Billets publiés en décembre 2014

Où est passé l’esprit du RCM?

lundi 15 décembre 2014 à 14 h 04 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

MCAuger

Il a fallu que Jean Doré, qui a été son seul maire, mène le combat de sa vie pour que ceux qui formaient l’administration municipale de Montréal entre 1986 et 1994 décident de remettre à l’avant-scène l’histoire du Rassemblement des citoyens de Montréal.

Il est vrai que les aléas de la politique municipale font en sorte que les partis politiques vont mourir dans les endroits les plus étranges. Ainsi, ce qu’il restait du Rassemblement des citoyens de Montréal est allé s’échouer, peu avant les élections de 2001, dans le parti de Gérald Tremblay.

Reste que l’administration de M. Doré et du RCM n’avait certes pas à rougir de son bilan. En huit ans, elle avait réussi à mettre fin au régime mis en place par Jean Drapeau, qui, en presque 30 ans de pouvoir, avait installé un système qui concentrait pratiquement tous les pouvoirs dans les mains du maire.

Quand Jean Doré a été assermenté, la ville de Montréal avait des institutions démocratiques dignes d’un village. Le conseil municipal n’avait que deux comités : le comité exécutif, qui était et est encore le véritable lieu de pouvoir, et le comité sur les noms de rues. La Ville n’avait même aucun plan général d’urbanisme.

La défunte Communauté urbaine de Montréal avait bien tenté d’apporter certaines réformes de nature démocratique, comme un comité sur la sécurité publique ou les transports en commun, mais ces réformes avaient été faites malgré l’administration Drapeau, qui essayait le plus souvent possible de les contourner.

Évidemment, Doré et son administration ont eu l’avantage de la nouveauté. Chaque décision, même banale, devenait une grande première historique. Les Montréalais se sont vite rendu compte que la Ville voulait les mettre dans le coup, comme la création de conseils de quartiers, précurseurs des actuels arrondissements.

Centralisation c. décentralisation

Cela est toujours d’ailleurs le grand fossé des débats publics à Montréal : la centralisation contre la décentralisation. Jean Drapeau, Pierre Bourque et, jusqu’à un certain point, Denis Coderre, étaient des centralisateurs. La réforme du financement des arrondissements de l’actuel maire n’est rien d’autre qu’une façon de redonner des pouvoirs au maire.

Dans l’histoire de Montréal, les centralisateurs ont eu le pouvoir pas mal plus longtemps que les autres. Ceux qui pensaient en fonction de grands projets ont presque toujours eu la main haute sur ceux qui privilégiaient la vie de quartier.

La grande exception à cette règle est l’administration de Jean Doré et du RCM, un parti qui avait fédéré les oppositions à Jean Drapeau pour justement donner une voix à ceux qui travaillaient dans les quartiers.

Quand il m’a accordé une entrevue, le mois dernier, j’ai posé la question directement à M. Doré : où est donc passé l’esprit du RCM? Visiblement, il ne s’attendait pas à la question. Il a vaguement parlé des groupes communautaires qui veulent améliorer la qualité de vie de leurs quartiers. Mais il est notable qu’il n’ait pas parlé de Projet Montréal, le parti qui forme actuellement l’opposition officielle à l’hôtel de ville de Montréal.

Jean Doré rappelait que le RCM avait pas moins de 17 000 membres à son apogée, du jamais vu pour un parti municipal. Et c’était avant les médias sociaux. « Il fallait les convaincre un par un », disait M. Doré.

La différence

En fait, la différence entre Projet Montréal et le RCM est là. Les deux partagent l’idée qu’une ville comme Montréal ne peut être dirigée par un petit groupe d’élus depuis la rue Notre-Dame. Ils partagent aussi une chose importante à Montréal : ils ont donné une belle place aux progressistes anglophones. On oublie trop facilement la contribution des Michael Fainstat, John Gardiner et autres à l’administration du RCM.

Mais il y a une grande différence : le RCM était implanté dans tous les quartiers, où il prenait ses idées et, plus tard, ses politiques. Projet Montréal n’est pas (pas encore?) arrivé là.

