Billets publiés en novembre 2014

Quatre trente sous pour une piastre

Vendredi 21 novembre 2014 à 10 h 08 | | Pour me joindre

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MCAuger

En politique, il faut se garder de confondre le progrès et le mouvement. La différence est simple : le mouvement se mesure depuis la ligne de départ. Le progrès vise plutôt la ligne d’arrivée. Or, le gouvernement Couillard fait beaucoup dans le mouvement ces jours-ci.

Un bon exemple est le bouleversement des tarifs de garderie. Pour des économies qu’il chiffre à 160 millions de dollars, le gouvernement chamboule un programme qui, malgré tous ses défauts, avait le mérite d’être simple et populaire.

En fait, on comprend rapidement que la lutte contre le déficit n’est qu’un prétexte. Le gouvernement doit faire des compressions de l’ordre de trois milliards de dollars pour atteindre l’équilibre budgétaire, avec 50 % des compressions déjà établies, selon M. Couillard.

Il reste donc un milliard et demi à trouver, et les nouveaux tarifs de garderies ne donneront à l’État qu’un peu plus de 10 % du montant. Et encore, puisqu’il faudra attendre la saison des impôts en 2016 pour qu’il touche l’argent. Bref, ce n’est pas un bien gros progrès, au moins sur le plan financier.

Ce n’est un progrès que pour les idéologues qui, au Parti libéral, n’ont jamais aimé ce programme de garderies subventionnées et qui voulaient depuis longtemps y introduire la notion d’utilisateur-payeur. Le tout en donnant un coup de pouce aux garderies privées plutôt qu’au réseau public.

Avec le résultat que le nouveau régime a réussi surtout à mécontenter tout le monde. À commencer par une large part du caucus libéral, des députés qui devront vivre, sur le terrain, avec cette première promesse électorale brisée par le gouvernement Couillard.

Commissions scolaires

L’autre exemple, cette semaine, du gouvernement qui confond le progrès et le mouvement est le dossier des commissions scolaires. Au mieux, la réforme du ministre Yves Bolduc sera un cas de « quatre trente sous pour une piastre ». Au pire, elle va rendre encore plus difficile la gouvernance scolaire.

Sur l’île de Montréal, le ministre de l’Éducation a simplement joué avec les frontières des districts scolaires sans donner aucune justification, que ce soit de nature administrative ou pédagogique. Ce qui laisse à penser que l’objectif premier était de punir la commission scolaire de Montréal, qui avait osé lui tenir tête.

Dans le reste du Québec, on va se retrouver avec des territoires qui seront tellement grands qu’on peut se demander ce qu’il restera de la notion de contrôle local, qui est pourtant une des raisons d’être des commissions scolaires. Sans compter qu’il faudra maintenant démêler l’imbroglio créé par ce bouleversement de structures : comment va-t-on gérer les conventions collectives ou, tout simplement, la suppléance, dans une commission scolaire qui couvre plus de 300 km?

Pour justifier sa réforme, le ministre Bolduc ne peut promettre que de très aléatoires « économies d’échelles », sans doute les mêmes qui avaient été promises lors des fusions municipales! Mais, en fin de compte, il y a de grosses chances que la réforme n’ait que rebattu des cartes, et que ça ne satisfera ni ceux qui voulaient l’abolition des commissions scolaires ni ceux qui espéraient de véritables économies.

Ça fait beaucoup de mouvements à Québec, cette semaine. Il est moins certain qu’il y ait eu beaucoup de progrès.

Le symbole Keystone XL

Mercredi 19 novembre 2014 à 15 h 11 | | Pour me joindre

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MCAuger

Le problème des symboles en politique, c’est qu’ils demeurent figés dans le temps, alors que la réalité, elle, évolue. C’est le cas du pipeline Keystone XL qui attend toujours son approbation finale par les autorités américaines depuis six ans.

Keystone est devenu un symbole autant pour le gouvernement conservateur canadien que pour le Parti républicain aux États-Unis. Pour le Canada, surtout pour un gouvernement dominé par l’Alberta, c’est une évidence. Keystone est LE moyen d’exporter le pétrole albertain, dont le prix n’atteint pas le prix mondial parce qu’il n’a pas vraiment de porte de sortie.

