améliorer la qualité de vie de leurs quartiers. Mais il est notable qu’il n’ait pas parlé de Projet Montréal, le parti qui forme actuellement l’opposition officielle à l’hôtel de ville de Montréal.

Jean Doré rappelait que le RCM avait pas moins de 17 000 membres à son apogée, du jamais vu pour un parti municipal. Et c’était avant les médias sociaux. « Il fallait les convaincre un par un », disait M. Doré.

La différence

En fait, la différence entre Projet Montréal et le RCM est là. Les deux partagent l’idée qu’une ville comme Montréal ne peut être dirigée par un petit groupe d’élus depuis la rue Notre-Dame. Ils partagent aussi une chose importante à Montréal : ils ont donné une belle place aux progressistes anglophones. On oublie trop facilement la contribution des Michael Fainstat, John Gardiner et autres à l’administration du RCM.

Mais il y a une grande différence : le RCM était implanté dans tous les quartiers, où il prenait ses idées et, plus tard, ses politiques. Projet Montréal n’est pas (pas encore?) arrivé là.

Projet Montréal est encore trop vu comme un parti d’urbanistes, qui s’en servent pour faire passer leurs grandes idées pour Montréal. Pour reprendre une expression anglaise, c’est encore beaucoup trop un parti « top-down », plutôt que « bottom-up ». Un parti qui dit avoir découvert les solutions et les impose du haut vers le bas. On n’a qu’à se souvenir de l’insistance de Richard Bergeron à imposer le tramway…

Projet Montréal incarne plusieurs des grandes idées du RCM. Mais pas encore l’esprit. Et pour le trouver, il lui faudra chercher un peu plus fort. Et un peu plus près des citoyens.

Les sautes d’humeur du « maire » Moreau

jeudi 11 décembre 2014 à 12 h 00 | | Pour me joindre

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Le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau est beaucoup trop malin pour commettre une sorte de suicide politique. On pourrait pourtant penser que c’est ce qu’il vient de faire en décidant d’aller microgérer les troisième et cinquième villes du Québec.

En voulant forcer la main des maires de Laval et de Longueuil, Marc Demers et Caroline St-Hilaire, et en disant qu’il va rembourser les contribuables de ces municipalités si elles n’obtempèrent pas à son ultimatum, M. Moreau sait bien qu’il risque de ne plus être un interlocuteur crédible pour le mode municipal.

De façon on ne peut plus prévisible, d’ailleurs, le premier réflexe du monde municipal a été de demander un rendez-vous, non pas à M. Moreau, mais à son patron, le premier ministre Couillard.

Après tout, l’intervention directe de Québec dans les affaires d’une administration municipale légitimement élue est extrêmement rare et ne survient, normalement, que lorsque tous les autres recours ont été épuisés.

On a vu avec combien de prudence et de parcimonie le gouvernement du Québec a fini par intervenir à Laval, à Mascouche et dans quelques autres villes prises avec les scandales de corruption des dernières années. C’est parce que l’intervention de Québec — surtout quand il faut faire le geste ultime de mettre la ville en tutelle — est comme la bombe atomique. On ne l’utilise qu’une fois et après, on passe des années à ramasser les dégâts.

M. Moreau n’a sans doute pas tort de dire que le surplus est exagéré dans le cas de Laval avec 117 millions de dollars. Mais il y a des raisons historiques pour cela. C’est certainement le seul « cadeau » que Gilles Vaillancourt a laissé à sa ville et, à l’époque, on n’a pas entendu les ministres des Affaires municipales s’en plaindre. Bien au contraire, on vantait sa gestion rigoureuse.

Dans le cas de toutes les autres villes, dont Longueuil, les surplus sont modestes et ne sont que saine prudence. Une tempête de neige de trop, une bibliothèque qui subit un gros dégât d’eau ou un incendie dans une patinoire intérieure auront tôt fait de les effacer.

Quand une ville réussit à régler un tel problème sans hausser les taxes grâce à sa petite réserve, elle reçoit d’habitude les félicitations du ministre pour sa saine gestion des fonds publics.

Alors pourquoi donc le ministre Moreau s’est-il permis une telle saute d’humeur?

D’abord à cause du climat qui règne dans son gouvernement. Pour atteindre le déficit zéro, tout est permis, même mettre la main sur les surplus des autres. Si c’est bon pour les garderies, ça doit l’être aussi pour les municipalités.

Ensuite, parce que c’est l’attitude du gouvernement du Québec depuis longtemps — quel que soit le parti politique au pouvoir — envers les villes. On laisse un semblant d’autonomie municipale, mais au quotidien on contrôle beaucoup de choses. Des heures d’ouverture à la limite de vitesse dans les zones scolaires, les municipalités québécoises doivent constamment se référer à Québec.

Les maires Coderre et Labeaume devraient d’ailleurs prendre note s’ils obtiennent le statut de métropole et de capitale qu’ils désirent. Ils feront bien de lire les petits caractères pour voir ce qu’ils pourront vraiment faire de façon autonome et sans consulter un fonctionnaire à Québec.

