Billets publiés en mars 2014

Il n’y a pas meilleur exemple du caractère anecdotique et irréel qu’est en train de prendre le débat sur la Charte des valeurs que l’intervention de Janette Bertrand à un brunch de la laïcité, dimanche midi.

Pour comprendre, il vaut mieux citer Mme Bertrand au texte : « J’habite un building où il y a une piscine. Je vais me baigner une fois par semaine pour faire de l’aquagym. Et puis arrivent deux hommes, et ils sont déçus parce qu’il y a deux femmes – je suis avec mon amie. Ils s’en retournent. Bon, imaginons qu’ils partent, qu’ils vont voir le propriétaire, qui est très heureux d’avoir beaucoup d’étudiants de McGill riches qui sont là. Et puis ils demandent : bon, on veut avoir une journée. Et puis là, dans quelques mois, c’est eux qui ont la piscine tout le temps. C’est ça, le grugeage, c’est ça dont on a peur, et c’est ça qui va arriver si on n’a pas de charte. »

Le seul fait avéré dans tout cela, c’est que Mme Bertrand fait de l’aquagym dans la piscine de son immeuble. Après cela, tout est anecdotique et interprétation.

Arrivent deux hommes qui sont déçus parce qu’il y a deux femmes dans la piscine, dit-elle. On ne sait pas qui ils sont, s’ils sont musulmans ou catholiques ou quoi que ce soit d’autre. Mme Bertrand ne leur a pas parlé, alors elle ne sait pas pourquoi ils ont l’air déçus, mais elle affirme néanmoins que c’est parce qu’il y a deux femmes dans la piscine.

Ensuite, on tombe carrément dans la fiction, de l’aveu même de Mme Bertrand. « Imaginons », dit-elle, qu’ils partent, vont voir le propriétaire et demandent d’avoir une journée de piscine pour les hommes seulement. Rien de tout cela n’est un fait, c’est une imagination de Mme Bertrand qui est présentée comme un fait.

Le proprio est « heureux d’avoir des étudiants de McGill riches » chez lui — Mme Bertrand sait qu’ils sont anglophones, mais on croit deviner qu’ils seraient aussi musulmans, riches et inscrits à McGill.

Alors, toujours selon Mme Bertrand, le proprio accepte donc de donner une journée de piscine pour les hommes seulement. Encore une fois, rien de tout cela ne s’est produit. On est dans l’imaginaire de Mme Bertrand. Puis, on arrive à la conclusion : « dans quelques mois, c’est eux qui ont la piscine tout le temps. » Pas un seul fait dans la démonstration, mais la piscine appartient désormais aux hommes musulmans.

C’est la théorie du « grugeage ». Élaborée, rappelons-le, à partir d’un seul fait avéré : soit que Mme Bertrand fait de l’aquagym. Notons aussi que, de toute façon, la Charte des valeurs ne serait aucunement applicable à ce qui se passe dans la piscine d’un édifice privé, puisqu’elle ne s’applique qu’aux institutions de l’État.

Normalement, une telle intervention ne vaudrait même pas la peine d’être relevée. Mais on ne peut faire autrement quand elle se déroule dans un événement partisan, la dernière semaine de la campagne électorale, sur la même estrade que la première ministre et le parrain de la Charte des valeurs, le ministre Bernard Drainville, qui applaudissent.

Passerait encore si c’était un événement isolé. Mais c’est aussi la manière dont a été menée la Commission parlementaire sur la Charte. Un exemple parmi d’autres : Mme Michelle Blanc a témoigné en faveur de la Charte et utilisé un exemple qu’elle a elle-même qualifié de fictif. Un jeune homosexuel, rejeté de sa famille pour des raisons religieuses, comment se sentirait-il s’il demandait de l’aide à un professionnel de la santé qui porte un signe religieux de la même communauté qui l’a rejeté?

M. Drainville a tellement aimé l’exemple, qu’il l’a resservi à plusieurs personnes venues témoigner devant la commission parlementaire. Un exemple fictif était traité comme un fait avéré.