Tous les autres moyens, comme les pipelines Énergie Est ou Northern Gateway, sont plus compliqués et plus coûteux à réaliser. Et le transport par rail n’a plus la cote depuis la tragédie de Lac-Mégantic. C’est ce qui explique l’importance que donne le gouvernement canadien au projet Keystone et l’ampleur des démarches qu’il effectue aux États-Unis depuis six ans.

Aux États-Unis, pour les républicains, Keystone est le symbole du développement économique et des emplois compromis par l’entêtement écologique de l’administration Obama.

D’où l’empressement d’utiliser la nouvelle majorité (en fait, les nouveaux sénateurs n’entreront en fonction qu’en janvier) dans les deux chambres du Congrès pour faire passer un projet de loi donnant le feu vert à Keystone.

Il lui aura manqué une voix cette semaine, mais il ne fait aucun doute qu’il pourra être adopté en janvier.

Le problème, c’est qu’il n’est pas certain qu’une loi puisse donner le feu vert au projet de pipeline entre l’Alberta et le Nebraska. Il n’appartient pas au Congrès de lui donner le feu vert. Et si le projet est actuellement bloqué, c’est qu’il attend une approbation réglementaire du département d’État.

Comme le rappelait le sénateur indépendant Angus King, du Maine, pour justifier son vote contre Keystone cette semaine, « le travail du Congrès n’est pas et ne doit pas être l’approbation des projets de construction ».

Bref, même avec une majorité républicaine bien en place au Congrès, le projet Keystone risque de demeurer bloqué par l’administration Obama.

L’autre problème du symbole Keystone, c’est qu’il pourrait bien être tout à fait dépassé sur le plan économique.

D’abord, le prix du pétrole est en baisse et devrait rester bas dans un avenir prévisible. Les nouveaux projets d’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta  risquent de n’être plus rentables.

Surtout, le pétrole de schiste a fait en sorte que les États-Unis n’ont plus besoin du pétrole canadien. En 2017, ils devraient devenir le premier pays producteur de pétrole du monde, devant l’Arabie saoudite. Les États-Unis pourraient même abroger la loi leur interdisant d’exporter du pétrole, une loi qui date du premier choc pétrolier dans les années 1970.

Enfin, les États-Unis n’ont peut-être plus besoin de Keystone pour transporter leur propre pétrole du Dakota jusqu’aux raffineries du Sud, ce qui a toujours été un argument majeur pour que ce projet canadien soit considéré comme conforme aux intérêts supérieurs des États-Unis.

Comme la réalité n’attend pas les symboles qui restent bloqués, les producteurs de pétrole américains se sont tout simplement arrangés autrement, en partie grâce à d’autres pipelines et au transport par rail.

Cela a fait dire au président Obama que Keystone n’était plus qu’un moyen de transporter du pétrole canadien via les États-Unis, pour qu’il soit ensuite exporté.

Bref, il se pourrait bien que lorsqu’il obtiendra le feu vert, quelque part en 2015, le pipeline Keystone n’ait plus guère d’utilité pour les États-Unis et, surtout, qu’il n’ait plus de pertinence économique.

C’est le propre des symboles : ils demeurent figés dans le temps pendant que la réalité, elle, ne cesse d’évoluer.

Le maire qui réagit

Dimanche 2 novembre 2014 à 20 h 35 | | Pour me joindre

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MCAuger

La grande force de Denis Coderre pendant sa première année à la mairie de Montréal aura été la comparaison avec son prédécesseur Gérald Tremblay : au lieu d’avoir un maire qui subit, on aura eu le maire qui réagit.

On l’aura vu dès sa réaction aux résultats de l’élection. Gérald Tremblay avait été tétanisé par sa victoire avec 38 % des voix en 2009. Il l’a vécu comme une véritable défaite et n’a jamais repris le contrôle de l’appareil municipal ou de l’ordre du jour politique par la suite.

Denis Coderre aurait eu encore plus de raisons de se désoler. Au terme d’une campagne électorale médiocre, il terminait avec 32 % des voix et à peine 26 000 votes de plus qu’une toute jeune femme à sa toute première expérience politique. En plus, il devenait le premier maire de l’ère moderne à ne pas avoir une majorité au conseil municipal.

