Billets publiés en juin 2014

Gouverner n’est pas twitter

jeudi 12 juin 2014 à 10 h 16 | | Pour me joindre

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MCAuger

Denis Coderre a soigneusement cultivé sa réputation d’homme qui twitte plus vite que son ombre. Mais comme on finit inévitablement par développer les défauts de nos qualités, on dirait que le maire Coderre agit souvent comme si ses décisions pouvaient prendre effet aussi vite qu’il publie un de ses tweets. Or, gouverner n’est pas twitter.

Le projet pilote du maire sur les bars

On en aura vu un bon exemple dans ce projet pilote d’ouverture des bars jusqu’à 6 heures du matin dans les rues Crescent et Saint-Denis. C’était une initiative personnelle du maire, et non pas une demande des tenanciers de bar ou des buveurs.

La Régie des alcools, des courses et des jeux a refusé le projet, parce qu’elle estimait que la « conception et la planification d’un projet d’une telle importance et d’une telle sensibilité pour la population sont déficientes ».

Cela est évident quand on revient à la genèse de cette initiative du maire Coderre. Il faut remonter à la Nuit blanche, en mars dernier. Une des nouvelles traditions de Montréal que le maire a tellement appréciée qu’il a décidé, tout seul, que c’était le temps d’ouvrir les bars toute la nuit.

Le fonctionnaire de la Ville qui est venu défendre le dossier devant la Régie l’a d’ailleurs admis sans ambages lors des audiences : Montréal faisait cette demande parce que le maire voulait un projet pilote!

Le maire a réagi, d’abord par Twitter, comme il se doit, en disant que c’était « une occasion ratée pour Montréal ». Puis, il s’en est pris à la Régie, affirmant qu’elle n’avait tout simplement rien compris. « Quand on vient me dire que la décision n’était pas assez documentée, allô? C’est un projet pilote : quatre week-ends, trois jours, trois heures de plus par jour! »

Quant à ceux qui devraient être les principaux intéressés, les propriétaires de bar,  ils semblent comprendre que le projet était bâclé et qu’ils pourront se reprendre avec un nouveau projet, mieux ficelé cette fois.

Deux Denis Coderre?

Si les propriétaires de bar le comprennent, il faudrait aussi que ce soit le cas pour M. Coderre. Il est normal que certaines de ses idées ne passent pas toujours comme un tweet à la poste. Quand on dirige une grande ville dans un État de droit, on ne change pas les lois et les règlements parce que le maire a aimé sa Nuit blanche! On ne gouverne pas comme ça.

C’est un peu comme s’il y avait deux maires Coderre, l’un pour la grande politique et l’autre pour la petite.

Pour les grandes choses, il n’y a pas grand-chose à lui reprocher. Ainsi, il a réussi une véritable révolution culturelle à l’Hôtel de Ville. Le système politique de la Ville n’est plus calqué sur la partisanerie qui prévaut dans un Parlement. Il a nommé des membres des autres partis au comité exécutif et nommé  le chef de l’opposition à la tête d’un projet majeur. Pas un maire de Montréal n’aura exercé le pouvoir de façon aussi collégiale.

Mais dans les petites choses, de l’ouverture des bars à de (petits) renvois d’ascenseur à des amis, de la nomination peu transparente d’une firme extérieure pour diriger la consultation sur l’avenir de la rue Sainte-Catherine à la démolition de la maison Redpath, le maire n’aime pas être contesté.

Dans les grandes choses, Denis Coderre semble capable de prendre la hauteur requise. Dans les petites, il veut décider tout seul, vite et sans devoir se soucier des détails. Comme s’il envoyait un autre de ses tweets.