Évidemment, il est difficile d’avoir des faits quand le gouvernement a refusé systématiquement d’en rechercher, affirmant, selon le ministre Drainville, qu’on n’avait nul besoin d’études puisque la Charte est avant tout une question de principe.

Mais le résultat, en fin de compte, c’est qu’on est en train de gruger les faits, pour avoir un débat basé pour l’essentiel sur des anecdotes, des exemples fictifs, quand ce n’est pas carrément des imaginations.

S’il faut combattre le « grugeage », il faudrait surtout s’en prendre à ce qui semble vouloir marquer la fin de cette campagne : le « grugeage » des faits.

Il a vraiment mal choisi son moment pour le faire : en plein débat des chefs, quand plus d’un million d’électeurs l’écoutaient. Mais c’est le moment qu’a choisi Philippe Couillard pour démontrer que, sur les questions linguistiques, il n’avait tout simplement pas d’oreille…

Pas d’oreille, c’est la traduction de l’expression anglophone « tone deaf ». En politique, ça veut dire être sourd au discours ambiant, à ce que ses concitoyens disent. Ce qui fait qu’un politicien va se mettre à fausser et à ne pas être du tout au diapason de ses concitoyens.

Les Québécois vont pardonner bien des choses à leur premier ministre. On ne leur demande pas d’être parfaits, d’équilibrer le budget chaque année, de faire des miracles et d’abolir les attentes dans les urgences. Mais il y a une chose qui distingue le poste de premier ministre du Québec de tous les autres sur ce continent : il est le gardien d’une nation qui s’exprime par une langue et une culture unique.

Le premier ministre doit être vu comme le premier défenseur du français au Québec. C’est incontournable et c’est ce qu’ont compris des premiers ministres fédéralistes comme Robert Bourassa et Jean Charest.

Philippe Couillard semble être sourd à cette réalité. Au débat des chefs, Françoise David ne lui a même pas tendu un piège quand elle lui a demandé si des employés sur une chaîne de montage devraient être bilingues. M. Couillard a mis les deux pieds dans le piège de lui-même.

Les ouvriers d’usine n’ont pas à savoir l’anglais pour travailler sur la chaîne de montage, c’est une réalité qui existait avant la loi 101et qui a largement justifié cette législation. Et si un acheteur américain ou britannique se pointe, il ne manquera pas de gens dans l’entreprise qui parlent anglais pour lui montrer le produit.

En voulant faire la promotion du bilinguisme personnel — et la très grande majorité des Québécois sont d’accord avec lui pour dire que c’est plus que souhaitable —, le chef libéral a eu l’air d’envoyer promener un grand pan de la loi 101 et de revenir au temps où l’anglais était la langue de travail partout, même dans les villes les plus francophones.

M. Couillard n’a pas plus d’oreille sur d’autres aspects de la politique linguistique. Depuis le début de la campagne, et encore vendredi, M. Couillard a dit qu’il en avait assez du réflexe protectionniste et réducteur qu’il dit voir chez le PQ sur les questions linguistiques.

Bien avant la campagne électorale, le chef libéral accusait le PQ de tenir un discours de peuple constamment menacé qui mise sur la division et la crainte. « La culture québécoise est forte, elle n’est pas faible, elle rayonne partout dans de monde. »

C’est certainement un beau sujet de débat. Est-il utile pour le Québec de placer davantage de restrictions à l’usage d’autres langues et autant de bureaucratie à s’en assurer? Sauf qu’amener un tel débat sans préparation dans une campagne électorale après 40 ans et plus d’un discours ambiant qui dit le contraire, c’est s’exposer non seulement à ce qu’il ne soit pas compris, mais surtout qu’il soit compris tout de travers.

C’est aussi ce qui arrive quand on n’a pas d’oreille en politique, on chante une chanson que les gens ne reconnaissent pas, qu’ils ne sont pas prêts à écouter et qui va, presque toujours, se retourner contre le chanteur.

