Blogue de Michel C. Auger

Un vote sanction et un vote de « non-confiance »

Mardi 8 avril 2014 à 15 h 12 | | Pour me joindre

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Au-delà de l’élection d’un gouvernement majoritaire libéral, il reste que l’élection du 7 avril aura surtout été un vote sanction contre le gouvernement du Parti québécois.

Une sanction contre une politique de la division, étrangère jusque-là à la politique québécoise, et qui s’est surtout manifestée autour de la charte des valeurs. Cette charte, qui devait être au centre de la campagne péquiste, s’est retrouvée à la marge d’une campagne qui s’est surtout jouée sur une question de confiance envers le gouvernement.

La politique de la division est ce qu’on appelle en anglais le « wedge politics ». Il s’agit de soulever une partie de l’opinion publique contre une autre en utilisant une question remplie d’émotions et propre à soulever la controverse.

Le gouvernement péquiste a tout fait pour que sa charte des valeurs devienne un objet de divisions. Dans le discours du ministre responsable, qui a dit à quelques reprises qu’on était soit pour sa charte, soit du côté des intégristes. Il s’est même fait un point d’honneur de ne pas avoir fait d’études justifiant la charte puisqu’elle reposait sur des principes. Comme si on n’avait pas fait des années d’études avant la loi 101 ou que celle-ci ne reposait pas sur des principes!

Avec le résultat que bien des sympathisants du PQ se sont rebellés contre de telles tactiques et ont abandonné le navire. La charte s’est retrouvée appuyée par des électeurs qui n’avaient nullement l’intention de voter pour le Parti québécois quand arriveraient des élections. Cela a été au prix de s’aliéner des groupes importants de la coalition péquiste, les plus jeunes, surtout, avec lesquels le PQ devra rebâtir des ponts, ce qui risque de ne pas être facile.

Le problème avec la politique de la division, c’est qu’on ne peut la pratiquer quand on vit dans une maison de verre et qu’on peut susciter soi-même des divisions encore plus douloureuses.

C’est là qu’entre en scène la question de la souveraineté. La plus grande division qui ait jamais existé en politique québécoise.

La sanction qu’a reçue le PQ porte donc aussi nécessairement sur la question de la souveraineté. Et cette question allait s’inviter dans la campagne d’une façon ou d’une autre, que Pierre Karl Péladeau fasse son entrée tonitruante dans la campagne ou pas.

C’est parce que les péquistes se sont enfermés depuis plusieurs années dans un double discours : parler de souveraineté entre militants péquistes et décréter que l’élection ne vise qu’à élire un gouvernement quand on parle aux électeurs.

Cela obligeait des phrases avec de petites pauses, comme celle de Pauline Marois le soir du premier débat : « Il n’y aura pas de référendum (petite pause) tant que les Québécois ne seront pas prêts ». Et, bien sûr, c’est le gouvernement péquiste qui aurait déterminé quand ils auraient été prêts.

Pendant que Mme Marois tenait ce discours, plusieurs de ses ministres parlaient ouvertement de référendum « dans un cycle de gouvernement péquiste » ou de ne pas « enfermer longtemps le Québec dans le Canada ».

Les électeurs ont longtemps toléré ce double discours. Mais ce qui a changé au cours de la dernière campagne électorale, c’est qu’ils en ont eu assez. C’était une question de confiance tout simplement.

Les Québécois ne faisaient pas assez confiance au gouvernement et à Mme Marois pour leur donner un gouvernement majoritaire et penser qu’elle ne chercherait pas à provoquer la tenue d’un référendum sur la souveraineté.

Plusieurs sondages ont indiqué au cours de la campagne que les Québécois ne croyaient pas qu’un gouvernement péquiste aurait le mandat de tenir un référendum, mais qu’ils croyaient aussi qu’il en tiendrait un quand même.

Cette fois, les électeurs n’ont pas voulu donner au PQ une sorte de chèque en blanc à propos de la tenue d’un référendum. Et ils ont voulu le sanctionner autant pour son double discours de campagne électorale que pour la politique de la division quand il était au gouvernement.