Alors pourquoi un homme aussi avisé que le ministre Moreau a-t-il lancé un tel pavé dans la mare? Surtout en employant un ton de bulldozer qu’on ne lui connaissait pas, lui qui est toujours de la plus grande courtoisie?

Et si c’était la façon pour M. Moreau de signifier à son patron qu’il a envie de relever des défis plus importants que celui des Affaires municipales? Après tout, sa véritable mission, qui était de faire adopter la loi 3 sur les régimes de pension, est maintenant achevée.

M. Moreau est trop fin politicien pour ne pas savoir qu’à court ou à moyen terme, il y aura un gros remaniement ministériel et que de beaux, de très beaux portefeuilles seront alors disponibles.

Dans notre système politique, le meilleur moyen d’avoir une promotion est de NE PAS se rendre indispensable dans un ministère au point où le premier ministre n’osera plus nous déplacer. Philippe Couillard en sait quelque chose, lui qui, sous Jean Charest, a fait des mois supplémentaires à la Santé, alors qu’il se voyait aux Affaires internationales.

La suite dans un remaniement ministériel près de chez vous!

De Justin T. à PKP

lundi 1 décembre 2014 à 15 h 26 | | Pour me joindre

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MCAuger

Sur la question nationale, ils n’ont vraiment rien en commun, mais il n’y a pas grand-chose qui ressemble plus à l’accueil que le Parti québécois fait à Pierre Karl Péladeau que celui que le Parti libéral du Canada a fait à Justin Trudeau.

Les deux partis sortent d’une défaite cruelle et historique. Au point où certains observateurs se sont demandé si le parti allait survivre. Ils avaient absolument besoin d’un nouveau chef qui allait susciter l’intérêt. Beaucoup d’intérêt.

Autant Justin Trudeau que Pierre Karl Péladeau étaient déjà des célébrités avant d’entrer en politique. Ils ont hérité d’une notoriété et d’une fortune plus qu’ils n’ont eu à les bâtir. Ils ont la capacité de générer du « buzz » et de faire parler d’eux. Et quand ce ne sera pas en page éditoriale des journaux, ce sera dans des magazines de vedettes, ce qui est tout aussi efficace, sinon plus.

En ce sens, ils ont tous les deux dominé des adversaires plus expérimentés en politique, mais dont on ne pouvait pas dire qu’ils faisaient partie du jet-set.

Dans les deux cas, l’organisation du candidat est un véritable rouleau compresseur. Avec la capacité autant de mobiliser les militants actuels que de faire signer de nouvelles cartes de membres. Au PQ comme au PLC, il ne serait pas surprenant que certains candidats se rendent compte que la partie est perdue d’avance, et qu’ils ne se rendent pas jusqu’au jour du scrutin.

Les deux hommes sont faits sur mesure pour jouer le rôle de sauveur d’un parti qui en a bien besoin. C’est pourquoi, même si les débats vont être pas mal plus musclés au PQ qu’ils ne l’ont été au PLC, M. Péladeau ne devrait pas trop être inquiété d’ici le vote du mois de mai.

Mais là s’arrêtent les comparaisons.

Justin Trudeau avait passé l’essentiel de sa campagne à la direction du PLC à ne pas trop se mouiller et à en dire le moins possible sur son programme et ses idées, préférant se garder les coudées franches pour la campagne électorale. Pierre Karl Péladeau a franchement et carrément mis le cap sur la souveraineté dès son premier discours, ce qui est sûr d’emporter l’adhésion des militants péquistes qui attendaient depuis longtemps un chef qui allait remettre la raison d’être du parti au premier plan.

Il y a d’autres problèmes potentiels avec le discours de M. Péladeau. Même s’il dit que la souveraineté est l’objectif, et le référendum, une simple modalité, il reste que, pour lui, le référendum doit être la façon dont les Québécois diront qu’ils veulent ou non accéder à l’indépendance. Donc, il y aura un référendum à un moment donné et les adversaires du PQ vont s’en donner à cœur joie de le rappeler.

Un problème encore plus sérieux est l’attitude de M. Péladeau, qui affirmait à mon collègue Jacques Beauchamp qu’il ne souhaitait pas gouverner une simple province canadienne. Voilà précisément le genre de déclaration qui peut facilement revenir hanter son auteur en campagne électorale.

Après tout, tous les chefs du PQ, Jacques Parizeau y compris, ont dû faire campagne en disant ce qu’ils feraient comme premiers ministres d’une province. Qu’il le veuille ou non, M. Péladeau ne pourra échapper à l’exercice.

Évidemment, on ne devient pas premier ministre avant de devenir chef de parti. Et, à ce moment-ci, c’est aux militants péquistes que s’adresse M. Péladeau. Encore faut-il ne pas donner trop de munitions à l’adversaire avant de l’affronter.