Les Oscars du débat

vendredi 21 mars 2014 à 12 h 06 | | Pour me joindre

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Même si les débats des chefs sont des événements très sérieux, il n’est pas interdit de les prendre avec un peu de recul et un tout petit peu d’humour. Voici donc les premiers Oscars du débat. Un événement qui ne risque pas de revenir tous les ans…

La meilleure réplique
Pauline Marois : « La seule personne qui a perdu son emploi est Fatima Houda-Pepin. » À Philippe Couillard qui lui demandait combien de femmes perdraient leur emploi à cause de la charte des valeurs.

La meilleure réplique (manquée)
Philippe Couillard : « Et Maria Mourani… » Elle a effectivement été la première femme à perdre son emploi à cause de la charte…

Le plus chanceux
Philippe Couillard : le sort a fait en sorte qu’il n’y a pas eu de face-à-face avec Pauline Marois sur l’éthique, ce qui lui a évité les questions les plus difficiles. Le plus grand danger pour M. Couillard n’était pas tant ses relations avec le Dr Porter ou son départ du gouvernement, mais le Parti libéral du Québec lui-même. Jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas au Parti québécois qu’il y a eu des perquisitions de l’Unité permanente anticorruption, c’est au PLQ. Jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas le PQ qui fait l’objet d’une enquête de l’UPAC sur son financement, c’est le PLQ.

Le plus pugnace
François Legault : deux questions qui ont fait mal à Pauline Marois, l’une sur le nombre d’emplois au Québec, l’autre sur la possibilité de tenir un référendum. Deux moments difficiles pour Mme Marois.

Le meilleur joueur de soutien
François Legault, en soutien au chef libéral. On aurait pu s’attendre à ce qu’il attaque Philippe Couillard parce qu’il perd des voix essentiellement au profit du PLQ. Ça a été le contraire. Il a, dans les faits, travaillé pour Philippe Couillard.

Le silence le plus éloquent
Pauline Marois pour sa petite pause, comme dans : « Il n’y aura pas de référendum [petite pause] tant que les Québécois ne seront pas prêts…»

La phrase la plus assassine dite avec le sourire
Françoise David : « L’intégrité, c’est aussi la cohérence », accusant Pauline Marois d’avoir porté le carré rouge et tapé de la casserole lors du printemps érable pour ensuite décevoir les progressistes.

La question qui va revenir
Les actions de PKP : les trois autres chefs ont insisté sur le fait qu’il était tout à fait insuffisant pour un magnat de la presse comme PKP de conserver son bloc de contrôle dans Québecor dans une fiducie sans droit de regard. Inévitable qu’on y revienne d’ici le 7 avril.

Le rappel utile de la soirée
Les chefs des trois partis d’opposition ont noté que 90 % de la charte des valeurs aurait pu être adoptée avant les élections à l’unanimité de l’Assemblée nationale. Seule la question du port des signes religieux fait débat. Le PQ aura sans doute plus de mal à prétendre qu’il est le seul à vouloir faire adopter une charte.

Le plus mauvais danseur
Philippe Couillard sur la charte des valeurs. Sa position essentiellement légaliste et au cas par cas a semblé difficile à défendre, surtout que M. Couillard ne voulait pas parler des principes dont il s’inspirait.

La suggestion qui devrait être suivie
Pauline Marois à Philippe Couillard : « Les derniers jours n’ont pas été à votre honneur…» faisant référence au niveau de langage du chef libéral qui se voulait plus populiste et qui l’a fait déraper quand il a dit que Mme Marois allait « y goûter ». M. Couillard a reconnu y être allé « un peu fort ».

La plus grande résilience
Pauline Marois : comme première ministre, elle était nécessairement la cible de tous. À la fin de la soirée, elle avait subi bien des attaques, mais elle est restée debout. Et dans le prochain débat, si Philippe Couillard est toujours en tête des sondages, ce sera son tour.

Les débats des chefs arrivent en mi-campagne et n’ont donc pas la même signification pour chacun des participants. Bien sûr, tout le monde peut rêver du « knock-out », de la réplique assassine, comme celle de Brian Mulroney en 1984 qui change le cours d’une campagne. Mais un coup comme ça ne se planifie pas.