Le maire Coderre a réagi rapidement. Il a coopté au comité exécutif les meilleurs orphelins politiques et s’est mis à gouverner comme s’il avait une majorité. Il a même réussi à imposer en douce une ligne de parti à des gens qui n’avaient pas été élus sous sa bannière.

Un an plus tard, tous ceux qui l’avaient affronté à la mairie ne sont plus là. Richard Bergeron n’est plus chef de l’opposition, Mélanie Joly a amené ses ambitions ailleurs et Marcel Côté est malheureusement décédé, après avoir offert ses services pour conseiller le nouveau maire. Pour les oppositions à l’hôtel de ville, tout est déjà à reconstruire.

Incontesté et incontournable

En un an, Denis Coderre s’est installé comme le maire incontesté et incontournable de Montréal. C’est un succès politique remarquable quand on pense au piètre état de l’administration municipale dont il a hérité.

Puis, M. Coderre a utilisé son énergie considérable à être partout en même temps. Des scènes d’incendies, aux tapis rouges des premières et, bien entendu, en commentant le tout sur Twitter.

Mais, surtout, il aura été partout au Québec. À l’Union des municipalités. Même à la Fédération des municipalités — qui ne regroupe pourtant que les petites villes — et dans une série de discours où il a réussi à attirer la sympathie plutôt que la méfiance traditionnelle envers la métropole.

Ce serait déjà un remarquable bilan pour une première année. Mais pour l’hyperactif maire de Montréal, ce n’était pas assez. M. Coderre s’est donc aussi donné une longue liste de « priorités » qui ont, malheureusement, été remplacées par de nouvelles priorités chaque fois que les manchettes du jour le justifiaient.

On est donc passés pêle-mêle de l’élimination des salons de massage à une « politique du baseball » (non, pas faire revenir les Expos, mais préserver les terrains dans les parcs) en passant par l’ouverture des bars jusqu’au petit matin.

Le problème, bien entendu, c’est que lorsque tout est une priorité, rien ne l’est vraiment. On cherche encore un projet ou une politique qui serait une véritable signature de l’administration Coderre.

Transport et congestion

C’est particulièrement vrai dans un dossier que tous les Montréalais considèrent comme prioritaire, soit les transports et la congestion. Sur ce point, M. Coderre n’aura fait que démontrer qu’il est le maire de l’automobile individuelle. Ainsi, il aura mené une lutte — perdue d’avance — contre le péage sur le nouveau pont Champlain au lieu de l’utiliser comme point de départ d’une véritable politique du transport pour l’ensemble du Grand Montréal.

Son amitié pour les chauffeurs de taxi est venue embrouiller le dossier des autos en partage, comme Car2Go, qui permettent pourtant de réduire le nombre d’automobiles individuelles en ville.

Pas de vision non plus en matière de transport en commun, qui reste encore le meilleur moyen de combattre la congestion. Ou même pour le Bixi, une invention montréalaise, appréciée des Montréalais, et que le maire semble plus pressé de fermer que de préserver.

De même, on cherche encore les initiatives du maire pour faire de « ville intelligente » autre chose qu’un slogan. Pourtant, dans une ville où on n’a encore du mal à synchroniser les feux de circulation, ce n’est pas le travail qui manque.

Exploiter les erreurs

Enfin, parfois, les remarquables instincts politiques du maire le servent mal. Ainsi, il a compris tout de suite qu’il pourrait exploiter à son avantage la grossière erreur des syndiqués de la Ville, quand ils ont envahi l’hôtel de ville en août dernier.

Mais en s’acharnant à frapper un adversaire qui était déjà à terre, M. Coderre a peut-être marqué des points à court terme dans l’opinion publique, mais il a réussi à se mettre à dos une bonne partie des employés de la Ville. Des gens dont il aura inévitablement besoin d’ici la fin de son mandat.

Pour cette première année de son mandat, Denis Coderre s’est surtout contenté de réagir et, après tout ce que Montréal avait vécu au cours de la décennie précédente, c’était suffisant pour la plupart de ses concitoyens.

Mais comme toutes les lunes de miel, celle de M. Coderre va inévitablement prendre fin. Et ses concitoyens vont bientôt lui demander d’agir plutôt que de réagir et de gouverner plutôt que de se faire voir.