Projet Montréal est encore trop vu comme un parti d’urbanistes, qui s’en servent pour faire passer leurs grandes idées pour Montréal. Pour reprendre une expression anglaise, c’est encore beaucoup trop un parti « top-down », plutôt que « bottom-up ». Un parti qui dit avoir découvert les solutions et les impose du haut vers le bas. On n’a qu’à se souvenir de l’insistance de Richard Bergeron à imposer le tramway…

Projet Montréal incarne plusieurs des grandes idées du RCM. Mais pas encore l’esprit. Et pour le trouver, il lui faudra chercher un peu plus fort. Et un peu plus près des citoyens.

Les sautes d’humeur du « maire » Moreau

jeudi 11 décembre 2014 à 12 h 00 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

MCAuger

Le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau est beaucoup trop malin pour commettre une sorte de suicide politique. On pourrait pourtant penser que c’est ce qu’il vient de faire en décidant d’aller microgérer les troisième et cinquième villes du Québec.

En voulant forcer la main des maires de Laval et de Longueuil, Marc Demers et Caroline St-Hilaire, et en disant qu’il va rembourser les contribuables de ces municipalités si elles n’obtempèrent pas à son ultimatum, M. Moreau sait bien qu’il risque de ne plus être un interlocuteur crédible pour le mode municipal.

De façon on ne peut plus prévisible, d’ailleurs, le premier réflexe du monde municipal a été de demander un rendez-vous, non pas à M. Moreau, mais à son patron, le premier ministre Couillard.

Après tout, l’intervention directe de Québec dans les affaires d’une administration municipale légitimement élue est extrêmement rare et ne survient, normalement, que lorsque tous les autres recours ont été épuisés.

On a vu avec combien de prudence et de parcimonie le gouvernement du Québec a fini par intervenir à Laval, à Mascouche et dans quelques autres villes prises avec les scandales de corruption des dernières années. C’est parce que l’intervention de Québec — surtout quand il faut faire le geste ultime de mettre la ville en tutelle — est comme la bombe atomique. On ne l’utilise qu’une fois et après, on passe des années à ramasser les dégâts.

M. Moreau n’a sans doute pas tort de dire que le surplus est exagéré dans le cas de Laval avec 117 millions de dollars. Mais il y a des raisons historiques pour cela. C’est certainement le seul « cadeau » que Gilles Vaillancourt a laissé à sa ville et, à l’époque, on n’a pas entendu les ministres des Affaires municipales s’en plaindre. Bien au contraire, on vantait sa gestion rigoureuse.

Dans le cas de toutes les autres villes, dont Longueuil, les surplus sont modestes et ne sont que saine prudence. Une tempête de neige de trop, une bibliothèque qui subit un gros dégât d’eau ou un incendie dans une patinoire intérieure auront tôt fait de les effacer.

Quand une ville réussit à régler un tel problème sans hausser les taxes grâce à sa petite réserve, elle reçoit d’habitude les félicitations du ministre pour sa saine gestion des fonds publics.

Alors pourquoi donc le ministre Moreau s’est-il permis une telle saute d’humeur?

D’abord à cause du climat qui règne dans son gouvernement. Pour atteindre le déficit zéro, tout est permis, même mettre la main sur les surplus des autres. Si c’est bon pour les garderies, ça doit l’être aussi pour les municipalités.

Ensuite, parce que c’est l’attitude du gouvernement du Québec depuis longtemps — quel que soit le parti politique au pouvoir — envers les villes. On laisse un semblant d’autonomie municipale, mais au quotidien on contrôle beaucoup de choses. Des heures d’ouverture à la limite de vitesse dans les zones scolaires, les municipalités québécoises doivent constamment se référer à Québec.

Les maires Coderre et Labeaume devraient d’ailleurs prendre note s’ils obtiennent le statut de métropole et de capitale qu’ils désirent. Ils feront bien de lire les petits caractères pour voir ce qu’ils pourront vraiment faire de façon autonome et sans consulter un fonctionnaire à Québec.

Alors pourquoi un homme aussi avisé que le ministre Moreau a-t-il lancé un tel pavé dans la mare? Surtout en employant un ton de bulldozer qu’on ne lui connaissait pas, lui qui est toujours de la plus grande courtoisie?

Et si c’était la façon pour M. Moreau de signifier à son patron qu’il a envie de relever des défis plus importants que celui des Affaires municipales? Après tout, sa véritable mission, qui était de faire adopter la loi 3 sur les régimes de pension, est maintenant achevée.