Dans des formats où il faut faire une part égale à quatre chefs de parti, les occasions seront forcément limitées. D’autant que les sondages montrent qu’une majorité d’électeurs ont déjà fait leur choix. Reste que le débat est l’un des temps forts de la campagne et que les chefs ne le prendront certainement pas à la légère.

Regardons donc les objectifs stratégiques de chacun des chefs :

Pauline Marois : trouver le bouton « RESET »

C’est simple, la première ministre n’a pas connu le départ qu’elle aurait souhaité. Elle a perdu les deux premiers jours de la campagne : à ne pas répondre aux questions, le premier jour, et à s’en excuser le lendemain.

Puis, ce qui devait être son coup fumant, la candidature de Pierre Karl Péladeau, a eu un effet complètement différent de celui qui avait été escompté. Au lieu de solidifier des appuis au Parti québécois en montrant qu’il peut recruter un homme d’affaires éminent, il aura réussi — avec l’image de son poing levé en parlant du « pays » — à transformer une élection ordinaire en élection référendaire.

Qui dit élection référendaire dit polarisation. Or, le PQ n’a aucun intérêt à polariser le vote. Il y a déjà plusieurs années que, lorsqu’on pose une question de nature référendaire, le Non l’emporte sur le Oui par une proportion approchant les 60 % contre 40.

L’objectif stratégique de Mme Marois est donc simple : presser le bouton « RESET » et remettre sa campagne sur ses rails, ce qui signifie une élection ordinaire où on parle de santé et d’éducation et aussi de charte des valeurs, puisque le PQ sait qu’elle est populaire auprès de l’électorat francophone.

Un débat des chefs n’est jamais facile pour le premier ministre sortant, qui est nécessairement la cible de tout le monde. Mais elle lui donne aussi l’occasion d’avoir l’air un chef d’État, au-dessus de la mêlée et des chicanes des oppositions.

Philippe Couillard : avoir l’air d’un premier ministre

Les débats des chefs sont souvent une aubaine pour le dernier à être devenu chef d’un parti politique. Françoise David en 2012 et Mario Dumont avant elle ont su utiliser le débat des chefs à leur avantage.

Philippe Couillard a eu une très mauvaise première année comme chef du Parti libéral du Québec. Mais le débat des chefs lui donne l’occasion d’obtenir une deuxième chance de faire une première impression.

Le PQ lui a fait un cadeau inespéré quand Mme Marois a passé l’essentiel de la dernière semaine à s’embourber dans des questions de passeport, de citoyenneté, de frontières et de monnaie québécoises. Encore faut-il que le chef libéral soit capable de se sortir de ses propres contradictions constitutionnelles pour avoir un message clair.

Mais, surtout, M. Couillard doit montrer dans ce débat qu’il peut revêtir les habits d’un premier ministre. Les sondages deviennent plus favorables pour son parti, mais il est encore à égalité virtuelle avec Mme Marois pour ce qui est du meilleur premier ministre. Et un chef qui ne sait pas s’y prendre dans ses relations avec son caucus — (insérer ici le nom de Fatima Houda-Pepin) — peut-il prétendre diriger le Québec?

M. Couillard doit donc trouver le moyen de montrer qu’il est le chef en qui les Québécois auront confiance s’il devient premier ministre.

François Legault : stopper la chute, si ça se peut!

Il y a un vieil adage chez les organisateurs politiques : « Quand on gagne, on ne peut pas arrêter de gagner. Mais quand on perd, on peut encore moins arrêter de perdre. »

Les chiffres ne peuvent pas mentir, et le parti de François Legault est en chute libre dans les sondages depuis un an. Mais ce qui est encore plus grave, c’est que cette chute s’est accentuée depuis le déclenchement de la campagne électorale.

Le chef de la Coalition avenir Québec a un avantage sur ses adversaires : il n’a pas grand-chose à perdre. Mais cela ne veut pas dire qu’il a tout à gagner.

Être trop agressif ne ferait que le condamner à un rôle marginal pour le reste de la campagne. Mais M. Legault a quand même un programme différent de celui des autres partis. Il peut lui permettre de rapatrier des électeurs qui ont tout de même une histoire de voter plus à droite, jadis pour l’ADQ de Mario Dumont, et, il n’y a pas deux ans, pour la CAQ.

Cela signifiera sans doute de clarifier sa position constitutionnelle, mais l’ambiguïté ne le sert plus. Ses électeurs souverainistes sont retournés au PQ depuis longtemps. Les récents sondages montrent qu’il n’a plus rien à attendre de ce côté.

Françoise David : grandir…

Pour le meilleur et pour le pire, Québec solidaire ne peut pas rester très longtemps le sympathique parti « d’Amir et de Françoise ». Leurs partisans les aiment si fort qu’ils les appellent par leur prénom. Mais cela ne suffit pas…

S’il doit devenir autre chose qu’un éternel tiers parti, QS doit grandir et montrer qu’il n’est pas seulement — même si c’est un cliché injuste — le parti du « Plateau-Mont-Royal et du Plateau adjacent », pour reprendre la définition des agents d’immeubles.

Mme David n’est pas dans une situation aussi favorable qu’en 2012 après des mois d’agitation étudiante sur fond de carré rouge. Mais elle peut compter sur un « effet PKP inversé » pour essayer de récupérer les péquistes plus à gauche. Ce qui pourrait lui donner des voix. QS atteint un respectable 10 % dans les derniers sondages et, avec un peu de chance malgré notre mode de scrutin, un ou deux sièges de plus.

Dans toute l’agitation entourant l’arrivée de Pierre Karl Péladeau au Parti québécois, on aura peut-être sous-estimé les difficultés que pourrait soulever la décision de ce dernier de garder le contrôle de son empire médiatique — même si c’est par l’entremise d’une fiducie sans droit de regard.

Tout comme on aura sous-estimé l’ampleur des conflits d’intérêts potentiels que M. Péladeau devra maintenant gérer, autant selon les lois en vigueur que selon les règles sévères que le PQ lui-même a édictées depuis son arrivée au pouvoir.

Beaucoup de gens comprennent qu’il ne suffirait pas pour M. Péladeau, s’il devenait ministre, de placer ses actions dans une fiducie sans droit de regard. Il ne s’agit pas ici d’un portefeuille d’actions ordinaires, mais des trois quarts des actions avec droit de vote du plus grand groupe médiatique au Québec.

Un groupe dont les ramifications vont nécessairement dans le monde de la culture, des communications, de l’édition, des librairies, etc. Sans oublier que le principal actionnaire de Québecor, à part la famille Péladeau, est la Caisse de dépôt et placement.

La loi et les pratiques sur les conflits d’intérêts, réels ou potentiels, dans un Conseil des ministres sont claires : le ministre en question doit s’abstenir d’intervenir de quelque façon et immédiatement quitter la réunion. Le niveau de tolérance sur cette question est très bas.

C’est au point où l’actuel ministre de la Culture Maka Kotto quitte la pièce dès qu’il est question de la Ville de Longueuil, dont sa conjointe est la mairesse. Au fédéral, dans des circonstances similaires,  les Paul Martin et Belinda Stronach quittaient la salle quand on parlait de transports ou de l’industrie automobile. Un simple député est soumis aux mêmes règles et doit quitter toute réunion de l’Assemblée nationale ou d’un comité où il pourrait être placé en conflit d’intérêts.

Quand on voit les domaines d’activités dans lesquels Québecor est un joueur majeur, c’est à se demander si M. Péladeau ne va pas passer autant de temps dans le corridor que dans la salle du Conseil des ministres. S’il suit les règles sur les conflits d’intérêts, c’est l’efficacité de M. Péladeau comme ministre qui pourrait être en cause.

Mais le principal intéressé ne voit pas du tout les choses de la même façon. En entrevue lundi à l’émission Le 15-18 que j’anime à ICI Radio-Canada Première, M. Péladeau affirmait sans nuances qu’il ne verrait aucune raison de se retirer des discussions du Conseil des ministres sur une politique — relativement mineure — comme le prix unique du livre. Et ce, même si les sociétés qu’il contrôle sont, et de loin, les principaux éditeurs au Québec et qu’il est aussi l’un des principaux libraires au Québec par sa filiale Archambault.