M. Moreau est trop fin politicien pour ne pas savoir qu’à court ou à moyen terme, il y aura un gros remaniement ministériel et que de beaux, de très beaux portefeuilles seront alors disponibles.

Dans notre système politique, le meilleur moyen d’avoir une promotion est de NE PAS se rendre indispensable dans un ministère au point où le premier ministre n’osera plus nous déplacer. Philippe Couillard en sait quelque chose, lui qui, sous Jean Charest, a fait des mois supplémentaires à la Santé, alors qu’il se voyait aux Affaires internationales.

La suite dans un remaniement ministériel près de chez vous!

De Justin T. à PKP

lundi 1 décembre 2014 à 15 h 26 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

MCAuger

Sur la question nationale, ils n’ont vraiment rien en commun, mais il n’y a pas grand-chose qui ressemble plus à l’accueil que le Parti québécois fait à Pierre Karl Péladeau que celui que le Parti libéral du Canada a fait à Justin Trudeau.

Les deux partis sortent d’une défaite cruelle et historique. Au point où certains observateurs se sont demandé si le parti allait survivre. Ils avaient absolument besoin d’un nouveau chef qui allait susciter l’intérêt. Beaucoup d’intérêt.

Autant Justin Trudeau que Pierre Karl Péladeau étaient déjà des célébrités avant d’entrer en politique. Ils ont hérité d’une notoriété et d’une fortune plus qu’ils n’ont eu à les bâtir. Ils ont la capacité de générer du « buzz » et de faire parler d’eux. Et quand ce ne sera pas en page éditoriale des journaux, ce sera dans des magazines de vedettes, ce qui est tout aussi efficace, sinon plus.

En ce sens, ils ont tous les deux dominé des adversaires plus expérimentés en politique, mais dont on ne pouvait pas dire qu’ils faisaient partie du jet-set.

Dans les deux cas, l’organisation du candidat est un véritable rouleau compresseur. Avec la capacité autant de mobiliser les militants actuels que de faire signer de nouvelles cartes de membres. Au PQ comme au PLC, il ne serait pas surprenant que certains candidats se rendent compte que la partie est perdue d’avance, et qu’ils ne se rendent pas jusqu’au jour du scrutin.

Les deux hommes sont faits sur mesure pour jouer le rôle de sauveur d’un parti qui en a bien besoin. C’est pourquoi, même si les débats vont être pas mal plus musclés au PQ qu’ils ne l’ont été au PLC, M. Péladeau ne devrait pas trop être inquiété d’ici le vote du mois de mai.

Mais là s’arrêtent les comparaisons.

Justin Trudeau avait passé l’essentiel de sa campagne à la direction du PLC à ne pas trop se mouiller et à en dire le moins possible sur son programme et ses idées, préférant se garder les coudées franches pour la campagne électorale. Pierre Karl Péladeau a franchement et carrément mis le cap sur la souveraineté dès son premier discours, ce qui est sûr d’emporter l’adhésion des militants péquistes qui attendaient depuis longtemps un chef qui allait remettre la raison d’être du parti au premier plan.

Il y a d’autres problèmes potentiels avec le discours de M. Péladeau. Même s’il dit que la souveraineté est l’objectif, et le référendum, une simple modalité, il reste que, pour lui, le référendum doit être la façon dont les Québécois diront qu’ils veulent ou non accéder à l’indépendance. Donc, il y aura un référendum à un moment donné et les adversaires du PQ vont s’en donner à cœur joie de le rappeler.

Un problème encore plus sérieux est l’attitude de M. Péladeau, qui affirmait à mon collègue Jacques Beauchamp qu’il ne souhaitait pas gouverner une simple province canadienne. Voilà précisément le genre de déclaration qui peut facilement revenir hanter son auteur en campagne électorale.

Après tout, tous les chefs du PQ, Jacques Parizeau y compris, ont dû faire campagne en disant ce qu’ils feraient comme premiers ministres d’une province. Qu’il le veuille ou non, M. Péladeau ne pourra échapper à l’exercice.

Évidemment, on ne devient pas premier ministre avant de devenir chef de parti. Et, à ce moment-ci, c’est aux militants péquistes que s’adresse M. Péladeau. Encore faut-il ne pas donner trop de munitions à l’adversaire avant de l’affronter.