Cliquez ici pour écouter l’entrevue avec M. Péladeau

Bien au contraire, affirme-t-il, son expérience dans le domaine en ferait une « personne-ressource » pour le gouvernement. De toute évidence, la notion de conflit d’intérêts de M. Péladeau est assez différente de celle de nos lois et pratiques en matière d’éthique.

Si M. Péladeau ne voit pas de conflit d’intérêts dans une situation relativement simple comme celle-là, il n’en voit pas davantage dans le fait de rester l’actionnaire de contrôle du plus grand groupe de médias au Québec.

Comme l’affirmait la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, les journalistes de Québecor ne sauront que trop bien que M. Péladeau reste l’actionnaire de contrôle et que, du jour au lendemain, il pourrait donc redevenir leur patron.

Dans les circonstances, le simple recours à une fiducie sans droit de regard peut difficilement être considéré comme suffisant, comme le croient aussi le jurisconsulte de l’Assemblée nationale et le commissaire à l’éthique. Il n’y a pas, disent-ils, de jurisprudence qui peut s’appliquer au cas de M. Péladeau. Mais il reste que le risque de conflit d’intérêts est flagrant.

La question de l’isoloir

mercredi 5 mars 2014 à 8 h 59 | | Pour me joindre

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MCAuger

Toutes les élections sont, d’une certaine façon, un référendum. Sauf que la question n’est pas déterminée par le gouvernement, mais par les électeurs eux-mêmes quand ils vont voter. Et cette question est rarement celle que l’on prévoyait au début de la campagne.

Au départ de cette campagne, il est certain que le gouvernement Marois aimerait que l’élection devienne une sorte de référendum sur sa charte des valeurs, un projet de loi controversé, mais très populaire dans l’électorat francophone. Assez, pense le Parti québécois, pour lui permettre de former un gouvernement majoritaire.

C’est évidemment un scénario que les partis d’opposition veulent éviter, et ils vont tout tenter pour que cette campagne porte sur d’autres enjeux.

C’est ce qui explique le slogan du Parti libéral qui dit vouloir « s’occuper des vraies affaires ». Un slogan qui peut sembler étrange à première vue, mais qui vise une clientèle bien précise. Des électeurs plus âgés, favorables à la charte des valeurs, mais fédéralistes et aussi préoccupés par les questions économiques. Les « vraies affaires »… en espérant que l’expression ne prenne pas un tout autre sens pendant la campagne électorale.

Beaucoup d’autres enjeux pourraient devenir importants et, peut-être, déterminants au cours des quatre prochaines semaines. Ainsi, les finances publiques du Québec, la possibilité que le déficit soit en train de devenir structurel. Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, veut parler de politique industrielle et de ce qu’il considère comme le triste état de l’économie québécoise. Tout cela peut devenir un enjeu de l’élection.

De même, des crises totalement imprévues peuvent fortement influer sur le cours d’une campagne électorale. Une fermeture d’usine, des mises à pied chez un important employeur ou des salles d’urgences qui débordent peuvent tout à coup faire déraper la mieux planifiée des campagnes électorales.

L’inévitable question de la souveraineté

Et il y a la question de la souveraineté et du référendum. Depuis la fondation du Parti québécois, il y a plus de quatre décennies, toutes les élections ont porté d’une façon ou d’une autre sur la souveraineté, sauf peut-être celle de 1981 quand René Lévesque avait promis que la question ne serait aucunement débattue durant ce mandat.

La question est d’autant plus certaine de devenir un enjeu de la prochaine élection qu’il s’agira de la première fois que le PQ partira en campagne en étant en avance dans l’électorat le plus âgé et en seconde position chez les plus jeunes, tout cela étant, bien entendu, le corollaire de l’appui à la charte des valeurs.

Ce qui signifie qu’il y a, quelque part, un bassin d’électeurs francophones, favorables à la charte, mais plutôt fédéralistes. La capacité du Parti québécois de les retenir et des partis d’opposition de les faire changer d’idée devrait donc être l’enjeu partisan et stratégique de cette élection.